‹ Paroisse de CharlesbourgChapitre 18 sur 20 · C. P. Cazeau, Ptre · texte numérisé non relu

C. P. Cazeau, Ptre

Secrétaire.

(l) Texte de Taote : " Anno Dofnini MDCCCXXX die rigesimâ quintâ Maii, ego Josephus Signaj, Episoopus Fissulanus Coadjutor Illastrissimi ao Reverendissimi D. D.

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Le 20 juillet, après la consécratit)ii, Mgr Panet accorda la faveur de l'autel privilégié.

Avant que l'église fut bénite et consacrée, le 4 avril de l'année précédente 1829, on y avait enterré le corps de Sieur Charles Lefrancois, imprimeur, décédé à Québec, le 1er avril. C'est le même M.

Lefrancois dont l'imprimerie avait été saisie et pillée, en 1810, et qui fut emprisonné avec Bedard, Papineau et Blanchet (1).

La première messe dans l'église actuelle fut chantée le jour de la fête de Saint Pierre, 29 juin 1830, par M. Paschal Pouliot, ordonné prêtre le 2 mai précédent et nommé aussitôt vicaire à Charlesbourg,

Bcrnardi Claudii Panet Episcopi Quebeccnsis, consecravi ecclesiam et altare in honorem Sancti Cnroli, et relîquias SanctorumMartyrum démentis, Vitalis et Fidelis in prœdicto altari inelusi, et singulis Christi fidelibus hodie unum annum, et in die anniversario consecrationis hujusmodi ipsam visitantibue, quadraginta dies de verâ indulgentià, in forma ecclesiae consuetâ, concessi."

(1) La veuve de ce M. Lefrancois, que nous avons connue, tenait une petite librairie sur les remparts, près de l'Université. C'est elle qui, offrant un jour à un acheteur les œuvres de Saint Liguori qui venaient deparoiître, disait avec complaisance : " Voici St Alphonse avec tout son Liguori," voulant 4iire toutes les œuvres de Saint Alphonse de Liguori.

en Tabseucede M. Bédard qui accompagnait Mgr Panetdans sa visite épiscopale.

Cette première messe dans la nouvelle église donna lieu à des difficultés et à des scènes semi-comiques, entre le vicaire et les marguilliers, dans lesquelles le rôle de ces derniers, sauf un manque de respect et un peu trop de résistance à l'autorité, fut le plus beau.

M. Bedard, sachant que les paroissiens avaient hâte d'entrer dans la nouvelle église, écrivit à M. Pouliot pour lui permettre d'y chanter la messe, le jour de la fête de Saint Pierre, et de faire faire en même temps la première communion des enfants à la messe de ce jour, suivant l'usage. Mais, si les paroissiens désiraient entrer dans la nouvelle église, ils désiraient encore plus que ce fut M. Bedard qui y chantât la première messe. Cependant M. Pouliot, sans en prévenir les marguilliers qui avaient à faire faire le déménagement et les préparatifs nécessaires, annonça au prône du dimanche précédant la fête de Saint Pierre, que ce jour là il chanterait la messe dans la nouvelle église.

Aussitôt après la messe les marguilliers, anciens et nouveaux, se rendirent à la

sacristie pour exposer au vicaire que le vœu de la paroisse était qu'il fallait attendre le retour de M. Bedard, qu« cela convenait et qu'il lui appartenait à tous égards de chanter la première messe dans la nouvelle église. Mais M. Pouliot, jeune et ardent, surpris de cette démarche à laquelle il ne s'attendait pas, manquant de l'expérience nécessaire dans ces sortes de circonstances, tenant peut-être un peu trop à sa manière de juger, ne voulant pas recevoir des avis de la part de ceux qui n'avaient pas mission de lui en donner, ne crut pas devoir revenir sur sa décision. Malheureusement encore pour la circonstance M. Pouliot était d'un esprit plein de finesse mais caustique, et il y eu échange de mots acerbes et piquants qui rendirent l'entente presqu'impossible. Bref, le marguillier en charge, Jean Trudelle, ferma la nouvelle église et garda la clef. Cependant, la veille de la fête de Saint Pierre quelques personnes qui étaient pour la manière de voir du vicaire, trouvèrent moyen d'entrer dans l'église, à l'insu du marguiller en charge, (il y avait dès lors, comme naguère en France, des crocheteurs de portes), pour nettoyer et tout préparer

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pour l'office du lendemain. Mais le marguillier en charge, prévenu de ce qu'on avait fait, se rendit de grand matin le jour de la fête à l'église et ferma tout de nouveau. Tout le monde, par un temps magnifique, s'était rendu à l'église à l'heure ordinaire de la messe et attendait, plutôt avec joyeuseté qu'avec impatience, le dénouement de ce petit imbroglio ; mais le marguiller en charge tenait bon et gardait les clefs de l'église sur lui.

Cependant M. Pouliot avait envoyé un courrier à Québec avec une lettre pour le Grand- Vicaire Demers, qui remplaçait Mgr Panet en visite pastorale à la campagne. Le courrier revint avec une lettre du Grand-Vicaire déclarant, (ce que les marguilliers admettaient,) que M. Pouliot était dans son droit puisque M.

Bedard l'avait autorisé à faire ce qu'il voulait faire, et priant le marguillier en charge de mettre fin à une opposition qui menaçait de tourner au scandale, et de ne plus tarder à ouvrir l'église. Mais les marguilliers, espérant toujours que M. Pouliot finirait par renoncer à ce droit pour se rendre aux désirs de la paroisse, ne voulurent pas encore céder. Alors deuxième message à Québec, et, cette fois

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ordre au marguillier en charge d^ouvrir Téglise. Il fallut céder et obéir. Il était près de 11 heures lorsque la messe commença. Ces difficultés et le regret général de ne pas voir le bon père Bedard chanter la première messe dans l'église pour la construction de laquelle il s'était donné tant de trouble, tempéra la joie naturelle des paroissiens dans cette circonstance. Il va sans dire que la première communion des enfants n'eut pas lieu ce jour là.

Après la messe tous les marguilliers allèrent reprocher au vicaire sa conduite peu délicate envers M. Bedard et les paroissiens de Charlesboug. Ce fut là leur tort. La messe était chantée ; c'était un fait accompli et du domaine de l'histoire : à quoi bon de nouvelles récriminations ?

A son retour dans la paroisse M. Bedard demanda à M. Pouliot si les paroissiens avaient été mécontents parce qu'il n'avait pas fait faire la première communion le jour de la fête de St-Pierre et à cette première messe. " Non, " dit M. Pouliot.

" Eh ! bien, dit M. Bedard, ils n'auraient pas été plus mécontents si vous n'aviez pas chanté la première messe dans la

nouyelle église." C'était une manière délicate de dire à son vicaire qu'il avait eu tort d'agir comme il avait agi.

Les chantres, comme on le sait, ne portaient pas l'habit de chœur, le jupon et le surplis, et n'étaient pas placés dans le sanctuaire dans l'ancienne église ; à la première messe dans l'église actuelle ils firent leur entrée dans le sanctuaire avec les petits servants de messe. C'était du nouveau.

L'église a'.Huelle de Charlesbourg a été bâtie trop tard et trop tôt. Trop tard, puisqu'on la désirait depuis longtemps parceque l'ancienne église était trop petite pour la population, même depuis la séparation de Saiut-Ambroise. Trop tôt, car, lorsqu'on l'a construite, on n'avait pas encore le goût de ces magnifiques églises en pierres de rang, ou en pierres de taille, qu'on construit depuis quelques années, et telles que la généreuse et riche paroisse de Charlesbourg pourrait en bâtir aujourd'hui. Les murs de l'église actuelle, par exemple, auraient pu être en pierres de rang, mais on les a crépis entièrement parce qu'alors on croyait en général qu'un ouvrage en maçonnerie n'était pas fini quand on se contentait de tirer les joints.

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On ne connaissait pas non plus encore d'autre manière de vitrer les châssis qu'avec des petites vitres d'environ huit pouces carrés. Cependant il y avait progrès dans le plan, et on regardait dans le temps comme choses un peu extraordinaires les deux clochers avec leurs flèches couvertes en fer-blanc, le portail avec son grand châssis vénitien, ses trois portes, ses deux statues et sa corniche surmontée

d'une urne en pierre de taille

C'était en eiFet une transition entre les anciennes églises, avec leur petit clocher normand à cheval sur le faite de la couverture et leur extérieur sans ornements, et les magnifiques églises qu'on bâtit aujourd'hui à la campagne

Le 13 juillet 1831, la paroisse de Charlesbourg fut témoin d'une cérémonie bien touchante, et à laquelle M. Bedard voulut donner toute la solennité possible.

Ce fut la translation des restes mortels des anciens curés de la paroisse, de la vieille église dans la nouvelle, à laquelle présida Mgr Panet. Il y eut grand concours de prêtres et de peuple. Les ossements de MM. LeBoullenger, Morisseaux, Derome et de Boucherville et de M.

Alexis Leclerç avaient été exposés et

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visités avec respect dans la vieille église le dimanche qui précéda leur inhumation dans l'église actuelle.

Cette inhumation eut lieu après un service solennel auquel assistaient MM.

Desjardins, de THôtel-Dieu, Daulé, Pierre Bourget, J.-Bte. Potvin, Thomas Cook, L.

Thomas Bedard, Antoine Bedard, Narcisse Trudel, François Bonin, Charles Bégin, Alexis Mailloux, Ignace Bourget, Michel Carrier, Patrick Burke, Chs. F. Cazeau et le Frère Louis, EécoUet.

M. Bedard accompagna Tévêque dans ses visites pastorales pendant six ans et eut pour le remplacer comme vicaires :

M. Paschal Pouliot,en 1830 ; M. Patrick Burke, dej^uis la fin de février jusqu'au 1er octobre 1832 ; M. Olivier Leclerc, en 1833 ; le trop célèbre apostat Chiniquy, en 1834 ; M. James Harper, en 1835, et M. Siméon Marcoux, en 1836. (1)

M. Pierre Villeneuve, curé de Saint- Polycarpe, dans l'Archidiocèse actuel de Montréal, étant malade, fut obligé de laisser sa cure dans l'automne de 1833, et

(1) En 1836, on vendit du bois et deà ferrailles de la Tieille églire, ce qui indique qu'elle a été détruite cette année là ou l'année précédente.

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vint demeurer à Charlesbourg, sa paroisse natale, au commencement du mois de novembre, et y demeura jusque vers le milieu de janvier 1834. Il fut alors nommé curé de Berthier de Bellechasse.

Dès Tannée 1832, la majorité des habitants du petit Saint- Antoine, ou de Saint- Romain, demandèrent à être séparés de Charlesbourg et à être annexés à Saint- Ambroise, mais M. Bedard s'y opposa alors et il écrivit dans ce sens à Mgr Panet, le 7 octobre 18^2. Ce changement ne se fit que vers 1835.

Mgr Signay fit sa première visite pastorale dans la paroisse, le 16 juin 1834. Il ordonna de faire faire des fonts baptismaux au bas de Téglise et de cesser de faire les baptêmes au bancd'œuvre.

Dans Tannée 1834, la fabrique acheta une voiture, ou chariot, pour transporter les corps des personnes mortes. Cet usage d'un <*-hariot, généralement répandu aujourd'hui, et avec tant de luxe dans les villes, était bien rare alors et ne faisait que de commencer à s'introduire.

Cependant, autrefois, on avait beaucoup de respect pour les mor.ts étonne croyait pas devoir les porter autrement

que sur les épaules : c'était solennel.

Mais en hiver surtout la tâche était parfois bien difficile, et il y avait souvent grand danger pour la santé des porteurs qui arrivaient ruisselant de sueurs à Téglise qu'on ne chauffait pas alors, et dans laquelle ils assistaient au service, comme dans une glacière. Un de nos plus anciens souvenirs est d'avoir vu passer ainsi porté sur les épaules le corps d'une petite parente du nom de Rosalie Trudelle, morte à l'âge de 7 ans et enterrée le 29 juillet 1826. Les inconvénients de porter ainsi les corps sur les épaules ont fait abandonner cet usage, et d'un autre côté l'usage peu convenable, que la nécessité faisait introduire, de les transporter dans des traîneaux ou des voitures" ordinaires, ont fait comprendre, presque dans toutes les paroisses, qu'il convient d'avoir des voitures spécialement faites pour transporter les corps des morts.

En 1824 Mgr Plessis avait offert un chapelinat à M. Bedard, mais il refusa d'accepter ce poste, donnant pour raisons les; dettes qu'il avait à payer, les affaires, de M. de Boucher ville qu'il avait à régler,, des pensions dont il s'était chargé et le besoin d'exercice qu'il avait pour main-

tenir sa santé. "Je suis, disait-il dans sa lettre du 13 septembre de cette année, habitué à une vie agissante et laborieuse ; une vie sédentaire me conduirait bien vite au tombeau."

M. Bedard, en eflFet, menait une vie bien active et ne perdait jamais une heure de son temps. On le trouvait toujours occupé à quelques exercices du saint ministère, à étudier, à prier ou à quelqu'ouvrage manuel qu'il aimait et où il se montrait bien habile. On le voyait battre le grain, scier le bois de chauffage, cultiver son jardin et, les jeudis en été, il allait travailler sur sa terre de Vide Poche. Le fruit de tout son travail, sur cette terre de Vide Porlie, était pour les pauvres auxquels d'ailleurs il donnait tout son surplus, mais non sans leur reprocher leurs défauts, surtout leur paresse.

Un jour qu'il était occupé à piocher sur cette terre, un de ces paresseux auxquels il aimait à faire la guerre, vint le trauver. — '* Bonjour M. le Curé."—" Bonjour, frère." — " Il fait bien chaud aujourd'hui " — " Oui, mais il n'y a que les paresseux qui s'en plaignent," reprit M.

Bédard sans discontinuer son travail.

Après avoir une autre fois disputé un

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paresseux qui lui demandait raumône.

— " Donne-lui, dit-il à sa nièce et en même temps sa ménagère, donne-lui une bonne aumône, il Ta bien gagnée, le hère, car je lui ai donné une sérieuse leçon." — C'était bien là le Père Bedard, faisant toujours et partout la guerre aux défauts et aux vices, mais en même temps toujours rempli de pitié et de commisération pour ceux qui les avaient. Prêtre à l'âme vraiment sacerdotale, homme aux vertus austères, mais cachant un cœur d'or sous un extérieur sévère, brûlant d'amour pour Dieu et dévoré de zèle pour le salut des âmes ; tout de feu pour rendre service ; d'une charité qui ne connaissait pas de bornes, n'épargnant ni peine ni fatigue et ne regardant ni au temps, ni à la distance lorsqu'il s'agissait d'aller consoler ' un malade, réconforter une âme endolorie ou porter secours à un confrère dans quelqu'embarras.

Pour satisfaire le zèle dont il était animé pour le bien des âmes confiées à ses soins, et en même temps pour donner à son corps, dont la forte constitution semblait si bien adaptée à l'énergie de son âme, l'exercice dont il avait continuellement besoin, on le voyait souvent,

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véritable missionnaire, aller à pied d'une église à l'autre lorsqu'il était chargé de la desserte des deux paroisses de Charlesbourg et de Saint-Anibroise.

Dans ce temps il n'y avait pas à Québec autant de prêtres qu'aujourd'hui et il fallait, pour comploter le nombre voulu de prêtres pour la cérémonie de la consécration des Saintes Huiles, le Jeudi-Saint, avoir recours aux curés voisins de la ville

3ui se faisaient un plaisir et un honneur 'y assister et de continuer cet ancien usage de leurs prédécesseurs. Souvent dans ce temps de la Semaine Sainte les chemins sont bien difficiles pour les voitures. M. Bedard alors ne faisait pas difficulté de chausser les bottes sauvages et de descendre à pied de Charlesbourg à Québec. Nous l'avons vu nous-même, en 1836, assister à cette cérémonie du Jeudi-Saint et nous n'avons jamais oublié comme chacun aimait à remarquer, parmi tous les prêtres, le petit Père Bedard à la belle chevelure blanche, aux yeux vifs et perçants, à la figure intelligente et dont la voix douce et sympathique, lorsqu'il chantait à son tour VAve sa?ictum ofeum, semblait un écho de sa belle âme.

M. Bedard était regardé dans son temps comme le Père Bridaine du Canada.

C'était en effet un prédicateur puissant et populaire et, quand il le fallait, sa diction avait tous les charmes et tout Tentrainement des meilleurs orateurs sacrés. Il savait capter l'attention de ses auditeurs tant à la ville, où l'on admirait l'énergique expression de ses gestes et de sa figure, qu'à la campagne où il montrait une profonde connaissance du cœur humain en général et des mœurs du peuple Canadien en particulier.

Il avait parcouru plusieurs fois, comme nous l'avons vu, à la suite de l'évêque dans les visites épiscopales, le diocèse de Québec qui comprenait alors les diocèses actuels des Trois-Rivières, de Nicolet, de Eimouski et de Chicoutimi, et les anciens n'ont pas encore oublié les conférences qu'il faisait alors et qu'il savait rendre si intéressantes par la clarté avec laquelle il développait les principes du dogme et de la morale, par l'à-propos de ses réflexions, par sa phrase toujours à la portée de son auditoire et souvent aussi par l'originalité de ses expressions et de sa mise en scène C'est ainsi qu'un jour répondant à celui qui faisait la Confé-

rence avec lui et qui venait de lui faire robjection qne, si on réglait toujours les difficultés à Tamiable devant le curé ou une personne de confiance, les avocats mourraient de faim ; pour toute réponse à cette objection faite en présence de plusieurs avocats, il dit : " Eh ! bien, s'ils meurent on les enterrera."

Une autre fois il commença ainsi son instruction: " Je suis le curé de Charlesbourg ; j'ai demandé dernièrement à quelqu'un de mes paroissiens, qui va souvent au marché s'il y avait bien du monde à la ville, il m'a répondu qu'il n'y avait que quelques ivrognes de cette

f)aroi8se." Ce fut son texte et il sut bien développer.

Tous les ans, à la clôture de la neuvaino, le petit Père Bedard de Charlesbourg, comme on l'appelait ordinairement, montait dans la chaire de la Cathédrale do Québec et, comme on s'y attendait, il y avait foule à vêpres ce jour là, comme plus tard aux Conférences de M.

Holmes, et on voyait chacun s'échanger des signes de contentement lorsque le petit Père Bedard passait dans le chœur

f)oùr aller demander la bénédiction de ^Evéque. Une fois en chaire, il promenait

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son regard d'aigle sur tout l'auditoire qu'il semblait avoir fasciné avant même de commencer à parler. On l'écoutait avec attention et les figures étaient souriantes d'approbation lorsque, avec une verve d'éloquence entrainante, il distribuait aux hommes de professions et aux marchands des vérités que son âge et sa réputation de sainteté faisaient accepter volontiers et avec grand profit pour leurs âmes. Il avait par fois des mouvements oratoires pathétiques et d'un effet merveilleux.

Homme éclairé, clairvoyant et de bon conseil il était l'oracle de ses paroissiens, la lumière de ses confrères et, dans les difficultés que rencontrent souvent les Supérieurs Ecclésiastiques, il était un guide sûr et à l'opinion duquel ils aimaient à s'en rapporter. Ils avaient confiance dans sa haute intelligence et dans sa rare perspicacité ; aussi voyait-on souvent l'Evêque de Québec, ou son Coadjuteur, monter à Charlesbourg et honorer de leur visite ce prêtre vénérable et estimable à tous égards.

Une des œuvres les plus méritoires peut-être de M. Bedard, à raison de la vivacité de son caractère, c'est l'abnégation qu'il a pratiquée et la gêne à laquelle

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il a bien voulu se soumettre pour donner, dans son pre&bytère, des leçons de latin et de français à des jeunes gens qu'il préparait à faire un cours d'études classiques au Séminaire de Québec. Dans un âge avancé, alors que naturellement on aime la tranquillité, avec un caractère prompt et bouillant, s'astreindre à faire la classe à des enfants, les garder en pension dans son presbytère, endurer leur tapage, condescendre pour les amuser jusqu'à jouer avec eux, quel dévouement !

Et cela il le fit longtemps et pour un grand nombre d'élèves qui tous ont béni ou bénissent encore son nom.

Le premier et le plus ancien des élèves dont il se fit ainsi le maître d'école fut M .T. Frs. Gragnon, longtemps curé de Berthier d'en haut, où il est mort, le 7 avril 1875. Comme on lui demandait un jour pourquoi le nom de M. Bedard lui revenait si souvent dans la conversation, pourquoi il aimait tant à en parler. '' C est que, dit-il, M. Bedard était le modèle d'un bon et saint prêtre et que toute mon ambition est de tâcher de l'imiter et de lui ressembler." Parmi ses autres élèves on doit citer son neveu le vénérable Monsieur F. X. Delâge, curé de l'Islet

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pendant 49 ans et qui vient de mourir (12 août 1887) dans ia même paroisse à Tâge de 82 ans ; son petit neveu Michel Racine, frère aîné des Evoques de Sherbrooke et de Chicoutimi, professeur et prédicateur distingué, dont le Grrand- Vicaire Demers disait que ce n'était pas un homme ordinaire, mais que la mort, qui népargue personne, pas même ceux dont les talents donnent les plus belles espérances, est venue frapper à Tâge de 29 ans ; les notaires Thomas Bi^dard et J. Bte Trudelle ; le Protonotaire Charles Dery ; TAbbé Charles Boaumont et quelques autres qui n'ont pu faire leurs cours classiques.

Quant à nous-même, qui écrivons ces lignes, nous n'oublierons jamais ce que nous lui devons de reconnaissance pour toutes les bontés qu'il a eu pour nous pendant les dix-huit mois que nous avons passés avec lui dans le vieux presbytère de Charlesbourg, en compagnie de son petit neveu, Antoine Racine, devenu le zélé et éloquent premier évêquede Sherbrooke ; mais alors retnpli d'espiègleries et de spirituelles plaisanteries qui égayaient bien son vieux grand oncle. Nous fûmes les deux derniers élèves qu'il eut

en pension dans son presbytère et auxquels il fit la classe, en même temps qu'à l'Abbé Charles Beaumont et au fils du Capitaine Joseph Bedard, qui tous deux étaient externes.

M. Bedard, servant Dieu dans la simpHcité de son cœur^ comme dit TEcriture, ne tenait pas toujours compte des rubriques et il aimait à faire quelquefois des cérémonies non ordinaires, mais toujours propres à édifier son peuple. Il semblait persuadé que le Bon Dieu avait pour agréable tout ce qui pouvait tendre à cette fin. Ainsi, à la bénédiction du Saint Sacrement avec le Saint Ciboire aux prières du carême, il chantait un cantique et donnait la bénédiction en chantant ces dernières paroles de ce cantique :

" Et répandez sur nous vos bénédictions.". — Le jour de la Toussaint au soir, veille du jour des morts, il faisait chanter par un de ses chantres placé dans le jubé le cantique " O maudit de ton Dieu," et lui-même remplissant la partie du damné, répondait du fond de la sacristie dont la porte était ouverte.

M. Bedard mourut subitement, le 9 mai 188Y, pendant qu'il était à table pour dîner en compagnie de MM. C. F. Cazeau,

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alors secrétaire du diocèse, et Ferlaud vicaire à Saint -Roch de Québec, qui étaient venus lui faire visite. M. Cazeau n'eut que le temps de lui- donner Tabsolulion et de lui faire une onction sous condition. Cette mort inattendue jeta la consternation dans la paroisse qui Taimait comme un père et le vénérait comme un saint ; elle eût du retentissement dans tout le diocèse, qui avait appris à le connaître, et elle fut particulièrement sensible à Mgr Signay et à son Coadjuteur, Mgr Turgeon, qui avaient tous deux la plus grande confiance dans ses sages avis.

Il fut enterré, le 11 mai, dans le chœur de Téglise, côté de l'évangile. Il avait 66 ans et 9 mois. Malgré le mauvais état des chemins, à cette époque de l'année, dix-huit prêtres et treize ecclésiastiques du séminaire de Québac assistèrent à sa sépulture qui fut faite par Mgr Turgeon.

Les pleurs qu'on vit couler avec abondance à cette sépulture témoignèrent de l'amour que lui portaient les paroissiens de Charlesbourg qu'il aimait tant luimême. Il était né et avait passé la plus grande partie de sa vie au milieu d'eux, et ses cendres reposent avec toute une génération de parents et de paroissiens

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qui attondent avec lui, et comme sous sa protection, le jour du grand réveil.

Dans son testament olographe du 10 avril 183Y M. Bedard avait mis les deux dispositions suivantes :

2° " Je désire que mon corps soit enterré dans l'église de la paroisse dont je mourrai curé ; je ne veux pas être exposé ; si je meurs n'étant curé on mettra mon corps dans le cimetière de la paroisse où je mourrai, à moins que je meure àCharlesbourg ou à St-Ambroise ; si je meurs accompagnant TEvèque dans ses visites que mon corps soit mis dans le cimetière de la paroisse où je décéderai."

3" *' Je donne à la fabrique de Charlesbourg, pour aider à soutenir une école au Trait-Carré, ma maison ainsi que les dépendances, le terrain appartenant autrefois aux Demoiselles Nicolet, la terre de Vide-Poche, la terre de la Rivière Jaune, excepté un arpent que je donne à François Bedard aujourd'hui à mon service ; je lais cette donation à condition que tant que ma sœur Thérèse Bedard vivra, elle logera dans la maison, jouira sa vie durante du terrain des Demoiselles Nicolet, de la terre de Vide-Poche, prendra son bois soit à Vide-Poche, soit à la Rivière Jaune/'

" Ce terrain des Demoiselles Nicolet était situé dans le Trait-Carré, au sud du chemin venant de Saint- Joseph et qui conduisait à Téglise par un détour qu'on a fait disparaître pour arriver droit à l'église. Mais d'où venaient donc ces Demoiselles Nicolet que les anciens de la paroisse ont connues et dont on parle si souvent encore aujourd'hui ? Nous avons dit que M. Le BouUenger était allié aux premières familles du pays, ou en rapport d'amitié avec elles; ainsi nous voyous que le 13 février 1730 M. Le BouUenger célébra à Charlesbourg le mariage de Joseph Poulin Nicolet, fils de J. Bte.

Poulin '' conseiller du roi et son procureur en la jurisdiction royale des Trois- Rivièrey," et de Dame Louise Cressé d'une part, et Anne Chéron, fille de Sieur Martin Chéron, Conseiller au Conseil Supérieur de Québec, et de Dame Marie Josephte Le BouUenger, sa sœur, de la paroisse de Québec. De ce mariage de Sieur Poulin Nicolet avec Anne Chéron, nièce de M. Le BouUenger, naquirent les deux Demoiselles Marie-Anne et Marie- Josephte Nicolet qui, ayant perdu leur père en bas âge, vinrent demeurer avec leur mère auprès de leur grand oncle le

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curé de Charlesbourg. 'ïllles sont mortes toutes deux à Charlesbourg dans un âge bien avancé ; Demoiselle Marie-Anne, le 20 juin 1817, à Tâge de HA ans et 10 mois, et Demoiselle Marie-Josephte, le 21 juin 1826, à Tâge de 90 ans. Quant à leur mère, Anne Chéron Nicolet, après un veuvage de 40 ans, elle était morte aimée et respectée de tous, le 13 août 1774 à Tâge de 64 ans. Elle fut inhumée dans l'église par M. de Rigauville, en présence du Père Crespel, Récollet et de M. Bor43l, alors curé de la paroisse.

Voici à présent d'où venait ce terrain des Demoiselles Jsicolet que M. Bedard à donné à l'école du Trait-Carré. Louis Jacques, le chef de la famille de ce nom, possédait primitivement ce terrain que M. Morisseaux acquit par échange et qu'il vendit, le 17 décembre 1769, à Dame Anne Chéron, veuve Nicolet et mère des deux Demoiselles Nicolet. L'acte de vente dit que c'est " un terrain de 45 pieds environ, sur la profondeur qu'il peut avoir d'un chemin du roi à l'autre qui conduit à la grande route pour aller à la ville de Québec, borné au nord-est aux représentants de feu André Dubreuil Avec

la maison de 82 sur 20 pieds, pour le

prix de douze Cents livres et à la condition que demoiselle Greneviève Le Boullenger (sœur du curé) aura droit d'y rester tant qu'elle restera fille, et de régler les droits seigneuriaux avec les

Jésuites " Ces droits furent réglés

à la Jeune Lorette, le 12 mars 1^60, avec le Père de Griapion.

Le 22 mars 1811, les deux D"«« Nicolet, vendirent à M. de Bpurcherville leur propriété du Trait-Carré et leur terre de Saint-Pierre " pour deux cent cinquante livres de la Province et à la condition de payer aux deux Demoiselles et à la dernière survivante, la rente et pension viagère de vingt-cinq livres, en deux paiements égaux de douze livres et dix shellings." De plus, par un acte du même jour, M. de BouchervUle s'engagea à entretenir et à réparer leur maison et à pourvoir à toutes les charges pour chemins

M. de Boucherville avait acheté de plus, le 21 janvier 1818, de Jacques Bedard, le terrain sur lequel^ il fit construire la maison d'école actuelle, dans laquelle il est mort, et qu'il donna par son testament à M. Bedard, ainsi que la propriété des Demoiselles Nicolet. Nous venons de

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voir que M. Bedard, aussi par son testament, donna toutes ses propriétés à la fabrique pour le soutien de Técole du Trait-Carré.

Les Demoiselles Nicolet ont laissé dans la paroisse la réputation de vrais modèles de respectabilité et de types parfaits de notre ancienne noblesse canadienne. Leur langag-e même était des plus correct et des mieuK soigné, et Madame Crémazie, mère de notre poète Octave Créinazie, étant toute jeune et en vacance < hez son oncle le curé Derorae, reçut à ce sujet une petite leçon qu'elle aimait à iaire connnitre. Elle demanda un jour à une de ces Demoiselle un plit brin d'eau pour boire. — Oui, dit cette Demoiselle, un pHit brin cTeau, et on dit aussi, vn ptit brin

d'herbe, un pUil brin de foin Madame

Crémazie comprit. La maison des D'®^ Nicolet était le rendez-vous de plusieurs bonnes vieilles de la paroisse avant les oifices du dimanche.

Nous avons dit que M. le curé Antoine Bedard est une des gloires de Charlesbourg, c'est le temps de faire connaître quelques uns de ses parents que la paroisse peut réclamer au même titre.

Le premier de ces parents auquel la paroisse peut se gloriûer d'avoir donné

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naissance est le grand patriote Pierre Bedard, (cousin de M. le curé Bedard, et non son frère, comme dit G-arneau), membre de la chambre d'assemblée et mort juge provincial du district desTrois- Rivières.

" Entré au parlement en 1^91, dit Tauteur de l'Histoire de cinquante ans, T. P. Bedard, il n'avait pas tardé à passer au premier rang du parti canadien qu'il avait ensuite dirigé pendant tout le temps de sa carrière parlementaire. Doué d'une intelligence d'élite, connaissant à fond le système politique constitutionnel, il savait mettre à profit ses connaissances légales et parlementaires dont il avait fait une étude spéciale ; ces avantages joints à une éloquence mâle et sévère, expliquent l'ascendant extraordinaire qu'il sut exercer sur ses compatriotes tant dans l'assemblée que parmi le peuple.

" A une figure dont les traits, fortement prononcés, étaient irréguliers et durs, dit G-arneau, il joignait un maintient peu gracieux et nu extérieur très négligé. Bizarre et insouciant par caractère, il prenait peu d'intérêt à la plupart des matières qu'il discutait dans la Chambre et, en général, il parlait négli-

gemment ; mais lorsqu'une question attirait vivement son esprit, il sortait de son indiflFérence avec une agitation presque fébrile. Embrassant d'un coup d'œil son sujet, il l'abordait largement, mais non sans quelqu'embarras ; en commençant sa parole était difficile et saccadée, mais bientôt la figure énergique de l'orateur s'animait, sa voix devenait ferme et puissante ; de ce moment sa phrase jaillissait avec abondance et avec éclat. Il combattait ses adversaires avec une force de logique irrésistible, et rien n'était capable d'intimider son courage ou de faire fléchir ses convictions."

Il fut, en 1806, un des fondadeurs du Canadien dont les articles indépendants déplurent tellement au gouverneur Oraig qu'il retrancha ses fondateurs, c'est-àdire, Bedard, Panet, Taschereau,Blanchet et Borgia, de la liste des officiers de milice, en 1808. Cela n'empêcha pas Bedard de^ proclamer le premier, l'année suivante, en plein parlement la nécessiré d'un ministère responsable, au grand scandale de Craig et de la bureaucratie anglaise qui l'environnait et l'avisait. On finit par faire saisir le Canadien et emprisonner Bedard, Taschereau et Blanchet, le 19

PAROISSE DE GHARLESBOURG 225

mars 1810. C'était le règne de la terreur pour les Canadiens. On élargit cependant bientôt les prisonniers, «lais Bedard ne voulut pas sortir de prison sans avoir subi auparavant son procès.

La chambre fut convoquée, le 12 décembre de cette année 1810 et elle vota une adresse au gouverneur par laquelle elle le priait de mettre Bedard en liberté.

Papineau père fat chargé de voir le gouverneur à ce sujet, mais celui-ci ne voulut pas agir sous cette pression de la chambre.

Pendant la session même ** Craig, dit Grarneau, apprenant que l'Abbé Bedard, curé de Charlesbourg, était en ville, l'avait mandé au Château pour le charger d'informer son frère (nous avons dit qu'il n'était que son cousin) que, s'il voulait reconnaître sa faute, on le laisserait aller sur sa parole. Le prisonnier répondit en termes respectueux mais positif, qu'il ne pouvait demeurer d'accord d'une faute dont il ne se croyait pas coupable."

Après la session il fut élargi sans condition, et il écrivit alors une lettre à ses électeurs du comté de Surrey pleine des plus beaux sentiments d'un pur patriotisme. Quand reverrons - nous de ces véritables amis de la patrie, la servant

226 PAROISSE DE GHARLESBOURG

sans intérêt particulier et prêts à faire tous les sacrifices pour son honneur et son bonheur !

Autant pour récompenser le mérité de Bedard que pour Téloigner des luttes qu'il ne cessait de faire contre les ennemis de notre nationalité, il fut nommé juge aux Trois-Rivières où il mourut, le 26 avril 1829, laissant un nom glorieux et aimé dans notre histoire.

JuSL Gazette de Québec, du 30 avril 1829, le seul journal publié alors à Québec, annonçant la mort de ce grand patriote Canadien, se contenta de dire : " Il y avait plusieurs années que M. Bedard était tourmenté d'une maladie qui semblait approchante de Thydropisie ; environ quinze jours avant sa mort il fut attaqué par une espèce de convulsions causées, à ce qu'on suppose, par de Teau qui séjournait dans l'estomac ; mais il en fut soulagé peu de temps après l'attaque.

Samedi il était sorti et dimanche au soir il expira subitement à l'âge de 6Y ans." Pas un mot de sa vie publique. On était sobre alors d'éloges envers les Canadiens.

Notre historien Q-arneau, après avoir parlé des luttes pour défendre nos droits auxquelles le nom de Pierre Bedard

PAROISSE DE GHABLESBOURO 227

restera toujours honorablement attaché, terminait par cette réflexion digne d'un historien du peuple canadien : " Les Canadiens sortaient d'une nation trop fière et trop savante pour consentir jamais à abandonner la langue de leurs aïeux." Si ces nobles paroles étaient gravées sur les murs des édifices publics de nos villes, ou placées en évidence à la ligne qui nous sépare des Etats-Unis, nous aurions moins de défections à déplorer sous ce rapport; on verrait moins d'enseignes dans une langue qui indique mieux qu'on est atteint d'une maladie connue sous le nom d'anglomanie, plutôt que l'on a tel ou tel article à vendre ou à confectionner.

M. le curé Bedard avait trois frères et deux sœurs à Charlesbourg. L'un de ces trois frères, Thomas (1) Bedard, qui demeurait sur le bien occupé aujourd'hui par sieur Urbain Bedard, fut membre de l'assemblée législative pour le comté de Québec, qui comprenait alors la banlieue ou Saint-Roch et Saint-Sauveur actuels.

C'était avant 1837, et on sait quel désintéressement et quel pur patriotisme

(1) Jean-Baptiste était mort en novembre 1816.

228 PAROISSB DE CHARLBSBOUBG

animaient alors les vaillants défenseurs de nos institutions, de notre langue et de nos lois qui siégeaient au Parlement.

Nouveau Cincinnatus, ce frère du Père Bedard était occupé aux travaux de son champ lorsqu'on vint le prier d'aller prendre la défense de ses compatriotes au conseil de la nation. Content et heureux de pouvoir, tout en continuant à s'occuper des intérêts particuliers de son humble patrimoine, servir les intérêts généraux de son pays, on le vit plusieurs fois vendre d'abord au marché les produits de sa terre, puis aller siéger au milieu de ces grands patriotes qui avaient noms Papineau, Bourdages,

Caron, Blanchet

Il avait vendu un jour un voyage de foin à un des premiers bourgeois Anglais de Québec, et quand il eut fini de le décharger, il demanda à ce monsieur de vouloir bien lui permettre de mettre son cheval dans son écurie. — " Est-ce pour bien longtemps ? " — " Je ne sais pas, car je suis membre pour le Comté de Québec et il faut que j'aille à la Chambre ; je ne peux pas dire si la séance sera longue. " — Et le bourgeois dans l'admiration, nonseulement lui permit de placer son cheval

PAROISSE DE GHARLESBOURG 229

dans son écurie, mais il le fit entrer dans sa maison pour converser un instant et il se plaisait à raconter ce petit fa comme bien honorable pour celui qui en avait été Tauteur et pour le peuple qu'il représentait.

Il n'était pas le seul dans cette pléiade de patriotes qui faisaient ainsi tout bonnement et sans s'en douter des choses dignes d'éloge et d'admiration, bien que communes en apparence. Qui n'a pas entendu parler du capitaine Cimon, qui prenait sa pension à V Hôtel de sa goélette, au Palais, pendant les sessions de la Chambre, dont il était membre pour le Comté actuel de Charlevoix ? Et qui pourrait refuser son admiration au capitaine Charles Blouin, membre pour l'Ile d'Orléans, qui, fidèle à tous ses devoirs, se leva un jour, pendant que la Chambre siégeait <îans le temps pascal, et demanda à rOrateur un petit congé pour aller faire ses pâques dans sa paroisse de Saint - Jean de l'Ile d'Orléans ? Nous pouvons être fiers de cette époque de notre histoire où régnait l'amour du devoir joint au plus pur patriotisme ; époque qu'on pourrait appeler les temps héroïques de la canstUution que l'Angleterre

230 PAROISSE DE GHARLESBOURG

nous avait libéralement donnée, mais qu'il a fallu arracher de force à ses représentants en Canada, et surtout à la bureaucratie qui les environnait, par une lutte de plus de 40 ans et par le sang de nos compatriotes versé en 1837 et 1838.

Comme nous l'avons dit, M. Bedard avait deux sœurs à Charlesbourg, la mère Pépin et la tante Thérèse qui, sous ces deux noms, ont laissé dans la paroisse la réputation de modèles des vertus les plus solides. La mère Pépin, aïeule de feu M.

Michel Racine et de ses deux frères les Evêques de Sherbrooke et de Chicoutimi, était bien la femme forte de l'Ecriture- Sainte. On pouvait dire d'elle surtout * manum suam aperuit inopi, elle a ouvert sa main à l'indigent," car, sous un extérieur sévère et rigide, elle cachait, comme son frère et son curé, le cœur le plus sensible pour toutes les misères*de l'humanité. On la voyait souvent, tout en disputant les pauvres sur leur malpropreté et leur peu de conduite, nettoyer et raccommoder leurs haillons, leur donner à manger ou les renvoyer avec une abondaiite aumône. Quant à la tante Thérèse, ancienne ménagère de son frère, résidant à la maison d'école du Trait-Carré, elle se

rendait utile à tous ceux à qui elle pouvait rendre service et semblait personni-^ fier le modèle des vieilles filles vivant dans la véritable piété qui exclut le^ bigotisme dans lequel tombent souvent ces personnes.*

Après la mort de M. Bedard et avant la nomination de son successeur, Mgr Signay nomma, le 20 mai 1837, M C. F.

Cazeau, son secrétaire, député pour aller tenir une assemblée à Charlesboursr, afin de régler l'affaire d'un supplément à payer au curé. Cette assemblée eut lieu le 28 mai et il fut décidé que la fabrique paierait à l'avenir trente louis ($120) au curé qu'il plaira à l'évêque de nommer et ce " jusqu'à ce que de meilleures années permettent aux curés de se passer de ce supplément "

MONSIEUR PIERRE ROY 16èmo Desservant et Sème Curé

Après la mort de M Bedard, il y eut un petit interrègne pendant lequel MM.

G. F. Cazeau, Bedard de l'Hôpital- Général, Hilaire Bellisle et Alain vinrent à Oharlesbourg en attendant l'arrivée de

232 PAROISSE DE CHARLESBOURO

son succe seur qui fut M. Pierre Roy, alors curé de TIsle-aux-Grues. Il fut nommé curé de Charlesbourg, le 3 juin, par Mgr Signay, et vint prendre possession de sa nouvelle cure peu de jour après sa nomination.

M. Pierre Roy, dit l'abbé Tanguay :

** né à St. Charles Rivière Boyer, le 24 août 1800, fils de Pierre Roy et de G-eneviève Bilodeau, ordonné le 11 juin 1826 ; vicaire à St. Servais ; 1828, missionnaire à Arichat ; 1882, curé à Cacouna ; 1834, de risle-aux-G-rues ; 1837, de Charlesbourg où il décédé, le 14 juillet 1847, à l'âge de 47 ans."

M. Roy était un bon et saint prêtre, plein de bonne volonté et rempli aussi d'humilité, base de toutes les vertus. Son règne a été heureux et pacifique, mais il a eu le tort de venir après M. Bedard et de remplacer un curé qu'on ne pouvait oublier. Aussi, tout en reconnaissant le mérite et les vertus de leur nouveau curé, les paroissiens ne pouvaient pas s'empêcher d'ajouter, lorsqu'ils parlaient de lui, que ce n'était M. Bedard.

Quoiqu'il en soit, M. Roy était à peine installé à Charlesbourg, qu'il s'occupa des travaux à faire au presbytère et à ses dé-

pendances,ainsi qu'aux murs de cimetière, et, dans cette même année de son arrivée, il y eut quatre assemblées relativement à ces travaux et aussi au sujet d'une chapelle des morts que la paroisse décida de construire, dans une assemblée du 3 septembre de cette année.

Sous M. Roy, la question de l'admission des notables aux assemblées de fabrique, se présenta plus forte que jamais. Dans une lettre du 22 mai 1838, àMgrSignay, M. Roy se plaignit de ce que les notables persistaient à assister aux délibérations de la fabrique, depuis 14 ou 15 ans. Le même envahissement se faisait plus ou moins dans les autres paroisses et, plutôt que de laisser le flot populaire pénétrer de force dans les sacristies, Mgr Signay, crut devoir céder enfin aux sollicitations qui lui venaient de toute part et, le 25 novembre 1843, il adressa au elergé une circulaire permettant d'admettre les pa^ roissiens propriétaires aux assemblées pour élections et redditions de comptes. Il parait qu'à Oharlesbourg les notables ne se contentèrent pas de cette concession et voulaient être admis à toutes les assemblées de la fabrique, sans exception M.

Roy consulta encore Mgr Signay, qui lui

234 PAROISSE DE GHARLESBOURG

répondit qu'il ne devait admettre les notables aux assemblées que pour les élections des marguilliers et les redditions de comptes seulement et non pour les dépenses qui ne regardent que les marguilliers élus pour gérer les affaires.

Vint plus tard la question de la présidence des assemblées qu'en différentes paroisses ou voulait ôter aux curés, auxquels Tusage primitif donnait ce droit.

Cette objection à la présidenc des assemblées par le curé fut soulevée pour la première fois à Charlesbourg, dans une assemblée de la paroisse, convoquée le 20 août 1843, par M. Roy, pour considérer s'il ne serait pas possible de prolonger droit à l'église le chemin venant du village de Saint-Joseph, comme on le voit aujourd'hui, afin d'éviter le petit détour qu'il faisait alors au sud dans le Trait- Carré. Le Major Renaud, qui s'était constitué le tribun du peuple depuis plusieurs années et qui agissait en cette qualité, surtout depuis la mort de M.

Bedard, objecta tout d'abord que l'assemblée n'avait pas été convoquée régulièrement, parce que M. Roy n'avait pas fait mention des marguilliers dans l'annonce de convocation au prône. L'assemblée

PAROISSE DE CHARLESBOURCt 9.35

fut donc congédiée et remise au dimanche suivant, et cette fois elle fut convoquée de manière à satisfaire les exigences des plus difficiles à contenter sous le rapport de la légalité. Mais voici bien une autre âflFaire : avant que la nouvelle assemblée commença à délibérer, le Major Renaud prétendit qu'elle devait être présidée par le marguillier en charge. Comme son opinion éiait partagée par quelques autres membres de cettte assemblée, M. Roy crut prudemment devoir se retirer à son presbytère et, le pasteur n'étant plus au milieu de ses brebis, celles-ci se dispersèrent et rien ne fut fait ce jour là. On consulta de part et d'autre, et finalement le curé de Oharlesbourg garda l'usage de présider les assemblées, et cet usage ancien devint définitivement loi pour toute la province de Québec, après le jugement de la Cour d'Appel du mois de mars 1860 en faveur des curés.

Ces incidents firent perdre de vue pendant trois ans le projet sur lequel on voulait délibérer dans les deux assemblées dont on vient de parler. Mais enfin, le 10 août 1846, on adressa une requête à Mgr Signay lui demandant la permission de continuer, sur le terrain de la fabrique,

•236 PAROISSE DE CHAHLESBOURG

• le chemin venant du village de Saint- Joseph, afin d'arriver à l'église sans

• détour. Il y eut une nouvelle assemblée et il fut décidé que cela se ferait, mais à la condition " que les intéressés se chargeraient de remettre à la fabrique la même quantité de terrain du côté sud par la cession de l'ancien chemin, après en avoir obtenu l'agrément de Monseigneur l'Archevêque de Québec." Cet agrément fut donné le 13 août et le chemin se fit moyennant l'échange de terrain convenu.

Le 15 juin 1839 avait eu lieu la visite pastorale de Mgr Signay qui fit quelques ordonnances de peu d'importance et approuva un nouveau tarif pour la paroisse.

Il fit encore une visite sous M. Roy, le 18 juin 1844, et recommanda de continuer l'usage de faire la quête de l'Enfant-Jésus.

Le 4 mars 1841 on nomma un conseil de cinq membres chargés de faire faire le retable du chœur et des chapelles ainsi que la chaire et le banc d'œuvre. L'entreprise fut donnée à M. André Paquet qui avait fait la voûte. On ne pouvait mieux faire, car c'était un excellent ouvrier et remarquable par le fini d'exécuftion qu'il donnait à son ouvrage. Outre

rintérieur de l'église de Charlesbourg, c'est lui qui a fait les travaux de menuiserie et de sculpture de l'intérieur des églises dé Saint-Charles de la RiTière Boyer, de Sainte-Croix et de Lotbinière, et il est difficile de trouver mieux en Canada.

Pendant que M. Roy était curé on fit une collecte qui s'éleva à $152.45 pour acheter le chemin de la croix actuel dont le coût et les frais d'installation s'élevèrent à $148.80. Mgr Signay donna la permission de l'ériger le 8 juin 1843.

La chapelle latérale du côté de l'épître dans l'église actuelle était d'abord consacrée à la Sainte- Vierge et celle du côté de l'évangile à Saint- Antoine, patron de M. Bedard ; M. Roy demanda à Mgr Signay, le 23 août 1844, et obtint la permission de changer cette disposition donnant pour principale raison que les femmes, qui n'ont pas de bancs, se placent dans l'allée du côté de l'évangile.

Le 13 avril 1845 seulement on accepta dans une assemblée de la paroisse le legs fait par M. Bedard, dans son testament, pour l'école du Trait-Carré de tous ses biens immeubles avec les réserves mentionnées. Ces réserves étaient l'objection qu'on eut à accepter ce legs.

238 PAROISSE DE GHARLESBOURG

M. Roy est le dernier curé qui a habité le vieux presbytère à deux étages du bon temps passé. Il avait réussi à décider la paroisse à nommer des syndics chargés avec lui de remplacer ce vieux presbytère par une bâtisse dans le nouveau goût. •

Les travaux avaient été commencés et poursuivis avec vigueur en 1846 et, au 26 avril 184*7, un marché fut passé avec Jérémie Bedard pour terminer cette bâtisse. M. Roy, qui était en pension dans le Trait-Carré depuis qu'on avait détruit le vieux presbytère, en 1846, se préparait à y entrer bientôt lorsque la mort vint le surprendre.

Les mois de Tété de 184*7 sont demeurés tristement célèbres par ce flot extraordinaire d'émigration d'Irlandais malheureux qui débarquèrent à la Grosse-Isle, atteints des fièvres typhoïdes. M. Roy, comme un bon nombre de ses confrères pouvant parler l'anglais, fut appelé à faire le sacrifice héroïque de sa vie pour aller au secours de ces infortunés malades. Il partit à la Saint-Pierre, passa quelques jours seulement à la Grrosse-Isie oii il fut atteint du typhus,et revint à Charlesbourg où il mourut le 14 juillet 1847. Il fut enterré le 16, auprès de M. Ant. Bedard,

PAROISSE DE CHARLESBOURG ^i39

ip - -- - T

par M. Thomas Bedard, chapelain de THôpital-Général, en présence d'un grand nombre de ses confrères et d'un grand concours de paroissiens que cette mort si prompte avait profondément affligés.

Dans l'interrègne de deux mois et demi compris entre le décès de M. Roy et l'arrivée de son successeur, M. Payment, à la fin de septembre de la même année, la parroisse fut successivement desservie par MM. Chs. Beaumont, Charles Tardif, Maxime Tardif et Charles Trudelle qui y passèrent chacun quelque temps. M.

Loranger, alors chapelain deTHôtel-Dieu, vint y présider les assemblées des syndics nommés pour faire terminer le presbytère.

JLe temps présent

De 1850 à 1886

MONSIEUR ETIENNE PAYMENT 17ème Desservant et 9ème Curé

Voici ce que dit l'Abbé Tanguay de M. Payment : " Né à Sainte-Geneviève de Berthier, le 29 août 1818, fils de Bernard Payment et de Marguerite Théoret ; ordonné à Sainte-Greneviève, le 31 janvier 1841 ; missionnaire du Lac des Deux Montagnes ; 1842, vicaire à la Baie Saint- Paul et à Saint-Grégoire ; 1845, curé de Sainte - Marguerite ; 1847, de Charlesbourg, où il décède, le 22 novembre 1861, à l'âge de 43 ans."

Nous voilà donc au temps présent, car tous les paroissiens actuels de Charlesbourg, qui ont plus de trente ans, ont connu M. Payment, qui a laissé de lui dans la paroisse un souvenir qu'on aime à conserver. Son caractère jovial et plein de gaieté, ses manières faciles et conciliantes avec tout le monde, son zèle et son dévouement, ainsi que son cœur

généreux et compatissant le faisaient aimer de tous ceux qui avaient quelques rapports avec lui. C'était un de ces hommes qui peuvent avoir des adversaires, mais qui ne sauraient avoir des ennemis. Mais son cœur était plus grand et plus large que sa bourse, et, lorsqu'il n'avait pas l'argent qu'on lui demandait en pur don ou à emprunter, il l'empruntait lui-même pour rendre service. Il ne pouvait refuser. C'est ainsi qu'il est mort endetté de plusieurs centaines de piastres que sa succession n'a pu payer.

Si les paroissiens lui étaient attachés, il ne leur était pas moins attaché luimême ni moins dévoué. Cependant, il fut quelque temps d'abord persuadé qu'il n'était pas propre à desservir Charlesbourg, et il ne pouvait s'empêcher de regretter la paroisse de Sainte-Marguerite qu'il avait laissée et, le 24 août 1849, il demanda à Mgr Signay à y retourner ; mais ce projet ne put avoir de suite.

M. Payment en fut d'abord contrarié, mais la tournure de son caractère heureux ne lui permettait pas de se livrer longtemps au chagrin et à la mélancolie.

Il se consola donc bientôt, mit de nouveau la main à la charrue sans plus regarder

PAROISSE DE GHâRLESBOURG 243

en arrière, et se dévoua entièrement à la paroisse qui Taimait et Testimait et à laquelle il s'attacha fortement lui-même.

C'est pendant que M. Payment était curé, le 28 janvier 1850, que fut érigée cauoniquement par Mgr Turgeon, et civilement, en 1856, la paroisse de Saint- Edmond de Stoneham et de Tewsbury comprenant ' une partie des fiefs et seigneuries de Saint-Joseph de TEpinay, d'Orsain ville, de Notre-Dame des Anges, de la Trinité, de Grrand Pré et de Bourg la Reine, paroisse de Saint-Charles de Charlesbourg." C'est le dernier démembrement de la paroisse, mais il faut bien remarquer que le territoire ainsi séparé de Charlesbourg ne renfermait point d'habitations.

Le 12 du mois d'août 1850, Mgr Turgeon, qui n'était encore que Coadjuteur de Mgr Signay, fit sa dernière visite épiscopale à Charlesbourg et entre autres ordonnances qu'il fit fut celle de laisser le foin du cimetière sur le lieu même, et défendit de le donner ou de le vendre.

Le 25 septembre de cette même année, il y eut une assemblée des marguilliers dans laquelle on décida de vendre les terres de Vide-Poche et de la Rivière

244 PAROISSE DE CHARLELBOURG

Jaune données à la fabrique par M. Bedard ; mais ce ne fut que le 27 octobre 1855, qu'une nouvelle assemblée des marguillier^ autorisa M. Payment et lemarguillier en charge, Louis Cloutier, à prendre les mesures nécessaires " pour mettre la fabrique de Charlesbourg en droit de disposer par vente ou autrement des^ propriétés léguées par M. Bedard pour l'école du Trait-Carré."

Le 5 décembre de cette même année 1855, M. Payment reçut une lettre de l'Agent des Terres de la Couronne relativement au banc seigneurial. On sait que les Seigneurs avaient droit à un banc particulier dans les églises situées dans leurs seigneuries, lequel droit leur a été enlevé, ainsi que les autres droits honorifiques dont ils jouissaient, lors de l'abolition de la tenure seigneuriale.

L'Agent des Terres de la Couronne informait M. Payment dans cette lettre qu'un ordre en Conseil, sanctionné par le Grouverneur G-énéral, le 27 novembre précédent, déclarait que le G-ouvernement permettait aux fabriques des paroisses situées dans les seigneuries appartenant à la Couronne de disposer, comme elles Ten tendraient, du banc seigneurial jusque

PAROISSE DB €HARLESBOUnG 245

là réservé dans chacune de ces paroisses.

Gomme à Charlesbourg les Seigneurs primitifs étaient lés Jésuites, dont les biens sont encore aujourd'hui au pouvoir du gouverment, on voit pourquoi celui-ci remit à la fabrique de Charlesbourg le banc seigneurial qui fut alors vendu suivant le règlement passé pour les autres bancs.

Le 4 juillet 1856, Mgr Baillargeon, Evêque de Tloa, Coadjuteur de Mgr Turgeon et Administrateur du Diocèse, fit sa première visite épiscopale à Charlesbourg. Cinq afis après, le 1er juillet 1861, le même Evêque n'étant encore qu'Administrateur, fit une seconde visite épiscopale pendant laquelle il approuva une résolution de la fabrique tendant à donner $100 à M. Payment en sus des $120- déjà allouées, afin de lui aider à payer un vicaire dont il avait besoin à raison de la maladie mortelle dont il était atteint et qui devait le conduire au tombeau. Cette démarche spontanée des marguilliers en faveur de leur curé fait comprendre comme on aimait à lui donner des preuves de la sympathie qu'on avait pour lui.

En 1858 M. Payment introduisit dans l'église une amélioration à laquelle Tex-

246 PAROISSE DE CHÀRLBSBOURG

Gellent chœur de chantres qu'il y a à Charlesbourg s'empressa d'applaudir le premier. Après avoir fait agrandir le jubé il y fit placer un harmonium. Cet instrument, qu'on s'efforçait alors d'introduire dans toutes les églises et . qu'on a le bon goût aujourd'hui de remplacer par un orgue, lorsqu'il est possible de le faire, a rendu et rend encore de bons services. Comme il est moins dispendieux et occupe moins de place que I'ot^ gue, la plupart des fabriques ont pu se le procurer, et puis il a x)uissamment contribué à répandre le goût de la musique. A Charlesbourg il a préparé les voies à l'achat de l'orgue magnifique qu'on entend raisonner aujourd'hui dans l'église et que M. Beaudry, successeur de M.

Payment, a fait installer, pour répondre aux vœux des paroissiens.

Depuis le commencement de février 1861 jusqu'à sa mort, arrivée le 22 novembre, M. Payment fut toujours plus ou moins gravement malade et, pendant ce temps, il eut successivement pour lui aider M. Epiphane Lapointe, en mars et avril, puis M. F.-X. Plamondon en mai, juin et jusqu'au 15 juillet. M. Frs-Ignace Paradis vint alors passer quelques jours

PAROISSE û£ CHARLBSBÛUR6 247

avec M. Payment et au milieu <iu mois d'août M. Bureau fut nommé vicaire et après la mort de M* Payment il fut nommé Desservant.

M. Pavment fut enterré dans le chœur de l'église de Charlesbourg, le 25 novembre par Mgr Baillargeon en présence de 80 prêtres et d'un grand concours de I)euple.

MONSIEUR JOSEPH AIMÉ BUREAU ISème Desseryant.

Monsieur Joseph- Aimé Bureau, né le 5 février 1833, à l'Ange-Gardien, ordonné prêtre à Québec, le 14 septembre 1859, et aujourd'hui curé de Saint-Nicolas, a desservi Charlesbourg depuis la mort de M.

Payment jusqu'au 1®' octobre de l'année suivante 1862.

Pendant cette desserte de M. Bureau, le 30 mars 1862, il fut décidé que la fabrique achèterait une calèche dont les paroissiens devront se servir pour transporter le prêtre, lorsque celui-ci portera le Saint-Viatique aUx malades. Bien dh plus convenable, et dans quelques paroisses même aujourd'hui on fait encore

mieux, on conduit le prêtre dans un beau carrosse avec fanneaux pour la nuit. Non fuit sic ab iniùio, il n'en était pas ainsi autrefois. Dans notre jeune âge il n'y avait pas un seul quatre-roues ou waggon à Charlesbourg. On ne se croyait pas en moyen, ou plutôt on ne croyait pas qu'il était de son état de rouler carrosse, cela ne pouvait convenir qu'aux bourgeois de la ville. Il n'y avait que quelques rares calèches, énormes par leur solidité, leur ampleur et leurs grandes oreilles, avec deux portes aux côtés, et qu'on ne sortait cependant que dans les beaux temps de l'été seulement Mais, presque pour tous les cultivateurs, des petites charrettes ou cabriolets dont le siège était durement porté sur deux ressorts de bois. C'était avec ces dernières voitures qu'on allait prendre à l'église le prêtre qui apportait le Saint- Viatique aux malades. Celui qui conduisait la voiture, par respect pour le saint sacrement, ne prenait pas place sur le siège, à côté du prêtre, mais s'asseyait misérablement et comme il pouvait sur le devant de cette voiture. Toujours une autre voiture, ou un homme à cheval, précédait, portant un fanal avec lumière

PAROISSB DE CHARLESBOURG 249

et sonnant la cloche, qu'on appelle la cloche des malades, vis-à-vis des maisons habitées ou à la rencontre de quelque personne. Autrefois dans plusieurs paroisses on ne portait pas le Saint Viatique sans voir plusieui^ voitures se mettre à la suite de celle où était le prêtre.

Comme il est beau encore aujourd'hui à la campagne de voir le respect et la piété des populations au passage du prêtre portant le Saint Sacrement ! Comme il est touchant, dans les beaux jours de l'été surtout, le spectacle de ces familles, vraiment chrétiennes, que l'on voit alors sortir de leurs demeures, s'agenouiller et se prosterner avec respect sur le bord du chemin ; de ces bons cultivateiirs qu'on voit au loin dans leurs champs arrêter leurs charrues ou leurs voitures chargées de grain, laisser leur instruments aratoires, mettre bas leurs chapeaux et s'agenouiller avec les sentiments de la foi la plus vive pour adorer leur Dieu et Ini demander sa bénédiction !

Pendant la desserte de M. Bureau, dans le mois de septembre 1862. on agita fortement la question du supplément de $120 que la fabrique payait au curé ; on voulait profiter de cet interrègne pour le

250 PAROISSE DE GHARLESBOURG

faire retrancher, comme de fait il fut aboli et ne fut pas payé au successeur d© M, Payment. D'abord le ^ septembre il y eut une assemblée dans laquelle on décida de s'adresser à Mgr VAdministrateur pour lui demande! d'ôter à la fabrique l'obligation de payer ce supplément et d'en charger les emplacitaires de la paroisse. L'Administrateur goûta peu ce projet et fit demander aux intéressés par son secrétaire de le considérer de nouveau.

Le 16 du même mois il y eut donc une nouvelle assemblée dans laquelle on décida de présenter une requête pour le même but à l'Administrateur ; mais, dès le lendemain de cette assemblée, les emplacitaires qui, pour la plupart n'étaient pas présents et n'avaient pas pu par conséquent s'opposer à la mesure proposée, firent une contre requête alléguant que la fabrique pouvait payer ces $120 de supplément, que la charge serait trop forte pour eux qui étaient en petit nombre et que si toutefois on déchargeait la fabrique de payer ces $120, il faudrait en charger au moins tous les paroissiens indistinctement. Ils furent écoutés relativement ^ ce qui les intéressait plus particulièrement et finalement le supplément fut aboli.

PABOISSE DE CHABLE»BOURO 3St

MONSIEUR AUGUSTIN BEAUDRY 19èiiie Desserrant et lOème Caré.

"Né à la Pointe-aux-Trembles (de Québec), dit l'abbé Tanguay, le 10 juin 1812, fils de Pierre Beaudry et de Félicité Delisle ; ordonné a Québec le 23 septembre 183 iT; vicaire à Québec; 1844, curé de Ste Famille, Isle d'Orléans ; 1847, curé de la Malbaie; 1862, (1«/ octobre) curé de Charlesbourg," qu'il a desservi pendant 24 ans et 20 jottrs. Etant malade M. Beaudry a laissé la paroisse, le 21 octobre 1886, et s'est retiré à l'Hôpital- Grénéral où il jouit d'un repos bien mérité par quarante neuf ans d'un ministère des plus actifs. Son zèle, pendant cette longue suite d'années, fut constamment secondé par une santé exceptionnellement bonne et que deux graves accidents seuls, auxquels tout autre que lui n'aurait pu survivre, ont pu lui faire perdre en partie dans l'été de 1886.

M. Beaudry a laissé un excellent souvenir de son séjour dans la paroisse comme curé dévoué à ses paroissiens, régulier en tout, ne regardant pas au travail et à la peine, et abusant en quelque sorte de sa forte santé pour remplir les

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devoirs de son ministère. Nous pourrions ajouter encore bien des choses à la louange de ce bon prêtre, mais ces éloges mérités pourraient tomber sous ses regards et son humilité en serait blessée :

d'ailleurs l'Ecriture Sainte défend de louer un homme avant sa mort.

M. Payment était loin d'être un financier, ou plutôt son cœur large et généreux ne lui permettait pas de laisser accumuler l'argent ni dans sa bourse ni dans le coffre de la fabrique, et^il avait laissé les affaires pécuniaires de cette dernière dans un état peu prospère. M. Beaudry, homme d'ordre par excellence, ne fut pas longtemps dans la paroisse avant d'inspirer et de rétablir, sous le rapport des finances, la confiance que M. Payment avait ébranlée et on n'hésita pas à lui permettre bientôt de faire les dépenses jugées nécessaires, ou du moins convenables. Ainsi en 1864 il fit dorer la sculpture de l'intérieur de l'église après l'avoir fait repeindre en entier (1), en 1872, il fit faire le jubé

(1) Le 17 septembre 1869, eut lieu la sépulture de M. Qeorge Jacques dit Duhaut, décédé le 14, à T&ge de 44 ans et 4 mois, curé de Saint-Stanislas dans le diocèse des Trois- Riridres. Il était enfant de la paroisse et était Tenu mourir chez ses parents. Ce fut le Grand- Vicaire Olirier Caron dei Trois-Riridres qui présida à sa sépulture.

qni supporte l'orgue magnifique qui fut inauguré dans Tautomne de cette même année ; en 18 ir4 il iit faire le second jubé ; en 18Ï5 il engagea la paroisse à détruire le presbytère bâti par M. Roy et qui était déjà bien détérioré et devenu presqu'inbabitable parcequ'on n'avait pas donné à l'eau l'égout nécessaire. On décida donc, le 13 juin 1875, de détruire le presbytère qui existait, et le 22 du mois d'août, il fut décidé qu'on le remplacerait par un presbytère beau et digne d'une paroisse comme celle de Charlesbourg. Il fut en effet construit sur un beau plan et M.

Beaudry en prit possession, en 1876.

Le 7 juin de l'année précédente, 1875, Mgr l'Archevêque Taschereau, aujourd'hui Cardinal, fit sa première visite épiscopale.

Mais ce qui fait surtout l'éloge et la gloire du règne de M. Beaudry à Charlesbourg ce sont les deux institutions à l'établissement desquelles il à donné le plus grand encouragement : le couvent et la chapelle du village de Saint-Pierre, auxquels on a donné le nom heureux de Notre-Dame des Laurent ides, et le couvent du Trait-Carré.

Il y a dans presque toutes les paroisses et places importantes, par leur étendue

254 PAROISSE DB CHARLESBOIIRG

et leur population, ce qu'on appelle des coins noirs où vont se réfugier tous ceux qui n'aiment point le voisinage d'une église ou d'une maison respectable. *' Qui se ressemble se rassemble," dit un proverbe, et c'est ce qui explique pourquoi on voit se grouper ensemble tous ceux qui ont des idées larges et avancées sur le droit de propriété, ceux qui aiment à noyer leurs chagrins dans l'eau de vie, ou qui simplement se complaisent dans le Jar niente des italiens qu'on peut traduire par repos non nécessaire, ou mieux encore par paresse. La paroisse de Charlesbourg possédait donc autrefois, en deçà de la Côte à Grognette, un de ces petits coins que le Père Bedard appelait quelquefois Oapharnaûm et d'où sortaient les vendeurs de pelles, de balais, de fraises, de

framboises, de bluets qu'on voyait

sur les marchés de Québec. Les devoirs religieux y étaient souvent négligés et cela faisait gémir un homme de bien, le brave et généreux Chevalier Muïr, qui aimait à passer les beaux jours de l'été dans la paroisse de Charlesbourg qu'il édifiait par sa tendre piété et où sa mémoire est restée en bénédiction.

Non content d'avoir consacré une partie de sa fortune à faire prosx>érer l'œuvre

PAROISSE DE GHARLESBOURG 255

si éminemment catholique du Bon Pasteur, qui le regarde à bon droit comme son principal fondateur, il voulut aussi fonder à Charlesbourg une institution destinée à faire beaucoup de bien dans la partie de la paroisse où elle est placée, à une lieue et demie environ au nord de Téglise. C'est un couvent et une belle chapelle, dont le bon Chevalier a donné la propriété aux Sœurs du Bon Pasteur de • Québec qui en ont pris possession, avec l'approbation de Son Eminence le Cardinal Taschereau.

Elles y donnent l'instruction telle que désirée par le pieux Fondateur, c'est-àdire, que ces bonnes Sœurs font l'école aux enfants des deux lïexes, et le dimanche elles font le catéchisme aux enfants et aux adultes.

" Le ChevalirMuïr, disent les "Annales de l'Asile du Bon Pasteur," fit l'achat d'une terre au prix de dix-huit cents

piastres " " C'est le 3 mai 1869, que

furent installées les nouvelles Missionnaires. Tout faisait présumer qu'il se ferait un grand bien dans cette localité.

Les parents étaient pleins de zèle pour envoyer leurs enfants à l'école qui était à peu près déserte avant l'arrivée des religieuses."

256 PAROISSE DB GHARLESBatJRG

" 17 août 1869. Première messe dans l'oratoire de la nouvelle mission. M. le curé Beaudry adressa quelques paroles d'édification à l'assistance composée de plus de cent personnes "

" La ferme donnée aux Religieuses par le Chevalier Muïr fut convertie en maison à deux étages ayant pour nom Couvent et la libéralité de son Fondateur y adjoignit bientôt une humble et pieuse chapelle qui a été solennellement bénite le 23 octobre 1876 (1). Mgr l'Archevêque Taschereau présidait à cette cérémonie ayant pour assistants Mgr L. F. Cazeau, les Révérends Auclair, curé de Québec, A. Beaudry, curé de Charlesbourg, P.

Lagacé, F. R. Casgrain, P. Roussel et Nap. Laliberté. Etaient présents M. le Chevalier Muïr, les Honorables MM. de Boucherville, Grarneau, Chauveau, Ouimet et Caron, MM. Murphy et Lesage."

" Le Révérend M. Lindsay a fait le sermon de circonstance."

" Le 29 décembre 1876 nos Sœurs de St. - Pierre de Charlesbourg recevaient

(1) Le 20 février de cette même année 1876 la paroisse en assemblée décida que la fabrique donnerait $550 à l'éta» blissement du village de Saint-Pierre.

PAROISSE DE CHARLKSBOURG 257

une très-précieuce relique : le corps de Ste. Viucence Martyre, que- M. le Chevalier Muïr s'était procure parrentremise dé M. TAbbé A. A. Biais alors à Rome çt dont, il «enrichit la pieuse chapelle de Notre-Dame des Laurentides."

" Le 18 février 1811 le Révérend M.

Laliberté, Aumônier de TArchevêché, a scellé la chasse de Ste Vincence formant le tombeau de Tautel principal.

En annonçant au Chevalier MuïrVenvoi du corps de sainte Vincence M. TAbbé Biais lui disait, dans sa lettre du 29 octobre 1876, que ce corps avait été béni solennellement, le 1er octobre, par Pie IX, en présence d'un grand concours, et qu'il avait fait alors un splendide discours qu'il termina ** en promettant une victoire éternelle à tous ceux qui auraient le courage de marcher sur ses traces."

Par l'entremise encore de M. l'Abbé Biais la chapelle de Notre-Dame des Laurentides a été enrichie, en 18Ï6, d'une belle statue de Saint Pierre bénite de la main de Pie IX et à laquelle il a appliqué 50 jours d'indulgence à perpétuité, en faveur de toute personne qui en baisera le pied avec dévotion.

258 PAROISSE DW CHARLESBÙXS^G

" Le 21 juillet, continuent les Annales, inauguration d'une statue de N.-D. des Lanrentides élevée sur un tertre avoisinant le Couvent." Il y eut à cette occasion grand'messe, procession, salut, sermon..., une pieuse et belle fête enfin, et qui combla de joie le bon Chevalier Muïr présent à cette inauguration.

" Le 14 janvier 1880, disent encore les Annales, M. le Chevalier Muïr a légué à la Mission de Notre-Dame des Lanrentides un montant de huit mille piastres dont les intérêts devront être employés au soutien de la dite Mission." . Ce citoyen modèle est mort le ï juillet 1882 et a été enterré le 10 dans Péglise de Charlesbourg. Que son corps repose en paix, en attendant le jour où il sera de nouveau réuni à son âme pour jouir avec elle de la récompense promise aux miséricordieux. Beati miséricordes.

Le 9 août 1880, les Sœurs du Bon Pasteur furent chargées de la direction de l'école modèle des filles de l'arrondissement du Trait-Carré de Charlesbourg^ dans la vieille maison d'école bâtie par M. de Boucherville et donnée à la fabrique par M. Bedard. Elles n'y demeurèrent que trois ans, et eh 1883 elles prirent

PAROIâSS 4)fi GHAJILES0OURG 259

possession d'uu magnifique couyent de 70 pieds sur 40, à trois étages et qui est un des plus beaux ornements du Trait- Carré. La paroisse de Oh^^rlesbourg peut se glorifier à bon droit d'être une dep rares paroisses qui possèdent deux couyents.

L^ 21 juin 1886, la paroisse de Charlesbourg eut l'honneur de recevoir la première visite épiscopale faite par Son Eminonce le Cardinal Taschereau, après les fêtes splendides qui venaient d'avoir lieu à Québec à l'occasion de l'imposition de la barrette Cardinalice, apportée de Eome par Mgr O'Brien, Délégué de S^ Sainteté Léon XIII. Ce fut une belle et grandiose démonstration, dans laquelle les citoyens de Québec rivalisèrent de zèle avec ceux de Charlesbourg, pour prouver au premier Cardinal créé exx Canada, et sortant pour la première £>îs en cette qualité, combien on était fier et heureux de voir le premier pasteur de l'Archidiocèse de Québec élevé à la haute dignité de Prince de l'Eglise. Tous les paroissiens de Charlesbourg, portai^t pavillons et oriflammes, s'étaient transportés au devant du Cardinal dont la voiture était accompagnée d'un grand

260 PAROlSâE DE CHARLESBODRG

nombre de carrosses, tirés par deux et même par quatre chevaux et portant l'élite de la société de Québec

La paroisse • dans cette circonstance, comme toujours, fit dignement les choses tant au dehors qu'à l'intérieur de l'église et le souvenir de cette visite est un de ces souvenirs qu'on n'oublie jamais dans une paroisse.

M. Beaudry a eu- quatre vicaires pendant lés 24 années qu'il a passées à Charlesbourg : M. Lactance Mayrand, son neveu, M. F.-X. Faguy, M. Charles Boulay. Français, et M. Fortunat Rouleau qui est le 25e vicaire que la paroisse a eu depuis sa fondation jusqu'aujourd'hui (1887).

Le lecteur, qui aura eu le courage de nous suivre depuis le commencement de cette histoire jusqu'à présent, ne sera peut-être pas fâché de trouver ici des réflexions que nous n'avons pas eu occasion d'insérer dans le cours de ce récit, mais que nous croyons utiles pour mieux faire connaître la paroisse de Charlesbourg.

Dans des notes historiques que nous avons publiées sur la Baie Saint-Paul nous disions : *' Les habitants de la cam-

PAROISSE DE GHARLESBOURG 261

pagne offrent dans leurs mœurs et leurs habitudes une somme de ressemblance qui les font reconnaître et distinguer

partout Cependant presque chaque

paroisse présente quelques nuances dans les Usages qu'on ne peut pas toujours saisir au premier coup d'œil, mais que rhabitude de vivre ensemble fait bientôt observer." — Oui, chaque paroisse est comme une grande famille qui a ses goûts et ses habitudes particulières, sur lesquels se déteinguent quelquefois les goûts et les appréciations de quelques membres influents de cette famille et surtout de sou père spirituel, lorsqu'il est longtemps à sa tête. Il est vrai que, depuis quelques années, la facilité des communications, qui met en rapport les paroisses les plus éloignées, d'abord entre elles, puis avec les villes et enfin avec nos voisins des Etats-Unis, tend à faire disparaître ces nuances dans les usages.

On doit remarquer toutefois avec un peu de surprise, mais à la louange des habitants des paroisses voisines de Québec, comme celle de Charlesbourg, que dans ces paroisses, mieux qu'ailleurs, on conserve plusieurs des bons usages du tenips passé, tout en adoptant à propos les amé-

^2 PAROISSE DE GHARLESBOURG

liorations que le progrès matériel iiitro=" duit. Malgré leurs rapports habituels arec la ville,les habitants de Charlesbourg en particulier se laissent conduire moins facilement que dans bien d'autres paroisses, surtout pour les habits de semaine, par les exigences de cette Dame capricieuse qu'on appelle la Mode. D'un autre côté ils savent renoncer, quand il le faut, à des usages respectables, il est vrai, par leur ancienneté, mais qu'il importe pourtant d'abandonner, et cela malgré, les réclamations d'une autre Dame qu'on appelle la Routine et qui veut toujours, conserver ses possessions. En preuve de ce que nous venons de dire nous pouvons citer les améliorations de tout genre introduites depuis qelques années dans la confection des habillements, dans la manière de construire les bâtisses, dans l'ameublements des maisons, dans la manière de cultiver, dans les changements introduits relativement aux instruments aratoires, à l'élevage des ani^-

maux.

Cependant le luxe, qui fait irruption partout, s'est aussi implanté dans la paroisse de Charlesbourg. Celui qui en voudrait une preuve n'aurait qu'à se

Paroisse de gharlesbouhg 263

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tenir sur le perron de l'église par un beau dimanche d'été ou d'hiver. Il aurait peine à croire que ceux qu'il verrait arriver^ dans de beaux wagons en été ou en hiver dans des carrioles couvertes, bien fourrées de peaux, brillantes de vernis et tirées par des cheiaux fringants et richement enhamachés, sont des cultivateurs, des paysans, comme on dit en France. Il douterait encore plus, lorsqu'il verrait sortir de ces voitures do véritables bourgeois et bourgeoises, aux habits de drap fin pour les hommes, et aux costumes du meilleur goût et souvent les plus riches pour les personnes du sexe qui savent de plus y ajouter ces différents petits crevecœurs que la mode introduit chaque année. Pourmieuxen jugerencoreil pourrait parcourir les maisons de ces riches cultivateurs où la femme Canadienne sait si bien faire régner la plus grande propreté. Il y trouverait, sous le nom de Grand'chambre, des vrai» salons dans lesquels se voient souvent des meubles du plus beau bois, des sophas et des chaises de crins, une table de centre du meilleur goût et une bonne partie de ces brinborions qu'on trouve dans les salons des bourgeois de la ville. Mais il &ut bien

264 PAROISSE DE GHARLESBOURG

dire aussi avec regret que ce sont ces dépenses, disproportionnées dans plusieurs cas, jointes aux dépenses trop fortes pour les repas, qui ont conduii et conduiront eîicore peut-être plusieurs habitants à la triste nécessité de vendre la terre et la maison paternelles pour aller, loin de leur belle paroisse natale, vivre dans le chagrin et Tennui.

Si toutefois on doit déplorer ces dépenses qui conduisent à la ruine, il faut au moins donner des éloges bien mérités aux habitants de Charlesbourg, comme à ceux des autres paroisses voisines de la ville au nord, pour leur amour particulier du travail et pour le bon goût qu'ils ont de conserver dans leurs habillements de la semaine une grande partie des bons usages de nos ancêtres. Si le lecteur veut en juger, sans se donner le trouble de parcourir les maisons, qu'il s'arrête un instant sur les marchés de Qutbec, surtout sur le marché Jacques-Cartier, et qu'il examine la manière de s'habiller des hommes et des femmes qui y viennent vendre leurs effets en été et en hiver»

C'est, pour plusieurs articles de la toilette, à peu près le même costume, propre et convenable, qu'on voyait il y a cinquante

ans, a rexception, pour lès femnrefs, que le chapeau rond a remplacé en été l'antique chapeau à long bec de nos grand- mères, et, pour les hommes, qu'ils n'ont plus en hiver la ceinture fléchée, et souvent ornée de grains de rassades, que les écoliers du Séminaire de Québec et des autres collèges portaient aussi avant la révolution de 183Y, qui a été suivie de plusieurs autres révolutions d'un genre différent. Il y a de plus pour les voitures du marché en été un changement en mieux : c'est que la plupart de ces voitures sont couvertes et ont quelquefois sur les côtés des petites tablettes dont on comprend facilement l'utilité.

Qu'on nous permette ici une digression à propos de la ceinture des écoliers dont on vient de dire un nK)t. On aimait autrefois à porter le capot d'écolier à nervures blanches que tant d'hommes distingués dans le pays ont été fiers de porter. On le laissait avec regret et, comme preuve qu'on y tenait, c'est que souvent le premier habit laie, ou surtout, que portait un ex-écolier n'était autre chose que le capot d'écolier dont on avait enlevé les nervures. C'est par là qu'on distinguait les clercs de première année. Nous ne

2Ç6 PAROISSE DE GHAKLESBOURG

savons pas si nous nous trompons, mais il nous semble que les écoliers aujourd'hui n'ont pas l'esprit de leur état, ou mieux n'aiment pas leur état, autant qu'autrefois. A présent, dès qu'un écolier est en vacances, ou dès qu'il peut le faire pendant l'année scolaire, il quitte la marque distinctive de son état, le capot bleu et barré, toujours si respecté de tout le monde et qu'on aime toujours à voir. Il prend l'habit laie, le surtout, le petit

chapeau, les g-ants, la canne tout

l'extérieur, toute l'apparence du jeune homme du monde. Aussi il ne peut plus guère s'amuser et se réjouir en écolier, comme ses devanciers de l'époque dont nous parlons ; au moins sa manière de passer le temps des vacances est bien diflFérente, — nous parlons des grands écoliers. Il ne croit pas qu'il est de sa dignité de faire plus d'une demie lieue à pied : il lui faut une belle et bonne voiture. Contrairement aux anciens écoliers il ne se donne les plaisirs de la chasse et de la pêche qu'en autant que ces exercices ne lui demandent que peu de fatigue. Autrefois, au contraire, on aimait les exercices violents, le travail des champs et de longues

marches, aussi le temps des vacances alors, c'est-à-dire, avant 1840, courant du 16 août à la Saint-Michel, était bien favorable à ces exercices On ne prenait pas la peine de prendre une voiture pour aller voir un confrère dans les paroisses voisines, on allait à pied, et on ne croyait pas pouvoir sortir de sa paroisse, paraître dans une réunion, et surtout à l'église, sans son capot d'écolier. C'était l'habit d'ordonnance et de cérémonie, et nous sommes loin de croire qu'on avait tort d'en juger ainsi.

Mais revenons au marché.

Aller au marché, voilà un usage propre aux habitants voisins de Québec et passé dans leurs mœurs. Charlesbourg, J-'eauport et Saint-Ambroise sont bien les trois paroisses dont les habitants fréquentent le plus régulièrement les marchés. (1)

(1) Avant 1837, il n'y avait à Qaébec que les deux marchés de la Haute et de la Basse-Ville qui se tenaient l'un devant la Basilique et l'autre devant l'église de la Basse- Ville. Il y avait un petit étal sur le marché de la Haute- Ville près de la rue de la Fabrique, et le marché au foin et au bois se tenait sur la place de l'ancienne chapelle des Jésuites, près de la cour des bâtisses de ces Pères longtemps converties en Casernes et détruites dans ces dernières années. Le marché au foin fut transporté au Palais plus tard et alors

268 PAROISSE DE CHARLESBOURa

On aime à aller au marché; ordinairement c'est l'intérêt, quelquefois la nécessité et souvent aussi le plaisir du voyage qui engagent à y aller Le mauvais temps, les mauvais chemins, le froid le plus intense, la chaleur la plus accablante, rien ne peut faire changer la résolution d'aller au marché quand le jour fixé pour s'y rendre est arrivé, surtout si ce jour est un samedi, le jour par excellence du marché. Pour avoir les meilleures places alors on part de grand matin, de trèsgrand matin ; non seulement on prévient de beaucoup le lever de l'aurore, mais, depuis quelques années, il y en a qui partent la veille, dans l'été, et stationnent tout le reste do la nuit pour y garder leurs places.

A l'exception du foin, de la paille et du bois de cordes que les hommes seuls transportent au marché, tous les autres articles qu'on a à vendre y sont transportés dans des voitures conduites aussi bien par les femmes que par les hommes, mais plus souvent par les femmes. Ce

on y construisit de nouveaux étaux pour remplacer le petit étal de la rue de la Fabrique. Ces derniers étaux n'existèrent que peu d'années et firent place aux grands étaux des marchés Champlain, Montcalm et Jacques-Cartier.

PAROISSE DE CHARLESBOUBG 269

n'est pas une petite affaire ni un petit travail que de pj-éparer le marché, surtout dans Tété, car dans cette saison la voiture qui part pour le marché est comme un petit magasin, non pas d'une spécialité particulière, mais de tout ce qu'une ferme peut fournir d'effets que l'on peut vendre.

Toute la famille y met la main et tout est mis à contribution, surtout le jardin qu'on cultive au point de vue du profit.

Pendant que le mari va tuer un veau ou un agneau dont deux ou trois quartiers et isouvent même les quatre quartiers sont destinés au marcé, pendant qu'il arrache un peu de patates fraiches et d'autres légumes, la femme est dans le jardin occupée à cueillir ou à faire cueillir les fruits de la saison, gadelles, groseilles,

pommes, prunes, cerises ; elle fait

faire des petits paquets d'asperges, de sarriette ; fait casser des gousses de fèves et de pois verts. Puis, pendant que les petits garçons vont cueillir des fraises et des framboises, dont la vente est souvent à leur profit, ainsi que la vente des petits oiseaux, quandla loi permet de les prendre et de les vendre, les petites filles préparent les bouquets de fleurs naturelles, les petits paquets de mil pour les oiseaux

270 PAROISSE DE CHA.RLESBOUR(r

et à la maison on compte le nombre d'œufs qu'on peut envoyer ; on place dans un panier proprement recouvert d'une serviette les quelques livres de beurre frais qu'on peut mettre de côté et on part.

Quant tout, ou à peu près tout, est vendu on va faire quelques emplettes chez les marchands et on le fait avec avantage car on a de l'argent comptant, puis on revient à la maison un peu fatigué, il est vrai, mais content et heureux, surtout si le marché a été bon et la provision de nouvelles à rapporter abondante. Cette dernière circonstance, inséparable de l'usage d'aller au marché, n'est pas ce qu'il y a de moins agréable dans ces voyages, et c'est peut-être ce qui peut faire mieux comprendre le plaisir qu'on éprouve à les faire

" Oh ! que les cultivateurs seraient heureux, disait un poëte ancien, s'ils connaissaient leur bonheur ! " Nous ne savons pas si toutes ces bonnes familles de Charlesbourg, que nous avons connues dans notre jeune âge, avaient cette connaissance de leur bonheur ; mais nous croyons qu'elles étaient vraiment heureuses et contentes de leur sort, car il y avait dans ces familles, comme dans toutes nos

bonnes familles Canadiennes, tous les éléments nécessaire pour rendre heureux.

D'abord la religion, sans laquelle il n'y à point de bonheur réel, présidait à tout et établissait entre les membres de la famille, et les serviteurs mêmes, ce respect, cçtte obéissance, cette douceur dans le commandement qui rendent le fardeau des uns facile à porter aux autres. Quelle exactitude à faire les prières du soir et du matin et à les faire faire aux enfants !

à réciter TAngelus, à fréquenter les sacrements ! Et le dimanche quelle exactitude et quelle régularité pour aller aux offices ! Il fallait un bien mauvais temps pour qu'on se crut dispensé d'assister, non pas seulement à la messe — on n'y manquait presque jamais — mais même aux vêpres.

Le Signe de la Croix, ce signe de victoire sur les ennemis du salut, était pour ces bons chrétiens comme le résumé de leurs profonds sentiments de religion.

On le leur voyait faire partout. Le matin lorsqu'ils sortaient pour la première fois de la maison ; avant de commencer une action un peu importante ; dans un temps de tempête, à chaque éclair, le signe de la croix. Avant d'entamer un pain on faisait une croix sur ce pain avec le cou-

teau qui souvent était le couteau plombé^ si populaire autrefois.

Et la charité sous toutes les formes possibles, comme elle était généreusement pratiquée ! Donner l'aumône, donner à couvert à un pauvre, c'était pour eux un plaisir et un bonheur. Ils comprenaient qu'en donnant aux pauvres ils plaçaient à gros intérêts dans le ciel.

La pauvreté, dit-on souvent en proverbe, n'est pas un vice, mais est une grande incommodité, cela est vrai ; mais, d'un autre côté, les richesses sont une source de tant de soucis pour ce monde et de dangers pour l'éternité, qu'on peut dire que la meilleure condition de bonheur pour une famille, c'est de vivre dans une modeste et honnête aisance telle que la possède le plus grand nombre de nos cultivateurs Canadiens. (Le niodus agri non ita ma^rnus d'Horace). Aussi c'est dans la classe moyenne des citoyens de tous les pays qu'on trouve le plus grande somme de bonheur et de contentement.

Le Canadien, comme ses pères, Aime à chanter, à s'égayer,

a dit un de. nos poètes chansonniers, devenu depuis Sir George Cartier. C'est

là le fond de son caractère et il noua semble que le chant d'autrefois, c'est-àdire, d'avant 183 Y, répondait à ce caractère jovial bien mieux que le chant d'aujourd'hui. On chteintait des cantiques, des chansons, des romances et des complaintes dont les mots et les airs se gravaient facilement dans la mémoire du peuple qui ne se lassait point de les répéter. Chacun, avec la voix telle que la nature lui avait donnée, pouvait les apprendre et les mener snr Vair, comme on dit encore quelquefois. Aujourd'hui, c'est bien différent : les chants que l'on entend sont souvent des chants qu'on pourrait appeler savants et si savants que la plupart de ceux qui les entendent sont obligés de les trouver beaux, admirables, enlevant, délirant.... sans avoir pu saisir ni J'air ni les mots pour les retenir. Mais c'est la mode et qu'a-t-on à redire ?

Nous ne pouvons pas dire si aujourd'hui, à rharlesbourg, on chante encore ces joyeux refrains qu'on entendait autrefois aux noces et au foulage à bras de l'étofte dans des espèces de canot ; ces mélancoliques complaintes qui accompagnaient le bruit du rouet des mères de la famille et de leurs filles ; ces romances. " Combien j'ai douce souvenance." — " Pourquoi

me fuir, passagère hirondelle ? " et autres dont les airs et les mots vont si bien aux âmes que Tennui ou les chagrins poursuivent ; mais ce que nous savons c'est que, dans cette paroisse, on a conservé le goût du chant, et du bon chant, dans l'église. Aussi le chœur de l'église de Charlesbourg, comme nous l'avons déjà dit, est en bonne réputation et il la mérite. Avec l'orgue puissant qui guide ce chœur et avec la fanfare, ou bande militaire, qu'on a formée dans ces dernières années, et pour laquelle les jeunes gens de la paroisse montrent tant de zèle et d'aptitude, on fait des fêtes religieuses vraiment belles et solennelles. Si on veut s'en convaincre il n'y a qu'à se donner le plaisir d'une promenade à Charlesbourg pour assister à quelqu'une de nos fêtes religieuses et surtout à la fête de Saint- Jean-Baptiste.

Mais il est temps de terminer ces

réflexions

M. Beaudry a été remplacé par

MONSIEUR JOSEPH HOFFMAN 20ème Desservant et llème Curé

M. HofFman était curé de Saint-David de TAuberivière, lorsque le lendemain du

PAROISSE DE CHARLESBOUR(r 275

départ de M. Beaudry, 22 octobre 1886, il a été nommé à la cure de Charlesbourg dont il a pris possession le jour de la fête même de la paroisse, 4 novembre 1886.

Nous sommes heureux de terminer cette histoire de notre paroisse natale au commencement du règne d'un curé digne de ses prédécesseurs et qui a su, en peu de temps, gagner la confiance des paroissiens de Charlesbourg avec lesquels nous faisons des vœux pour que le Bon Dieu lui accorde une une longue suite d'années d'un ministère utile et fructueux.

Ad multos annos

-mM^

ORIGINE des familles aclvelles de Charlesbonrg dont le» ancMres se sont établis dans cette paroisse t

, to Avant le recensement de 1666.

Isaac Bedard, de Saint-Sulpice de Paris.

Jacques Duhaut dit Paris, de Saint-Martin Eveché de Chartres, en Beauce.

Jacques Renaud

Jacques Galarneau, de Notîe-Dame de Cogne, Eveché de LaRochelle, en Aunis

Paul Chalifou (ou Chalifour) de Sparme, en Aunis.

Siméon Roy dit Audy, de Créance, Eveché de Coutance, en Normandie.

Etienne Paquet (ou Pasquier) du Bourg Disset, Eveché de Poitiers, en Poitou.

Thomas Touchet

2o De 1666 à 1700

Louis Jacques, d'Amiens, en Picardie.

Pierre Lefebvre, de Viiliers-sur-Mer, Eveché de Lizieux, en Normandie.

Jean Trudol, de Parfondeval, près de Morlagne, au Perche.

François C lartrain ou Ch irlré, de Saint- Pierre-du -Chemin, Eveché de Poitiers, en Poitou

Michel Verret, de Saint-Eulrope, Evêché de Xaintes, en Saintonge.

Thomas Pageot, de Saint-Agnan. Evêché du M.ms, dans le Maine.

Nicolas Sarazin, de Saint-Gorvais de Paris.

Michel Ilupé dit Lagroix, d'Alençon, en Normandie.

Maurice Réanme, de N:)tre-D.ime de Copiie, Eveché de LaRocliehe, en Aunis

Charles Jobin, de Saint Germai iid'Anxerre Eveché de Paris.

Robert LiM^lerc, de Sainl-Eioy, Evêché de Rouen, en Normandie.

Pierre Paradis, de Ton rouvre, au Perche.

François Alard, d'Arlaine, ville de Tours en Ton rai ne.

Gilles Bouré dit L'Epine, Tourouvre, au Perche.

Mathurin Villeneuve, lie de Rhé, Eveché de LaRochelIe, en Aunis.

Etienne Protot (ou Rotot) de Saint-Bar- Ihélemi, Eveché de Rouen, en Normandie.

Simon Bourbeau, de LaRochelle, en Aunis.

Pierre Aucler (dit souvent Leclerc) de

Saint-Vien, Evêché de LaRochelle, en Aunis.

• Maurice D'Héry (Déry) de Vièvre, Evôché de Bourges, en Berry.

Jacques Magnan (ou Mignier), de Saint- Pierre de Coulonges des Royaux, Evôclié de Maillezais, en Poitou.

Pierre Guilbaut, de.Saint-Barthelemy de LaRochelle, en Aunis.

Nicolas Philippe dit Amplemanne, du Village de Kaiberik, en Alsace.

Jacques Glinel ou Dinel, de Saint-Godard, Evôché de Rouen, en Normandie.

Vincent Beaumont, du Bourg de Bray, Evêché de Poitiers, en Poitou.

Jean Martel, de Saint-Eustache de Paris.

Antoine Martin dit Beaulieu, de Montpellier, en Bas Languedoc.

Jean Poitevin (ou Polvin) de Dompierre, Evôché de Xaintes, en Saintnge.

30 De 1700 à 1760

François LeRoux dit Cardinal, de Sénille, Evêché de Poitiers, en Poitou.

* Nicolas Drouin, du Pin, près deMortagne, au Perche.

Jean Pépin dit Grisy, Evêché de Séez, en Normandie.

Simon Lereaii ou L'Heureux, de Saint- Côme-le-Verd, Evèché du Mans, au Maine.

Je^h Giroux, de Morlagne, au Perche.

Louis Garnaud, de la Grimaudière, Evèché de Poitiers, en Poitou.

Simon Ohambrelan, de Chartonnais, Evèché de Poitiers, en Pojtou.

Jean Laurent dit Lorty, (fermier d'Orsamviile), d'Angles, Evêché de Bayonne, en Gascogne.

Pierre Parent, de Môrtagne, au Perche.

Jean Bergevin ou Langevin, de Saint- Jacques, Evêché d'Angers, en Anjou-

Jean Delâge dit Lavigueur, d'Issidue, Evêché d'Angouleme, en Angoumois.

Laurent- Jacques Delâge dit Larivière, de Saint-Martin de Sigogne, Evêché de Xaintes, en Saintonge.

François Bélanger, de la paroisse de Fouque, en Normandie.

André Morin, de Saint-Jacques de Bas- Ange, Evêché de Poitiers, en Poitou.

Jean D'Aigle dit L'Allemand

Jacques Estiambre dit Sansfaçon, de Sainl- De^nis, Evêché de Meaux.

Jean Berthiaume, de Notre-Dame de la Ville et Evêché de LaRochelle, en Aunis.

François Pélisson

Louis Fortin...,

Gilles Legaré

Jean-Baptiste Dorion

Les autres familles actuellement à Charlésbourg, dont le nom n'est pas dans la liste ci-dessus, ne sont arrivées dans la paroisse qu'après l'année 1760,

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Charleabonrg depnia le 31 ivillet 1679 {naqu^an 1er janrier

1886. Avec la date du 1er acte qn'ila ont lait.

LB PÀBE GUILLAUME MATHIEU, JÉSUITE. 1er " DESSERVANT **

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