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AUX SURVIVANTS

minations d'adversaires plus ou moins mal masqués, dont les attaques suffiraient à nous prouver, en principe, que nous suivons le droit chemin. Mais il m'est arrivé d'entendre des camarades bien intentionnés réprouver l'intrusion de la politique dans des entreprises d'assistance mutuelle, et j'ai lu parfois des conseils de ce genre dans des manifestes amis. Pas de politique! Tel est le mot d'ordre de beaucoup de Sociétés d'anciens combattants; elles considèrent que les groupements constitués en vue du triomphe d'intérêts déterminés, dévient de leur but et s'affaiblissent dès qu'ils se mêlent à la lutte des partis et à la discussion des idées directrices.

Sous une apparence de bon sens et de bonhomie, il y a là, nous voudrions le montrer, le plus superficiel et le plus dangereux des sophismes.

Tout d'abord, qu'on le sache bien : entre la cause de la République, telle que nous la voulons, et celle des travailleurs qui se massent pour faire valoir leurs intérêts professionnels et civiques, il n'y a pas de différence de nature. C'est le même principe de libération égalitaire qui est en jeu, partiellement dans un cas, totalement dans l'autre. La République est, ou doit être, l'application intégrale de la grande loi morale qui éclaire les statuts de nos ligues;

c'est une mutualité faite avec toutes les autres» Nous ne sortons pas de nos attributions en étendant noire action fraternelle jusqu'aux bases profondes de ridée de solidarité : nous né dévions pas, nous marchons dans le même sens, plus loin. Nous allons chercher nos raisons et nos garanties suprêmes là où elles se trouvent. Si la République sombrait, les principes mêmes sur lesquels nos intérêts personnels sont fondés — et qui sont, en un mot, la substitution de la justice et du droit au vieux talisman autocratique et fantaisiste de la charité — disparaîtraient aussi. En défendant le tout, nous défendons la partie. Nos revendications sont attachées aux chartes nationales et internationales, comme notre vie à la vie.

Il est, sans doute, très admissible, disons même : il est rationnel, que toutes les collectivités mutualistes n'abordent pas la politique militante, et qu'elles se spécialisent à leur gré dans leur tâche complexe, mais il serait regrettable qu'une seule d'entre elles se désintéressât de ces vastes problèmes vitaux, essentiels ; en tout cas, il est nécessaire que, parmi elles, il y en ait qui, par-dessus les petits rouages proches, particuliers et familiaux, veillent expressément sur l'ensemble de la grande machine sociale.

Cette nécessité apparaît de plus en plus étroite à mesure qu'on serre la réalité de près.

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Pas de politique ! Mais dès qu'on remplit un rôle social, on ne peut pas ne pas en faire !

Cette grande machine publique, nous voyons bien qu'il y' a deux courants d'hommes qui s'acharnent après elle : ceux qui veulent la pousser en avant et ceux qui veulent la pousser en arrière. Deux partis : celui des réformes et celui de la conservation, celui du progrès et celui de la réaction. Entre l'extrême gauche et l'extrême droite, entre les socialistes, qui sont des républicains dans leur expression la plus stricte et la plus humaine, et la coalition monarchique, cléricale, nationaliste, qui représente un dogme exactement opposé, existent un certain nombre de partis et de forces plus ou moins définies qui, consciemment ou inconsciemment, favorisent en définitive un des deux courants contraires. C'est entre les extrêmes que.se joue le drame de l'avenir, et cette lutte à mort est incessante.

Camarades qui, la main dans la main, en bloc solide et fraternel, cherchez votre place au soleil, si vous n'êtes pas avec ceux-ci, ceux-là profiteront de vous. Votre inertie, votre renoncement sont des opinions négatives et des armes perdues, et des actes que vous commettez contre vous-mêmes. Votre abstention marque un vide, elle est exploitée. En ne voulant pas faire de politique, vous /ai/es, en réalité, celle que vous

ne voudriez pas faire. Au moment où les forces obscures qui ont régné autrefois pour le malheur des.hommes, reprennent de la vie, reprennent de l'audace et reprennent même du terrain, gardons-nous, camarades, de nous prêter à ce rôle de dupes ! Tels groupements soi-disant « non politiques » d'anciens soldats, savent très bien qu'ils ajoutent le poids de leur masse à la politique d'inertie, de conservation, de réaction. 11 y a là une hypocrisie que nous devons dénoncer.

Au reste, comment admettre quVnrptiisse réaliser les perfectionnements successifs qu'il nous faut, sans une intervention effective, pratique, cest-à-dirte politique? Ce n'est pas en bêlant à l'écart nos misères et nos espérances, que nous obtiendrons la solution qui se cache et qui se défend. Si la ciasse ouvrière avait négligé la politique, si elle avait écouté ceux qui lui disent : « Ne faites pas de politique! comme ils lui disaient jadis : « Résignez-vous! », à quel chapitre en serait-elle restée de sa grande histoire?

Les amis timorés — ,ou bien les bons apôtres — ne se font pas faute de nous présenter les dangers, les petitesses, les compromis, les pièges de la politique. Nous leur répondrons avec une brutale sincérité que nfous ne connaissons pas cette politique-là, que la nôtre ne

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