LE GROUPE « CLARTÉ
Des écrivains et des artistes, répondant aux vœux ardents de quelques-uns d'entre eux, et à leur grand devoir d'éducateurs et de guides, ont résolu de se grouper pour exercer une action sociale.
Ces écrivains, qui me confèrent l'honneur de faire connaîtreleur décision, forment une admirable élite ; et*fce n'est pas sans une joie et une émotion profondes que je prends la parole en leur nom. Leur union représente une force morale considérable, leurs œuvres leur ont fait d'innombrables amis attentifs; c'est une large et émouvante influence qu'ils mettent au service du progrès des idées.
En venant se ranger côte à côte, ils n'abdiquent rien de leur indépendance de pensée, de leur personnalité littéraire, de leurs tempéraments artistiques magnifiquement divers. Mais ils sont d'accord sur les principes essentiels d'une
nette et claire doctrine : celle de l'affranchissement des hommes.
Ils ont un même respect de la vie, une même fui dans le principe de Justice. Ils croient que lu cause des plus nobles idées morales et des plus éclatantes évidences s'incarne dans celle de tous les opprimés, d'e tous le* pauvres, de tous les hommes. Ils croient que tous les progrès, nomme tous les abus, se tiennent, se nécessitent l'un l'autre sans fin, et que voir loin c'est voir juslo. Ils n'ont pas peur d'envisager les événements ou les idées, pour les contrôler, pour tes diriger, jusqu'à leurs extrêmes conséquences ; ils n'ont pas peur des hardiesses de la raison ni do lu violence de la vérité.
Lesprit nouveau de libération, de désobéissance aux vieilles lois barbares, qui frémit et s'agite sur toute la terre, la sûfe et profonde poussée populaire, qui monte pour régner un jour et changer la face de la Société, ont été cr> ■( v s par les penseurs. Les ouvriers de l'intelligence veulent, comme ils le doivent, prendre hîiir part de travailleurs dans cette définitive renaissance humaine dont on peut tout attendre, et qui est simple et juste. Elle n'est encore 4 par places qu'une belle lueur ou qu'un grand soufflte; elle est encore, en bien des points du monde, ;ï travers des grondements de colèreet de révolte, > ! -rurcie ou persécutée, ou^fanatisée, exposée à
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de lugubres va-et-vient d'excès et de reculs. Après s'être reconnus les uns les autres et rejoints fraternellement, après avoir mis en commun leurs aspirations hier encore éparses, les intellectuels veulent se tourner ensemble vers les 'multitudes vivantes, pour les encourager, les instruire, les défendre et les unir; bâtir un avenir meilleur avec elles et par elles.
Ils savent que tout progrès intégralement démocratique est désormais ici-bas le seul qui soit solide. La guerre [à fait apparaître Fabîme où nous allions, et où nous allons encore. Les anciens principes d'oppression, d'autocratie, de privilèges et d'impérialisme — qui ne tiennent plus que par l'argent — ont donné leurs preuves de malf aisance ; ils donneront demain leurs preuves d'impuissance, avec leur moralité provisoire qui s'adapte aux appétits, leur droit qui se fausse comme une arme, leur courte vue et leur mépris de l'avenir. Tôt ou tard les mêmes causes produisent les mêmes efforts, malgré les déguisements des mots et des choses. C r est une question de vie et de mort pour le genre humain que pose l'antagonisme, irrémissiblementdécJanché, de Tordre nouveau et des forces du passé.
Dans cette ltitte pour l'équitable et splendide avenir dont nul citoyen, et surtout nul artiste, ne peut plus se désintéresser, nos camarades qui n'étaient naguère que tirailleurs isolés ou
observateurs détachés, apportent d'un seul coup et dans le même sens, leurs ferveurs et leurs énergies.
Ce n'est pas tout. Serviteurs de l'idée républicaine dans toute sa profonde douceur humaine et dans toute son ampleur mondiale, les écrivains français qui se groupent aujourd'hui estiment qu'ils ont besoin du concours des écrivai ns et des penseurs des autrespays ; ils leur tendent les mains et appellent l'Iaternationale de la pensée, parallèle à l'Internationale des peuples.
En agissant ainsi, ils sont plus patriotes que les chauvins. Détenteurs pour une part d'un g^nie national, que beaucoup d'entre eux ont contribué à faire rayonner, etqui d'ailleurs avait toujours jusqu'ici servi les nobles entreprises, ils savent que le bien de chacun — individu on nation — est lié au bien de tous. Celui-là honore son pays, qui crie que la cause des souffrants et des sacrifiés ne se renferme pas dans des lignes géographiques, que la vérité n'a pas de dimensions ni de bornes. La justice ne se trompe nulle part, et l'idéal s'embellit en s'agrandissant.
Tel est le sens de J'idée qui a déterminé la coalition scellée entre les écrivains de ce groupe nouveau. Cet engagement pris par des travailleurs de l'esprit vis-à-vis d'eux-mêmes et vis-àvis des autres vient à son heure. Il aune impor- Unce morale qui n'échappera à personne. La