NOUS VOULONS SAVOIR LA VÉRITÉ
iS'ous demandons qu'on nous éclaire silr de grandes questions comme celles des colonies et de la lutte économique. Le protectionnisme, qui peut aller ju'^qu'au boycottage, à l'emprisonnement entre ses frontières et à l'écrasement d'une nation, constitue un militarisme commercial et industriel qui ne vaut pas mieux que l'autre au regard des principes sacrés du droit, et qui, comme l'autre, prépare des conflits et des massacres.
Nous demandons la vérité, non par méfiance, mais, au contraire, parce que nous avons confiance en elle. Nous considérons que c'est pour nous une grande intériorité de ne pouvoir la proclamer, et que ce sera pour nous une grande force lorsque nous pourrons le faire. Nos aspirations qui sont, sans nul doute, nobles, raisonnables et bientaisantes, ont tout à gagner à être exposées djns une lumière éclatante. Nous jugeons cette lumière nécessaire pour unir les Français entre eux, pour unir les alliés entre eux et surtout pour confondre nos ennemis. .Nos réticences sont habilement exploitées par eux, et cela est odieux et incompréhensible. Qui sait si le peuple allemand ne serait pas agité contre sa honteuse oppression, qui sait si la faction raaximaliste qui détient le pouvoir en Russie aurait accompli sa meurtrière scission, si la grande voix de l'Entente avait dès
l'abord promulgué à la face du monde le programme total et précis de ses revendications? Personne de sensé ne peut affirmer qu'il n'en aurait pas été ainsi.
Les citoyens d'une nation dont le n^gime est basé sur la justice, les participants d'une coalition dirigée conire l'impérialisme, ont le droit de savoir la vérité tout entière, et le devoir de la réclamer.
LE PAYS, 26 Décembre 1917.