‹ ParnyChapitre 26 sur 38 · FARM · texte numérisé non relu

FARM

Du doux Jésus l'œil dévot et pudique.

Le beau pigeon, surpris et stupéfait, D'un nouveau psaume entrevoit le sujet.

Mais le Pater, qui de rien ne s'étonne : « Or çà, Priape, avec tes compagnons Que faisais-tu chez mes jeunes tendrons? Parle. — Vraiment la question est bonne ! Ne sais-tu pas ce qu'aux vierges l'on fait?

— Tu violais? — Mais... pas trop. — Réponds net, Et laisse-là tes phrases ambiguës.

— Soit ; c'est à tort que vous avez niché Dans votre ciel ces vierges prétendues ; Une moitié pour le moins a triché.

— Tu mens, coquin. — Regardes-y, bon Père, Et tu sauras qui de nous a menti.

La résistance est nulle, ou très légère ; Tu vois pourtant comme je suis bâti.

— Vierges ou non, votre crime est le même ; Vous méritez l'enfer... ou le baptême;

Il faut choisir. — Pouvons-nous balancer ? Qu'on nous baptise : aussi bien je m'ennuie Dans cet Oylmpe, où l'homme nous oublie, Et d'où bientôt il pourra nous chasser. »

Au même instant la cohorte profane Courbe la tête, et reçoit sur le crâne Trente seaux d'eau par des anges lancés. Pour ces brigands était-ce bien assez ? « Ainsi soit-il, et nous voilà des vôtres, Dit saint Priape : allons, employez-nous ; Vous n'aurez pas de plus fermes apôtres, Ni les païens de rivaux plus jaloux. » Jésus alors : « Ile sont francs et sincères, Leur zèle est vif ; mon père, employons-les.

— Qu'en ferons-nous? — Dès longtemps je voulais Chez les chrétiens former des monastères :

Dans ce projet ces gens nous serviront. Forts et nerveux, sans peine ils soutiendront L'ennui du cloître et sa longue paresse ; A ces vertus ils joindront quelque adresse ; Et nos couvents bientôt se peupleront. — D'un prompt succès, mon fils, ton plan est digne.

— Naissez, croissez, pour féconder ma vigne. Multipliez, Carmes, Bénédictins,

Frères prêcheurs, Frères ignorantins,

Dominicains, Bernardins, Franciscains,

Les uns chaussés, les autres sans chaussure, Barbus ou non, avec ou sans tonsure, (iris, blancs ou noirs, mendiants ou seigneurs; Et vous aussi, nonnes, mères, et soeurs, Moines en jupe, à la guimpe flottante, Troupe jeûnante, et priante, et chantante ; Soldats du Christ, épouses de la croix, Vous tous enfin qui vivrez de mes droits. Pour mes soutiens du doigt je vous désigne : Naissez, vous dis- je, et fécondez ma vigne. »

A ce discours noblement déclamé, Le Saint-Esprit en souriant réplique :

« Très bien, mon cher, ce style est poétique. En me lisant, votre goût s'est formé. »

Tandis qu'il parle, on habillait nos drôles. De blanche laine on couvre leurs épaules, Et leur poitrine, et leurs membres velus ; Un long cordon presse leurs reins charnus. Un pied de bouc avec peine se chausse ; On l'élargit, on l'allonge, on le fausse, D'un pied de moine on lui donne l'ampleur, Sans rien changer à sa première odeur. On tond leur tête, ensuite on la décore D'un large froc noué sous le menton :

Embéguiné de ce blanc capuchon, Leur mufle noir paraît plus noir encore. Ainsi vêtus, d'un air très dégagé, De Jésus- Christ ils vont prendre congé ; Et chacun d'eux fait serment d'être sage. Il les bénit, en disant : bon voyage. Anges et Saints répètent, bon voyage.

Le beau Panther entend ce dernier mot, Il en conclut que la scène est finie.

Droit sur la bouche il baise son amie, La baise encore, et s'échappe aussitôt.

Mais un quidam, qui près de là repose, Le voit sortir, sans distinguer ses traits. Comment garder de semblables secrets ?

Le lendemain il raconte la chose.

Ce récit plaît, et passe en un moment De bouche en bouche, et l'oreille en oreille. Pour l' Angélus la Vierge se réveille, Et sort enfin de son appartement.

Sa bouche encore et s'entr'ouvre et soupire ; Ses grands yeux noirs se ferment à demi. La pauvre enfant ! elle avait peu dormi. On l'examine, et les plaisants de dire : « De notre reine heureux le favori !

Est-ce Panther, ou l'ange petit-maître, Ou le pigeon ? Ma foi, tous trois peut-être ; Mais à coup sûr ce n'est pas le mari. »

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