LE SILENCE DES MORTS
que personne n'ose le faire. Un père n'a aucune raison morale d'utiliser la mort héroïque de son fils pour faire reluire un prestige personnel, pour détourner l'admiration sur lui-même, et à plus forte raison, pour soutenir une doctrine politico-commerciale qui, consciemment ou non, aurait pour résultat de provoquer de nouveaux massacres et de mener l'humanité aux abîmes.
La pudeur et le bon sens imposent la plus expresse réserve" à ceux qui n'ont pas payé de leur personne et n'ont risqué dans la guerre que la vie d'un autre, cet autre fût-il un enfant très cher. Mais, je le répète, cette comédie de résurrection de cadavres devient particulièrement impie quand elle consiste à les affubler d'oripeaux subversifs, et à faire parler à tort et à travers leur éternel silence contre l'inlérêt sacré de tous. Si, dans une polémique, un écrivain, membre du barreau, a fait remarquer cela à un de ses collègues, il a eu raison. Et quand bien même il y aurait des juges pour estimer, par devers eux, que son opinion est discutable, il n'y en aura certainement pas pour juger que l'expression de cette opinion loyale et nette doive être punie.
La liberté de parler et de ponser a subi une éclipse qui, nous le croyons, a dépassé son but et desservi l'idéal républicain, et même le renom universel de la France. Cette liberté est la pre-
mière de celles que nous, écrivains, nous voudrions recouvrer. [Les'^ forces [intellectuelles françaises, poussées par l'ardente jeunesse, sont aujourd'hui de plus en plus nombreuses à prendre conscience des devoirs actifs que leur impose la sauvegarde^jde l'avenir. Imbue de l'idée démocratique et^^fd'un patriotisme supérieur qui est conforme aux nobles traditions libérales de notre pays et aussi à ses intérêts les plus essentiels, cette élite agissante désire d'abord que le droit de discussion soit largement ouvert et que la sincérité honnête soit inattaquable.
Juin 1919.
Chers amis,
Je voudrais dire à la foule magnifique et fraternelle que vous formez ici quelle récompense est pour moi votre fête heureuse, combien je suis pénétré de l'hommage qu'il vous a plu de rendre aux idées et aux sentiments que votre généreuse amitié a, ce soir, personnifiés en moi.
Paul Désanges, Jean Longuet, Marcelle Capy, Henry-Marx, Han Ryner, Mouette Thomas, Georges Pioch, Vaillant-Couturier, Ramsay Mac Donald, Buxton, Victor Cyril, je voudrais trouver dans mon cœur les paroles dignes de vous remercier pour avoir été l'expression de la sympathie de tous mes compagnons de lutte et
1. Discours prononcé au banquet offert à Henri Barbusse à la Salle des Sociétés Savantes, juin 1919.
pour avoir bien voulu mêler si intimement mon nom à la belle cause que vous avez l'habitude de servir.
Je suis fier de l'afTection de mes frères eî du jugement des miens. Jugement trop bienveillant mais qui ne m'en consacre pas moins, puisqu'il a toute votre importance. Vous tenez à voir, à travers ce que j'ai fait, ce que j'aurais voulu faire. La voix d'un écrivain ne prend toute sa réalité que par son écho. Je m'enorgueillis du succès que vous m'apportez en réalisant ma sincérité.
Et je veux dire à quel pointil est flatteur pour moi d'être redevable de ce témoignage d'amitié à « La Forge » si vivante et si brillante, jeune peuple d'ouvriers de l'art dont on entend grandir le bruit de travail et de rythme, qui, aux moments les plus sombres, a donné un exemple réconfortant d'organisation et de renaissance lucide, et je veux saluer avec un affectueux respect votre forte jeunesse, et l'avenir brillant qui déborde de vous.
L'avenir importe plus que le présent, auquel il s'attache et dont il est le nom étemel. Nous nous tournons vers l'avenir dans la crise actuelle, de toute la résistance de nos volontés.
Mes chei's amis, vous formez tous un ensemble trop divers, trop somptueux et trop libre pour que je me permette de parler ici en votre nom.
Mais ce n est pas dépasser les limites que d'évo quer une croyance par laquelle nous sommes unis.
Nous croyons au devoir qui incombe à ceux qui savent penser, en ces graves jours où la destinée nous a jetés ensemble, au milieu des grandes conjonctures qui nous entourent et qui nous poussent aux abîmes. Ce devoir c'est de nous occuper de la vérité et de la défendre^ comme le seul bienfait solide^ comme le salut. Les écrivains, les artistes, ont toujours eu pour rôle d'épier la grâce, le charme ou l'éclat delà vérité. Mais où la vérité s'arrête-t-elle? Qui limitera l'effort qu'il faut pour la gagner comme on gagne sa vie? Ceux qui sont ici savent que le rôle des travailleurs de l'esprit est d'aller la chercher jusqu'à l'origine des longs événements, jusqu'aux conditions de la vie commune des hommes et à la conduite de leurs destinées. On appelle cela l'action sociale. Quel que soit le mot, — c'est là aujourd'hui notre mission!
L'heure n'est plus à cette vieille mode reléguant les créateurs et les esprits cultivés à l'écart des intérêts essentiels ; à cette morbide indifférence de l'opinion publique qui, par légèreté et faiblesse, baisse les yeux, détourne impérieusement la tête devant ce qui chancelle et ce qui se construit. Par réaction puérile contre l'horreur dont on sort, on ne veut pas
voir celle où Ton entre. On cultive la faute et le vice d'oublier. Une trop grande partie du public se permet de demander au talent des distractions fantaisistes et anodines et de considérer les œuvres d'art comme des espèces de jeux qui lui sont dus. Des artistes se font les complices de ce détachement. Cette obscure et brutale inertie pèse d'un poids écrasant sur la marche des choses, et si passive qu'elle soit, elle est une opinion et elle est une arme.
Au delà des comédies et des drames qu'on effleure, au delà des échos et des reflets que nous prêtent les passants, et des instants qui passent, il y a le grand drame des idées, d'où viennent tous les autres. Il y a invisibles et tout puissants, les conflits des causes et l'enchaînement fatal des effets, les lois pathétiques des forces animées, les pesées des croyances., C'est jusque-là que beaucoup de nous ont essayé de hausser la peinture, et que tous doivent hausser leur attention.
Cette mêlée spirituelle et morale, cette mêlée surhumaine est, en réalité, si frémissante et si profonde qu'on peut dire que la vie contingente est abstraite à côté, car elle emporte, elle règle, et sacrifie tout.
Aujourd'hui nous la sentons se saisir de nous. Toutes les saintes multitudes opprimées se
réveillent et s'agitent dans leurs vieux cadres universels. Les événements spacieux qui sortent des idées nous poussent et nous secouent. Nous voyons partout leur présence. On dirait qu'ils se dressent devant nous dans la rue, et frappent à nos portes. Les conséquences inéluctables des doctrines nous apparaissent, dans le trouble des temps, comme ces lettres de lumière apparurent au milieu du festin biblique, sur le mur des âges. Les signes de Baltazar étaient effrayants d'être mystérieux. Ceux-ci sont terribles parce qu'on sait ce qu'ils sont. Il n'est plus besoin de magiciens qui déchiffrent les énigmes, qui expliquent les songes. A Hieure où nous sommes, il suffit d'ouvrir sincèrement les yeux pour être un prophète, et l'homme le plus simple de cœur et d'esprit peut se dresser tout entier comme un apôtre, et vibrer comme une lyre !
La vérité morale et sociale s'adresse à chacun de nous comme si elle nous appelait par nos noms. La vie collective s'empare violemment de chacune des nôtres .
La sagesse individuelle est une duperie, si l'ensemble est folie. Tandis que l'artiste qui a peur de la vie s'enferme dans son décor particulier, théâtral et illusoire, tandis que des millions d'èti-es, brillants ou obscurs, font à tâtons tout ce qu'ils peuvent pour être un peu plus heureux ici-bas, les raisons d'Etal, les
orages calculés et les fatalités antiques se déploient, dépouillent, écrasent et massacrent. Ils éteignent le génie, ou le bonheur qui est un humble génie, ils dissipent les asiles des maisons comme des nuages, changent les pays en des étendues oii le soleil et le printemps deviennent stériles, et peuplent les champs de bataille des restes monstrueux des hommes. Chacun est lié à tous par la paix, par la ruine, l'iniquité et la tuerie.
Et pourtant, la victoire et la défaite des idées toutes-puissantes dépend de la volonté des hommes. C'est aux éducateurs et aux guides, après avoir reconstitué leur propre famille éparse partout, de leur montrer ce qui subsiste dans ce bouleversement où des milliers d'années de civilisation nous ont conduits, d'étape en étape, et de malheur en malheur, et où il semble maintenant que la terre palpite sous l'immense piétinement vivant.
La pensée humaine se sépare par moitiés. Les porteurs d'idées se divisent en deux masses : ceux qui veulent un changement de l'ordre social, ceux qui veulent ou acceptent le maintien de l'ordre ancien des choses. Toutes les tendances qui se dessinent entre ces deux extrêmes ne comptent pas, car elles aboutissent en définitive soit à l'une soit à l'autre, et rien
VERS LES TÉMl»S NOUVEAUX ll-j
de ce qui doit s' accomplir ne peut plus s accomplir à demi. C'est 'dans cette [suprême bataille idéale que les soldats de la pensée doivent entrer résolument pour montrer parles grands moyens artistiques jusqu'où peut aller le devoir d'être sincère, et la puissance d'avoir raison.
Avoir raison! Est-on jamais sûr d'avoir raison?...
N'éprouve-t-on pas un doute et une angoisse lorsqu'on avance et qu'on entraîne les siens à jamais dans cette lutte de la vie pour la vie?...
Mais nous voyons bien ce que le passé a fait du présent. Nous voyons toutes les erreurs, tous les sophismes qui ont pétri l'histoire sanglante; nous voyons l'œuvre de ces idées consacrées qui croulent devant | l'interrogation claire de l'honnête homme. Nous ne pouvons plus croire aux traditions, qui ont perpétué l'artificiel et le factice, imprimé de force des séparations là oii il n'y en avait pas, et qui sont parvenues à en effacer là oii il en existe d'aussi profondes que nous-mêmes, et à donner des frontières à la vérité illimitée. Nous ne croyons plus aux formules cabalistiques de l'autorité, au pouvoir magique des affirmations transmises qui ont suffi jusqu'ici. Le monde, par la sinistre indifférence des hommes, et à cause de l'ignorance bestiale, a toujours marché selon des lois enfantines qui ont joué avec la vie.
Beaucoup de nous ne sont pas soutenus par des croyances surnaturelles, par ce mysticisme sauveur qui se dégage des grands livres de Tolstoï. La foi religieuse, restreinte à chacun, n'est plus entre les mains de quelques fidèles qu'une fleur coupée.
Mais nous avons tous le recours de la raison et de la conscience qui, avec des paroles humaines, parlent plus adorablement que la foi. La vérité est dans Fesprit des hommes. Nous croyons qu'il y a une certitude sociale. l^
Cette évidence est simple et lumineuse. Elle nous dit que le vrai et le bien sont exactement contraires aux doctrines qui ont régné jusqu'à nous, à toutes les formules de la civilisation contemporaine, à l'anarchie' militariste et à l'utopie nationaliste, à l'organisation de l'exploitation des hommes par les hommes d'après le hasard des privilèges^ aux despotismes de toutes sortes qui ont fait du passé un long martyre de la justice, réglementé l'épouvantable châtiment des humbles, et que pourtant, nous voyons encore renaître de leurs ruines!
L'amour et la pitié s'accordent avec la logique puisqu'il n'y a qu'une vérité. La cause du progrès se confond définitivement avec la cause de tous les hommes; le culte de la justice est explicite : la justice, ce mot qui signifie à la fois
la loi morale, la loi rationnelle et la multitude vivante, ce mot animé, pantelant et exigeant, qui réclame et qui appelle à lui!
Nous ne voulons plus retomber dans le passé. Ecrivains, artistes, c'est-à-dire rêveurs doublés de travailleurs, nous prétendons apporter nos œuvres, quelles qu'elles soient, enharmonie avec l'œuvre universelle de libération, et regardons avec une joyeuse confiance éclore, après tant de siècles gaspillés, la puissance des faibles et la richesse des pauvres.
Les nôtres — au temps où la France représentait l'idée d'équité — ont prophétisé et préparé la transformation du vieux monde, la révolte contre la monstrueuse absurdité de ce qui a été, de ce qui nous a amenés tous, tous autant que nous sommes, après d'inutiles hécatombes, à une situation sans issue. Nous entendons participer à ce recommencement de l'iiumanité dont les signes brillent et éclatent partout. Nous entendons apporter infatigablement dans la mêlée mondiale du juste et de Tinjuste la sage et grande mise au point des esprits libres; accomplir tout ce qu'il est possible d'accomplir pour que les théories magnifiques descendent des nues ; pour que les bonnes volontés se changent en volontés et que le rêve s'incarne en labeur.
Nous que l'on n'ose déjà plus traiter de songe-
creux, parce que nous représentons la puissance incendiaire de la vérité, mais qu'on ose encore accuser de prêcher la haine parce que nous voulons abolir l'esclavage d'où tout le mal est venu, nous entendons ajouter aux méditations passives d'Epictète la vertu d'agir et régler autant qu'on le peut aujourd'hui la noble volonté de Spartacus !
Nous souhaitons de prendre notre part à tous les purs changements, si immenses qu'ils soient!
Nous sommes le parti de la vérité. Quand les hommes sauront, ils seront sauvés — et après tant de blasphèmes officiels le droit sera la force. Notre action, pour être efficace, n'a pas besoin d'être autre chose qu'un enseignement loyal et clair. Ce que nous voulons? Ceci, qui est tout : nous multiplier. Le jour où nous serons innombrables, ici et ailleurs, partout — car il n'y a pas vraiment d'étrangers, — à nous tendre les mains et à nous dire : « Nous avons le même respect des vastes lois naturelles et le même respect de la vie », ce jour-là, nous aurons triomphé, nous aurons conjuré enfin les grands malheurs qui sont toujours là. Beaucoup de nous accompliront cette mission sacrée ensemble, avec leur parole qui déjà est entendue au loin, honorés par les mêmes gratitudes, honorés par les mêmes outrages, soutenus par
les grandes forces intérieures de l'émolion et de la ferveur.
Mes chers amis, à l'époque si majestueuse où il nous est donné de fraterniser, après cette espèce de déluge, tout nous crie la nécessité de nous unir encore et toujours, à condition que ce soit pour la grande cause humaine et dans la liberté d'un large idéal. Unissons-nous dans ce que nous avons de plus précieux, et môme si nous ne possédons que notre foi et notre espérance, apportons-nous cela les uns aux autres. Tous nos groupements, à cette lumière frissonnante, se complètent et se renforcent. Ils se ressemblent et ils s'aiment. Et puisque cela doit être bien fini des temps où l'art s'enorgueillissait de pratiquer l'égoïsme sacré, tirait gloire de se rétrécir et de s'emprisonner, fini de celte apathie insensée où l'élite faisait le mal en le laissant faire, sachons d'un commun élan faire régner l'esprit à sa place au commencement de ces temps nouveaux que nous devons tous mériter.
Chers amis,
Je m'excuse de lire ce que j'aurais voulu vous dire. Malheureusement pour moi, assez malmené par une rechute de ma maladie de guerre, je ne suis pas assez sûr de mes forces pour me passer de l'aide un peu morne de l'écriture, et j'ai dû renoncera ce contact direct de la parole libre que j'aurais aimé avoir avec vous.
Mais qu'importe! J'ai voulu avant tout venir parmi vous, comme je suis venu au Congrès, pour répondre à l'appel de tous les camarades, travailleurs manuels et intellectuels, que
1. Discours prononcé au Congrès national de l'Association républicaine des Anciens Combattants (Lyon, 7 septembre 1919).
je compte ici, m^ mêler à la foule admirable et sincère et vibrante des militants lyonnais avec qui, de loin et depuis si longtemps, je fraternise, et qui hier, à la Bourse du travail, m'ont si généreusement et si chaleureusement tendu toutes leurs mains.
Vous que je connaissais sans vous connaître, je vous salue de tout mon cœur. Nous avons une âme commune, et ce m'est une joie profonde et émouvante de sentir retentir dans vos attentions fraternelles les paroles, les pensées par lesquelles nous sommes tous unis.
Pourquoi ne sommes-nous pas plus nombreux encore à penser les mêmes vérités si simples?... Il semble aujourd'hui qu'il faille, pour être raisonnable, de l'audace et un esprit de révolte, et que, dans le désordre des choses, le vrai sage ait Tair d'une espèce de fou!
On se demande avec étonnement, et même avec angoisse, comment il se fait que tous les hommes, qui sont construits de la même façon, qui ont des têtes semblables et des cerveaux identiques, ne sont pas d'accord sur ces simplicités-là, alors qu'ils sont toujours d'accord, au fond et dans l'abstrait, sur les principes essenl'els issus du bon sens et de la conscience. Pari >is quelque évangéliste, quelque moraliste ou poète, quelque sociologue, ont rendu sensibles les mêmes sommets éclatants de la vérité, mais
tout cela retombe ensuite dans l'ombre et dans la ruine, comme les illuminations des nuits de guerre.
Pourtant les sociétés ne sont pas régies par des formules cabalistiques. Il n'est pas besoin d'être initié à je ne sais quelle science compliquée, d'être un technicien et un spécialiste pour comprendre les lois de justice, d'égalité, de travail obligatoire, de rétribution de chacun selon son seul mérite et la ressemblance familiale profonde des hommes entre eux, — qui devraient tout harmoniser, tout équilibrer et tout pacifier.
Il n'est pas difficile de voir la vérité morale et sociale — non, ce n'est pas cela qui est difficile.
Il n'est pas difficile de se rendre compte, dès qu'on considère la situation de l'ensemble formidable des vivants, que ce qui est la force même — c'est-à-dire la masse des hommes — est réduit à l'esclavage et qu'il y a là une absurdité fondamentale.
Les multitudes opprimées et serviles.
Il en a toujours été ainsi jusqu'ici. Si nous regardons en arrière, aussi loin que remontent les annales écrites des hommes, parmi soixante siècles d'histoire, nous voyons des multitudes
soumises au pouvoir de quelques-uns, opprimées, étouiïées oa jetées les unes contre les autres pour servir les desseins de ces grands conducteurs, et produisant avec toute leur vie, ou avec leur mort, au profit de ces hommes ou de ces classes destructrices et non à leur propre profit, de la prospérité, du bonheur ou de la gloire.
Je sais bien qu'il y a eu au cours des temps des libérations partielles, mais elles ont seulement élargi le cercle des oppresseurs de foules. Je sais bien que l'esclavage a changé de noms: mais sous le travestissement des mots, la chose subsiste. Un homme pris dans la masse ne compte pas plus aujourd'hui qu'au temps de l'antiquité et du moyen âge. Il n'a aucune part dans l'initiative, ni dans la direction, ni dans les avantages des grandes entreprises de la paix et des grandes affaires de la guerre qu'il accomplit pourtant de ses propres mains. Nous avons l'argument, effrayant et incontestable, des événements. Servons-nous-en, hélas! Hier, encore, trente millions d'hommes, impliqués comme des rouages dans une brusque situation de fait qui était amenée par les voies obscures de la haute diplomatie et du pouvoir mystérieux, ont massacré la moitié de leur masse vivante contre la volonté de leur cœur. Je dis : hier; et nous savons bien qu'aujourd'hui la guerre continue
presque partout et que demain elle recomaiencera partout.
Les foules ne sont qu'une immense accumulation de nullités sociales. Les hommes ne sont que les zéros qu'on aligne à la droite d'un chiffre. C'est sur cette monstruosité incalculable, celte ineptie, cette folie, que toute la société est bâtie.
Les raisons pour lesquelles un pareil état de choses a pu se maintenir et se perpétuer, les raisons pour lesquelles la société humaine, depuis ses commencements, réalise d'absurdes et sanglants équilibres et est une sorte de machine ^ui fonctionne contre l'humanité, nous les connaissons.
Matériellement, elles consistent dans la force positive, implantée, que donne le pouvoir quel qu'il soit à ceux qui le détiennent, dans la puissance active de la richesse exclusivement accaparée par les oligarchies régnantes.
Moralement, elles consisteut dans le prestige quasi surnaturel dont ont joui les porteurs de privilèges, dans les idées et les préjugés qu'ils ont imposés ; dans cette espèce d'animalité, paradoxalement dénommée bon sens, qui pousse l'homme en général à croire toujours ce qu'il a cru, à s'adonner à la croyance ambiante comme à un instinct borné, comme à un vice.
Elles consistent, en un mot, dans l'ignorance des milliards d'exploités, rétifs à se guérir de
cette courte vue qui est la grande maladie spirituelle du genre humain, admettant les légendes traditionnelles par peur, parce qu'elles sont écrites ou parce qu'elles sont criées, courbant la tête par habitude, acceptant autant qu'on veut le prétexte pour la cause, laissant honteusement flatter leurs mauvaises inclinations, se laissant fanatiser par le clinquant et le bruit, se laissant engager, comme dans des croisades sacrées, dans ces gigantesques questions de boutiques que sont les nationalismes. Elles consistent dans la dispersion, dans l'isolement de chaque homme, de chacun de ces milliards d'atomes humains dont l'ensemble forme la vie pensante de la terre.
Vous vous rappelez, mes camarades de la guerre, lorsque nous étions dans les tranchées, combien nos mouvements ne nous appartenaient pas, perdus parmi les mouvements d'ensemble auxquels nous participions avec nos corps, avec nos êtres tout entiers et que pourtant nous ignorions. Cette sépyration, cet emprisonnement de chacun n'est pas spécial à la guerre. Ce qui est vrai pour la misère et la déchéance militaires est vrai en général pour toute la misère populaire. En toutes circonstances, l'individu est muré, et tant qu'une conscience commune et qu'une même volonté n'armeront pas les hommes, l'homme ne comptera pas.
Le socialisme libérateur.
Mais nous arrivons à un moment oii les choses vont changer. Elles ne peuvent plus changer que grandement.
Les bouleversements de la guerre ont fail apparaître à vif l'inanilé des vieilles lois barbares, une conscience humaine s'est spacieusement réveillée, et vous en êles les preuves vivantes.
Des peuples ont essayé — ils essaient encore de se libérer de l'injustice et de la corruption qui les écrasent, de soulever leurs chaînes, malgré la pesée qu'exerce sur eux le reste du monde.
Le socialisme, qui est né d'hier — et auquel on a sottement ou plutôt hypocritement reproché de n'avoir pas, dès son enfance, arrêté du jour au lendemain les antiques malheurs, — monte régulièrement — s'est-il arrêté un seul jour de grandir et de se préciser, à travers des scissions même, depuis qu'il est né? — et on voit bien que, par la seule loi du nombre, un jour il prendra tout.
Donc l'ignorance s'efTace et la vérité se montre aux éternelles victimes, à la chair à outils, à la chair à canon et aux âmes mutilées, et, balayant les idoles, les erreurs et les sophismes, elle institue dans l'idéal un nouvel ordre qui est l'ordre même.
Nous SOMMES LE PaRTI DE l'oRDRE.
Notre idéal est un idéal d'ordre. Serrons-nous opiniâtrement autour de cette notion de l'ordre, qui est à nous, et qui n'est qu'à nous, ne le laissons pas accaparer par le camp ennemi, par les conservateurs, par les réactionnaires, les hommes du passé, pour qui «l'ordre » n'est que le maintien étouiïant du désordre séculaire.
Elle sera enfin ordonnée, exempte de chimère et exempte d'anarchie, la société que nous entrevoyons : celle où seul le travail intellectuel ou manuel sera honoré et rémunéré, où seuls seront admis les bénéfices honnêtes de l'effort, car lorsqu'ils s'hypertrophient et qu'ils ne signifient plus production, mais spéculation, ce sont des délits et des crimes commis à l'égard de la foule ; celle où tous les privilèges seront enfin abolis et où régnera l'égalité ; celle qui vivifiera l'esprit nouveau qui est le véritable esprit social, c'est-a-dire l'esprit international.
Oui, la vérité internationale est la vérité sociale complète et grande ouverte.
Il y a dans l'univers des intérêts strictement individuels, et puis il y a un grand intérêt commun à tous les hommes — et entre les deux les soi-disant intérêts nationaux apparaissent comme des abstractions, des lictions et des mysticismes. 11 ne doit y avoir sur toute l'étendue
habitée, que morcellent encore les frontières et les classes, qu'un seul peuple, et qu'une seule classe, celle des travailleurs.
Toute la beauté de l'avepir ne peut s'élever que sur cette base.
Cet idéal, ce but, sont peut-être lointains. Peut-être pas pourtant aussi difficiles, ni aussi longs à atteindre qu'on peut le supposer — car l'ancien état de choses marche rapidement, selon la logique du mal, à sa propre destruction, et descend chaque jour plus profondément dans d'insurmonlables difficultés. Notre idéal, il faut partout et toujours l'avoir intégralement devant les yeux, dans l'esprit et dans le cœur. Il est la vérité. 11 est, quoi qu'on vous dise, la contreutopie. Il est tout-puissant, il est irrésistible, d'être rationnel et juste. Nous vaincrons un jour, non pas à cause de fétiches et d'idoles, mais parce que, au lieu de croire en des drapeaux, ces étiquettes commerciales et agressives, ces jouets monstrueux, nous lèverons les yeux au-dessus et nous nous guiderons sur la vérité.
Nous avons donc à combattre l'ignorance et le préjugé, qui se dissipent, mais sont encore lourd> et tenaces dans la masse populaire.
A la place de ce qui est à édifier, se dresse ce qui est édifié; le stalii çuo^ que défendent opiniàlrémenl les parasites (jui en profitent et tous ceux qu'ils favorisent ou qu'ils paient. Mais le
lai PAROLES D'UN COMBATTANT
vieux système malfaisant n'a pas que ces défenseurs-là. 11 a aussi, pour le protéger, les indifférents. Pénétrons-nous bien de cette vérité: Celui quine travaille pas pour le changement travaille pour le mal régnant. Une des propositions du groupe « Clarté » s'énonce ainsi : « Ceux qui ne font rien sont les militants du statu quo ».
Répétons cela pour régler une bonne fois l'argument que nous servent en bons apôtres les conservateurs, quand ils invoquent la solidarité. Pendant la guerre : « Unissons-nous pour le salut par la lutte à outrance et ne pensez plus pour le moment à vos intérêts individuels ». Après la guerre : « Unissons-nous pour le salut par le travail à outrance et ne pensez plus pour le moment à vos intérêts individuels. Pas de politique. Ne nous disputons pas ! » Comme nous le disions dans une afliche que la censure a interdite cet appel à la modération est sinistre lorsqu'il est empoigné et brandi par les profiteurs et par les gardiens de prison !
Mais l'obstacle le plus sûr au progrès, ce n'est pas l'opposition aveugle — au contraire — c'est la demi-mesure, c'est le procédé qu'exprime ce mot néfa-'te et ridicule : le replâtrage. C'est la concession locale et insuffisante, la fausse sagesse de l'opportunisme qui lâche la proie pour l'ombre, sacrifie le petit avantage parce qu'il est immédiat, au grand, le sophisme qui con-
siste à dire : « C'est toujours cela de pris. » Attention!
N'oublions jamais que les abus dont nous avons à nous débarrasser et qui nous tiennent encore de toutes parts forment un réseau serré. Il ne s'agit pas d'élaguer ce qui repoussera, mais de déraciner. Du programme magnifique que les hommes ne peuvent pas ne pas réaliser un jour, aucune partie ne peut longtemps se disjoindre. Autrement, on n'obtiendra que de la parodie, de Tillusion et du mensonge.
Les « SOCIALISTES nationaux ».
Beaucoup de nos camarades, parfois bien intentionnés, sont aveugles aux grandes conséquences des concessions. Un exemple entre vingt : les « socialistes nationaux ».
Les mots jurent ensemble et fatalement leurs réalisations contradictoire- se heurteront. On ne peut pas être un homme de liberté si on n'est pas internationaliste. D'abord, en principe, on ne peut pas imposer un arrêt artificiel avec. des bornes frontières et des palissades au sentiment de la solidarité et à l'idée de l'égalité; la notion de justice ne comporte pas plus de barrières intérieures que l'espace na d'horizons fixes; ensuite, en fait, les grandes réformes ne peuvent être qu'internationales. Encore une
fois, il faut voir loin pour voir juste. Il faut raisonner à la fois dans le présent et dans l'avenir.
Construisons-nous, par la raison et la conscience, une croyance personnelle qui forme un ensemble, et alors nous serons forts pour juger autour de nous le poids des paroles et des écrits,,, et la signification des changements de décor. El nous verrons bien que lorsqu'on met en question la suppression de tous les privilèges de naissance sans cesse ressuscites, la mise en commun des forces productrices, l'égalité absolue de l'enseignement pour tous et pour toutes, le pouvoir direct du grand nombre et l'internationalisme, on invoque une mise au point de sagesse et de réalités rationnelles et pratiques qui, répétons-le, se tiennent, se supposent, et ne peuvent pas aller l'une sans l'autre.
L'Association des Anciens Combattants.
Les idées dont je vous ai exposé les grandes lignes sont celles de l'Association républicaine des Anciens Combattants. Cet esprit, ces tendances, cette volonté, sont les siennes. Sans la nommer encore, je vous ai parler d'elle.
L'Association républicaine des Anciens Combattants a un but particulier et précis, et un but général qui n'est pa$ moins précis, et c'est
cela qui fait son importance et sa solidité profonde.
Elle s'occupe d'abord des intérêts des ex-combattants. Elle s'en est occupée autant, sinon plus que toute autre. Les réparations sociales qu'exigent ceux qui ont souffert de la guerre, elle s'enorgueillit à juste titre d'avoir contribué à en faire passer quelques-unes, autant qu'il était encore possible, des promesses à la pratique. A un homme comme notre vice-président Jamart on est en partie redevable des lois favorables aux démobilisés — dans tout ce qu'elles ont d'acceptable. 11 n'a pas dépendu de nous qu'elles ne fussent meilleures ; mais il dépendra (le nous qu'elles le deviennent.
Nousxîontinuerons plus que jamais à réclamer et à lutter avec les superbes forces vivantes dont nous disposons : la compétence de nos techniciens, le talent de nos magnifiques militants tels que Raymond Lefebvre, Vaillant-Couturier, Torrès, Noël Garnier, et l'habileté entraînante des organisateurs de premier ordre qui ont fait rayonner notre coalition formidablement pacifiste dans toute la France, en attendant le jour proche oij elle rayonnera dans le monde entier : Tournay, Fargue, Lévi, Urousse, Georges Lévy. Chaspoul, Meunier, de Rozan, Hanot, Trimouille, Bouchilloux, et tant d'autres, et celui dont le nom est ici^.dans toutes les bouches,
notre cher et admirable camarade Branche. J'oublie beaucoup de noms, mais il n'est pas possible de ne pas en oublier parmi les hommes de courage et de valeur qui incarnent notre cause et dont chacun donne lant de lui-même. Mais l'Association républicaine est trop réalisatrice et pratique — et c'est surtout ce que je veux démontrer — pour se contenter uniquement de provoquer et de défendre les revendications spéciales, professionnelles, des victimes de la guerre. Elle sait que les avantages de celte nature ne seraient jamais bien grands ou même ne seraient qu'apparents, sans un ordre social réellement démocratique, et alors, fidèle à sa méthode claire et positive, elle veut cet ordre, et puisqu'elle le veut, elle y travaille.
Pour un socialisme intransigeant.
L'Association républicaine des Anciens Combattants n'est pas un parti politique. Le parti politique qui répond à ses conceptions existe déjà. Nous ne prétendons pas agir concurremment à lui, mais lui apporter la force morale que nous vaut le rôle que nous avons joué, et aussi — c'est notre droit, c'est donc notre devoir — l'aider, dans les périodes de schisme qu'il peut traverser et où l'intoxication opportuniste et même parfois nationaliste le divise et le me-
ace, à assurer l'intransigeance absolue et la ureté sans compromission de la doctrine. Surivants de la guerre, vainqueurs surtout de la lort, nous avons conquis, à défaut d'une gloire ue nous dédaignons, une expérience dont la ouffrance et la misère ont gravé à jamais la 3çon dans nos cœurs.
Le bloc d'idées que notre Congrès national tablit aujourd'hui en toute liberté, en dehors e toute préoccupation enfantine d'étiquette et e personnalité, nous voulons qu'il soit réalisé. l'est cette volonté qui guidera notre attitude ans la période électorale, phase, dont il est ctuellement question, d'une lutte plus grande, ar ce ne sont pas les escarmouches de l'automne Mochain qui solutionneront tout ce qui est à olutionner.
En même temps, nous ferons appel à tous tour grossir nos rangs et étendre la masse •ivante, la masse ardente de notre idéal en narche. Nous redoublerons d'énergie pour que ous les soldats conscients que la guerre a par lasard laissés vivre viennent les uns aux autres ;t se dressent encore une fois côte à côte. Et lous montrerons aux travailleurs épargnés par a tuerie et qui ont eu la chance de n'en rap- :>orter que de la souffrance, aux paysans dont es frères et les fils ont formé le plus gros contingent de l'armée des cadavres, aux jeunes
gens, soldats futurs, aux femmes, créatrices de massacreurs et de massacrés, qu'il n'y a pas de sophisme pompeux ou de ridicules anathèmes qui doivent les persuader que les privilèges, l'emprisonnement de la caserne et les sacrifices humains sont des institutions auxquelles les gens sensés ne doivent jamais laisser toucher.
Les Anciens Combattants républicains et internationalistes, qui tiennent aujourd'hui leur Congrès national, seront de plus en plus nombreux à sortir de l'ombre et de tous les coins de lunivers, et l'année prochaine ils tiendront leur congrès international. Ceux qui ne furent que des instruments alors qu'il ne leur était pas permis de penser sauront montrer à une opinion encore trop confuse et incertaine que, contrairement à l'imprécation du poète, dans ce monde-ci l'action peut être la sœur du grand rêve.
Mes camarades de l'Association républicaine, lorsque, ici môme, à l'inoubliable séance de cet après-midi, vous avez crié tous ensemble votre volonté de l'Internationale des Combattants, et en avez, avec une précision magnifique, déterminé les voies; à ce moment grandiose où l'émotion nous étreignait, où, hors de toutes vos poitrines, la sublime prière de l'internationale s'est déchaînée, — si éclairés et si conscients
CE QUE VEULENT LES ANCIENS GOMBATl^ANTS 187
que vous êtes, vous doutiez-vous de tout ce que vous réalisiez? Quelqu'un disait alors, à côté de moi : << C'est le Serment du Jeu de Paume ». Oui, le frisson des époques sacrées était revenu sur la terre. Mais ce n'est pas assez dire. Dans la séance historique d'aujourd'hui, vous avez décidé et commencé à bâiir une œuvre qui changera toute la face des choses, et vous avez consacré une conquête plus grande que celle de la Révolution française.
La révolution.
Un mot encore : On parle de révolution. On nous accuse de prêcher la violence.
Entendons-nous et mettons les choses au point.
C'est par un acte de raison, de calme, de pure et de pratique raison que nous mesurons nettement le contraste qu'il y a entre ce qui est, et ce qui doit être.
Celui qui dit simplement : « 11 faut que chacun occupe sa place au soleil », ou bien : « Le travail est seul valable », ce sagp, ce modéré, émet en réalité la proposition la plus subversive, la plus bouleversante qui soit, dans la société actuelle, si on donne honnêtement leur sens aux mots. La vérité est révolutionnaire.
L'emploi de la violence dans la réalisation de
la justice ne fait pas, en principe, partie de notre idéal, puisque la violence ne fait pas partie de nos arguments.
Mais on est bien forcé de constater que les classes dirigeantes ne veulent pas comprendre l'immensité du droit de la multitude, ne veulent pas discerner l'urgence des changements nécessaires, qu'elles se cantonnent dans une attitude d'opposition forcenée et de haine, en abusant du pouvoir qu'elles étreignent encore, et en tendant des promesses comme des pièges. Le peuple du monde n'oubliera jamais la complicilé honteuse et sournoise des gouvernants prétendus libéraux dans l'assassinat de la république hongroise et dans les tentatives d'assassinat de la république russe, et tant d'autres attentats contre la liberté qui retombent sur tous.
C'est Gœlhe, je crois, qui a dit : « Plus je rétléchis, plus je constate que ce ne sont pas 1*^8 peuples qui font les révolutions, ce sont leurs gouvernements. »
En toute conscience, en toute énergie, nous accusons et dénonçons d'avance les contre-révolutionnaires féroces, cyniques, prêts à tout, et qui ont déjà commencé. ■
Mais, quels que soient les événements qu'on peut prévoir, grâce à la haine irréductible des bourreaux contre les victimes, nous devons faire
la révolution de suite, et complète, dans les esprits. Et alors il faudra que tout change de fond ea comble, dune façon ou d'une autre. Les peuples, c'est-à-dire nous tous, Français et soi-disant étrangers, nous tous les hommes, nous en avons assez d'être exploités et massacrés pour des raisons fumeuses et insensées ou pourdes raisons basses ; nous savons par quelles règles générales et communes, nobles et équitables, nous ne le serons plus. La mensongère moralité des nationalistes et des réactionnaires doit être détruite, et, comme nous le disions -récemment au nom de « Clarté », ce qui est en haut doit être abaissé, ce qui est en bas doit être élevé. La société humaine doit se retourner totalement, et ce sera enfin le monde à l'endroit.