‹ Paroles d'un combattantChapitre 25 sur 33 · LE CONGRÈS NATIONAL I5E L"A. R. A. G · texte numérisé non relu

LE CONGRÈS NATIONAL I5E L"A. R. A. G

tourne vers les anciens combattants étrangers, en commençant par les anciens combattants allemands, leur annonce directement sa décision et leur demande d'entrer en rapports immédiats avec la Commission permanente qu'elle vient d'instituer pour organiser aussitôt que possible un Congrès International des Anciens Combattants.

Il n'est pas besoin de commenter ce document. On n'y verra pas seulement l'expression d'une volonté invincible émise par ceux-là mêmes qui ont payé de leur personne et qui pourraient garder de la haine s'il devait y en avoir au regard de la raison et de la conscience. Il se dégage aussi de la résolution prise un sens pratique et réalisateur qui n'est peut-être pas moins impressionnant. Il ne s'agit plus, maintenant, de paroles et de vœux. Le rêve n'est pas resté dans les nues où habite l'imagination des utopistes. Il e^'t descendu sur la terre.

Par ces résolutions, le Congrès a montré une haute notion du devoir humain et chacun en avait conscience. On a senti passer à Lyon durant ces journées, nous le constations d'autre part, le frisson des grandes journées de d789. On entrevoyait que la fin du long martyre des peuples se réaliserait un jour par le peuple, et on ne se trompait pas.

Elles furent toutes imprégnées de cet idéal, les grandioses manifestations qui, dans les

intervalles des séances ont réuni en une même volonté agissante, en une même joie puissante, en un même espoir triomphant, à la salle Zola, à la Bourse du Travail, au cirque Rancy, les militants lyonnais et les camarades venus de tous les points de la France.

Au meeting du cirque Rancy, six mille personnes, en un indescriptible sursaut, à la suite des discours de Vaillant-Couturier, de Georges Lévy, de Noël Garnier, de Marianne Rauze, do Raymond Lefebvre et de Torrôs, ont acclamé une cause à laquelle elles ont généreusement mêlé mon nom. Nos vieux camarades de Lyon nous disaient qu'on n'avait pas vu un si formidable enthousiasme, dans ce centre oiî la vie démocratique est pourtant si ardente, depuis plus de vingt ans.

Le Congrès, magistralement organisé sur place par les camarades de la Fédération du Rhône de l'A. R. A. C. groupés autour de Branche, et magistralement géré, si je puis dire, par notre cher secrétaire général du Comité Central, FernandTournay, a, de plus, réorganisé pour les maintenir au niveau de l'extraordinaire développement pris par l'A. R. A. C, tous les services techniques d'aide professionnelle aux mutilés, démobilisés, veuves et orphelins pour lesquels l'Association s'enorgueillit d'avoir utilement travaillé depuis sa création, ainsi que sa

LE CONGRES NATIONAL DE L'A. R. A. G. li'.

propagande centrale et régionale, son journal, etc.

Le Congrès a, enfin, déterminé les grandes lignes de son programme politique et décidé lu nature et l'étendue de sa participation à l'action électorale.

Les principes qu'il a fait siens, les motions qu'il a adoptées, ne peuvent être énumérés ci commentés dans le cadre de cet article. Je dirai seulement qu'un important principe s'est expressément afiirmé au Congrès de Lyon ; on peut le résumer ainsi :

L'A. R. A. C. fait de la politique parce qu'elle estime que les revendications spéciales, individuelles, de ses membres ne peuvent être définitivement consacrées que par un ordre social effectivement démocratique, et aussi parce qu'elle pense que l'autorité morale des survivants de la guerre est une force qu'il convient d'utiliser en vue du bien public.

Mais l'A. R. A. C, n'est pas un parti. Etre un parti politique, c'est avoir un programme particulier, séparatiste, vis-à-vis des partis. Ce n'es! pas le cas. Le parti politique chargé de réalise r l'ensemble des aspirations morales et sociales de l'A. R. A. C. existe déjà : c'est le parti socialiste. Que nos camarades du parti se persuadent donc de ce fait, que quelques-uns d'entre eux paraissent n'avoir pas suffisamment saisi: L'A.

R, A. C. ne saurait, en aucun cas, faire concurrence au Parti. Bien au contraire. Elle lui apporte le considérable appoint matériel et moral des ex-soldals, et des hommes et femmes qui ont soutîerl de la guerre, et lui confie l'exécution temporelle de l'idéal commun.

Elle met pourtant à cela une restriction sur laquelle elle se montrera intraitable : le Parti socialiste n'e^t pas homogène, et elle n'entend faire alliance qu'avec les hommes qui ont défendu sans défaillances ni concessions la pure doctrine socialiste. Elle prend place nettement à gauche, et, comme je le disais, en celte émouvante réunion de dimanche, à la salle Emile Zola, les hommes intransigeants qui la composent considèrent comme leur droit et par conséquent comme leur devoir de rappeler à Tordre les membres ou les fractions du Parti qui se laissent atteindre par l'intoxication opportuniste.

L'HUMANITÉ, 11 Septembre 1919.

Page 1