VI PREFACE
Eléonore n'y tient plus, elle lui envoie une négresse pour le prier d'aller la voir. — « Cette négresse, raconte Chateaubriand, qui tenait ces détails du poète lui-même, était la même qui l'avait introduit en de plus doux rendezvous. Le vaisseau qui devait ramener Parny en Europe était à l'ancre; il devait partir dans la nuit. Qu'on juge des sensations que ramant d Eléonore dut éprouver lorsque après douze ans de silence, il reçut ce message au moment de son départ, par cette négresse. Que de souvenirs!... »
Rentré en France, Parny quitta l'armée. En 1778, au retour de son premier voyage à l'île Bourbon, il avait donné le recueil de ses Poésies erotiques, qui avaient eu tout de suite un gros succès. Installé dans sa magnifique résidence de Feuilïancour, près de Saint-Germain, faisant des vers à ses moments perdus, Parny connut quelques belles années de plaisir et de poésie. La Révolution ne le troubla pas; elle allait pourtant le ruiner. Il fut alors contraint de solliciter un emploi au ministère de l'Intérieur; mais, bientôt, il reprit sa liberté pour se consacrer entièrement aux lettres. Il avait la naïveté de croire que sa plume suffirait à le faire vivre/
Il publia La Guerre des Dieux, en 1799 (1); quatre ans après, V Académie lui ouvre ses portes. Quelques mois auparavant, il avait épousé une créole, une veuve, Marie-Françoise Vally.
Parny jouissait d'une renommée réellement considérable, mais la médiocrité matérielle dans laquelle il vivait l'avait sinon aigri, du moins désabusé. Le poète Dorange ayant été le voir, Parny cherche à le dissuader de faire des vers, il savait à quoi cela conduisait et voulait éviter à un jeune homme les déboires dont lui-même avait souffert. — « Plus vous aurez de mérite, disait-il, plus vous serez malheureux. Ne vous livrez jamais à la poésie qu'avec une fortune indépendante. Ne m'imitez pas, j'ai levé le masque; privé par la Révolution de 50.000 livres de rente qui assuraient mes loisirs, je me suis déclaré poète.. J'ai préféré la médiocrité et la gloire à tout ce qui m'eût été avantageux; un poète reconnu pour tel, est repoussé de tous les emplois; j'ai langui dans un état indigent, où je serais encore san.< une place que M. Français de Nante (directeur des Droits réunis) a créée pour moi. Que voulez-vous? Cette gloire enivrante m'a tenu lieu de tout; j'ai entendu dire:
(1) En 1827, la congrégation redevenue toute puissante. 1 ouvrage de Parny fut condamné par les tribunaux.