LES HURONS DE LA JEUNE LORETTE
Comme la mission des Hurons qui vinrent se fixer à la Jeuue Lorette, en 1699, à été près de cent ans dans la partie de la paroisse de Charlesbourg qui en a été détachée, en septembre 1794, pour former la paroisse de Saint-Ambroise, il ne devra pas paraitre hors de propos de voir placé ici un récit abrégé de l’origine de cette mission et des différentes migrations de cette nation puissante aux premiers temps de la colonie et persécutée avec tant d’atrocité par les [roquois ses irréconciliables ennemis.
Après la destruction des différentes bourgades de Hurons par les Iroquois, au printemns de 1649, pendant laquelle les Pères De Brébœuf, Gabriel Lalemant, Daniel, Garnier et Chabanel remportèrent la palme du martyre, la plus grande partie des restes désolés de cette nation malheu-
reuse se retira, le 15 mai de la même année, sous la conduite de quelques Pères Jésuites, et en particulier du Père Ragueneau, Supérieur de la mission, dans l'Ile Ahoendoe, qu'ils appelèrent Ile Kaint- Joseph (1), et où ils éprouvèrent toutes les horreurs de la plus offreuse famine qui en fit périr un grand nombre.
Au printemps suivant, 1650, deux chefs de ce petit peuple exilé allèrent trouver le Père Ragueneau et lui demandèrent avec instance de les conduire, malgré tous les dangers à courir dans ce voyage, à l'abri du fort de Québec, comme étant leur seul et dernier moyen de salut. Le Père Ragueneau se rendit à leur demande et le convoi, composé, dit le Père Martin, “ de 60 français, dont 13 missionnaires, 4 frères, 22 donnés, 11 autres domestiques, 6 soldats et + enfants, et de près de quatre cent quarante Hurons, montés dans de légers canots, se mit en route le 10 juin, et ne fit aucune mauvaise rencontre et arriva heureusement à Québec, après 50 jours de navigation, le 28 juillet 1650.”
“ Lorsque nous fûmes rendus à Québec, dit le Père Chaumonot, on m'y donna le
(1) Aujourd’hui Charity Island dans le lac Huron.
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PAROISSE DE CHARLESBOUBG 5]
soin de tous ces pauvres étrangers et je les y gouvernai tout un hiver. Le printemps (29 mars 1651), je les conduisis à l'Ile d'Orléans, à une lieue et demie audessous de Québec, sur les terres que nous y avions.” Ce lieu était situé sur la rive sud de l'Ile; dans la paroisse actuelle de Nainte-Pétronille, au fond d’une petite anse à laquelle on donna le nom de l’Anse du Fort, qu’elle porte encore aujourd'hui.
“ Les exilés, dit l’abbé Ferland, y trouvèrent une nouvelle patrie à laquelle ils donnèrent le nom de Sainte-Marie, en souvenir des lieux qu'ils avaient été forcés d'abandonner. Le site était admirablement choisi, près d’une anse du Saint-Laurent, où les canots pouvaient aborder en süreté. Le village fut bientôt formé ; autour d’une humble chapelle, la première qui ait été bâti dans l'Ile d'Orléans, s’élevèrent les cabanes faites sur le modèle des anciennes demeures huronnes.” Quelques petites bandes qui s'étaient arrêtées aux Trois-Rivières, à Québec et à Beauport vinrent bientôt rejoindre cette nouvelle petite colonie, qui vit de plus grossir ses rangs de près de deux cents qui vinrent de l'Ile Manitolin, où ils s'étaient réfugiés.
Cependant, ils ne furent pas longtemps en repos dans la retraite de l'Ile d'Orléans, où leurs implacables ennemis les Iroquois vinrent les surprendre au temps des semailles de 1656. ‘“ Après avoir entendu la messe suivantleur coutume, dit l’abbé Ferland, les Hurons s'étaient dispersés dans leurschaïraps; tout-à-couples Agniers qui, pendant la nuit, s'étaient cachés dans la forêt voisine, fondirent sur les travailleurs épars et sans armes ; ils en massacrèrent plusieurs sur la place et emmenèrent plus de soixante prisonniers.” Après ce terrible échec, les Hurons découragés abandonnèrent l'Ile d'Orléans et vinrent se réfugier à Québec, au-dessous du Fort.
Ce fut là que le Père Chaumonot les trouva, le 23 avril 1658, à son retour d'une longue mission au pays des Iroquois.
Ils demeurèrent quelques années à Québec, puis allèrent “en deça de Beauport, dit le Père Chaumonot, sur nos terres de Notre-Dame des Neiges, à une petite lieue de Québec. Mais il fallut bientôt les replacer ailleurs, ajoute-t-il, où ils fussent encore plus commodément.
On leur fit donc faire de grands et beaux champs à la côte de Saint-Michel (près
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de Sillery), les Français abattant les arbres, dont ils vendaient le bois à Québec, qui n’en est qu’à cinq quarts de lieue, et les Sauvages nettoyaient la terre qui leur a, sept années durant, rapporté d’excellent blé d'inde.”
“ D'abord, nous n’eûmes là pour chapelle qu’une cabane d'écorce......? #“ Le Père de Vérencourt, Jésuite, m’'ayant envoyé d'Europe, en 1669, une vierge faite du bois même du chêne où l’on avait trouvé la miraculeuse Notre - Dame de Foy, près de Dinan, en Belgique, je formai le dessein de bâtir sous le même nom de Notre-Dame de Foy, une chapelle à la Sainte Vierge.” Les Français aidant, on prépara et on apporta le bois de la charpente pendant l'hiver, et on travailla avec tant de diligence qu’en peu de mois, en 1670, on put y dire la messe. Le Père Chaumonot installa ses néophytes Hurons au nouveau bourg, qui prit le nom de Notre-Dame de Foy (1) qui s'applique aujourd’hui à toute la paroisse,
“Six années après que nos néophytes Hurons, dit le Père Chaumonot, eurent
(1) On a tort de dire quelquefois la paroisse de Sainte- Foi, car on semble par 1à ignorer l’origine si respectable du cette localité, qu’on doit écrire Sainte-Foy ou Sainte-Foyée.
été établis à Notre-Dame de Foy, le bois et la terre commençant à leur manquer, il fallut penser à transporter leur village plus loin de Québec et plus avant dans les forêts. Eux-mêmes en choisirent le lieu sur notre seigneurie de KNaint-Crabriel.” Il fut décidé qu’on bâtirait en ce lieu (celui même où est l’église actuelle de l’Ancienne-Lorette), une chapelle sur le modèle de Ta Sainte- Maison de Lorefte. “On travailla avec tant de diliœence, dit encore le Père Chaumonot, à bâtir cette chapelle de Lorette, que n'ayant été commencée que vers la Naint- Jean, en 1674, elle fut ouverte et bénite la même année, le 4 novembre... La cérémonie s'en fit avec un grand concours de Français et de Sauvages, tant Hurons qu'Abénaquis, après une procession qui alla jusqu'à un quart de lieue, prendre l'image de la sante Vierge, faite sur celle de la vraie Lorett», d'où on nous l’a envoyée.”
“ Nous y avons observé, dit le Père Claude Dablon, Supérieur des missions du Canada, (Relation 1673-9) très-exactement toutes les mesures, soit pour les dimensions, pour la situation et pour toutes les autres circonstances qui peuvent rendre
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notre chapelle parfaitement contretirée sur celle de Lorette.”
“ Lille est donc bâtie de briques, qu'il & fallu transporter de bien loin. Elle a 40 pieds de long et 20 de large et est percée de 3 portes.”
‘“ Cette mission de Lorette, dit le Pere Martin, ne fut pas la dernière station des Hurons chrétiens. Par une impéricuse nécessité qu'ils étaient habitués à subir dans leur pays, il leur fallait, après quelques années de séjour dans un lieu, changer de place et se rapprocher de la Jorêt pour deux raisons. La première, c'est que, comme 1ls n'amendaient jamais leurs terres, le sol qui leur fournissait le blé d'inde, leur principaleet souvent leur unique nourriture, s'épuisait bientôt et ne pouvait plus répondre à leurs besoins.
La seconde, c'est que, comme ils consumaient dans leurs cabanes une grande quantité de bois de chauffage, et qu'ils n'avaient pas encore d'autre moyen de transport que leurs bras, 1l fallait des corvées fréquentes et pénibles lorsque la forêt était éloignée. Ils trouvaient plus simple de transporter leurs cabanes.”
‘“ Nix années après la mort du Père Chaumonot, en 1699, les Hurons quitte-
rent ce poste de Lorette et allèrent fonder un nouveau village, à une lieue plus loin. En souvenir d’un titre qui leur était cher, ils nommèrent celui-ci la Jeune- Lorette. L'autre, qui est devenu une paroisse canadienne, a conservé jusqu'à nos jours le nom d’Ancienne Lorette, seul souvenir de sa première destination.”
“ La chapelle élevée à la Jeune-Lerette ne portait plus le caractère historique et si vénérable qu'avait l'ancienne. Cependant pour perpétuer ce souvenir, on suspendit au-dessus de l'autel, près de la voûte, une représentation en relief de la Santa Casa qu’on y voit encore aujourd’hui.”
“ C’est dans ce poste que de nos jours le touriste peut trouverles débris de cette nation justement célèbre en Canada, mais qui perd peu à peu les traces de son origine. Depuis longtemps elle n’émigre plus, son contact avec la civilisation et l'influence de l'élément français qui l’entoure et l’enrichit, l’ont affranchie de cette dure nécessité.”
‘“ La chapelle de la Jeune-Lorette a déjà été reconstruite plusieurs fois. Celle que l’on y voit aujourd’hui date de 1830.”
Les Hurons se sont donc fixés d’une manière permanente, en 1699, à la Jeune-
Lorette où ils sont encore aujourd’hui, en nombre plus petit, il est vrai, et bien changés sous le rapport des mœurs, des usages, de la langue et même, on peut le dire, de la nationalité car il n’y a plus parmi eux des Hurons pur sang. Mais cependant ils conservent avec un soin religieux les traditions de leur tribu et le souvenir bénit des Jésuites qui ont converti et instruit leurs ancêtres. On aime à entendre dans leur pieuse chapelle le chant des offices en langue huronne, on aime à les voir dans leurs jours de réjouissance donner le spectacle de la manière dont leurs ancêtres s'amusaient et festoyaient, surtout à la fête de saint Louis, patron du Grand Onontio de leurs aieux ; on aime aussi à voir figurer dans la procession de notre fête nationale à Québec, ces descendants de la seule tribu des aborigènes qui futconstamment fidèle à l'alliance contractée avec le fondateur de la colonie.
Les Hurons ont toujours été desservis à la Jeune-Lorette par les Pères Jésuites jusqu’à l’arrivée de M. Paquet comme curé de la nouvelle paroisse de Saint-Ambroise, en octobre 1795. Le dernier Père Jésuite résidant au village des Hurons de la
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Jeune-Lorette, fut le Père Girault de Villeneuve.
La population du village des Hurons n'a jamais augmenté et, suivant une tradition, elle ne doit pas augmenter, parce qu'une sainte femme Huronne avait autrefois demandé cela en grâce au bon Dieu, de peur que sa tribu, devenant nombreuse et puissante, ne fût un jour un danger pour les français qui s'établissaient autour d'elle.
Le départ et la mort du premier curé en titre de Charlesbourg, M. Doucet, concourant avec la fin du 17°" siècle, nous mettons 1c1 fin à l'époque de l’histoire de cette paroisse que nous avons appelée, # Les temps primitifs.”
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De 1700 à 1760 Ou jusqu'à la fin de la domination francaise.
Nous : 7ons donné à l'époque de Fhistoire de cette paroisse écoulée jusqu'iet et renfermant ses pénibles commencements le nom de Temps primitifs, et cela par comparaison de ces temps de lTuttes héroïques et de sacrifices généreux avec les premiers siècles de PEglise où elle eut à soutenir des combats plus étonnants encore Nous CTOVONS devoir donner à présent le nom de Moyen-Ace à l'époque de l'histoire de cette paroisse où nous entrons et qui devra s'étendre depuis 1700 à 1760, fin .æe la domination fran- Gaise, et cela encore par comparaison avec l’époque du même nom de l’histoire de l'Église. I nous semble, en effet, que plusieurs termes de comparaison (Si toutefois 11 est permis de comparer les petites choses aux grandes, parva si magnis componere licel) existent entre ces temps d l'histoire de lu religion et ceux que nous
allons parcourir. Ces termes raison sont bien plu frappants si nous consid l’h pays en général.
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je DE reproche 7 dans Îles personnes de h i Dolard el de Ses COMpPaS "}lONS, eu alors i | ses héros dans les nombreux défenseurs ë ù de la patrie en danger dirigés par Mont-
| calm et Lévis, derniers champions de la valeur française en Canada.
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Dans le Moyen-Age, par esprit de foi et pour la gloire de Dieu, on à construit ces magnifiques églises gothiques qu’on ne se lasse point d'admirer aujourd’hui.
En Canada, avec autant de mérite peutêtre, on a remplacé, pendant l'époque que nous allons parcourir, la plus grande partie des petites chapelles des temps primitils par des res en pierre, assez spacieuses, peu ornées il est vrai à l'extérieur mais riches et brillantes d'or à l'intérieur ; ce qui fit dire à Mgr. de Forbin Janson, évèque de Nancy, lorsqu'il laissa le pays : * Adieu, Canada, au chœur d'or etau clocher d'argent,” faisant allusion à l'or prodigué dans les chœurs de nos vieilles églises et au brillant éclat de leurs clochers couverts en fer-blane.
Mais reprenons le cours du récit des principaux évènements de la paroisse,
Après le départ de M. Doucet,la paroisse fut desservie, pendant 16 mois de décembre de cette année 1700 seulement, par
LE PÈRE JUCONDE DRUÉ, RÉCOLLET 7ème Dexservant,.
Bien que ce Père Récollet n'ait été chargé de la paroisse que pendanc un
mois environ, on doit le compter au nombre des desservants Ce Père, après avoir fait des missions dans plusieurs paroisses, entre autres à Saint-Antoine de Tily et à Chambly, est mort en juiilet 1726.
Depuis le ler janvier 1701 jusqu'au mois de novembre de la même année, la paroisse fut desservie par un autre Père Récollet.