‹ ParnyChapitre 16 sur 38 · T0LS1KS CHOISI · texte numérisé non relu

T0LS1KS CHOISI

Puissent ainsi s'écouler nos journées, Aux voluptés en secret destinées !

Qu'un long amour m'assure tes attraits : Qu'un long baiser nous unisse à jamais. Laisse gronder la sagesse ennemie ; Le plaisir seul donne un prix à la vie. Plaisirs, transports, doux présents de Vénus, Il faut mourir quand on vous a perdus.

ËLEGIE

Calme des sens, paisible Indifférence,

Léger sommeil d'un cœur tranquillisé,

Descends du ciel ; éprouve ta puissance

Sur un amant trop longtemps abusé.

Mène avec toi l'heureuse Insouciance,

Les Plaisirs purs qu'autrefois j'ai connus,

Et le Repos que je ne trouve plus ;

Mène surtout l'Amitié consolante

Qui s'enfuyait à l'aspect des Amours,

Et des Beaux- Arts la famille brillante,

Et la Raison que je craignais toujours.

Des passions j'ai trop senti l'ivresse;

Porte la paix dans le fond de mon cœur :

Ton air serein ressemble à la sagesse,

Et ton repos est presque le bonheur.

Il est donc vrai : l'amour n'est qu'un délire !

Le mien fut long ; mais enfin je respire,

Je vais renaître ; et mes chagrins passés,

Mon fol amour, les pleurs que j'ai versés,

Seront pour moi comme un songe pénible

Et douloureux à nos sens éperdus,

Mais qui, suivi d'un réveil plus paisible,

Nous laisse à peine un souvenir confus.

ÏXËGIE

Il est temps, mon Eléonore, De mettre un terme à nos erreurs ; Il est temps d'arrêter les pleurs Que l'amour nous dérobe encore.

11 disparaît l'âge si doux,

L'âge brillant de la folie :

Lorsque tout change autour de nous,

Changeons, ô mon unique amie !

D'un bonheur qui fuit sans retour

Cessons de rappeler l'image,

Et des pertss du tendre amour

Que l'amitié nous dédommage.

Je quitte enfin ces tristes lieux

Où me ramena l'espérance,

Et l'Océan entre nous deux

Va mettre un intervalle immense.

Il faut même qu'à mes adieux

Succède une éternelle absence ;

Le devoir m'en fait une loi.

Sur mon destin sois plus tranquille :

Mon nom passera jusqu'à toi ;

Quel que soit mon nouvel asile,

Le tien parviendra jusqu'à moi.

Trop heureux, si tu vis heureuse,

A cette absence douloureuse

Mon cœur pourra s'accoutumer.

Mais ton image va me suivre,

Et, si je cesse de t' aimer,

Crois que j'aurai cessé de vivre.

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