‹ ParnyChapitre 3 sur 38 · I \ PREFACE · texte numérisé non relu

I \ PREFACE

liant dan.» le ■public; il y fit du mai; il alla blesser des consciences tendres, des croyances respectables, et desquelles la société avait encore à vivre. »

Sainte-Beuve moraliste chrétien, n'est-ce pas bien amusant? Il ne nie pas que La Guerre des Dieux soit digne de Parny « par le talent et la grâce de certains tableaux », mais, enfin, il en regrette V existence. Et, il y a beaucoup à parie/ que si Parny n était l'auteur que de ce seul ouvrage, Sainte-Beuve ne s'en serait pas occu%)é: il V aurait tenu pour inexistant, ou presque! ...

Cependant, si Von ne s'embarrasse point des scrupules de Sainte-Beuve, et nous n'avons aucune raison de nous en embarrasser, il n'y a pas à hésiter un seul moment: La Guerre des Dieux est le chef-d'œuvre de Parny. Si Parny l'a conçu dans un esprit sectaire, avec le désir de froisser des croyances qui araicnt cessé d'être les siennes, cela est regrettable, assurément. Mais nous pouvons blâmer son dessin sans aller jusqu'à méconnaître la valeur littéraire de sa/, aurrc. Jl serait grandement désirable, lorsqu'on lit La Guerre des Dieux, que l'on oublie le caractère blasphématoire de ce poème pour le considérer seulement comme une fantaisie — irrespectueuse, si l'on veut, mais uniquement pour une fantaisie. On en pourrait alors juger sans parti pris, sans aigreur, sans colère — comme sans exagération dans un autre sens. En vérité, nulle part plus que dans La Guerre des Dieux, Parny n'a mieux usé de ses talents. On retrouve là toutes les qualités que nous aimons dans ses élégies: la grâce, l'aisance, l'élégance, la pureté arec, en plus, beaucoup d'esprit — un esprit non grossier — et une manière de conter rapide, souple, facile et vivante.

Parny (Evaristc-Désiré de Forges, chevalier, puis vicomte) était créole, ayant vu le jour à l'île Bourbon, le 6 février 1753/ mais il fit toutes ses études en France, au collège de Rennes. L'enseignement religieux qu'il reçut dans cet établissement le trompa sur ses propres sentiment*, au point de le faire entrer, à dix-sept ans. au séminaire de Saint-Finnin. D'un tempérament ardent, il ne tarda pas à s' tt perce rair qu'il n'était pas fait pour la vie monastique. Passant d'un ,. rire me à Vautre, il suit alors les cours de l'Ecole militaire: il veut être soldat. C< faisant, d'ailleurs, il obéit aux va u.r de son père. Versé aux dragons, il se lie arec le d, écolier de Bcrtin, ué, comme lui, à file Bour-

L'UEl V I \

bon, poète, comme lui aussi. Car Parny écrivait déjà det ici.--, des petits vers licencieux, à la mode dm temps. Puis, il minait joy< u u ii compagnie de jeunes gens de

Sun. âge, amU des femmes et du vin, mais qui avaient en~ voie du goût pour les choses de l'esprit, fis avaient cons~ //fur un petit groupement, la Caserne, dont Parny nous a dit l'agrément, dans ses /""

débuts de poète >> moulent à 1777, époque à laquelle il fil imprimer quelques petites pièces dans rAhnâtnacfa des Muses.

// avait vingt ans lorsque sa famille le rappela auprès d'elle. Ce voyage à Vile Bourbon allait avoir la plus profonde et lo plus heureuse influence sur sa destinée littéraire. C'e.<f un libertin qui débarque là-bas; il en reviendra l'esprit mûri, le cour douloureux, en pleine possession de son talent: c'est qu'il aura aimé. A Bourbon, en effet, if rencontre celle qu' il a célébrée sous le nom d'Eléonoie. C'était une demoiselle TrousaiUe, à laquelle il donna des leçons de musique — avant de lui apprend i < à conjuguer le verbe aimer. Blonde, assez grande, elle n'était pas préci sèment belle, mais il y avait dans toute sa personne un air de volupté qui la rendait extrêmement désirable. De son côté, Parny, au témoignage de Chateaubriand, qui fut très lié avec lui, était « grand, mince, le teint brun, les yeux noirs, enfoncés et fort vifs ». L'idyl'e aurait abouti à un mariage, si le père du jeune nom un n'avait refusé son consentement. Le chevalier revint alors en France, espérant peut-être fléchir un jour la volonté paternelle et donner son nom à celle qu'il aimait. Hélas, il nrait compté sans l'inconstance féminine! Eléonore manqua à sa parole et, quand Parny retourna à Bourbon, q.uehjucs années plus tard, elle était la femme d'un autre. On ne l'avait cependant pas oublié; s'il était revenu plu* tôt, Eléonore lui aurait sans doute appartenu. Il avait tant toi dé, la jeune créole s'était crue supplantée dans le cœur dr son amant... Pourtant, quel trouble la saisit lorsqu'elle apprend son retour/...

Va-l-elle le revoir? Elle le craint et l'espère tout à la fois. On lui a dit que M. de Parny est capitaine de dragons , attaché, en qualité d'aide de camp, à M. de Souillât, le nouveau gouverneur de l'île: (pu' il doit être bien sans l' uniforme d'officier! Mais Parny, dès qu'il sait la fatale nouvelle du mariage d'Eléonorc, n'a plus qu'un désir: s'éloigner de Bourbon. Déjà il est sur le vaisseau gui dait l'emporter loin de l'infidèle; partira-t-il ainsi;

Page 1