AUX LOUANGES DE DU BELLAY
QUE mériter on ne puisse l'honneur Qu'avez escript, je n'en suis ignorante ! Et si ne suis pour cela moins contente, Que ce n'est moy à qui appartient Iheur.
Je cognois bien le pris et la valeur De ma louange, et cela ne me tente D'en croire plus que ce qui se présente, Et n'en sera de gloire enflé mon cœur.
Aiais qu'un Bellay ait daigné de l'escrire, Honte je n'ay à vous et chacun dire Que je me tiens plus contente du tiers,
Plus satisfaite, et encor glorieuse,
Sars mériter me trouver si heureuse,
Qu'on puisse trouver mon nom en voz papiers.
De leurs grands faicts les rares anciens Sont maintenant contents et glorieux, Ayant trouvé poètes curieux Les faire vivre, et pour tels je les tiens.
Mais j'ose dire, et cela je maintiens, Qu encor ils ont un regret ennuieux, Dont ils seront sur moy-mesme envieux, En gémissant aux Champs Elyséens :
C'est qu'ils voudroient, pour certain je le sçay,
Revivre ici et avoir un Bellay,
Ou qu'un Bellay de leur temps eust été.
Car ce qui n'est sçavez si dextrement Feindre et parer, que trop plus aisément Le bien du bien seroit par vous chanté.
Il6 PARNASSE ROYAL
Le papier gros, et Tencre trop espesse, La plume lourde, et la main bien pesante,
Stile qui point l'oreille ne contente,
Faible argument, et mots pleins de rudesse,
Monstrent assez mon ignorance expresse, Et si n'en suis moins hardie et ardente Mes vers semer, si subjet se présente.
Et qui pis est, en cela je m'adresse
A vous, qui pour plus aigres les gouster, En les mestant avecques les meilleurs, Faistes les miens et vostres escouter.
Telle se voit dififérence aux couleurs ;
Le blanc au gris sçait bien son lustre oster.
C'est l'heur de vous, et ce sont mes malheurs.
Le temps, les ans, d'armes me serviront Pour pouvoir vaincre une jeune ignorance, Et dessus moy à moy-mesme puissance A l'advenir peult-être donneront.
Mais quand cent ans sur mon chef doubleront, Si le hault ciel un tel aage m'advance, Gloire j'auray d'heureuse récompense, Si puis attaindre a celles qui seront
Par leur chef-d'œuvre en los toujours vivantes. Mais tel cuyder serait trop plein d'audace ; Bien suffira si, près leurs excellentes
Vertus, je puis trouver petite place :
Encor je sens mes forces languissantes Pour espérer du ciel tel heur et grâce.
CHANSON
sur les amours de Condé et de Mademoiselle de Lineuil
AMOUR contre amour querelle.
Si par double efifet contraire Le mien l'on veut me soustraire, A l'honneur dhonneur j'appelle.
Sotte amour et ignorance Aveuglent une cervelle Et font qu'un songe on révèle Au lieu de vraie apparence.
Celle qui fait toute sa gloire D'aimer aussi et d'être aimée, Feraient feu après fumée S'elle me le faisait croire.
Mais le saint où elle voue A mon offrande reçue Et ma fermeté connue, Qui fait qu'ailleurs ne se loue.