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Les Allemands avançaient alors sur Paris

drame qui doive nous faire abandonner, même momentanément, le service de notre idéal. Que ceux qui, par leurs erreurs ou leurs mensonges, ont amené l'état de choses où la France aujourd'hui se débat magnifiquement, aient la pudeur de rester muets, soit. Ce silence-là est la seule attitude respectable que puissent encore prendre, en face de la chose publique, ceux qui n'ont rien su éviter, après n'avoir rien su prévoir. Mais nous! Rien ne justifie le moindre arrêt dans notre poussée ardente vers le grand progrès. Ce n'est pas à l'heure où une situation créée et aggravée par d'autres prend — sans nous effrayer — de menaçantes proportions, qu'il faut nous laisser paralyser par des sophismes dans la pratique du devoir quotidien.

Avec ces sophismes-là, on nous a fait tout le mal qu'on a pu. L'argument téméraire et lamentable (le « la vérité pas toujours bonne à dire » fait partie-' de l'arsenal des moyens frauduleux avec lesquels on a dirigé et estropié le moral du pays depuis quatre ans. Ce procédé d'asservissement s'est précisé par un régime policier de terreur dont il n'est que peu d'exemples dans notre histoire contemporaine, et par la mise en jeu intermittente de cette comédie intitulée: l'union sacrée, qu'on essaye, aux bons moments — c'est-à-dire aux mauvais moments — de faire prendre au sérieux par les honnêtes

gens : « Embrassons-nous tous pour vous étouffer ». C'est ainsi qu'on est arrivé à oblitérer la conscience nationale, à la conduire à tâtons vers des buts qu'elle ignore, à noyer la vérité sous je te sais quelle ombre pleine de pièges et d'ennemis.

Ne cessons pas de le répéter : la vérité est toujours lonne à dire, parcQ qu'elle est Conforme à lintérêt général; elle est toujours bonne à accomplir. De tous les débats, de tous les incident, de toutes les attaques -contre les abus, les Ures, les sophistes et les traîtres, contre les incapables, les profiteurs et les utopistes, de toirte la lutte sur toute la ligne, se dégagent les principes lumineux et simples sur lesquels nous croyons que la vie sociale doit être enfin réglét. Chaque minute de juste polémique avance Fleure — heure lointaine, peutêtre, mais urgen v e — du triomphe de la cause de tous. Quand tn a choisi, pour guider son activité militante, une doctrine qui est bâtie foncièrement sur Fdée de justice, on ne peut jamais cotnmettre de maladresse ni de faute en la réalisant. Cette grande besogne ne comporte même pas de petitessey, dès qu'on use, comme nous, de procédés loyflux et sages, dès qu'on est imbu, comme nous, le la notion féconde de Tordre; et il n'y a pas auxnondjé de raison suffisante pour s'arrêter, mène provisoirement,

sur Ja voie où l'esprit et le cœur nous crient : « En avant! »

Les soldats? Nous avons toujours proclamé que les hommes, qui s'acharnent sur les frontières saignantes et déformées de la France d'aujourd'hui, se battaient, comme noas, contre des forces d'oppression autocratique II n'y a pas d'autre but de guerre que nous admettions. En ces jours où se précipite sur la terre française un déluge d'ennemis, cette croyance n'a pas plus varié en nous que le reste. Loin de démoraliser les combattants, elle apporte à leur misère et à leur sacrifice le seul secours qui soit digne d'eux. Et ils savent combien nous autres, envisageant avant tout l'inestimable valeur de leurs existences et éclàrés par le plus ample idéal social qui soit : l'internationale, nous épions éperdûment le premier moment où il sera passible de mètre un terme au suicide du peuple humain r- car cela aussi, c'est de la simple et grande /érité.

C'est notre souci même *e la vie et du moral des soldats qui nous préservera de la honte de répondre par une trêve *ux luttes où s'offrent nos frères. Une trêve, ~e serait, vis-à-vis de notre devoir commun, an manque de respect et de foi.

Alors, puisqu'il vy & pas, en ce moment, deux buts, ptiisqu'i n'y a pas deux vérités, con-

thiuons à dire ce qu'il faut dire, h faire ce qu'il faut faire pour fournir notre maximum de combativité. Ce n'est pa3 avec des timidités, des réticences et des complaisances qu 1 on sauvera le monde. Plus la réalité vivante est chaos, plus nous devons tâcher d'y apporter sans cesse ïe haut jugement de l'homme probe et l'œuvre de droiture, et de dominer les événements désordonnés, par le plus beau et le plus noble des •aimes, celui de la clairvoyance,

LE POPULAIRE, $ Juin I9l8 r

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