CHANT HUITIÈME
« Anges et Saints, vous tous dont le courage, Exécutant le décret des mortels, M'a des païens assuré l'héritage, Dans cet Olympe élevez mes autels.
De Jupiter l'antique cathédrale Du Paradis sera la succursale.
Nous passerons, pour, éviter l'ennui, De l'un à l'autre : et gardez-vous de croire Que nos rivaux, quêtant un vain appui, Pourront sur nous ressaisir la victoire. De vos succès sans crainte jouissez.
L'homme nous veut, nos destins sont fixés. De l'avenir pour moi la nuit est claire, Noire pour vous ; par grâce singulière, En ce moment je vous égale aux dieux.
Approchez donc, regardez sur la terre, Et l'avenir va passer sous vos yeux. »
Du beau nuage où sa grandeur repose, Ainsi parlait le Dieu fort et vengeur, Et sur l'Olympe il planait en vainqueur. Sa voix alors de trois tons se compose,
L'un grave et sourd, l'autre doux, l'autre aigu L'accord parfait fut au loin entendu.
Voir l'avenir ne se refuse guère.
Les curieux viennent de toutes parts :
Sur notre monde ils fixent leurs regards. Jésus reprend : « Toi dont la voix est claire. Pure et sonore, approche, Gabriel ; Choisis les faits : en quelques mots explique Ce qui là-bas intéresse le ciel ; Et montre-leur la lanterne magique.
GABRIEL
De Constantin voyez les successeurs :
Voyez leur cour. Déjà d'habiles prêtres, Souples, rétifs, menaçants, ou flatteurs. Troublent l'empire, et de leurs lâches maîtres Au nom du ciel dirigent leurs fureur?.
Grâce à leurs soins, de la théologie Partout s'étend l'inquiète manie.
Ce goût bientôt se change en passion.
Chacun épluche, altère, embrouille, explique Des livres saints le texte inauthentique. D'in-folios quelle profusion !
Au sens commun quel déluge d'outrages ! On argumente ; et les antres du nord Par millions vomissent des sauvages, Dont la valeur et le subit effort Sur tout l'empire étendent les ravages.
Mais pour qui donc, insouciants chrétiens. Aiguisez- vous ces sabres et ces lances ? Pour qui ces fers, ces bûchers, ces potences? Pour les Goths? Non, pour les seuls Ariens. Il faut du sang à leur pieuse rage.
Voyez ces murs sous l'herbe ensevelis ; Voyez ces champs, ces fertiles pays Livrés au meurtre, aux flammes, au pillage ; De ces enfants contemplez le carnage : C'est pour un mot que l'on massacre ainsi.
JÉSUS-CHRIST
Pour moi ce mot a beaucoup d'importance : Il compromet ma divine substance.
SAINT GUIGNOLET
Tuons ! tuons !
JÉsr- .-( hkist
Nestorius aussi Invente un mot et double ma personne.
Par Eutychès il se voit réfuté.
Mais Eutychès, par son zèle emporté, Sur ma nature aussitôt déraisonne ; Car j'en ai deux.
LE PÈRE Quel galimatias !
JÉSUS-CHRIST
Une est déjà bien difficile à croire ; Mais j'en ai deux; on ne se refait pas.