Antoine Desloriers, fils
aujourd'hui. Le bedeau, dans ce temps, ne portait pas même Thabit de cérémonie, au collet et aux manchettes rouges, car on voit par les comptes de la fabrique que ce fut bien pins tard qu'on lui acheta un habit, et il est bien probable aussi qu'il n'avait pas non plus le bâton de Jacob, surmonté de la fleur de lis, (souvenir de la France d'autrefois) dont il doit se servir lorsqu'il marche en sa qualité officielle de bedeau.
Monsieur Glandelet était un homme distingué et de grands talents. Il travailla pendant 50 ans à l'œuvre du Séminaire de Québec, qui était en même temps chargé alors de la desserte de plusieurs cures et missions. " Il fut, dit l'abbé Tanguay, le premier Théologal du Chapitre, Doyen de ce corps à la mort de M.
de Bernières, le 4 décembre 1700 ; supérieur et confesseur des Ursulines, le premier desservant de l'église succursale de la Basse- Ville et supérieur du Séminaire,
et longtemps vicaire - général M.
Glandelet mourut aux Trois-Rivières, en juin 1725, âgé de près de 80 ans. " Il fut remplacé dans la desserte de Charlesbourg par
MONSIEUR LOUIS PIERRE THURY, Sème Desservant.
M. Thury était natif de Notre-Dame de Breuil, évêché de Bayeux. " Venu de France, en 16Y6, il fut ordonné le 21 décembre 16Y7, et mourut le 20 novembre 1705, âgé de 53 ans. Il était missionnaire au Cap de la Madeleine, en 1683, et se rendit ensuite à TAcadie, où il était en 1689. Charlevoix parle de lui avec beaucoup d'éloges. " C'était, dit Charlevoix, " un bon ouvrier et homme de tête, " et Mgr de St- Vallier l'avait nommé son *' Vi-' caire-Grénéral dans toute l'étendue de TAçadie et Grande Baie Saint-Laurent, " et il parle assez longuement de lui et de ses travaux auprès des Cruciantaux, dans une lettre qui vient d'être publiée dans le premier volume des Mandements des Evêques de Québec (page 203).
L'abbé Tanguay semble ignorer que M. Thury a desservi Charlesbourg, où cependant il faisait les fonctions de curé, en 1683, car il présida,, le 4 janvier de cette année, l'élection du marguillier Michel Boutet dit l'Epine, du Bourg Royal, et reçut les comptes du marguillier Etienne Roy, pour 1681 et 1682. De
plus, la partie du mémoire de Mgr de Laval de cette année 1683, qui regarde cette paroisse et que nous allons reproduire, nous fait connaître qu'il était alors desservant de Charlesbourg.
En 1683 donc, Mgr de Laval fit faire un " Plan général de Testât présent des missions du Canada ", qui servit de base à un mémoire sur la fixation d'un certain nombre de cures en Canada, qu'il présenta au roi en 1684. Voici ce qu'on y trouve sur la paroisse :
" Monsieur Thury, prêtre, aagé de 31 ans, venu de France l'année 16V5, (l'Abbé Tanguay dit 16Y6), dessert la paroisse de Charlesbourg qui est dans les terres à une lieue et demie de Québec du costé du nord-ouest. Cette paroisse est composée de ï villages, savoir: la petite Auvergne, Saint-Claude, le Bourg-Eoyal, Saint- Joseph, Saint-Bernard, le petit Saint- Antoine, autrement dit St-Eomain."
" Charlesbourg tient le milieu de tous ces villages qui n'en sont éloignez que d'une lieue au plus ; il y a YY familles et 39Ï âmes ; il y a une petite chapelle dans Charlesbourg dédiée à^St Charles, qui n'est bastie que de pieux et prête à tomber, sans presbitaire."
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Il n'est pas question dans ce mémoire des villages de Saint-Pierre, de Saint- Bonaventure, du Petit-Village, de la Commune et du Gros-Pin que renferme de plus la paroisse telle qu'elle est aujourd'hui. Ces villages n'étaient probablement pas encore ouverts alors à la culture ou du moins n'étaient pas habités. Il est bien probable aussi qu'il n'y avait pas encore alors un seul habitant résidant dans la partie qui a été séparée de Charlesbourg, le 6 octobre 1796, pour former la paroisse actuelle de Saint-Ambroi.se, comme on le verra plus tard. D'ailleurs, le recensement de 1666, ne mentionne aucun habitant établi sur tout le territoire de la paroisse de Saint-Ambroise ; tout y était en bois debout (1).
(l) Le receriFemen* de 1681, fait deux ans avant le Plan de Mgr de Laval, dit qu'il y avait alors à Charlesbourg, 111 familles et 596 âmes ; d'oîi vient l'erreur et cette grande diflférence de chiffres ? Plutôt sans doute du plan de Mgr de Laval qui no donne pas le détail des noms. D'un autre côté ce recensement de 1681, place 60 familles au village de la Petite Auvergne et 309 âmes. Cela paraît peu probable. Peut-être que sous le nom de Petite Auvergne on a compris les villages du Gros Pin, de la Commune et du Petit Village*
D'après le recensement de 1679, il n'y avait alors dans toute la colonie que 9,400 âmes, 21,900 arpents en culture, 145 chevaux, 12 ânes, 6,983 bêtes à cornes, 719 moutons, 33 chèvres, 184 fusils et 159 pistolets.
PAROISSE DE CHARLESBOURO 31
C'est le temps et Tà-propos de donner ici des détails sur cette petite chapelle dont parle le mémoire que nous venons de citer.
De même que nous n'avons pu constater quand fut bâtie la petite chapelle de Bourg-Royal, ni quand elle fut remplacée par celle du Trait-Carré de Charlesbourg, dont parle le mémoire, de même nous n'avons pu rien trouver qui put faire connaitre quand celte chapelle du Trait-Carré de Charlesbourg, qu'on peut appeler la première chapelle de la paroisse, fut construite et quand la messe y fut dite pour la première fois.
Ce qu'il y a de certain c'est que la petite chapelle de Bourg-Eoyal n'était pas construite en 1650, d'après les notes de l'abbé Ferland sur les registres de Québec^ où il est dit que ** dans les environs immédiats de la ville étaient les chapelles de Sillery, de Beauport, de Notre-Dame des Anges et de Saint-Jean sur le coteau Sainte- G-eneviève, outre celles de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières, c'étaient les seules qu'il y eût dans la colonie." Ce qu'il y a de certain encore, c'est qu'en 16Y5, la chapelle de Charlesbourg était construite au lieu où est l'église actuelle,
et elle y était depuis plusieurs années, puisqu'on voit par les comptes de l'année suivante, 1676, que le Frère Joseph avait payé, le 25 avril, pour Vagrandir, la couvrir et la lambrisser. La chapelle de Bourg Royal n'a donc pu exister que peu d'années, tout au plus 20 ans entre 1650 et 1670.
La chapelle de Charlesbourg fut construite sur un terrain appartenant aux Jésuites et qu'ils donnèrent plus tard à la fabrique, le 24 juin 1686 (1), par un acte passé devant le notaire François G-enaple, entre le Père Thierry Beschefer, Recteur du Collège de Québec, au nom de la Compagnie de Jésus, et les marguilliers de l'Œuvre, Michel Boutet, Charles Gautreau et Gruillaume Regnault,aunom de la fabrique. Ce terrain, que la fabrique possède encore aujourd'hui, après plus de 200 ans, consistait en cinq arpents de
(1) Le 11 mars de cette même anuée 1686, Charles Denis de Vitré donna et céda aux Jésuites, le Père Raffeix acceptant pour eux, le lac Saint-Charles et une lieue de terre autour, et cela par considération personnelle pour ces Pères, dit l'acte passé par le notaire François Genaple. Ce lac et les terres qui l'avoisinent avaient été concédés à Charles Denis de Vitré par le gouvarneur de La Barre et l'intendant Demeules. «
terre que les Jésuites avaient fait défricher, et dont trois arpents pour le presbytère et le jardin, puis ce qui sera nécessaire pour l'église et le cimetière, et le reste au profit de la fabrique. Ce don fut fait à la charge par la fabrique d'une messe à perpétuité " pour la conversion des sauvages de ce pays et pour le repos de l'âme de ceux qui sont décédés, " et à la condition aussi que si l'église était transférée ailleurs, ce terrain retournerait aux Jésuites.
Cette première chapelle du Trait-Carré de Charlesbourg a du être bien petite d'abord puisque, malgré qu'on l'eût déjà agrandie, le mémoire de 1683 de Mgr de Laval dit : " une petite chapelle." Elle était bâtie en pieux ou en pièces équarries (1) et placées perpendiculairement ; elle était lambrissée et couverte en paille.
Ceci peut paraître un peu extraordinaire aujourd'hui, cependant rien de mieux constaté et pour preuve, entre autres, voici deux entrées des comptes antérieurs à 1680 : " Gruillaume Picquefeu, pour dixme de 1674,2 boisseaux payés en paille
(1) En 1677, on donna une livre ** pour payer Jacques Dnhaut d'une pièce de bois équarrie pour l'église.
ff
pour couvrir la chapelle. " " Charles G-outherot, pour dixme de 16^4, 1 minot payé en paille pour couvrir l'église " On voit aussi par les comptes du temps qu'on donnait quelquefois de la paille longue, (On appelle ainsi la paille préparée pour couvrir.) Les Jésuites avant de laisser la desserte de la paroisse avaient abandonné à la chapelle les dîmes des années 16^3 et 16^4 qui leur étaient dues et que les habitants alors devaient payer au marguillier en charge (1). On peut donc à bon droit regarder les Jésuites comme les premiers bienfaiteurs de la fabrique.
Cette première petite chapelle de Charlesbourg a existé ainsi couverte en paille (2) pendant plus de 22 ans, jusqu'en 169Y, époque où elle fut remplacée par l'église en pierre qui a précédé l'église actuelle et où les anciens de la paroisse ont pu entendre la messe avant le 29 juin 1830, et qu'un plus grand nombre ont pu voir, puisqu'elle n'a été détruite qu'en
(1) Le blé était alors évalué à 3 livres le minot pour ceux qui voulaient payer en effet ou en argent.
(2) En 1696, dernière année avant sa destruction, on paya 6 livres pour couvrir l'église en paille.
L'extrémité du comble en arrière était coupée en sifflet et on le couvrait aussi en paille. Il va sans dire qu'on n'avait pas donné à cette chapelle le luxé d'une sacristie, mais elle avait un petit clocher, au moins en 1694, car cette année là on paya 15 livres " pour la façon du clocher." Ce devait être un clocher bien proportionné à la grandeur et à la richesse de la chapelle, à en juger par le prix qu'on paya pour la main-d'œuvre, et on avait cru probablement devoir faire cette grande dépense de 15 livres de vingt sols pour un clocher, afin d'y installer le bourdon de $10 dont on a parlé et de le^mettre en branle pour la réception de Mgr de Saint-Vallier qui fit sa seconde visite épiscopale à Oharlesbourg, le 2 juillet de cette même année.
Il est probable que dans ces premiers temps du pays beaucoup de maisons, non-seulement à Oharlesbourg, mais dans tous les nouveaux établissements de la colonie, étaient couvertes en paille. Nfos pères, élevés la plupart sous le chaume en France, ne devaient pas avoir de répugnance à inaugurer en Canada un usage qui, comme bien d'autres usages apportés de la mère patrie, était pour eux au
contraire un touchant souvenir de la maison paternelle et de la paroisse qu'ils avaient laissées. Pour la même raison ils aimaient à donner aux lieux où ils se fixaient des noms chers à leur souvenir, comme celui de petite Auvergne donné à ce village par les premiers concessionnaires venus de l'Auvergne L'usage de couvrir en paille s'est cons.ervé jusqu'à présent pour les granges et les étables bien que, depuis plusieurs années, il tende peu à peu à disparaître, surtout dans le district de Québec.
La première chapelle du Trait-Carré de Charlesbourg avait déjà plusieurs années d'existence, en 1683, puisque, d'après le mémoire de cette année que nous avons cité, elle était prête à tomber alors. Cependant, à force de radoubs, on put la maintenir debout et la faire servir au culte jusqu'en 169V, en attendant l'église en pierre à la construction de laquelle on se préparait à travailler. Tous les ans on y faisait des travaux pour l'empêcher de se détériorer, et les détails de ces travaux font connaître le triste état dans lequel elle était et le peu de luxe avec lequel on vivait dans ce bon vieux temps.
Ainsi, en 1693, on donne 6 livres " pour
bousiller Téglise." Ce n'était pas un riche enduit.
L'histoire ne nous dit pas de quel style ^d'architecture elle était, ni quelle était la décoration de l'intérieur ; mais il n'est pas difficile de supposer que tout devait être d'une grande simplicité. Cependant cette petite chapelle, si peu ornée et si délabrée, était assez bien pourvue de ce qui est nécessaire et convenable pour le culte, à en juger par l'inventaire fait, le 19 août 1686, par M. Du Bos, alors desservant de la paroisse. Les détails de cet inventaire (1) portent à croire même que les offices devaient s'y faire avec une certaine apparence de richesse, car il y avait calice et ciboire d'argent, ornements et parements d'autel de toutes les couleurs, tapis, rideaux, crédences un camail noir,
trois bonnets carrés rouges et trois robes rouges pour les petits servants au chœur.
MONSIEUR PIERRE-PAUL GAGNON 4ème Desservant.
Après M. Thury, qui ne desservit la paroisse qu'environ sept mois, en 1683,
(1) Voir oet inventaire à la fin du volume.
on peut compter comme quatrième desservant M. Pierre-Paul Gagnon, depuis le commencement de novembre 1683 au mois d'octobre 1684, c'est-à-dire pendant près d'un an. M. G-agnon était né à Québec, le 5 septembre 1649, de Pierre Gagnon et de Yincente Desvarieux. Il fut ordonné prêtre par Mgr de Laval, le 21 décembre 1677. Il fit des missions en plusieurs endroits de la côte du nord en bas de Québec et desservit quelque temps, après Charlesbourg, Sainte-Anne de Beaupré, en 1685 ; il fut ensuite nommé premier curé résidant de la Baie Saint-Paul, où il • demeura depuis l'automne de 1685 jusqu'au 1er novembre 1701. Il mourut le 6 avril, âgé de 61 ans et 7 mois. Il signait Gaignon,