‹ Paroisse de CharlesbourgChapitre 12 sur 20 · GRENET · texte numérisé non relu

GRENET

lOème Desservant.

Pendant une des longues absences de M. Le Boullenger, depuis le commencement de mai jusqu'au mois de novembre de l'année 1^26, M. Jean-Baptiste-François Grrenet, qui venait d'être ordonné prêtre, le 14 avril précédent, fut chargé de desservir la paroisse, de sorte qu'on peut, comme nous l'avons déjà remarqué, le compter au nombre des prêtres qui ont desservi Charlesbourg. A son départ de Charlesbourg il fut nommé curé de Ber- j

thier, et en 1^29, premier desservant de Saini -François du Sud ; puis, en 1746, curé de Saint-Thomas de Montmagny,où il mourut, le 30 octobre 1750.

MONSIEUR JEAN-BAPTTSTE-LAURENT MORISSEAUX:

llème Desservant et 3èrae Curé.

M. Morisseaux était le fils de " J.-B^® Morisseaux interprète du roi en langue Iroquoise." M. Morisseaux n'a presque jamais pris le titre de curé ; il s'est toujours donné, dans les actes qu'il a faits, comme ?mssionnaire de Charlesbourg et il ne s'est intitulé curé que trois ou quatre fois seulement, en 1760. Cela peut paraître assez singulier, mais nous sommes porté à croire que M. Morisseaux n'ayant pas été nommé curé inamovible comme ses deux prédécesseurs, MM. Doucet et Le Boullenger, et avec les solennités en usage pour ces nominations, n'a pas voulu prendre un titre qu'on ne voulait plus donner, car on a cessé vers ce tempslà de faire des nominations de curés inamovibles et peu à peu la nomination des* -curés a été faite révocable ad nutum

(c'est-à-dire, à volonté), à l'exception du curé de Québec, le seul aujourd'hui inamovible dans Tarchidiocèse et qui a pris jusqu'ici possession de sa cure avec les formalités voulues pour ces sortes de nominations.

M. Morisseaux a été curé de Charlesbourg pendant 27 ans, et son souvenir s'était conservé avec amour parmi les anciens de la paroisse avec qui nous avons vécu dans notre enfance et qui n'en parlaient jamais qu'avec éloge et reconnaissance. On peut dire que c'est avec lui que commencent les souvenirs traditionnels de la paroisse.

Dans les premières années que M.

Morisseaux passa à Charlesbourg comme curé, il y eut, le 19 novembre 1748, une assemblée des anciens et nouveaux marguilliers présidée par Mgr de Pontbriand, et dans laquelle il fut décidé que l'on fondrait quatre messes à perpétuité dans l'église Cathédrale de Québec, pour la somme de 360 francs et pour diverses personnes et diverses intentions Cette décision fut approuvée par Mgr de Pontbriand, le 22 décembre suivant, et il ordonna en même temps d'inscrire cette fondation '' dans le tableau des fondations

de l'éfrlise de Québec qui doit être placé dans la sacristie." Cette fondation fut acceptée le même jour par la fabrique ^e Québec présidée alors par le Père Jésuite ^5iméon le Bansais. Chose assez singulière et qui peut faire comprendre jusqu'à quel point on avait réussi à implanter l'esprit du gallicanisme en Canada, c'est qu(% pour cette fondation, il avait fallu tout d'abord obtenir l'autorisation du Gouverneur le Marquis de la Galissonnière et de l'Intendant Hocquart qui donnèrent cette autorisation, les 18 et 21 de mai i)récédent.

Vax 1749, M. Morisseaux fit faire quatre gros lustres en bois pour la messe de minuit. Ces lustres, qui n'avaient coûté que 98 livres, passaient l'année suspendues près de la voûte d'où on ne les des(;endaient qu'à Noël. L'usage des lustres en cristal n'était pas encore connu (1).

M. Morisseaux avait une faible santé, et de 1750 à 1760 il eut successivement trois vicaires et, outre ces trois vicaires,

(1) Dans cotto in(?mo année 1719 on chanta deux messes j»our obtenir la délivrance de deux fléaux : la première, " pour inviter le ciel à purger les insectes qui offensaient lo hlod," (flic) et la seconde, "chantée pendant les maladies répandues dans octto paroisse."

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il fut souvent obligé d'avoir recours au ministère de prêtres étrangers dont plusieurs ont fait des actes dans les registres.

Le premier vicaire qu'il eut fut M.

Louis-Marie Brassard, fondateur du collège de Nicolet, ordonné le 20 septembre 1749, et qui fut vicaire à Oharlesbourg depuis le commencement de mars 1750 jusqu'au mois d'août de la même année.

Il fut alors nommé curé de Nicolet où il demeura jusqu'à sa mort, arrivée le 27 décembre 1800, à l'âge de 74 ans.

Le second vicaire de M. Morisseaux fut M François Borel qui lui succéda plus tard comme curé. Il était né à Avranches, en Normandie, le 12 juin 1727, dit l'abbé Tanguay, fils de Simon Borel et de Marie Jonix, et était venu en Canada n'étant pas encore prêtre II fut ordonné, le 20 septembre 1755, et fut aussitôt envoyé, comme vicaire, à Oharlesbourg où il resta jusqu'à la fin de novembre 1756. Il fut alors nommé curé de Sainte-Foye, car au 3 janvier suiv^ant 1757, dans l'acte d'un baptême qu'il fait à Oharlesbourg il prend le titre de " Missionnaire de Ste-Foye."

Le troisième vicaire fut M. Michel- Marie Marcou, né à Beauport, le 15 novembre 1734, et ordonné le 30 novembre

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1*75^. Comme les deux vicaires précédents il fut aussitôt envoyé à Charlesbourg pour remplacer M. Borel (1).

Dans ces temps anciens la chasse était la récréation de mode et d'usasre, car le gibier de toute espèce, gros et petit, abondant presque partout, invitait les disciples de Saint-Hubert à se livrer à ce plaisir Les prêtres souvent aussi aimaient à prendre cette récréation pendant laquelle M. Morisseaux faillit un jour perdre la vie. Il était à la chasse avec son vicaire, M. Marcou, lorsque ce dernier ne voyant pas son curé, tira un coup de fusil qui l'atteignit à la figure et lui creva un œil. L'accident n'eut pas de suites plus fâcheuses, mais M. Morisseaux trouva le poivre si piquant qu'il prit la résolution de ne plus s'exposer à en recevoir davantage, et M. Marcou déclara que c'était là son dernier coup de fusil.

Le dernier acte que M. Marcou signa, comme vicaire, est du 14 octobre 1760 et

(2) Le 23 novembre 1754, on enterra Pierre Chauveau, ** premier capitaine des compagnies du dit Gharlesbourg, " mort le 21.

le 20 du même mois, il fait un acte où il s'intitule " curé de T Ange-Gardien."

M. Moris^seaux eut besoin d'une manière particulière du secours de son Ticaire, M. Marcou, pendant l'invasion du Canada et le siège de Québec, en 1759, car la paroisse de Charlesbourg eut sa grande part des épreuves de cette triste époque de notre histoire. Le curé et son vicaire avaient non seulement à préparer les miliciens qui partaient pour le théâtre de la guerre et à consoler les familles ; mais ils avaient de plus à placer et à pourvoir aux besoins spirituels et temporels d'un grand nombre d'étrangers de l'Ile d'Orléans et de Québec réfugiés dans la paroisse.

*' Dès qu'on eut appris, dit Turcotte dans son histoire de l'Ile d'Orléans, que la flotte anglaise remontait le fleuve, (lé gros de cette flotte arriva à l'Ile-aux- Coudres, le 23 juin 1Y59), les autorités commandèrent aux habitants d'évacuer nie (d'Orléans) immédiatement et de se retirer à Charlesbourg." C'était bien, en effet, la place la plus convenable car toutes les paroisses des deux côtés du fleuve en bas de Québec devaient rester sans défense et exposées aux ravages de

Tennemi, tandis que Oharlesbourg devait être protégé par les troupes campées entre la rivière Saint-Charles près de Québec et leSault Montmorency. Des ordres avaient été donnés aussi partout en bas de Québec pour obliger les familles à se retirer dans les bois avec leurs effets, leurs provisions et leurs animaux. C'est ce qui se lit dans la plupart des localités, mais à l'Ile d'Orléans, la précipitation et la maladresse avec lesquelles le départ se fit causèrent à des centaines de propriétaires plus de tort que l'ennemi en aurait pu faire.

" Chaque paroisse, ajoute Turcotte, dit adieu en pleurant à ses foyers et se retira à Charlesbourg sous la conduite de son vénérable curé. Des vieillards et des malades y furent transportés sur des lits

et ne revirent plus le toit paternel

Les habitants de l'Ile passèrent dans cet endroit trois longs mois dans la plus grande inquiétude et le plus entier dénuement. Déjà ils pouvaient voir les dégâts et les dévastations que causaient les Anglais qui y avaient établi leur camp." " Pendant le siège de Québec, dit l'Abbé Tanguay, M. Grilles Eudo, curé de Sainte-Famille, se retira à Charlesbourg avec tous ses paroissiens," et on voit, en

effet, par les registres qu'il fit un baptême, le 23 septembre, et dans l'acte qu'il en dressa il se donne le titre de " Missionnaire de la Sainte-Famille."

Il est bien certain que, pendant cette guerre de la conquête du pays par les Anglais, plusieurs braves habitants de Charlesbourg étaient au nombre des miliciens qui combattirent si vaillamment et donnèrent si généreusement leur sang pour la défense de leur patrie ; mais on ne peut cependan t rien constater parles registres, car aucun de ceux qui furent tués ne fut enterré à Charlesbourg. Il est certain, par exemple, que Pierre Trudelle, bisaïeul de celui qui écrit ces lignes, fut tué au camp du Sault Montmorency, en 1759, et cependant on ne trouve pas son acte de sépulture (1).

Une note de Mgr Briand, en visite épiscopale à Charlesbourg, le 29 juillet 1767, dit : '' Les comptes pendant le siège et quelques années auparavant ont été perdus pendant le siège." Les comptes

(l) On conserve précieusement dans la famille la canne de jonc avec laquelle il commandait son bataillon et la décoration en cuivre qu'il portait comme officier et sur laquelle on voit le trou de la balle qui l'a frappé.

et les actes d'élection des marguilliers manquent en effet, depuis 1^50 inclusivement jusqu'à 1^60 aussi inclusivement.

C'est une lacune regrettable et qu'il n'est pas possible de remplir. On aime tant à connaître les plus petits détails des événements de ces temps malheureux dans lesquels nos ancêtres, dans la paroisse, ont dû jouer un grand rôle à raison de leur proximité du principal théâtre de la guerre.

M. Morisseaux eut la douleur de voir des hauteurs de Charlesbourg les désastres du siège de Québec causés par le bombardement du camp de Lévis et par les incendies qu'il allumait. Comme toutes les familles éplorées de la paroisse, dont les parents étaient sur le champ de bataille, il a pu entendre le bruit et voir la fumée du canon des Plaines d'Abraham où tombèrent glorieusement plusieurs de ses paroissiens.

On voit encore, dit M. J. M. LeMoine dans son " Album du Touriste," près de la résidence de M. Parke, sur le chemin de Charlesbourg, des restes de *' l'Ouvrage à Cornes " où les soldats du Béarn et autres se réunirent après la bataille des Plaines d'Abraham, ** à la brunante pour

en défiler par détachements épars, confus et pleins de panique, par le chemin de Oharlesbourg, courant vers les hauteurs de la Jeune-Lorette, puis à travers l'Ancienne-Lorette, et rejoignant, épuisés de fatigue et désorganisés, Bougainville près du Cap Rouge, au point du jour, le 14 septembre 1759."

Dans cet Ouvrage à Cornes il y avait une petite maison où le Gouverneur Vaudreuil et l'Intendant Bigot s'assemblèrent, avec d'autres officiers, pour jeter les bases d'une capitulation.

" En 1535, dit à ce propos M. J. M.

LeMoine, Jacques-Cartier plaçait en hivernement, à Tembouchure de la rivière Lairet, vis-à-vis de laPointe-aux-Lièvres, la Grande et la Petite Hermine, là où M.

Jos. Hamel en découvrait les restes en 1843 sur les rives du Saint-Charles ; c'est là le berceau de la domination française.

Deux siècles et demi plus tard, le même site pouvait en être considéré le tombeau.

On sonnai le glas de la France, près du lieu où naguère avait été érigée la Croix, par laquelle François I prenait possession du pays ; on délibérait de la reddition de la colonie."

Pendant le siège de 1^59, M. Morisseaux eut le bonheur de donner l'hospitalité à

Mgr de Pontbriand dont la cathédrale et le palais épiscopal étaient incendiés et qui voulait demeurer libre de communiquer avec le reste de son vaste diocèse.

** L'Evêque de Québec, dit TAbbé Ferland, depuis le mois de juillet avait fixé sa résidence à CharlesboUrg ; à la fin de septembre il se retira à Montréal, d'où, le neuf de novembre, il écrivait au ministre pour lui diie son avis sur la conduite de M. de Vaudreuil " 11 lui disait, entre autres choses, qu'on avait un tort infini de lui attribuer nos malheurs. MiiT de Pontbriand, cependant descendit de Charlesbourg à Québec, probablement pendant la bataille des Plaines d'Abraham, car, suivant l'Histoire des Ursulines, il était dans cette ville, le 13 septembre, puisqu'il administra ce jour là le Général Montcalm qui mourut le lendemain. Les portes de la ville furent ouvertes le 18.

A sa lettre au ministre Mgr de Pontbriand joignit un mémoire qu'il donne comme étant une description imparfaite de la misère du Canada à la prise du pays par les Anglais, et que nous reproduisons ici en grande partie, afin de nous rappeler ce qu'eurent alors à souffrir les habitants de Oharlesbourg qui avaient de plus sous

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leurs yeux le triste spectacle de la ville de Québec presqu'entièrement détruite.

" Québec, dit ce mémoire, a été bombardé et cauonné pendant l'espace de deux mois ; cent quatre-vingt maisons ont été incendiées par les pots-à-fëu ; toutes les autres criblées par le canon et les bombes. Les murs, de six pieds d'épaisseur, n'oiit pas résisté; les voûtes, dans lesquelles les particuliers avaient mis leurs effets, ont été brûlées, écrasées et pillées, pendant et après le siège. L'église cathédrale a été entièrement consumée. Dans le Séminaire il ne reste de logeable que la cuisine où se retire le curé de Québec avec son vicaire. Cette communauté a souffert des pertes plus grandes hors de la ville où l'ennemi lui a brûlé quatre fermes et trois moulins considérables qui faisaient presque tout son revenu. L'église de la Basse- Ville est entièrement détruite ; (1) celles des Récollcts, des Jésuites et du Séminaire sont hors d'état de servir sans de très-grandes réparations. Il n'y a que celle des Ursulines où Ton peut faire l'office avec quelque décence, quoique les

(I) Une seule maison restait debout à la Basse-Ville, dit l'annaliste des Ursulines.

Anglais s'en servent pour quelques cérémonies extraordinaires. Cette communauté et celle des Hospitalières (Hôtel Dieu) ont été aussi fort endommagées ; elles n'ont point de vivres, toutes leurs terres ayant été ravagées. Cependant les religieuses ont trouvé moyen de s'y loger tant bien que mal, après avoir passé tout le temps du siège à rHôpital-Grénéral.

L'Hôtel-Dieu est infiniment resserré parce *que les malades Anglais y sont. Il y a quatre ans que cette communauté avait brûlé entièrement. Le palais épiscopal est presque détruit et ne fournit pas un seul appartement logeable ; les voûtes ont été pillées. Les maisons des KécoUets et des Jésuites sont à peu près dans la même situation ; les Anglais y ont cependant fait quelques réparations pour y loger des troupes ; ils se sont emparés des maisons de la ville les moins endommagées ; ils chassent même de chez eux les bourgeois qui, à force d'argent, ont fait raccommoder quelque appartement, ou les y mettent si à l'étroit par le nombre de soldats qu'ils y logent, que presque tous sont obligés d'abandonner cette ville malheureuse, et ils le font d'autant plus volontiers que les Anglais ne veulent

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rien vendre que pour de l'argent monnayé, et l'on sait que la monnaie du pays n'est que du papier. Les prêtres du Séminaire, les chanoines, les Jésuites, sont dispersés dans le peu de pays qui n'est pas encore sous la domination Anglaise ; les particuliers de la ville sont sans bois pour leur hivernement, sans pain, sans farine, sans viande, et ne vivent que du peu de biscuit et de lard que le soldat Anglais leur vend de sa ration. Telle est l'extrémité où sont réduits /les meilleurs bourgeois."

" Les campagnes ne fournissent point de ressources et sont peut-être aussi à plaindre que la ville même. Toute la côte de Beaupré et l'Ile d'Orléans ont été détruites avant la fin du siège ; les granges, les maisons des habitants, les presbytères ont été incendiés ; les bestiaux qui restaient, enlevés ; ceux qui avaient été transportés au-dessus de Québec ont presque tous été pris pour la subsistance de notre armée ; de sorte que le pauvre habitant qui retourne sur sa terre avec sa femme et ses enfants, sera obligé de se cabaner à la façon des sauvages. Leur récolte qu'ils n'ont pu faire qu'en en donnant la moitié, sera exposée

aux injures de Tair, ainsi que leurs animaux ; les caches qu'on avait faites dans les bois, ont été découvertes par l'ennemi, et par là l'habitant est sans hardes, sans meubles, sans charrue et sans outils pour travailler la terre et couper les bois. Les églises, au nombre de dix, ont été conservées ; mais les fenêtres, les portas, les autels, les statues, les tabernacles ont été brisés. La mission des sauvages Abénakis de Saint François a été entièrement détruite par un parti d'Anglais et de Sauvages ; ils y ont volé tous les ornements et les vases sacrés, ont jeté par terre les hosties consacrées, ont égorgé une trentaine de personnes, dont plus de vingt femmes et enfants."

" De l'autre côté de la rivière, au sud, il y a environ trente-six lieues de pays établi qui ont été à peu près également ravagées et qui comptent dix-neuf paroisses dont le plus grand nombre a été détruit. Ces quartiers n'ont aucune denrée à vendre et ne seront pas rétablis d'ici à plus de vingt ans dans leur ancien état...

L'année prochaine il sera difficile d'ensemencer parcequ'il n'y a pas de labour de fait. J'atteste que, dans cette description de nos malheurs, il n'y a rien d'exa-

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géré, et je supplie nos Seigneurs les Evêques et les personnes charitables de faire quelques eflforts en notre faveur.

Le 5 novembre 1759."

" Le vénérable Evêque, dit l'Abbé Ferland, ne vécut pas longtemps après la prise de Québec ; miné par ses travaux continuels et par le chagrin de voir sa ville épiscopale aux mains des ennemis de sa patrie, il mourut, le 6 juin 1760, à Montréal où il s'était retiré après la défaite de l'armée française devant Québec," et où il fut enterré, le 10' du même mois.

La paroisse de Oharlesbourg n'eut pas le malheur d'être ravagée par l'ennemi, comme la côte de Beaupré, la côte du Sud, l'Ile d'Orléans et la Baie Saint-Paul, mais elle fut exposée au pillage des régiments français et des soldat» de la milice canadienne qui campaient entre Québec et le Sault Montmorency.

Ces soldats et ces miliciens, poussés à bout par la misère et les privations de tout genre causées par la mauvaise administration et les malversations de l'Intendant Bigot et de ses amis, commettaient eux-mêmes des déprédations odieuses dont une femme de Oharlesbourg eut la hardiesse d'aller se plaindre à Montcalm lui-même.

Voici à ce propos ce qu'on lit dans les documents publiés par O'Callaghan, (vol.

10, p. 1044) : " Les Canadiens qui, avec leur valeur, leur adresse et leur docilité bien dirigées, sont capables de tout, tombèrent insensiblement dans l'apathie et M. de Montcalm, de son côté, était assez peu citoyen pour s'autoriser en quelque sorte de cela pour permettre à ses troupes d'abandonner toute espèce de discipline ; le soldat finit par méconnaître l'ofiicier qui, lui-même, devint insubordonné ; il s'en suivit toute espèce de désordres ; il n'y eut plus de régularité ni d'exactitude dans le service ; on ne peut s'imaginer les dévastations commises par les troupes dans les districts ruraux où campait l'armée ; on fit des plaintes ; le général répondit que tout dépendait des soldats et ces derniers, informés de la chose, se mirent à parcourir le pays, à deux ou trois lieues à la ronde. C'est à cette occasion qu'une femme, un jour d'alarme, reprochait à M. de Montcalm la liberté avec laquelle il laissait ses soldats faire le pillage du bétail, des volailles, des jardins, des plantations de tabac, et même du blé, et lui dit aux quartiers de M. de Vaudreuil, en présence de vingt officiers,

qu'il aurait 500 soldats de moins à opposer aux forces de rennemi, dont on attendait une attaque à tout moment, s'il ne se hâtait pas de faire battre la générale à Charlesbourg, environ 2 lieues dans l'intérieur, où ils étaient activement au pillage, même de l'intérieur des maisons."

" Les officiers de l'armée régulière, pour se justifier des désordres commis par les soldats, répondirent à toutes les plaintes qu'on leur fit, que les soldats mouraient de faim." Oe document ne doit être admis que sous bénéfice d'inventaire.

Comme historien ou, si l'on veut, comme chroniqueur de Charlesbourg, il ne nous est pas permis de parler de Montcalm sans dire un mot d'un ancien habitant de cette paroisse qui eut, pendant quelques années, des rapports avec lui et dont le nom, tiré des cachots de l'oubli par nos deux infatigables archéologues, Jacques Viger et Faribault, vient d'être illustré devant la Société Royale par un autre archéologue distingué, l'abbé Tanguay. Nous voulons parler de Joseph Barbeau qui fut, pendant trois ans, le cocher, ou plutôt le piqueur, du Marquis de Montcalm qui l'avait pris en estime particulière et auquel il avait confié le

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soin de ses chevaux sur les plaines d'Abraham. Il était né à Charlesbourg de Joseph Barbeau et de Marie Joseph Loisel, le ^ octobre 1741, s'était marié à Terrebonne, le 21 août 1769, et est mort à Sainte Thérèse, en 1828, à l'âge de 88 ans, 10 mois et 18 jours, après 59 ans de mariage.

La " Gazette de Québec " du 2 octobre 1828 a publié de lui la notice suivante :

" Décédé à Ste Thérèse un nommé Joseph Barbeau qui avait été cocher, pendant trois ans, du Général le Marquis de Montcalm qu'il avait accompagné avec des chevaux de selle au champ de bataille, sur les plaines d'Abraham. Il était né à Charlesbourg, près de Québec "

L'abbé Tanguay, après avoir fait remarquer que Barbeau, pendant les trois années qu'il fut au service de Montcalm, a dû l'accompagner à Chouaguen, au Fort George et à Carillon, fait les réflexions suivantes que nous aimons à reproduire ici : " A ce titre sa mémoire doit, aux yeux des Canadiens, rester enveloppée dans un rayon de la gloire de son maître.

*' On dirait que c'est pour conserver cette gloire dans tout son éclat, pour éviter en quelque sorte de la ternir au contact des vainqueurs, que Joseph Bar-

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beau se retira bien loin de Québec, aux extrémités, on peut dire, des habitations françaises, là où rien ne pouvait plus lui rappeler le souvenir douloureux du drame des pleines d'Abraham.

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