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mars 1810. C'était le règne de la terreur pour les Canadiens. On élargit cependant bientôt les prisonniers, mais Bedard
ne voulut pas sortir de prison sans avoir
subi auparavant son procès.
La chambre fut convoquée, le 12 décembre de cette année 1810 et elle vota une adresse au gouverneur par laquelle elle le priait de mettre Bedard en liberté.
Papineau père fut chargé de voir le gouverneur à ce sujet, mais celui-ci ne voulut pas agir sous cette pression de la chambre.
Pendant la session même “Craig, dit Grarneau, apprenant que l'Abbé Bedard, curé de Charlesbourg, était en ville, l'avait mandé au Château pour le charger d’informer son frère (nous avons dit qu’il n'était que son cousin) que, s’il voulait recc : …re sa faute, on le laisserait aller sur sa parole. Le prisonnier répondit en termes respectueux mais positif, qu'il ne pouvait demeurer d'accord d’une faute dont il ne se croyait pas coupable.”
Après la session il fut élargi sans condition, et il écrivit alors une lettre à ses électeurs du comté de Surrey pleine des plus beaux sentiments d’un pur patriotisme. Quand reverrons-nous de ces véritables amis de la patrie, la servant
sans intérêt particulier et prêts à faire tous les sacrifices pour son honneur et son bonheur!
Autant pour récompenser le mérite de Becard que pour leloigner des luttes -qu'il ne cessait de faire contre les ennemis de notre nationalité, il fut nommé juge aux Trois-Rivières où il mourut, le 26 avril 1829, laissant un nom glorieux et aimé dans notre histoire.
La Gazette de Québec, du 39 avril 1829, le seul journal publié alors à Québee, annonçant la mort de ce grand patriote Canadien, se contenta de dire: “IT y avait plusieurs années que M. Bedard était tourmenté d'une maladie qui semblait approchante de l’hydropisie ; environ quinze jours avant sa mort 1l fut attaqué par une espèce de convulsions
‘ausées, à ce qu'on suppose, par de l’eau qui séjournait dans l'estomac; maisilen fut soulagé peu de temps après l'attaque.
Samedi il était sorti et dimanche au soir il expira subitement à l’âge de 67 ans.” Pas un mot de sa vie publique. On était sobre alors d'éloges envers les Canadiens.
Notre historien Garneau, après avoir parlé des luttes pour d‘fendre nos droits ‘auxquelles le nom de Pierre Bedard
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réstera toujours honorablement attaché, terminait par cette réflexion digne d’un historien du peuple canadien: “ Les Canadiens $ortaient d'une nation trop fière et trop savante pour consentir jamais à abandonner la langue de leurs aieux.” Ni ces nobles paroles étaient gravées sur les murs des édifices publics de nos villes, ou placées en évidence à la ligne qui nous sépare des Etats-Unis, nous aurions moins de défections à déplorer sous ce rapport; on verrait moins d'enseignes dans une langue qui indique mieux qu'on est atteint d’ine maladie cennue sous le nom d'anglomanie, plutôt que l’on a tel ou tel article à vendre ou à confectionner.
M. le curé Bedard avait trois frères et deux sœurs à Charlesbourg. L'un de ces trois frères, Thomas (1) Bedard, qui demeurait sur le bien occupé aujourd’hui par sieur Urbain Bedard, fut membre de l'assemblée législative pour le comté de Québec, qui comprenait alors Ia banliéue ou Saint-Roch et Saint-Sauveur actuels.
C'était avant 1837, et on sait quel désintéressement et quel pur patriotisme
(1) Jean-Baptiste était mort en novembre 1816.
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animaient alors les vaillants défenseurs de nos institutions, de notre langue et de nos lois qui siégeaient au Parlement.
Nouveau Cincinnatus, ce frèfe du Père Bedard était occupé aux travaux de son champ lorsqu'on vint le prier d’aller prendre la défense de ses compatriotes au conseil de la nation. Content et heureux de pouvoir, tout en continuant à s'occuper des intérêts particuliers de son humble patrimoine, servir les intérêts généraux de son pays, on le vit plusieurs fois vendre d’abord au marché les produits de sa terre, puis aller siéger au mileu de ces grands patriotes qui avaient noms Papineau, Bourdages, Caron, Blanchet...
Il avait vendu un jour un voyage de foin à un des premiers bourgeois Anglais de Québec, et quand il eut fini de le décharger, il demanda à ce monsieur de vouloir bien lui permettre de mettre son cheval dans son écurie.—" Est-ce pour bien longtemps ? ’—“Je ne sais pas, car je suis membre pour le Comté de Québec et il faut que j'aille à la Chambre ; je ne peux pas dire si la séance sera longue. ” — Et le beurgeois dans l'admiration, nonseulement lui permit de placer son cheval
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dans son écurie, mais il le fit entrer dans sa maison pour converser Un instant et il se plaisait à raconter ce petit fa comme bien honorable pour celui qui en avait été l’auteur et pour le peupie qu'il représentait.
Il n’était pas le seul dans cette nléiade de patriotes qui faisaient ainsi tout bonnement et sans s'en douter des choses dignes d’éloge et d’admiration, bien que communes en apparence. Qui n'a pas entendu parler du capitaine Cimon, qui prenait sa pension à l'Hôtel de sa goëlette, au Palais, pendant les sessions de la Chambre, dont il était membre pour le Comté actuel de Charlevoix ? Et qui pourrait refuser son admiration au capitaine Charles Blouin, membre pour l'Ile d'Orléans, qui, fidèle à tous ses devoirs, se leva un jour, pendant que la Chambre siégeait dans le temps pascal, et demanda à l'Orateur un petit congé pour aller faire ses pâques dans sa paroisse de Saint-Jean de l'Ile d'Orléans ? Nous pouvons être fiers de cette époque de notre histoire où régnait l’amour du devoir joint au plus pur patriotisme ; époque qu'on pourrait appeler les femps héroïques de la constitution que l'Angleterre
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nous avait libéralement donnée, mais qu'il a fallu arracher de force à ses représentants en Canada, et surtout à la bureaucratie qui les environnait, par une lutte de plus de 40 ans et par le sang de nos compatriotes versé en 1887 et 1833.
Comme nous l'avons dit, M. Bedard avait deux sœurs à Charlesbourg, la mère Pepin et la /ante Thérèse qui, sous ces deux noms, ont laissé dans la paroisse la réputation de modèles des vertus les plus solides. La mère Pepin, aieule de feu M.
Michel Racine et de ses deux frères les Evêques de Sherbrooke et de Chicoutimi, était bien la femme forte de l'Ecriture-
Sainte. On pouvait dire d'elle surtout
manum suam aperuil inopi, elle à ouvert
sa main à l’indigent,” var, sous un extérieur sévère et rigide, elle cachait, comme son frère et son curé, le cœur le plus sensible pour toutes les misères de l’humanité. On la voyait souvent, tout en disputant les pauvres sur leur malpropreté et leur peu de conduite, nettoyer et accommoder leurs haïllons, leur donner à manger ou les renvoyer avec une abondante aumône. Quant à la {ante Thérèse, ancienne ménagère de son frère. résidant à la maison d'école du Trait-Carré, elle se