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mauvaise de fatigue et de neurasthénie mystiques ; mais que, heureusement, la santé renaît. Le Congrès des poètes, en 1901, dresse la province contre Paris et montre que la plupart des poètes sont attachés aux ryth- = mes traditionnels et fort hostiles au vers libre. Le rapport de Catulle Mendès sur le mouvement poétique de 1867 à 1900 (1902) est reçu comme une reprise d’hostilités du Parnasse ; 66, la même année, une enquête de PÆrmitage auprès des poètes, sur leurs « poètes préférés », aboutit à mettre au premier rang Victor Hugo ; Mallarmé ne vient qu'après Lamartine, Musset, Leconte de Lisle.
Ce ne sont là que quelques faits parmi beaucoup ; 3 mais la désagrégation de la doctrine symboliste apparaît plus visiblement encore, si l’on considère la multi- - plication des écoles poétiques : « Une suite d’embrigadements, un amalgame de petites sectes intolérantes et Jjalouses, s’excommuniant les unes les autres, en quête perpétuelle de fidèles ét de prosélytes. Chaque matin surgissait un manifeste fulgurant appelant les foules à la conversion et au vrai dogme » (E. Raynaud). Aux environs de 1900, ce fut une vraie fureur : successivement apparaissent le Naturisme, l’'Humanisme, le Somptuarisme, le Paroxysme, le Synthétisme, l’Intégralisme, l’Impulsionnisme, le Sincérisme, l’Inten- * séisme, le Simultanéisnr e, le Futurisme, l’Unanimisme, - etc. Il est vrai que le mot école avait alors perdu à peu près tout son sens ; et l’on fondait une école uniquement pour affirmer, avec un peu de bruit, que l’on n’acceptait
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pas sans quelques réserves telle ou telle des opinions à la mode. La fondation d’une école cesse de marquer un » vrai désir de groupement et d’action collective ; c’est
Rolland constate que le symbolisme à été uné époque
212 > PARNASSE ET SYMBOLISMÉ ne saurait guère intéresser que les a de l’histoire littéraire.
Leur diversité, d’ailleurs, dès qu’on les regarde d’un peu près, n’est qu’apparente : il y a de fortes PRET & communes. Presque toutes ces écoles se déclarent hostiles au symbolisme, ou bien elles entendent limiter considérablement sa part. Il suffira, pour caractériser le » mouvement, de signaler la plus importante et la plus
vigoureuse de ces réactions successives : le Naturisme, "| qui commença à se manifester en 1895 et s’affirma, avec a de très nettes formules, en 1897. Ses partisans, St-Geor: & ges de Bouhélier, Eugène Montfort, Maurice Le Blond, « ete., se plaignirent hautement que le symbolisme eût * . voulu isoler l'artiste dans une « littérature pour litté- « rateur », loin de la foule et de la vraie vie ; ils se déso- à laient de son pessimisme et de ses goûts morbides ; 3 ils ne repoussaient plus lPhéritage du positivisme ; ils ne se rebellaient pas contre « la science » ; ils osaient « admirer Zola, Auguste Comte, Darwin, Taine; ils À prétendaient revenir à la réalité et à l'exactitude ; ils se
réclamaient de la « nature », telle que la philosophie et la science du xix° siècle avaient permis de la com- | prendre. Autant dire qu’ils eroyaient à l’art social ! IIS = recommençaient le vieux rêve qu'avait interrompu et. interdit le Parnasse, trente ans avant ; ils s’occupaient : à fonder une foi nouvelle. à
Rendre à l'humanité son héroïque beauté, rétablir les liens = qui l’unissent au monde, éclairer d’une forte lueur sa place dans la nature, telle est la mission du poète actuel... Le devoir » des auteurs contemporains ést d'accroître le bonheur humain * en augmentant la beauté, en faisant cesser le malentendu qui sépare les hommes du monde tout entier, et en leur restituant: ë d’éternelles proportions... Ce qu’on appelle le naturisme est bien plus une morale qu’une doctrine d’art (Saint-Georges de ù Bouhélier, 1897).
L'Humanisme de F. Gregh s'inspira des mêmes
préoccupations ; il préférait « l’homme » à l’artiste, ‘n'admettait le symbole que « clair », et raïllait « l’incohérence » comme « l’impassibilité ».
L'art utile, on le voit, reprenait avantage, en poésie, sur l’Art pour l'Art... C’est la querelle même qu'avait déclenchée le romantisme, et qui s’est poursuivie, avec des phases et des aspects divers, pendant tout le xrxe
siècle. À nouveau les préoccupations de forme passèrent * au second rang ; on se rallia à une forme plus ou moins. classique. Il y eut évidemment, pour ce nouveau changement de front, des causes d'ordre tout à fait littéraire : des symbholistes très insoucieux d’action sociale se détachèrent, eux aussi, du symbolisme. Mais il faut tenir compte aussi de causes plus générales, politiques et sociales. En 1830, le succès de la révolution avait : favorisé l'expansion des idées saint-Simoniennes et de l’art utile ; en 1850, la réaction bonapartiste favorisa indirectement l’Art pour l'Art; le triomphe de l’idée républicaine, vers 1880, fut favorable au naturalisme - positiviste. De même, dans les dernières années du xix® “à siècle, l'affaire Dreyfus, grâce à son extraordinaire retentissement dans les milieux intellectuels, porta un ‘coup très dur aux cénacles du symbolisme ; les questions d'images et de rythme devinrent soudain sans intérêt ; une fois de plus, les écrivains se trouvèrent jetés vers V’action publique ; il ne fut plus question que d’aller au peuple, de régénérer la France, d'éclairer l'humanité. Presque toutes les doctrines littéraires et beaucoup d'œuvres se teintèrent de ces préoccupations nouvelles. # Anarchistes, socialistes, républicains, esthètes, philosophes, historiens, poètes se trouvèrent, pour quelque temps, des ennemis semblables et des passions communes.
L'arrivée au pouvoir des partis de gauche, le succès > des« politiques » dans le monde intellectuel firent alors
liste, bloque, décès. re se rendit Re FE k la fragilité des renaissances mystiques et spiritualistes qui avaient été tentées dans les années précédentes. Depuis quatre ou cinq ans, on disait que le symbolisme était bien malade ; cette fois, on crut pouvoir affirmer qu’il était mort. Le mot de mort a évidemment un sens | très relatif en littérature ; il y avait en 1900 et il y à # en 1925 des « symbolistes », soit des anciens restés fidèles aux habitudes de leur jeunesse, ou bien des jeunes
‘que leur goût personnel a conduits à aimer la grâce . molle des images et des vers symbolistes ; mais la force. ‘agissante et créatrice du symbolisme est morte, comme -Pétait celle du romantisme vers 1860, celle du Parnass VETS RS
bien de tendances profondément modifiées par des a] ports nouveaux. Le Cubisme et le Dadaïsme pousseror
nel, à fixer les sensations sous leur forme la plus et la plus passagère ; il sera difficile de concevoir w art plus « subjectif », plus indifférent aux apparence de la réalité. On continuera aussi à rechercher les moye d'augmenter le pouvoir d’expression de la poésie ; on imaginera, par exemple, pour traduire « le paroxysm mederniste », de projeter sur l’écran des « poèm . Ssynoptiques sur plusieurs plans », avec l° espoir de créer véritablement l’immense orchestre intérieur qu’avaie 12 rêvé d’instituer Rimbaud et Mallarmé.
Ce sont là les formes extrêmes, les formes limites, probablement, du symbolisme, après quoi on ne sauraif guère que revenir sur ses pas. Mais il èst d’autres mar-
trées d’esprit symboliste, écrites avec un « métier » où se reconnaissent les techniques symbolistes ! Paul Clau- “del et Paul Valéry se disent les continuateurs de Rimbaud et de Mallarmé ; et l’on pourrait, très logiquement,
. symbolisme, et montrer dans leur œuvre un des épanouissements de la doctrine symboliste, un épanouissement tardif, mais plus vigoureux que les premiers. Mais il S’agit, en réalité, d’un symbolisme très différent de celui qu’on avait voulu créer à la fin du xix® siècle : un symbolisme chargé de bien autres préoccupations A et qui, malgré son « surréalisme » et sa somptueuse imagerie, se manifeste surtout comme une réaction traditionaliste, classique, rationaliste. André Gide, lui aussi, fut symboliste, pour commencer ; il railla ensuite : . la doctrine reniée et incarna une des formes de la réac- . tion classique ; mais son œuvre est conçue souvent selon les formules de la poésie symboliste, écrite avec le souci des mots et des images symbolistes.. La génération qui est née et qui a grandi à l’époque symboliste est loin d’avoir disparu. Suivant l’âge des écrivains qui la représentent encore, on pourrait cataloguer et étiqueter de . nombreux spécimens d'œuvres où la marque de l’école de 1890 deviendrait de moins en moins facilement reconnaissable.
Le débat sur le symbolisme est d’ailleurs encore ouvert aujourd’hui, en permanence. Tous les ans les revues se demandent « si le symbolisme est mort », « si le symbolisme a dit son dernier mot ». Des journaà listes écrivent de véhémentes philippiques contre le symbolisme et contre la manie de l’inintelligibilité. On leur répond, sans trop de passion certes, mais on leur
Res
répond. Il est vrai que cés revisions de procès sont à la …
le classicisme lui-même en ont bénéficié. Mais ces. ë hésitations et ces controverses engagent à beaucoup de prudence ; décidément, on ne saurait établir, en 1925, l le bilan du symbolisme. Osera-t-on, comme un de ses » historiens, sérier les questions, affirmer le succès de la ê « réforme poétique », nier celui de la réforme prosodique, syntaxique et lexicographique, puis conclure que l’« œuvre du symbolisme comporte un échec honorable et une victoire pleine de profit » ? La « matière poé- à tique » a-t-elle été si vraiment renouvelée ? Le vers régulier a-t-il été décidément brisé ? Le vers libre a-t il À conquis une faveur durable ? Le symbolisme est, en : réalité, un mouvement qui achève de s’étaler ; ses derniers remous ne sont presque plus visibles, car ils sont repris déjà et emportés dans des directions diverses % par de nouveaux et forts courants ; on le voit assez "| $es
bien qui commence, on ne le voit pas nettement finir,