QUÉBEC
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Enrogistr<5 conformément à l'acte du Parîemen: du Canada, en rann<5c 1887, par l'abbé Charles TrudeV.e, au bureau du Ministre de l'Agriculture, à Ottawa.
DÉDICACE
A mes co-iiaroissiens de Gharlesbourg,
Voulant utiliser les loisirs de l'aimable solitude que j'habite, sur les bords do l'historique petite rivière Saint- Charles et en regard de la belle paroisse •de Gharlesbourg, je me suis rendu bien volontiers à la demande que m'a l\iite votre digne curé actuel, M. Hoffman, en prenant possession de son nouveau poste, le 4 novembre dernier, 1886, d'écrire l'histoire de cette ancienne et importante paroisse qui m'a vu naître, dans laquelle se sont écoulés les jours heureux de mon enfance et où reposent ceux que j'ai le plus estimés et le plus aimés dans ma vie.
IV DEDICACE
Une considération cependant m'a.
fait hésiter quelque temps à entreprendre ce travail, et surtout à le mettre devant le public, c'est la persuasion où je suis qu'il me manque ce qui est nécessaire pour faire aimer la lecture d'un ouvrage historique comme celui que je vous présente, c'est-à-dire^ la facilité de joindre ensemble l'utile et l'agréable : deux choses sans lesquelles un livre fait rarement fortune- Mais je me suis dit: c'est pour mes co-paroissiens surtout que je vais écrire cette histoire intime de ma paroisse natale et je suis bien persuadé qu'ils la recevront avec plaisir, parce qu'ils feront attention plutôt aux choses qui y sont racontées qu'à la manière dont elles sont écrites.
Je me suis donc mis à l'œuvre, et j'uvoue que ce travail a été pour moi d'un grand charme. J'ai aimé à recher-
DÉDICACE
cher les traditions, à parcourir les mémoires dans lesquels je pouvais espérer trouver quelques renseignements sur les premiers temps de la paroisse, à décLifFrer de vieux manuscrits que le temps, qui détruit tout, n'a pas assez respectés, à prendre des informations, par lettres ou de vive voix, pour vérifier une date ou pour éclaircir un fait douteux.... ; et plus j'avançais plus je prenais intérêt à ce travail.
Et puis je me sais dit encore : mes co-paroissiens, ceux surtout qui sont un peu avancés en âge, doivent aimer?
comme moi, à connaître ce qui s'est passé avant eux dans cette paroisse de Charlesbourg qui leur est si chère ; car c'est une curiosité bien naturelle de chercher à savoir ce qui a été fait avant nous dans les lieux que nous habitons, et cette curiosité croît avec l'âge et le temps.
Vi DÉDICACE
Comme Ta dit un poëte :
Il est un âge dan-s la vie Où chaque rêve doit finir ; Vu âge où l'âme recueillie A besoin de se souvenir.
Oui, il y a un âge où on aime à parler du temps passé ; à parler des personnes qu'on a connues autrefois, et plus on avance dans le chemin de la vie plus on aime à jeter un regard en arrière sur la route parcourue. Plus les amis et les parents, et plus aussi tous ceux qui nous ont accompagne dans le pèlerinage de la vie deviennent rares, plus nous nous attachons à eux, plus nous aimons à les voir, à les rencontrer, à leur parler des lieux qu'on a habités ensemble et des personnes qu'on a connues, et à leur adresser quelquefois ces mots remplis souvent d'une grande mélancolie : T^en souviens-tu ?
On aime aussi à revoir les /lieux témoins des plaisirs innocents de notre
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enfance; on aime à se rappeler les divers édifices qu'on ne voit plus et dont la disparition ou la destruction nous rappellent que nous aussi, comme eux et comme ceux qui les ont possédés, nous disparaîtrons un jour On aime enfin le passé, lé temps passé, ou tâche de s'y rattacher d'autant plus fortement qu'on s'aperçoit davantage que le temps présent nous échappe, et qu'on peut moins raisonnablement compter sur le temps à venir.
C'est surtout lorsque les cheveux blanchissants nous avertissent qu'on va bientôt entrer dans la classe des sexagénaires, ou que déjà on appartient
à cette classe respectable, que les souvenirs ont un charme particulier qu'on f\ime à communiquer aux autres. Et lorsque, pendant presque toute sa vie, on a été éloigné des lieux témoins des jeux de son enfance, oh ! alors les sou-
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veiiirs de la maison paternelle, de la famille et des amis voisins, de la paroisse natale enfin, reviennent souvent, plus souvent et plus agréables que les autres souvenirs.
J'aime à me rappeler l'honnêteté proverbiaje dans les marchés et les transactions de plusieurs bonnes familles, qui étaient des modèles sous ce rappport ; j'aime à me rappeler la piété de ces bons congréganistes que l'on voyait se rendre avec exactitude à l'église, au second coup de la messe, pour assister à la récitation de l'Office (le la sainte Vierge dans sa pieuse chapelle. L'instruction n'était pas répandue alors comme elle l'est aujourd'hui, et un bon nombre de congréganistes disaient leur chapelet, pendant que le préfet, les deux assistants et les deux lecteurs, à peu près les seuls, récitaient l'office.
DÉDICACE ix
Pendant l'office de la sainte Vierge, et en attendant le dernier coup, no.'> mères ou nos vieilles grand'mères se réunissaient dans quelques maisons amies du Trait-Carré, chez les Dlles Nicolet, à la maison d'école, chez la tante Thérèse, sœur du curé M.
Bedard. Quelle respectabilité dans ces vieilles au costume ancien ! 11 me semble les voir encore ces bonnes mères de familles, avec leurs mouchoirs bien plies sur leurs Formulaires de prières, se diriger à pas lents vers l'église où elles entraient avec tout h; respect dû à ce lieu saint.
Et nous, petits bons hommes d'alors, nous utilisions le temps avant la messe et avant le catéchisme qui précédait les vêpres, aussitôt que la neige était disparue, en jouant à la toupie qui souvent faisait des dragues^ ou aux sous, ne manquant point de crier haa-
DÉDICACE
reuie lorsque celui qui virait les mms paraissait avoir triché. Souvent des grands garçons, voir même des pères de familles, se faisaient enfants avec nous pour prendre part à ces jeux en grande vogue alors
Que de joyeux amusements, que de réjouissances innocentes et aussi que de belles pratiques de religion dans ces bonnes familles de Cliarlesbourg, aux mœurs patriarcales, où tout était marqué au coin de Tamonr du devoir et de la religion ! Et puis la grosse gerbe, le foulage de TétofFe à bras et cadencé par des chansons de marche ou de rame, la mi-carême qui nous amenait tous les ans, le soir à la tombée de la nuit, la mystérieuse bonne femme Pierre Beaulieu à laquelle nos bonnes mères faisaient connaître d'avance nos petites malices et nos espiègleries, et qu'elle nous reprochait en nous disant
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que son petit doigt lui avait tout fait connaître. On lui faisait force bonnes promesses, elle nous donnait quelques bonbons et à V année prochaine.
Voilà ce que j'aime à me rappeler, et aujourd'hui ce que j'aime à entendre dire, c'est que la paroisse de Charlesbourg renferme encore un grand nombre de ces familles chrétiennes où les bonnes traditions du temps passé se conservent avec soin.
Une des bonnes traditions du pays, et de la paroisse de Charlesbourg en particulier, est la manière convenable et chrétienne avec laquelle on célébrait le premier jour de l'année; Le jour de Van^ comme on dit presque toujours.
Qu'il me soit permis de reproduire ici, en partie, le récit que j'ai fait, dans une histoire intime de la famille, de la manière dont ces beaux jours se passaient à la vieille maison paternelle,
Xii DÉDICACE
connue longtemps sous le nom de maison Jobin-Trudelle, et je finirai par là cette espèce de préface :
*• Dès le jour de Noël, et même bien avant ce jour, on parlait du jour de Tan et on goûtait d'avance au plaisir et surtout aux étrennes qu'on attendait.
La veille on comptait les heures et les minutes, puis on cherchait à connaître si les étrennes étaient arrivées. Ces étr^MHies consistaient en paquets remplis de raisins, d'amandes, de dragées
qu'on apportait en secret de la
ville et qu'on préparait le soir après le coucher de la jeunesse.
** Enfin l'heure du réveil du jour de rau arrivait» 11 n'était pas nécessaire ce matin là de prononcer deux fois notro nom pour nous éveiller. On ;!iO levait dans un demi silence commandé par les aines qui {ddaient à tairo la toilette des plus petits* Mou
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père et ma mère se tenaient dans leur cabinet, comme dans un sanctuaire, où l'on devait entrer avec joie mais en même temps avec respect. Quant tout était prêt la procession se mettait en marche, les plus vieux en tête, pour aller demander la bénédiction. Cette bénédiction étant donnée avec les souhaits généraux et particuliers, venait la cérémonie des étrennes. Les paquets de bonbons étaient placés dans une petite armoire de ce cabinet. '^ Je ne sais pas, disait notre père, si le petit Enfant- Jésus vous a apporté des étrennes cette année, vous n'avez pas toujours été bons, obéissants. . .voyons
pourtant. . . . tiens en voilà." Ça
ne manquait jamais d'y être. Quel heureux mélange de bonté paternelle et d'aimable correction toujours inspiré par la religion ! Et la joie, un peu bruyante, commençait, chacun tenant
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son paquet et le confrontant avec celui d'un autre. Puis, suivant nos bons parents, nous allions tous ensemble saluer le vieil oncle et la vieille tante qui nous faisaient avec boute les souhaits ordinaires. Heureux commencements d'une journée de bonheur ; mais ce n'était pas encore le plus beau. Pendant ce temps le fidèle engagé, qui avait sa part aux souhaits, préparait la voiture qui devait nous conduire chez le grand père maternel, le capitaine Jacques Jobin. Tout le monde était bientôt prêt, car, dès la veille, les habillements de voyage, avaient été disposés pour tous ceux qui n'av lient pas fait leur première communion.
*' De grand matin aussi chez le grand père Jobin tout était préparé pour recevoir les parents; déjà même quelque fois Toncle Charles Jobin et la tante Thérèse, avec les cousins et les cousines,
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étaient arrives avant nous, avaient demandé la bénédiction et s'étaient souhaité la bonne année. Comme c'était beau, et solennel cette entrée do la famille cYï&l le grand père Jobin ! 11 me semble voir encore ce vénérable vieillard assis dans la grande bergère (c'est bien là le nom qui convient au siège d'un chef de famille — berger) au fond de la grande chambre. C'était bien là le type des bons vieillards canadiens d'autrefois. Un bonnet rouge avec rebord blanc couvrait sa tête vénérable, aux beaux cheveux blanchis par les années et descendant sur ses épaules. 11 portait des pantalons d'étoflfe grise du pays avec mitasses aussi d'étoffe du pays et grandes jarretières de laine fléchée. Une hougrine^ aussi d'étoffe et en. forme de surtout^ une veste ou gilet de couleur noire, un col ou diquê blanc avec cravate noire et, quand il mar-
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çhait, une canne avec pomme d'argent à la main.. Tel était son costume ordinaire 11 me semble que pour se le représenter il faut remonter au patriarche Jacob.
'^ On entrait : la fimille saluait les arrivants et les recevait dans un demi silence, car il fallait d'abord aller rendre ses devoirs au patriarche. Mon père et ma mère s'avançaient les premiers, suivis de la jeunesse par ordre d'âge.
Quel respect filial ! ma mère surtout s'approchait de son vénérable père avec autant de respect que lorsqu'elle allait communier. Puis se mtttant à genoux :
" Voulez-vous me donner votre bénédiction, s'il vous plait, Papa." Et le grand père se levant et ôtant de la main gauche son bonnet : " Oui, mon enfant, je te la donne au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit," en faisant le signe de la croix sur elle,
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comme sur tous ceux qui lui demandaieut sa bénédiction. Puis se levant et présentant la main : '^ Comment allezvous, Papa, cette année ? " " Bien, et toi, mon enfant ? Allons, j e te souhaite une bonne année, une parfaite santé, la bénédiction de Dieu dans ce monde et le Paradis à la fin de nos jours, de bien aimer le bon Dieu." Et à chaque souhait on se donnait le baiser de paix.
Merci, disait celui qui venait de recevoir ces souhaits : De bien aimer le bon Dieu se disait sur un ton plus haut et sans donner le baiser de paix. Comme tout cela était digne d'une famille chrétienne ! On en rit quelquefois à présent, et cependant que peut-on dire et faire de mieux ?
" Les oncles et les tantes se faisaient les mêmes souhaits, mais sur un ton plus familier et plus fraternel. Ensuite ces mêmes souhaits étaient répétés à
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la jeunesse joyeuse qui se les passait entre elle. Alors c'était vraiment jovial.
" Cela fait, on prenait le déjeuner auquel présidait le grand père. Les (mcles et les tantes et tous ceux qui avaient fait leur première communion étaient à la grande table. A côté était la petite table ; c'était là que régnait la joie la plus bruyante.
" Venait ensuite la cérémonie de la distribution des étrennes ; pour nous c'était le plus important de la fête.
Le grand père s'asseyait dans sa bergère et on lui apportait un grand plat de fer blanc rempli des sacs désirés. Nous nous mettions en file et il nous distribuait ces sacs avec joie et bonheur.
Il semblait rajeunir et revivre dans cette nombreuse famille de petits enfants.
'' Aussitôt de retour à la maison on commençait à faire l'inventaire des
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paquets et rechange des bonbons — raisins pour amendes — houhagttes pour
pinpermamies Les grands de la
terre échangent de grandes propriétés et mêmes des provinces, mais nous, * heureux alors d'un bonheur sans mélange, nous n'aurions pas voulu changer notre petite fortune sucrée pour tous les biens du monde d'un autre ordre.
'' Pendant ce temps-là le grand oncle et la grande tante alhiient à leur tour saluer le grand père dont l'âge commandait cet acte de respect au grand oncle, son frère puîné. Puis les voitures partaient pour la messe. Après vêpres, ou le lendemain, le grand père venait voir son frère, l'oncle Baptiste et la famille. Quand il entrait dans la maison, appuyé sur sa canne à pomme d'argent, tout le monde se levait et saluait avec respect.
" Le soir il y. avait grosse réunion de parents et gros souper ; mais c'était
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le lendemain du jour de l'an surtout que la joie et le vrai bonheur recommençaient pour nous, car il s'agissait alors d'aller faire visite à l'oncle Charles et à la tante Thérèse, aux parrains et aux marraines, si cela pouvait se faire, et de recevoir leurs étrennes.
Les plus petits étaient alors placés dans de petits traîneaux que conduisaient les plus grands On allait d'abord chez la bonne, tante Thérèse qui nous recevait en riaut de tout son cœur.
C'était bien drôle, en effet, de voir entrer dans la nini.son cette petite file de neveux et de nièces dont les plus jeunes, enveloppés dans des couvertes, des clorjucs. , . .pouvaient à peine marcher. Après la cérémonie de la bonne année et des étrennes, on partait avec un renfort de cousins et de cousines pour aller chez l'oncle Charles Jobin.
De là le régiment, augmenté, revenait
DEDICACE AXl
avec nous à la maison, lès plus grands traînant les plus petits, et il paraît que c'était vraiment amusant de voir cotte longue suite d'enfants habillés d'emprunt entrer et aller tout à tour répéter la formule sacramentelle : '^ Comment ça va, mon oncle, ou ma tante, c't'année ?" On se déshabillait, on jouait et quand il çii était temps, chacun s'en allait content. Petit à petit, le paquet d'étrennes diminuait et en même temps diminuait aussi la somme de bonheur que nous avions eu au jour do l'an.
Que de rêves de bonheur disparaissant ainsi dans la vie, comme nos dragées et nos raisons du jour de l'an ! "
Chs Trudelle, Ptre.
Hôpital du Sacré-Cœur de Québec, 1er octobre 1887.
DE
lies temps primitifs
Depuis son orisçine jusqiià Cannée IWO
La paroisse de Charlesbourg est une des i^lus anciennes du pays, et on peut dire aussi, sans crainte d'être contredit, que cette paroisse, dont le site enchanteur se développe en amphithéâtre au pied des Laurentides et en regard de Québac, est une des plus belles paroisses de nos campagnes. Ceux qui, dans les jours de la belle saison, se donnent le plaisir de la A^isiter, reviennent de leur excursion pleins d'une admirationenthousiaste pour les magnifiques points de A'ue qu'elle offre de tout côté au regard étonné ; ceux aussi qui s'arrêtent à la contemple
des hauteurs de la vieille cité de Champlain, ne peuvent s'empêcher de donner libre cours à la même admiration pour le splendide tableau qu'ils ^ont devant les yeux.
On dit : *' Voir Naples et mourir." Eh !
bien, nous avons vu Naples et du haut du fort Saint-Elme nous avons contemplé avec bonheur le magnifique panorama qui se présente alors au regard, et cependant, après avoir admiré ce que la nature, embellie parTart, offre de plus charmant, au dire des voyageurs, nous n'avons pas voulu mourir sans revoir Québec et, dans les environs de cette ville, la paroisse de Charlesbourg, la petite patrie de notre joyeuse enfance (1).
Les premiers temps de cette paroisse, cependant, comme les commencements de beaucoup d'autres places devenues importantes, ont été bien humbles et bien pénibles. Malheureusement les détails
(l) *' Le village de Gharlesboarg, disait Bouchette, en 1815, est agréablement situé sur une éminence d'une hauteur considérable, à environ une lieue au nord de Québec et est composé d'environ quarante maisons bien bâties, qui la plupart ont une apparence respectable, et d'une belle église et d'un presbytère. On y tient toujours les élections des membres du parlement pour le comté."
sur ces commencements font souvent défaut, ou ne peuvent tout au plus que se déduire de ce qui est connu et s'est passé ailleurs dans ces temps primitifs de la colonie.
C'est ce qui arrive presque toujours à la fondation d'une nouvelle place ou d'une nouvelle institution ; on ne prend point note des premiers faits qui s'y passent parce que ces faits semblent n'avoir aucune importance, et cependant *' ce qui se fait pour la première fois dans une place, avons nous dit dans des notes sur la Baie Saint-Paul, les plus petits détails des actions de ses premiers habitants intéressent toujours et cet intérêt croît avec le temps et l'importance des lieux." Si, à l'exemple des premiers missionnaires du pays, aux observ^ations desquels rien n'échappait, on avait dans chaque paroisse recueilli religieusement tous les souvenirs, si l'on avait noté tous les faits les plus remarquables, quelle précieuse collection de mémoires n'aurait-on pas formé pour la brillante histoire de notre belle patrie !
Mieux vaut tard que jamais, cependant, et l'on ne doit point oublier que, si nous aimons à connaître ce qui s'est passé
avant nous dans les lieux où la Providence nous appelle à jouer le petit rôle de notre vie, ceux qui nous remplaceront auront le même désir. C'est ce que comprennent aujourd'hui la plus grande partie des curés de la province, et c'est ce que comprend aussi ce nombre toujours croissant d'hommes instruits qui, avec une persévérance Bénédictine, digne de tout éloge, s'occupent de l'histoire du Canada qu'ils enrichissent de nouveaux et précieux écrits.
Les premiers colons qui se décidèrent à s'éloigner du fort de Québec, qui les protégeait contre les incursions des sauvages, suivirent naturellement le fleuve Saint-Laurent sur les bords duquel ils se fixaient et où furent aussi bâties les premières chapelles que les missionnaires allaient desservir en canot. La paroisse de Beauport, à raison de sa proximité de la ville, fut la place où d'abord durent se fixer les premiers habitants de la campagne venus du Perche, et surtout de Mortagne, avec Sieur Hobert ŒfFard qui arriva à Québec, le 14.juin 1634, et auquel la seigneurie de Beauport avait été concédée, le 15 janvier précédent. On peut donc regarder cette paroisse comme la plus ancienne après celle de Québec.
Mais il est probable que les excellentes terres de Charlesbourg, en vue et près de la petite ville qui venait de prendre naissance sur le Gap Diamant, attirèrent tout d'abord l'attention des premiers Français qui venaient en Canada avec le dessein de s'y établir, et que, peu de temps après les premiers établissements faits sur les bords du fleuve, à Beauport et à la Côte de Beaupré, des colons se décidèrent à s'y fixer. Mais il n'est guère possible de constater en quelle année se fit la première habitation et par qui elle fut faite ; cependant, d'après le Dictionnaire Grénéalogique de l'Abbé Tanguay, on pourrait croire que Paul Chalifou (ou Chalifour), marié à Québec, le 28 septembre 1648, à Jacquette Archambault, et qui alla s'établir à Charlesbourg après son mariage, fut, si non le premier, au moins un des premiers habitants de cette paroisse (1).
(1) L'extrait suivant du journal des Jésuites, à la date du 6 janvier 1660, donnerait à entendre que plusieurs habitants allèrent s'établir à Charlesbourg vers ce temps là : " Environ ce temps se fit consulte extraordinaire pour adviser si on donnerait des concessions au-dessus des terres de notre ferme de Beauport, c'est-à-dire par delà 20 arpents de profondeur sur 7 de largeur ; 7 personnes se présen-
Le recensement de la colonie que l'Intendant Talon fit faire en 1666, fait connaître qu'il y avait alors à CharlesbouT<î, y compris l'habitation de Notre- Dame des Anges, 24 habitants mariés, 10 habitants non mariés et 6 volontaires, donnant, avec les femmes et les enfants, un total de 100 âmes seulement pour tout le territoire qui forme aujourd'hui les deux paroisses de Charlesbourg et de Saint-Ambroise ; car il faut bien remarquer dès à présent que la paroisse de Saint-Ambroise toute entière, qui n'a commencé à être habitée qu'après celle de Charlesbourg, a longtemps fait partie de cette dernière paroisse comme nous le verrons.
De tous les habitants qu'il y avait à Charlesbourg, lors de ce recensement de 1666, huit chefs de familles seulement ont laissé des descendants dans la paroisse :
ce sont Isaac Bedard, marié à Marie Girard ; Jacques Duhault, marié à Marie
tôrent pour y habiter, et omnibu9 expensis, la plupart conclut à lour accorder ; toulofois on se contenta d'en accorder au-dessus des concessions voisines et non pas au-dessus de notre ferme, d'autant que depuis notre désert jusqu'à la sapinière il n'y restait plus que 6 arpents de bois qu'il fallait conserver pour les fermiers."
PAROISSE DE GHARLESBOURG
Lemoyne (1), Maihurin Roy dit Audy, marié à Marguerite Bire ; Jacques Gralarneau, marié à Jacqueline Héron ; Jacques Renaud, marié à Marie Charié ; Paul Chalifour, marié à Jacquette Archambault ; Etienne Pasquier, ou Paquet, marié à Henriette Rousseau et Thomas Touchet, marié à Suzanne Ferrier.
Ce même recensement de 1G66 fait connaître de plus que, parmi les premiers habitants de Charlesbourg qu'il mentionne et dont plusieurs, soldats licenciés du régiment de Carignan, n'étaient pas mariés, il y avait 5 charpentiers, 2 menuisiers, 2 maçons, 2 cordonniers, 2 tailleurs d'habits, 1 jardinier, 1 tisserand, 1 chapelier, 1 pâtissier cuisinier ; c'est-à-dire qu'ils exerçaient ces métiers avant de venir en Canada (2).
(1) Nous croyons que c'est par erreur qu'on a denné le nom de Dubauit à la famille actuelle de Louis Jacques, descendant de Louis Jacques, premier de ce nom établi à Charlesbourg et marié à Antoinette LeRouz dit Cardinal^ car Jacques Duhault n'a pas laissé de descendants dans la paroisse.
(2) Jean Bergevin dit Langevin, souche des familles de ce nom, s'est d'abord établi à Bourg- Royal, de sorte que la paroisse de Charlesbourg peut réclamer l'honneur d'avoir été le berceau d'une famille qui a donné à l'Eglise le pre-
8 pâroissb de CHâRLESBOURG
Quoiqu'il en soit du temps où les premiers habitants de la paroisse vinrent s'y fixer, il est certain au moins qu'ils allèrent placer leurs demeures non loin de la ligne actuelle de séparation entre la paroisse de Charlesbourg et celle de Beauport, dans un lieu peu éloigné de l'endroit où plus tard fut construite une demeure devenue célèbre sous les noms de Château- Bigot, de VHermitage ou de Maison de la Montagne. Ils donnèrent au lieu qu'ils avaient choisi le nom de Bour^-Royal qu'il porte encore aujourd'hui. Ce fut près de là, dans un lieu qu'ils appelèrent Bourg-la-Reine, que ces premiers habitants bâtirent la première petite chapelle de la paroisse.
Mais à quelle époque remonte la fondation de cette première chapelle ?
quand et par qui y fut dite la première messe ? combien d'année elle a servi au culte ? quand fut-elle abandonnée pour être remplacée par la chapelle bâtie au village de Charlesbourg, c'est-à-dire, à l'endroit où est l'église actuelle ?
mier évéque de Rimoaski, Mgr Langevin et son frère le Grand-Vicaire Edmond Langevin, et à l'état un ministre distingné, Sir Hector Langevin.
Voilà autant de questions auxquelles il n'est pas possible de répondre. Mais la tradition de son existence n'a jamais été interrompue et ne souffre aucun doute.
On montre encore aujourd'hui (1887) la place de cette petite chapelle de Bourg- Koyal, près de la demeure actuelle des Demoiselles Déry et sur un terrain appartenant maintenant à M. Xavier Griroux. On conserve avec un soin religieux dans la demeure de M. Xavier Paradis, un des voisins du lieu où était cette première chapelle, des petits chandeliers et deux ornements en noyer noir, et peinturés, qui ont servi à cette petite chapelle de Bourg-Royal. Il y a aussi dans cette maison un vieux buffet en noyer noir, et peinturé à l'extérieur, qui date des premières années de l'établissement de la paroisse. Ces ouvrages, vieilles reliques du temps passé, que nous avons visités dernièrement avec grand intérêt, ne semblent avoir été travaillés qu'avec un couteau.
On conserve aussi, dans la demeure de M. Napoléon Bedard,une petite statue que la tradition donne comme ayant appartenu à cette petite chapelle.
Pour mieux se protéger contre les attaques des sauvages, auxquelles nos pères
étaient si souvent exposés, ils avaient fait tracer en triangles les terres qui leur avaient été concédées et avaient placé .leurs demeures au sommet de ces trianles. Par cette sage disposition, réglée par les Jésuites, Seigneurs de ce domaine, ces demeures se trouvaient toutes rapprochées les unes des autres.
Le nombre des nouveaux colons arrivés de France et qui voulaient s'établir sur ces belles terres de Charlesbourg, augmentant chaque année, on ne fut pas longtemps sans penser à former un nouveau village, plus complet que celui de Bourg-Royal, et on choisit pour cela une des plus charmantes et des plus avantageuses situations qu'il fut possible de trouver.
Les Jésuites, auxquels les terres de Bourg-Royal et celles où est actuellement située l'église, avaient été données en fief par le Duc de Ventadour, Vice-Roi delà Nouvelle-France, le 10 mars 1G26 (1), et qui par conséquent, en étaient les Seigneurs, concédèrent ces terres et les
(1) Le 12 mai 1678 le roi de France donna des lettres
d'amortissement de tous les biens des Jésuites et en parti-
•oalier ** en 'quatre lieues d'étendue, proehe Québec, tirant
PAROISSE DE CHAHLESBOURG 1 l
firent tracer, comme à Bourg-Royal, en triangles dont le sommet allait aboutir au lieu où est Téglise aujourd'hui et où fut bâtie une petite chapelle qui remplaça pour le service divin la chapelle de Bourg-Royal qui fut alors abandonnée.
Cette nouvelle chapelle fut dédiée à Saint- Charles par les Jésuites qui furent les premiers missionnaires de la paroisse.
On tira à une petite distance du sommet de tous ces triangles un traif-carré sur lequel on fit un chemin qui porte encore aujourd'hui le nom de Trait-Carré, qui s'applique aussi à tout le village qui environne l'église. Les nouveaux habitants placèrent leurs demeures en dedans
vers les montagnes de l'ouest, partie sur la rivière Saint Charles et partie sur le grand fleuve Saint Laurent ; une pointe de terre avec les bois et prairies y contenus, située proche la petite rivière Layret, à eux concédée par lettres de notre très-cher et très-aimé cousin le Duc de Ventadour, Vice-Roi du dit pays, du dix mars mil six cent vingt six, confirmé le quinze janvier mil six cent trente sept parla compagnie de la Nouvelle France."
— Edita et Ord. 1er vol., p. 103.
La rivière Lairet tire son nom de François Lairet, un des premiers habitants de Charlesbourg qui demeurait près de Ift petite rivière.
OU en dehors de ce Trait-Carré et formèrent le village de Charlesbourg dont le nom s'étendit dès lors à toute la paroisse.
C'est peut-être ici le temps de faire quelques réflexions sur le sort des premiers colons du pays en général et des premiers habitants de Charlesbourg en particulier.
On dit quelquefois que les premiers habitants du pays ont été heureux de pouvoir s'établir sur les bords du fleuve, ou sur de bonnes et belles terres, voisines de la ville, comme celles de Charlesbourg ; de ne pas être obligés d'ouvrir des terres éloignées et sans voies de communication, comme au Saguenay et dans les Cantons de l'Est. Cela est vrai sous certains rapports, mais cependant il ne faut pas leur envier cet avantage, car il a été amplement compensé par des difficultés bien plus grandes que celles qu'ont à rencontrer les nouveaux colons d'aujourd'hui, et il leur fallut, pour les surmonter, un courage que l'intérêt et l'espérance d'un meilleur avenir pouvaient sans doute alimenter et soutenir, mais que la religion seule pouvait donner.
Il leur fallait d'abord dire adieu à une patrie chérie, à ce beau pays de France,
PAROISSE DE GHARLESBOUR& 13
" le plus beau royaume après celui du cieW comme on aimait à le dire dans le temps où la religion y fleurissait avec les lis ; il leur fallait traverser l'océan et s'exposer à tous les inconvénients et à tous les dangers d'une longue et périlleuse navigation, dans des vaisseaux voiliers, à la course longue et pleine d'ennuis, pour aller passer leur vie dans un pays sauvage où les choses les plus utiles, et souvent les plus nécessaires, manquaient et qu'il était impossible de se procurer dans ce nouveau pays ; pour aller dans une contrée où ils avaient à affronter les froids excessifs de nos hivers, aux rigueurs desquels ils n'étaient ni habitués ni préparés. Car, il faut bien le remarquer, dans ces premiers temps nos pères n'avaient pas même de poêles, cet ustensile si nécessaire du ménage II leur fallait se contenter d'un feu de cheminée (1).
(1) Les premiers poêles étaient loin d'avoir l'élégance et la variété de formes des poêles d'aujourd'hui qui sont un véritable ornement, même pour les salons, quand toutefois ils ne sont pas remplacés par le luxe des fournaises. C'était de grosses masses de fonte, aux quatre faces presque sans ornements, au dessus uni, n'ayant qu'un iseul pont ou qu'un seul étage et le tout supporté par quatre grosses pattes de chien. Les poêles à (l«ux ponts ne remontent pas à plus de
Ils n'avaient point pour l'habillement, comme pour les voitures et les demeures, toutes ces améliorations que l'aisance, l'industrie, le luxe et l'amour du confortable, comme disent les Anglais et les Américains, ont mis en usage aujourd'hui, même chez les cultivateurs. Dans les nouveaux établissments qui se font à présent, au contraire, plusieurs de ces améliorations y sont tout d'abord transportées, et puis on a les magasins des villes où on trouve facilement le nécessaire et l'utile.
Nos pères devaient surtout se condamner à vivre dans un pays couvert de forêts parcourues par des nations sauvages et plus redoutables par leur cruauté que les bêtes féroces qui les habitaient. Ils avaient continuellement à craindre de .tomber entre leurs maius, et de devenir le jouet de leurs amusements barbares dans une dure captivité, ou d'être mis à
60 ans dans les campagnes. Comme accompagnement obligé il y avait un fonrgon en fer, et souvent aussi un fourgon en bois, pour attiser le feu, et puis une casserole de tôle dans laquelle étaient ordinairement les petites pincettes pour prendre le charbon dont on se servait pour allumer la pipe ; car les allumettes simplement souffrées, qu'on regardait alors comme une grande amélioration, ne sont venues que vers 1835 et les allumettes chimiques plus tard.
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mort au milieu des plus affreux supplices.
Il fallait donc un grand courage, et les premiers habitants de Charlesbourg eurent ce grand courage en allant ainsi s'établir au milieu de la forêt et loin du fort de Québec. La tradition cependant ne nous apprend pas qu'ils furent troublés et molestés par les indigènes. Ils durent sans doute cette protection spéciale du ciel à leurs ferventes prières et à la messe fondée par les Jésuites pour la conversion des sauvages, qu'on appelait la messe du vœu, et qui a toujours été célébrée jusqu'à présent dans l'octave de la fête de Saint Charles, comme nous l'avons mentionné précédemment dans une note.
Quel ennui aussi de vivre dans des privations continuelles et de tout genre, au milieu des souches et des chicots noircis par le feu ! de vivre en compagnie des moustiques et des maringouins dans l'été, dans de petites chaumières de bois rond ou grossièrement équarri, souvent couvertes en paille, mal éclairées pendant le jour par quelques petites fenêtres, et le soir par la lumière terne et blafarde d'une lampe à bec remplie de mauvaise huile, ou par la pâle lumière d'une chandelle de suif au lumignon fumant ! On ne
pensait pas alors à l'huile de pétrole, ni au gaz et encore moins à la lumière électrique.
Quel ennui encore, les dimanches et fêtes, de ne pouvoir se réunir que dans une petite chapelle couverte en paille '^ bâtie de pieux et prête à tomber " dit un mémoire de 1683 que nous allons bientôt citer.
Point de poêle dans cette chapelle, cela va sans dire, car le luxe des poêles dans les églises n'a été introduit, comme on le sait, que depuis 1840 environ (1).
(1) Monsieur le Grand- Vicaire Deschenaux, mort, curé de l'Ancienne Lorette, le 9 juillet 1832, est le premier qui ait introduit l'usage des poêles, d'abord dans la chapelle de la Sainte Vierge annexée ù, l'église de cette paroisse et ensuite dans l'église même, et à ses frais. On en parlait comme d'une chose Wen extraordinaire. Il faut bien remarquer aussi qu'autrefois la messe sur semaine ne se disait que dans l'église et sans feu. Nos pères qui voulaient vivre en Canada comme ils vivaient en France, c'est-à-dire, sans poâle dans les églises, n'avaient pas même souvent des poêles dans les sacristies, ces petites sacristies qui ne consistaient quelquefois que dans l'espace compris entre le retable de l'autel et le rond point du mur. Chose singulière et qui peut faire comprendre la difficulté qu'on a de rompre avec une vieille habitude : malgré les souflfrances que "le froid faisait endurer, lorsqu'il s'agit de placer des poêle^ da,ns les églises, un grand nombre de paroissiens s'y oppo-
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Et pour se rendre à cette chapelle, de même que pour aller à Québec, que de fatigues en été et de misères en hiver !
D'abord les chemins, à peine ouverts, étaient loin d'être macadamisés et dans des terres fortes et basses, comme au Gros Pin, quelle triste suite de cahots et de bourbiers il fallait traverser !
Il faut bien remarquer encore que dans les premiers temps, avant 1665 au moins, et même plusieurs années après cette date, il n'y avait pas un seul cheval à Charlesbourg, puisque, d'après le Journal
sèrent longtemps sous le prétexte surtout que la fumée de ces poêles gâterait Tintérieur des églises. Souvent dans les plus grands froids on était obligé de placer un réchaud sur Tautel pour le célébrant qui, sans cela, aurait éprouvé une bonne onglée aux doigts.
Le 24 octobre 1796, Mgr Hubert écrivait à M. Deschenaux : " Il vous est permis par ces présentes de bénir la sacristie et d'y dire la messe les jours qui ne sont point chômés seulement et encore dans les froids oîi votre santé pourrait en être diminuée. Si cette réponse vous parait stricte c'est afin de ne pas donner occasion à d'autres prêtres de demander pareille dispense, ce qui me parait être contre les règles, à moins d'une grande utilité pour la santé."
Cette permission de dire la messe dans les sacristies s'accorde facilement aujourd'hui, d'autant plus que la plupart des sacristies que l'on construit à présent sont de véritables oliapelles.
des Jésuites, le premier cheval amené en Canada est arrivé à Québec, en 1647, et fut mis à l'usage de Montmagny, second gouverneur du pays ; et que le second envoi de ces animaux, si utiles ou plutôt si nécessaires, surtout aux agriculteurs^ n'arriva que dans l'été de 1665. C'était toujours grande réjouissance à l'arrivée des vaisseaux venant de France, mais cette année là, " ce qui causa une grande joie parmi les habitants et un vif étonnement aux aborigènes, dit l'abbé Ferland, fut le débarquement de douze chevaux que le roi envoyait au Canada. A l'exception d'un cheval donné près de vingt ans auparavant à M. de Montmagny, c'étaient les premiers qu'on y voyait.
Aussi les sauvages examinèrent attentivement et s'étonnaient que les orignaux de France fussent si traitables et si soumis aux volontés de l'homme."
Il fallait donc aller à pied, ou dans de misérables voitures traînées par desbœufs.
Triste et ennuyante manière de voyager, surtout dans les tempêtes et les grands froids de l'hiver, et d'autant plus pénible qu'il faut se rappeler qu'on était loin alors d'avoir ce luxe d'habits à fourrures dont on se couvre aujourd'hui, et de.
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voyager dans de belles carrioles couvertes, pourvues de bonnes peaux de buffles ou d'autres animaux. Nos bonnes grand'mères allaient ainsi à l'église, à la ville
n'ayant sur leurs genoux que des
couvertes de droguet ou des catalogues ; sur la tête une câline comme en France, mais que la nécessité apprit bientôt à doubler et à redoubler de manière à former une coiffure chaude, connue sous le nom de Grosse-Tête ou de Tliérèse^ et dont l'usage s'est longtemps conservé ; et sur les épaules un simple châle ou une mente d'indienne redoublée.
Mais ne nous arrêtons pas plus longtemps à considérer le sombre tableau des misères qu'eurent à endurer nos pères, et entrons dans le récit des événements qui ont été accomplis pour fonder cette belle et riche paroisse de Charlesbourg, si légitimement fière aujourd'hui de ses terres améliorées, de ses routes macadamisées^ de ses jardins et de ses vergers, de ses résidences toujours propres et souvent du meilleur goût, de ses nombreuses écoles, de ses deux couvents, de sa chapelle de Notre-Dame des Laurentides, de son église si richement et si convenablement décorée à l'intérieur, et dans laquelle les
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sons d'un orgue puissant et harmonieux réjouissent les oreilles des heureux paroissiens du temps présent, et guident les voix bien exercées d'un chœur de chantres auxquels le zèle et le bon goût ont attiré une réputation flatteuse, depuis longtemps bien connue et justement méritée.
Le plus ancien document des archives de la fabrique de Oharlesbourg est le premier cahier des " Comptes et Délibération " qui remonte au 25 mars 16^8 (les 2 premières pages manquant). (1) Ce cahier nous apprend que le dernier Père Jésuite qui desservit la paroisse, avant que les prêtres du Séminaire de Québec fussent chargés de cette desserte, et aussi le premier prêtre connu comme desservant fut