‹ Parnasse royalChapitre 16 sur 37 · EPITAPHE DE LAURE DE NOYES · texte numérisé non relu

EPITAPHE DE LAURE DE NOYES

EN petit lieu compris vous pouvez voir Ce que comprend beaucoup par renommée Plume, labeur, la langue et le savoir Furent vaincus par l'amant de l'aymée.

0 gentille âme ! étant tout estimée Qui te pourra louer qu'en se taisant r Car la parole est toujours réprimée Quand le sujet surmonte le disant.

CHANSON

triste départir

De moy tant regretté !

Dueil ne sera osté Que mon cœur faict partir.

J'entendz jusqu'au reveoir, De moy tant désiré :

Car quelque part que iray, Je ferai mon debvoir.

Mais si pitié mérite Honneste congnoissance, Te prie en rescompense Qu en ta grâce me hérite.

8o PARNASSE ROYAL

Car pour peine porter Sans jamais defEnir Bien la veulx soustenir Pour toy, sans point Toster.

Sur moy laisse le faix Je t'en supplye, amye :

Car mort j'auray pour vie, Si aultrement le faiz.

RONDEAU

L'imperfection mérite la scilence, Car chascun doibt celer son ignorance : Par quoy debvrois, soubs le manteau, cacher De ton cuider ce que pourroit fascher, Par rude escript donnant ta congnoissance.

iMais je pense que moindre soit l'ofFence Estre congneu, par brèfve demonstrance, Que par langueur si la voulois cacher, L'imperfection.

En tout mon temps, je n'ay appris science

Fors celle-là qui cause patience

Et toutes fois ne m'en veulx destacher :

Pourquoy ma plume est sotte, s'empescher De blasme avoir, pour toute rescompensc, L'imperfection.

RONDEAU

MA foy toujours je te promectz tenir, Puisque tout tien m'as voulu retenir; Tien je seroy, quoy qu'on die ou murmure : Car je feroys à moy-mesme injure ; Sans autre endroit me vouloir maintenir.

On ne sçauroit me faire au poinct venir De te laisser, pour nul bien advenir ; Je te supply, crois-m'en, puisque j'en jure Ma foy !

Sur ce, te pry mectre en ton souvenir Qu'il n'est en moy pouvoir contrevenir A l'amytié qui entre noz cueurs dure : Par quoy m'est grief dont le tien tant endure, Puisque tu as, pour bien l'entretenir, Ma foy 1

RONDEAU

LA vraye amour toujours faict son debvoir, Car le plaisir de vous cuider reveoir Estoit si grand, que dire nullement Il ne se peult ; mais ton vray sentiment En jugera soichant bien mon vouloir.

Mais mieulx vauldrait perdre le bienduveoir, Qu'il empeschast vostre devoir, pour veoir Et vous servir de trop d'empeschement La vraye amour.

Le commancer a eu si grand pouvoir, Qu'à t'obeyr travail n'ay peu avoir ; Puisque l'effect t'en rend contentement, Ne craignant rien que de faire aultrement, Est-ce raison pour bien mal recevoir La vraye amour ?

RONDEAU

EN esprouvant, le vray on peult sçavoir ; Par s'esloigner, fermeté l'on peult veoir Par le travail et l'aise bien congneue ; L'adversité faict pensée pourveue De prompt remède, pour au penser pourveoir.

En longue absence est désiré reveoir ; La vraye amour faict toujours son devoir ; Car au travail on voit bien s'elle mue En esprouvant !

Que te diray> j'ay, amye, le reveoir De ton escript, me donne le pouvoir Que de trop d'heur ma vie est soustenue, Dont n'ayez peur, l'amour n'est tenue Pour mieulx que vie, ainsi le pourras veoir En esprouvant.

RONDEAU

EN mon malheur d'amour je me contente, Mais non de toy : car ta nature lente En mon endroict est rebelle au devoir Du sentiment que tu devroys avoir, De l'égal feu que l'amour nous présente.

La cire fond au feu, sans point d'attente ; La fange aussi en challeur véhémente Sèche devient ; par moy je le puis veoir En mon malheur 1

Las 1 fondu suis par challeur qui augmente, Et tu durcys ingrate et peu amante.

Moy serviteur qui peulx appercevoir N'avoir nul bien que le faire sçavoir, Pour t'obeyr, la mort m'estre plaisante En mon malheur !

CHANSON

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