‹ Paroles d'un combattantChapitre 6 sur 33 · NOUS VOULONS SAVOIR LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

NOUS VOULONS SAVOIR LA VÉRITÉ

Nous voulons savoir la vérité.

Nous voulons connaître les buts de la guerre, tous les buts de la guerre : les nôtres et ceux des alliés.

Nous connaissons ceux des Etats-Unis : pas d'annexion, pas d'indemnités, par de barrières économiques, liberté pour les populations asservies de décider elles-mêmes de leur sort, constitution d'une ligue défensive des peuples, non des gouvernements autocratiques, négociations pour la paix traitées avec les représentants directs du peuple allemand.

Ces buts sont grandioses et peut-être lointains, mais ils sont nets et clairs. Ce magnifique idéal vaut la lutte acharnée jusqu'au bout. 11 vaut les souffrances et les morts par millions. Mais il n'y a que lui qui les vaille. Et nous demandons : cet idéal est-il, sans restrictions et

sans tache, celui de tous les alliés? La Fraace, i'Aapfleterre, l'Italie et les autres nations de i'Eatente sont-elles absolument, sur tous les points, d'accord avec l'Amérique ?

Nous avons entendu nos hommes d'État et ceux de l'Enlente dire beaucoup de sages paroles, multiplier les hautes assurances et les promesses désintéressées : « Nous luttons pour le droit, pour le progrès durable, pour la libération de l'humanité. » Que signifient ces paroles dans le domaine positif des faits? En quoi se concrétisent ce triomphe du droit et ces garanties stables de l'avenir — pour lesquels nos multitudes meurent depuis quarante mois? Par elles-mêmes, ces paroles ne sont pas suffisantes : la preuve, c'est qu'elles sont diversement interprétées. Il y a chez nous — un exemple entre cent — des hommes pour qui « la revanche », sans plus, constitue le triomphe définitif de la justice, et pour qui la conquête de la rive gauche du Rhin est une garantie éternelle de paix future.

Nous voulons qu'on prouve qu'il n'est pas dans le désir de l'Entente de remplacer les militarismes prussien et autrichien, une fois abattus, par aucun autre — ni en grand ni en détail, ni directement ni indirectement — et il n'y a qu'un moyen de le prouver : énumérer intégralement les buts de guerre.

Page 1