‹ Paroles d'un combattantChapitre 22 sur 33 · LE SILENCE DES MORTS · texte numérisé non relu

LE SILENCE DES MORTS

A M"" Marins Moutet^ avocat.

Mon cher ^Maître,

Il me sera matériellement impossible de venir déposer vendredi devant le tribunal correctionnel et d'apporter à Alfred Dominique — que j ne connais que par ses écrits, mais dont j'estime le caractère et le talent — mon témoignage sincère d'ancien soldat et d'homme de lettres. Mais je pense qu'il m'est permis d'écrire ce que j'iurais dit à la barre.

J'ai eu l'honneur d'être, par ma propre volonté, simple soldat combattant. J'ai eu la joie, par suite du hasard des circonstances, d'obtenir ma première citation en sauvant la vie à des soldats français, et d'avoir, dans d'autres cas, été volon-

tairement utile à mon unité. J'ai été évacué trois fois et réformé n**! pour maladie contractée au front. Mes états de [services si modestes et qui s'effacent devant l'héroïsme magnifique de tant de camarades, ne constituent certes pas un mérite valable ; mais si je prends la liberté de les rappeler, c'est que j'estime qu'ils me confèrent le droit de dire que le vrai patriotisme a horreur de celui qui , sème la haine et la guerre. Mes camarades du front, connus et inconnus, qui ont fraternisé en grand nombre avec moi, et ceux qui se tiennent autour de moi par toute la France dans notre Association fraternelle, ne me démentiront pas, et, sans avoir reçu mandat d'eux, simplement à cause de cette fraternité et de cette ressemblance, je crois que je dis ce qu'ils pensent: ils considèrent comme des adversaires les hommes qui, à l'arrière, font étalage de nationalisme.

Nous estimons, de plus, que ceux-là seuls que le hasard a épargnés dans la guerre auraient, jusqu'à une certaine mesure, le droit d'invoquer sans mentir le témoignage et l'exemple de ces morts qui, à la fin de leur vie, les avaient coadoyés ; mais nous préférons nous abstenir de ce secours émouvant. La seule attitude convenable est, à notre avis, d'apporter à leurs tombeaux, comme dit un camarade,!' «impeccable silence». Du moins, si nous ne parlons pas en leur nom,

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