XIV
Et à trarers un brouillard gris et lourd, je yisy comme on yoit sur la terre, à rheure du crépuscule, une plaine nue, déserte et froide.
Au milieu s'élevoît un rocher d'où tom* boit goutte à goutte une eau noirâtre, et le bruit faible et sourd des gouttes qui tomboient étoit le seul bruit qu'on entendit.
Et sept sentiers, après avoir serpenté dans la plaine , venoient aboutir au rocher, et près du rocher, à .Feutrée de chacun,
étoit une pierre recouyerte de je ne. sais quoi d'humide et de yert , semblable à la bave d'un reptile.
d'un choyant. 6i
Et Toilà^ sur Fun des sentiers» j'aperçus comme une ombre qui lentement s^ mouToit; et peu à peu^^Fombre s' approchant , je distinguai » non pas un homme , mais la ressemblance d'un homme.
Et à l'endroit du cœur, cette forme humaine aYoit une tache de sang.
Et elle s'assit sur la pierre humide et verte y et ses membres grelottoient , et, la tête penchée, elle se sèrrolt arec ses bras, comme pour retenir un reste de chaleur.
Et par les six autres sentiers , six autres ombres successivement arrivèrent au pied du rocher.
Et chaôune d'elles , grelottant et se serrant avec ses bras, s'assit sur la pierre humide et verte^
Et elles étoient là , silencieuses et courbées sons le poids d'une incompréhensible angoisse.
62 PABOLES
Et leur silence dura long-temps» je ne sais combien de temps, car jamais le soleil ne se 1ère sur cette plaine : on nY connoit ni soir ni matin. Les gouttes d*eau noirâtre y mesurent seules, en tombant»
une durée monotone , obscure , pesante »
étemelle.
Et cela étoit si horrible à voir que , si DieK ne m'aroit fortifié, je n'aurois pu en soutenir la vue.
Ett après Une sprte de frissoonement conTulsif, une dos ombrer, soulevant sa tête, fit entendre un son confine le son rauque et sec du vent qui bruit dan^ un squelette.
Et le rocher renvoya cette purole à mon oreille :
Le Christ a vaincu : maudit soit-il 1 Et les six autres ombres tressaillirent ,
d'un croyant. 63
et toutes ensemble soulevant la tête » le même blasphème sortit de leur seia :
Le Christ a vaincu : maudit soit-ill
Et aussitôt elles furent saisies d'un tremblement plus fort, le brouillard s'épaissit, et , pendant un moment , l'eau noirâtre cessa de couler.
Et les sept ombres avoient plié de nouveau sous le poids de leur angoisse secrète, et il y eut un second silence plus long que le premier.
Ensuitp une d'eUes , sans se lever de sa pierre » immobile et penchée , dit aux autres :
Il vous est donc advenu ainsi qah moi.
Que nous ont servi tous nos conseils ?
£t une autre reprit : La foi et la pensée lont brisé les chaînes des peuples; la foi et a pensée ont affranchi la terre.
Et une autre dit : Nous voulions diviser
les hommes» et notre oppression les a unis contre nous.
: Et une autre : Nous avons rersé le sang, et ce sang est retombé sur nos têtes.
Et une autre : Nous avons semé la corruption y et elle a germé en nous , et elle a dévoré nos os.
Et une autre : Nous avons cru étouffer la Liberté , et son souffle a desséché notre pouvoir jusqu'en sa racine.
Alors la septième ombre : -l
■ Le Christ a vaincu : maudk soit41 1 ^ Et tous d'une seule voix répondirent i Le Christ a vaincu : maudit soit-ill Et je vis une main qui s'avançoit ; elle trempa le doigt dans l'eau noirâtre dont les gouttes mesurent en tombant la durée étemelle , en marqua au front les sept ombres ; et ce fut pour jamais. .
d'cn croyant. 65
• Vous n'avez qu'un jour k passer sur la terre ; faites en sorte de le passer en paix.
Là paix est le fruit de l'amour ; car pour vivre en paix, ilfaut savoir supporter bien des choses.
IVuI n'estparfait, tous ont leurs défauts ; chaque homme pèse sur les autres, et l'amour seul «rend ce poids léger.
Si. vous ne pouvez supporter vos frères , comment vos frères vous supporteront-ils ?
11 est écrit du fils de Marie : Gomme il avoit aimé les siens , qui étoient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin.
Aimez done.vos frères qui sont dans lo monde, et aimez-les jusqu'à la fin.
66 P4flOLB6
L'amour est iiilatigable , il ne se lasse jamais. L*amom* est inépuisable; il vit et renaît de lui-même , et plus il s'épanche , plus il surabonde.
Qui s'aime plus que son frère n*est pas digne du Christ, mort pour SiBs frères.
Atoz-tous donné Tosbiens» donnes «icore votre yie» et Tainour tous rendra tout.
Je vous le dis en vérité , celui qui aioie , son cœur est un paradis sur la terre. Il a Dieu en soi» car Dieu est amour»
L'hoBafue vicieux n'aio» point , il ccmvoite : il a lîtim et aoif de tout ; son oeil» tdque l'oU du s^^iit , fascine et attire , mais peur dévorer.
L'amour r^[Ki9e au foiid des fimes pures » coniiii6 une goutte de rosée dans le calice d'uae fleur.
Oh ! si vous saviez ce que c'est qu'aimer !
d'un croyant. 67
Vous dites que vous aimez » et beau^ coup de ¥09 frères manquent de pain pour soutenir leur wie, de vêtements pour couvrir leurs membres mis , d'un toit pour s'abriter , d'une poignée de paille pour dormir dessus , tandis que vous avez toutes choses en abondance.
Vous dites que vous aimez , et il y a, en grand nombre, des malades qui languissent, privés de secours, sur leur pauvre couche , des malheureux qui pleurent sans que personne pleure avec eux , des petits enfants qui s'en vont , tout transis de froid , de porte en porte demander aux riches une miette de leur table, et qui ne l'obtiennent pas.
Vous dites que vous aimez vos fi^ères :
et que feriez-vous donc si vous les haïs-
siez ?
Et moi je vous le dis, quiconque, le
pouvant y ne soulage pas^ son frère ffai souffre y est Tennemi de son frère ; et quiconque , le pouvant y ne nourrit pas son frère , qui a faim , est son meurtrier.
d'uw choyant. 69
Il se rencontre des hommes (|ui n'aimenf point Dieu , et qui ne le craignent point : fuyez-les , car il sort d'eux une vapeur de malédiction.
Fuyez Fimpie, car son haleine tue; mais ne le haïssez pas, car qui sait si déjà Dieu n'a pas changé son cœur ?
L'homme qui 9 même de bonne foi , dit : Je ne crois point y se trompe souvent. Il y a bien avant dans l'âme , jusqu'au fond, une racine de foi qui ne sèche point.
La parole qui nie Dieu brûle les lèvres fur lesquelles clic passe, et lahouche qui
s'ouvre pour blasphémer est un soupirail de Tenfer.
L'impie est seul dans l'univers. Toutes les créatures louent Dieu, tout ce qui sent le bénit , tout ce qui pense l'adore : l'astre du jour et ceux de la nuit le chantent dans leur langue mystérieuse.
Il a écrit au firmament son nom .trois fois saint.
Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux !
Il l'a écrit aussi dans le cœur derhotume, et l'homme bon fy conserve avec amour; mais d'autres tâchent de l'eiFacer.
Paix sur la terre aux hommes dcmt la volonté est bonae !
Leur sommeil est doux, et leur mort est encore plus douce , car ils savent qu'ils retournent vers leur père.
Comme le pauvre laboureur , au déclin
D UN CBOTANT. 7I
du jour 9 quitte les champs , regagne sa chaumière , et, assis devant la porte , oublie ses fatigues en regardant le ciel : ainsi »
quand le soir se fait , Thomm^e d'espérance regagne avec joie la maison paternelle , et , astis sur le seuil , oublie les travaux de Teul dans les visions de Tétemité.
72 PAROLR&
Deux hommes étoient Toisios , et chacmi d'eux avoit une femme et plusieurs petits enfants , et son seul travail pour les faire vivre.
Et Tun de ces deux hommes s'inquiétoit en lui-même , disant : Si je meurs , ou que je tombe malade » que deviendroot ma femme et mes enfants ?
Et cette pensée ne le quittoit point, et elle rongeoit son cœur comme un ver ronge le fruit où il est caché.
Or y bien que la même pensée fût venue également à l'autre père, il ne s'y éloît point arrêté; car, disoit-il. Dieu, qui connoit toutes ses créatures et qui veille
d'un croyant. 73
sur elles > veillera aussi sur moi, et sur ma femme > et sur mes enfants.
Et celui-ci vivolt tranquille » tandis que le premier ne goùtoit pas un instant de repos ni de joie intérieurement.
Un joUr qu'il travailloit aux champs , triste et abattu h causé de sa cr.ainte , il vit quelques oiseaux entrer dans un buisson^ en sortir, et puis bientôt y revenir encore.
Et, s'étant approché, il vit deux nids posés côte à côte ^ et dans chacun plusieurs petits nouvellement éclos et encore sans plumes.
Et quand il fut retourné à son travaQ ^ de temps en temps il lévoit les yeux , et regardoit ces oiseaux, qui alloient etvé^ noient portant la nourriture à leurs petits.
Or, voilà qu'ail moment où l'tine des mères rentroit avec sa becquée , un vauto%ir la saisit , l'enlève^ et la pauvre mère,
y4 PiaOLKS
se débalUnl vainement sous sa serre , jetoit des cris perçants.
A cette Tue, Thomme qui trayailloit sentit son âme plus troublée qu*ai]^aratant : car» pensoit-il, la mort de la mère, c'est la mort des enfaqts. I^es miens n'ont que moi non plus. Que deyieiidropt-ils ^i )e leur manque ?
Et tout le )our il lut sombre et triste , et la niiit il ne dormit point.
Le lendemain» de retour aux champs, il se dit : Je veux voir les petits de cette pauvre mère : plusieurs sans doute ont déjà péri. Et il s'achemina vers le buisson.
Et regardant » il vit les petits bien portants ; pas un ne sembloit Avoir pâti.
Et ceci rayant élonné» il se cacha pour observer ce qui se passeront*
Et après un peu de temps » il ent^endît un léger cri, et il aperçut la seconde m^
d'uh croyant. 75
rapportant en hâte la nourriture qu'elle ayoit recueillie , et elle la distribua à tous les petits indistinctement , et il y en eut pour tous y et les orphelins ne furent point délaissés dans leur misère.
Et le père qui s'étoit défié de la Providence , raconta le soir à Fautre père ce qu'il avoit ru.
Et celui-ci lui dit : Pourquoi s'inquiéter ?
Jamais Dieu n'abandonne les sien«. Son amour a des secrets que nous ne connoissons point. Croyons, espérons > aimons^ et poursuivons notre route en paix.
Si )e meurs avaht vous , vous sere2 le père de mes enfants ; si vous mourez avant moi y je serai le père des vôtres.
Et si » l'un et l'autre , nous mourons Bvant qu'ils soient en âge de pourvoir eux^ tnêlAêis à leurs nécessités ^ ils auront pour père le Père qui est dans les cieux.
Quand TOUS avez prié, ne sentez-vous
pas votre cœur plus léger , et votre âme
plus contente?
La prière rend Taflliction moins douloureuse,' et la joie plus pure : elle mêle à Tune je ne sais quoi de fortifiant et de doux, et à l'autre un parfum céleste.
Que &iJtes-vous sur la terre, et n^avezvous rien à demander à celui qui vous y a mis? ^
Vous êtes un voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête baissée :
il faut lever les yeux pour reconnoitre sa
route.
d'un choyant. 77
Votre patrie, c'est le ciel; et quand vous regardez le ciel, est-ce qu'en vous il ne se remue rien ? éstrce que nul désir ne vous presse ? ou ce désir iest-il muet ?
Il en est qui disent : A quoi, bon prier?
Dieu est trop au dessus de nous pour écouter de si chétives créatures.
Et qui donc a fait ces créatures chéti-r ves y qui leur a donné le sentiment y et la pensée , et la parole , si ce n'est Dieu ?
Et s'il a éié si bon envers elles , étoitce pour les délaisser ensuite et les repousT ser loin de lui?
En vérité, je vous le dis, quiconque dit dans son cœur que Dieu méprise ses œuvres , blasphème Dieu.
Il en est d'autres qui disent : A quoi bon prier? Dieu ne sait^il pas mieux que nous ce dont nous avons besoin?
Dieu sait mieux que vous ce dont vous
'jS PAROLES
avez besoin , et c'est pour Cela qu il veut que TOUS le lui demalidiez ; t&v Dieu est lui-même votre premier besoin , et prier Dieu , c'e^t commencer à posséder Dieu.
Le përé conno^ les besoiïis de son fils ; faut- il h cause de cela que le fils n'ait jamais une parole de demande et d'actions de grâces pour son père ?
Quand les animaux souiTrent , quand ils craignent y ou quand ils ont faim, ils poussent des cris plaintife. Ces cris sont la prière qu'ils adressent à Dieu, et Dieu l'écoute. L'homme seroit-il donc dans la création le seul être dont la voix ne dût jamais «monter à l'oreille du Créateur?
U passe quelquefois sur les Gftmpaglies un. vent qui dessèche les fdmltes , et alors on voit leurs tiges, flétries pencher vers la terre; mais, humectées parla fosée^. elles
D UN CROTâNT. 79
reprennent leur fraîcheur , et relèvent leur tête languissante.
Il y a toujours des vents brûlants, qui passent sur l'âme de f homme , et la dessèchent La prière est la rosée qui la rafraîchit.
3o PAROLES
Vous n'ayez qu'on, père , qui est Diea , et qu'un maître , qui est le Christ.
Quand donc on tous dira de ceux qui possèdent sur la terre une grande puissance : Yoilà Yos maîtres , ne le croyez point. S'ils sont justes, ce sont vos serviteurs; s'ils ne le sont pas, ce sont tos tyrans.
Tous naissent égaux : nul , en venant au monde, n'apporte ayçc lui le droit de commander.
J'^i TU dans un berceau un enfant criant et bayant, et autour de lui étoient des vieillards qui lui disoient , Seigneur ,
d'un croyant. 8|
et qui, s'agenoaillant , l'adoroienf. Et j'ai compris toute la misère de l'homme.
C'est le péché qui a fait les princes; parce qu'au lieu de s'aimer et de s'aider comme des frères , les hommes ont commencé à se nuire les uns aux autres.
Alors parmi eux ils en choisirent un ou plusieurs , qu'ils croyoient les plus justes, afin de protéger les bons contre les méchants, et que le foible pût yivre en paix.
Et le pouvoir qu'ils exerçoient étoit un pouToir légitime , car ç'étoit le pouvoir dé Dieu qui veut que la justice rè^e, et le pouvoir du peuple qui les avoit élus.
- Et c'esi ppurqupi chacon étoit tenu en conscience de leur obéir«
Mais il s'en trouva aussi bientôt qui voulurent régner par eux-mêmes, comme s'ils eussent été d'une nature plus élevée que celle de leurs frères.
8s PAR0LE9
El le poiiYoir de ceuxK^i n'est pas légi-* ' time y car c'e^t le pouvoii* de Satan » et leur domination est telle deTorgueil et de la convoitise^
Et c'est pourquoi^ lorsqu'on n'a pas à craindre qu'il en résulte plus de mal , chacun peut et quelquefois doit en conscience leur résisteh
Dans la balance du droit éternel » votre volonté pèse plus que la volonté des rois :
car ce sont les peuplés qui font les rC^is , et les rois sont faits pour les peuples » et les peuples ne sont pas fait« pour les rois.
Le Père céleste n'a point formé les membres de ses enfairtâ pour qu'ils fussent brisés par des ferS » ni lévit âme pour qu'eUe fût meurtrie par la setvitude;
Il les a unis en familles ^ et toutes les familles sont sceurs ; il les a unis qu nations, et toutes les nations sont sœurs ; «et qui-
D*Vlf CHOYANT. 83
conque sépare les familles des familles, les nations des nations, divise ce que Dieu a uni : il fait rœuyre de Satan.
Et ce qui unit les familles aux familles , les nations aux nations , c'est premièrement la loi de Dieu, la loi de justice et de charité, et ensuite la loi de liberté, qui est aussi la loi de Dieu. .
Car sans la liberté quelle union existeroi t-il entre les hommes? Ils seroîept unis con^me le cheral est uni à celui qui le monte , comme le fouet du maître à la peau de Tesclave.
Si donc quelqu'un vient et dit : Vous êtes à moi; répondez : Non; nous sommes h Dieu , qui est notre père , et au Christ , qui est notre seul maître.
Ne TOUS laissez pas tromper par de tainés paroles. Plusieurs chercheront à vous persuader que tous étés yraiment libres , parce qu'ils auront écrit sur une feuille dcJi papier lé mot dé liberté, et l'auront affiché à tous les carrefours.
La liberté n'est pas un placard qu'on lit au coin de la rué. Elle est une puissance vivante qu'on sent en soi, et autour de soi; le génie protecteur du foyer domestiqué ,• la garantie des droits sociaux , et le pre^* mier de ces droits.
L'oppresseur qui se couvre de son nom est le pire des oppresseurs. Il joinijernen"*
songe à la tyrannie , et à l'injustice la pro-^ fanation; car le nom de la liberté est saint.
Gardez-Yous donc de ceux qui disent :
Liberté, Liberté , et qui la détruisent par leurs œuvres,
Est-ce TOUS qui choisissez ceux qui tous gouTernent , qui tous commandent de faire ceci et.de ne pas faire cela, qui imposent vos biens , Totre industrie ; TOtre .traTail? Et si ce n'est pas tous, comment êtes-Tous lîbras?
PouTez-Tous disposer de vos enfants comme vous Tentendez , confier à qui tous plaît le soin de. les instruire et de former leurs mœurs ? Et si tous ne le pouTOz pas, comment étes-TOus libres ?
Les oiseaux du ciel et les insectes même s'assemblent pour faire en commun ce qu'aucun d'eux ne pourroit faire seul.
PouTez-TOus TOUS assembler pour traiter
86 FAROLES
ensemble de tos intérêts, pour défendre Yos droits y pour obtenir quelque soulagement h yos maux ? Et si tous ne le pouvez pas» comment êtes-Tous libres ?
Pouyez-yous aller d'un lieu à un autre si on ne vous le permet , user des fruits de la terre et des productions de Yotîe travail, trempa* votre doigt daus Feau de la mer et en laisser tomber une goutte dans le pauvre vase de terre oii cuisent vos aliments, sans vous exposer h payer l'amende et à être traînés en prison ? Et si vous ne le pouvez pas , ciMoment êtes-vous libres ?
Pouvc^z-vons , en vous couchant le soir, voua répondre qu*on ne viendra point , durant votre sommeil, fouiller les lieux les plus secrets de votre maison , vous arracher du sein de votre famillei et vous jeter au fond d'un cachot, parce que le pouvoir, dans sa peur, se sera défié de vous?
d'uh CfiOTANT. 87
Et si voujs ne h pouvez pas , comment êtes-TOus libres?
La liberté luira sur tous, quand, à force de courage et de persévérance y tous tous serez aiTranchis de toutes ces servitudes.
La liberté luira sur vous , quand vous aurez dit au fond de votre âme : Nous voulons êtres libres; quand, pour le devenir , vous serez prêts à sacrifier tout et à tout souffrir.
La liberté luira sur vous, lorsqu'au pied de la croix sur laquelle le Christ mourut pour vous y vous aurez juré de mourir les uns pour les autres.
88 FàROLES
Le peuple est incapable d'entendre ses intëréts; on doit , poor son bien» le tenir toujours en tutelle. N'est-ce pas à ceux qui ont des lumières de conduire ceux qui manquent de lumières ?
Ainsi parlent une foule d'hypocrites qui veulent faire les affaires du peuple , afin dé s'engraisser de la substance du peuple.
Vous êtes incapables 9 disent-ils ', d'en-tendre. vos intérêts; et sur cela, ils ne vous permettront pas même de disposer de ce qui est à vous pour un objet que vous jugerez utile; et ils en disposeront, contre votre gré , pour un autre objet qyi vous déplaît et vous répugne^
D^VN CEOYANT. , 8g
Yous êtes incapables d'administrer une petite propriété ccTmmane y incapables de savoir ce qui tous est bon ou mauTais, de connoltije yos besoins , et d'y pourvoir ; et sur cela , on vous enverra des hommes bien payés ^ à vos dépens , qui géreront vos biens à leur fantaisie 9 vous empêcheront de faire ce que vous voudrez , et vous forceront de faire ce que, vous ne voudrez pas.
Yous êtes incapables de discerner quelle éducation il est convenable de donner à vos enfants ; et par tendresse pour vos çinfants , on \e^ jettera dans des cloaques d'impiété et de mauvaises mœurs, à çaoin^ que vous n'aimiez mieux qu'ils depieurent privés de toute espèce d'instruction.
Yous êtes incapables de juger si vous ippuvez, vous et votre famille, subsister
90 PABO&BS
arec le salaire cpi'on vous accorde pour Totre trsraîl ; et Ton vous défendra / sous des peines sévères y de voitS' concerter ensemble pour obtenir nne augmentation de ce salaire^ afin qae tous puissiez tvvre, TOUS 9 Yos femmes et tos enfants.
Si ce qi^ dit cette race hypocrite et ayide étoit Trai, tous seriez bien au des-^ sous de la brute , C9c la brnte sait tout ce qu'on affirme que tous ne saTez pas> et elle m'a besoin que de Tinstinct pour le savoir.
Dieu ne tou» a pas faits pour être le troupeau de quelques autres hommes.. Il vous a faits pour viTre librement en société comme des frères. Or un frère n'a rien à commander à son frère. Les firères sa lient entre eux par des conTenti<ms mutuelles ^ et ces couTentions c'est la loi, et la loi doit être respectée y et tous doivent
1) UN CROICANT. 9 l
s^unir pour empêcher qu'on ne la viole , parce qu'elle est la sauvegarde de tous , la Yolonté et l'intérêt de tous.
Soyez hommes : nul n'est assez puissant poiu* vous atteler au joug malgré vous; mais vous pouvez passer la tête dans le collier y si vous le voulez.
Il y a des animaux stupides qu'on enferme dans des étahles, qu'on nourrit pour le travail, et puis, lorsqu'ils vieillissent, qu'on eagraisse pour manger leur chair.
Il y en a d'autres qui vivent dans les champs en liberté , qu'on ne peut plier à la servitude , qui ne se laissent point séduire par des caresses trompeuses, ni vaincre par des menaces et de mauvais traitements.
Les hommes courageux resseo^lefiit à ceux-ci : les lâches sont comme les pre miers.
PÀB0LK9
Comprenez bien comment on se rend, libre.
Pour être libre , il faut ayant tout aimer Dieu y car si tous aimez Dieu, tous ferez sa volonté ; et la volonté de Dieu est la justice et la charité , sans lescjucUes point de liberté.
Lorsque , par violence ou par ruse , on prend ce qui est à autrui ; lorsqu'on l'attaque dans sa personne; lorsqu'en chose licite on l'empêche d'agir comme il veut, ou qu'on le force d'agir comme il ne veut pas; lorsqu'on viole son droit d'une ma^ nîère quelconque > qu'est-ce que celaî
d'un croyant. 95
Uiie injustice. C'est donc l'injustice qui détruit la liberté.
Si chacun n*aimoit que soi et ne songeoit qu'à soi , sans venir au secours des autres , le pauvre seroit obligé souvent de dérober ce qui est à autrui , pour vivre et faire vivre les siens , le fôible seroit opprimé par un plus fort , et celui-ci par un autre encore plus fort ; l'injustice régneroit partout. C'est donc la charité qui conserve la liberté. * ;;:..4î *^v '^'•
Aimez Dieu plus que toutes choses , et le prochain comme vous-même , et la servitude disparoitra de la terre.
Cependant ceux qui profitent de la servitude de leurs frères mettront tout en œuvre pour la prolonger. Ils emploieront pour cela le mensonge et la force.
Ils diront que la domination arbitraire de quelques uns et l'esclavage de tous les
autres est l'ordre [établi de Dieu ; et pour conserver leur tyrannie , ils ne craindront point cb blasphémer la Providence.
Répondez-leur que leur Dieu à eux est Satan 9 l'ennemi de la race humaine, et que le vôtre est celui qui a vaincu Satan.
Après cela, ils déchaîneront contre vous leurs satellites ; ils feront bâtir des prisons sans nombre pour vous y enfermer; ils vous poursuivront avec le fer et le feo , ils vous tourmenteront et répandront votre sang comme l'eau des fontaines.
Si donc vous n'êtes pas résolus à combattre sans relâche , à tout supporter sans fléchir, h ne jamais vous lasser, à ne céder jamais , gardez vos fers et renoncez à une liberté dont vous n'êtes pas dignes.
La liberté est comme le royaume de Dieu ; die souiBre violence , et les violents la ravissent.
Et la violence qui vous mettra en possession de la liberté , n'est pas la yiolence féroce des voleurs et des brigands , l'injustice y la vengeance , la cruauté ; mais une volonté forte , inflexible » un courage calme et généreux,
La cause la plus sainte se change en une cause impie, exécrable, quand on emploie le crime pour la soutenir. D'esclave l'homme de crime peut devenir tyran , mais jamais il ne devient libre.
g6 PAHOLES
Seigneur , nous crions vers vous du fond de notre misère.
Gomme les animaux qui manquent dé pâture pour donner à leurs petits ;
Nous erions vers tous , Seigneur.
Gomme la brebis à qui on enlève soû agneau ,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Comme la colombe que saisit le vautour.
Nous crions vers vous , Seigneur.
Comme la gazelle sous la griffe du ti"
Nous crions vers voiis , Seigneur.
Comme le taureau épuisé de fatigue et ensanglanté par l'aiguillon ,
D UN CàOtANT. * 97
Nous crions yers vous , Seigneur.
Gomme Toiseau blessé que le chien poursuit ,
Nous crions vers vous , Seigneur.
Comme l'hirondelle tombée de lassitude en .:^aversant les mers, et se débattant sur la vague ,
Nors crions vers vous. Seigneur.
Comme des voyageurs égarés dans uri désert brûlant et sans eau ,
Nous crions vers vous , Seigneuh Comme des naufragés sur une coié stérile ,
Nous crions vers vous, Seigneur.
Comme celui qui , à Thenre où la nuit se fait , rencontre près d'un cimetière un spectre hideux, •
Nous crions vers vous. Seigneur.
Comme le père à qui on ravit le mor-
ceau de pain qu'il portoit & ses enfants affamés ,
Nous crîouB vers vous» Seigneur.
Gomme le prisonnier que le puissant injuste a jeté dans un cachot humide et ténébreux y
Nous crions yers vous» Seigneur.
Gomme Tesclaye déchiré par le fouet du maître.
Nous crions vers tous. Seigneur.
Gomme Finnocent qu'on mène au supplice.
Nous crions vers vous , Seigneur.
Comme le peuple d'Israël dans la terre de servitude, •
Nous crions vers vous , Seigneur.
Gomme les descendants de Jacob dont le roi d^Égypte faisoit noyer dans le Nil les fils premiers-nés ,
Nous crions vers vous , Seigneur.
D UN CHOYANT. (jg
Comme les douze tribus dont les oppresseurs augmentoient tous les jours les travaux , ea retrancbant chaque jour quelque chose de leur nourriture»
Nous créons vers voyx. Seigneur. .
Comme toutes les nations de la terre, avant qu'eût lui Taurore de la délivrance.
Nous crions vers vous , Seigneur.
Comme le Christ sur la croix , lorsqu'il dit : Mon Père » mon Jfhre, pourquoi m'aveas-vous délaissé ?
Nous crions vers vous , Seigneur.
O Père ! vous n'avez point délaissé votre fils 9 votre Christ» si ce n'est en apparence et pour un moment; vous ne délaisserez point non plus à jamais les frères du Christ. Son divin sang , qui les a rachetés de l'esclavage du prince de ce monde, les rachètera aussi de l'esclavage des ministres du prince de ce monde. Voyez leurs pieds
et leurs mains percés , leur côté ouvert , leur tête couverte de plaies sanglantes.
Sous la terre que vous le^uir aviez donnée pour héritage y on leur a creusé un vaste sépulcre y et on les y a jetés pêle-mêle, ^t on en a scellé la pierre d'un sceau sur lequel on a, par moquerie , gravé votre saint nom. Et ainsi» Seigneur, ils sont Ik gisants ; mais ils n'y seront pas éternellement< Encore trois jours / et le sceau sacrilège sera brisé , et la pierre sera brisée , et ceux qui dorment se réveilleront , et le règne du Christ» qui est justice et charité , et paix et joie dans l-Esprit saint» commencera. Ainsi soit-il.
d'un croyant. i«i
Tout ce qui arrive dans le monde a son signe qui le précède.
Lorsque le soleil est près de se lever, rhorizon se colore de mille nuances, et l'Orient paroit tout en feu.
Lorsque la tempête vient , on entend sur le rivage un sourd bruissement , et les flots s'agitent comme d'eux-mêmes.
Les innombrables pensées diverses qui se cpoisent et se mêlent*, à l'horizon du monde spirituel , sont le signe qui annonce le lever du soleil des intelligences.
Le murmure confiis et le mouvement intérieur des peuples en émoi sont le signe
précurseur de la tempête qui passera bientôt sur les nation^ tremblantes.
Tenez-vous prêts, caries temps approchent.
En ce jour4à , il y aura de grandes terreurs y et des cris tels qu'on n'en a point entendu depuis les jours du déluge^
Les rois hurleront sur leurs troaes; ils chercheront & retenir avec les deux mains leurs couronnes emportées par les renj^ , et ils seront balayés avec elles.
Les riches et les puissants sortiront nus de leurs palais , de peur d'être ensevelie sous les ruines.
On les Yerra, ervanis siur les ehemàis, demander aux passante cfuelques l^aillonç pour couvrir leur niidité , un peu de pain noir pour apaisear leur &im > et )& ne sais s'ils l'obtiendfonl.
St il y siu^a des hommes qui sero»! sai*
d'un croyant. io3
sis de la 8oif du sang , et qui adoreront la mort , et qui voudront la &ire ador«*4
Et ia mort étendra sa main de squelette comme poor ks bénir, et cette bénédiction descendra sur leur ce&nr, et il cessera de battre.
Et les savants se troubleront dans leur science , et elle leur apparoitra comme un petit point noir, quand se lèvera le soleil des intelligences.
Et à mesure qu'il montera, ^ chaleur fondra les nuages amoncelés par la tempête; et ils ne seront plus qu'une légère vapeur, qu'un vent doux chassera vers le Couchant.
Jamais le ciel n'aura été aussi serein , ni la terre aussi verte et aussi féconde.
Et au lieu du foible crépuscule que nous appelons jour, une lumière vive et pure
lo4 PAUOLBS
rayonnei^a d'en haut , comme un reflet de la face de Dieu.
Et les hommes se regarderont à cette lumière» et ils diront : Nous ne connoissions ni nous ni les autres; nous ne sa- Tiens pas ce que c'est que l'homme. A présent , npus le savons.
Et chacun s'aimera dans son frère, et se tiendra heureux de le servir; et il n'y aura ni petits ni grands , à cause de l'amour qui^égale tout , et toutes les familles ne seront qu'une famille, et toutes les nations qu'une nation.
Ceci est le sens des lettres mystérieuses que les juifs aveugles attachèrent à la croix du Christ.
d'uîI CROTART. lo5
C'ëtoît une nuît d'hiver. Le vent souffloit au dehors , et la neige blanchissoit les toits.
Sous un de ces toits , dans une chambre étroite y étoient assises ^ travaillant de leurs maîns, une femme à cheveux blancs et une jeune fille.
Et de temps en temps la vieille femme réchaujQToit à un petit brasier ses mains pâles. Une lampe d'argile éclairoit cette pauvre demeure , et un rayon de la lampe venoît expirer sur ime image de la Vierge, suspendue au mur.
Et la jeune filljB levant les yeux regarda en silence, pendant quelques moments, la
] o6 P^OLES
femme à cheveux blancs ; puis elle lui dil :
Ma mère, vous n'avez pas été toujours dans ce dénuement.
Et U y avoit dans sa voix une douceur et une tendresse inexprimables.
Et la femme à cheveux blancs répondit :
Ma fille , Dieu est le maître : ce qu'il fait est bien &it.
Ayant dit ces mots» elle se tut un peu de temps; ensuite elle reprit ;
Quand je perdis votre père, ce fut une douleur que je crus sans consolation : cependant , vous me re&tiez; mais je ne «entois qu une chose alors.
Depuis, j'ai pensé que s'il vivoit et qu'il nous vit en cette détresae» son âme se briseroit ; et j'ai reconnu quç Dieu avoit été bon envers lui.
La jeune fille ne répondit rien, mais elle baissa la tête» et quelques larmes,
qu'elle s*efforçoit de cacher > tombèrent sur la toile qu'elle tenoit entre ses mains*
La mère ajouta : Dieu, qui a été bon envers lui , a été bon aussr envers nous.
De quoi avons-nous manqué, tandis que tant d'autres manquent de tout?
Il est vrai qu'il a fallu nous habituer à peu, et, ce peu, le gagner par notre travail; mais ce peu ne suffit -^ il pas? et tous n'ont-ils pas été dès le commencement condanmés à vivre de leur travail ?
Dieu, dans sa bonté, nous a donné le pain de chaque jour; et combien ne l'ont pas? un abri , et combien ne savent où se* retirer?
U vous a , ma fille , donnée à moi : de quoi me plaindrois-je?
A ces dernières paroles, la jeune fille, tout émue , tomba aux genoux de sa mère,
prit ses mains ^ les baisa » et se pencha sur son sein en pleurant»
Et la mère , faisant un effort pour élever la voix : Ma fille , dît-elle , le honneur n'est pas de posséder heaucoup, mais d^espérer et d'aimer heaucoup.
Notre espérance n'est pas ici -bas ni notre amour non plus, ou s'il y est, ce n'est qu'en passant.
Après Kéa, vous m'êtes tout en ce monde; mais ce nionde s'évanouit comme un songe , et c'est pourquoi mon amour s'élève aFCC vous vers un autre monde.
Lorsque je yoxès portois dans mon sein , un jour je priai avec plus d^ardeur la Vierge -Marie, et elle m^ apparut pendant mon sommeil , et il me semhloit qu'avec un sourire céleste elle me présentoit un petit enfant.
Et je pris l'enfant qu'elle me présen-
d'un croyant. 109
toit , et lorsque je le tins dans mes bras , la Vierge -Mère posa sur sa tête une cout*onne de roses blanches.
Peu de mois après vous naquîtes , et la douce vision étoit toujours devaût mes yeux.
Ce dbant , la femme aux cheveux blancs tressaillit ^ et serra sur son cœur la jeune fille.
A quelque temps de là une âme sainte vit deux formes lumineuses monter vers le ciel, et une troupe d'anges les accompagnoit , et Tair retentissoit de leurs chants d'allégresse.
110 PlROLl^S
' Ce ifM T09 yenx vàiéti, ,ee que. loudiBQfc vos iDjSiias» os ne aoat «(ue dès em- )>re8, et le son qui frappe votre oi^éSIb^ n^esfc qu'on grosaier écho de la viMx intime et mystérieuse qui adore, et prie» et gémH an êàn de la création.
Car toute créature gémit , teutè créature est dans le travail de TenfaDtement , et s'efforce de naître à la vie véritable , de passer des t^èbres à la lumière» de la région des apparences à celle des réalités.
Ce soleil si brillant» si beau» n*est que le vêtement» Temblème obscur du vrai soleil » qui éclaire et échauffe les âmes.
Cette terre » si riche » si rerdoyante »
n'eêt que le pâle Miaire de la nature : car la naUire^ ^déchue bqsm^ est descendue comme l'homme daué le tombeau , tuait comluè lui elle en sortira.
SôUs eéttë eiivelop{>e épaisse du corps»
FOiià t^ssetibblez \ ùu Toyageur qui , la nuit dans sa tente , Voit ou croit voir des £mtômes passer.
]Le monde réel est voilé pour vous. Celui qui se retire au fond de lui-même , Vj entrevoit comme dans le Ipîntain. De secrètes puissances qui sommeillent en lui , se réveillent un moment , soulèvent un coin du voile que le temps retient de sa main ridée , et Tceil intérieur est ravi des merveilles qu^il contemple.
Vous êtes assis au bord de Tocéan des êtres » mais vous ne pénétrez point dans ses profondeurs. Vous marchez le soir le long de la mer , et vous ne voyez qu'un
pei^ d'éç\im^ que le flot jette sur le rivage. ...A. quoi TOUS comparerai-je encore?
f^ Yaiis êtes comme TenfaDt dans le seia.
de sa mère , attendant rheure d^ la naissance; pomme Tinsecte ailé daiis le yer qui rs^pe , aspirant à sortir de cette pri-% son terrestre» poui^. prepdjçe votre essoi^i vers les deux.
d'un CftOYikNT. Il3
Qui est-Ce qui se pressoit autour, du Clirist pour entendre sa parole ? Le peuple.
Qui est-ce qui le suiroit dans la montagne et les lieux déserts pour écouter ses enseignements ? Le peuple.
^ Qui Toulbit le choisir pour roi ? Le peuple. ^ . Qui étendoit ses vêtements et jetoit devant lui des palmes en criant Hosarinah »
lors dc; son entrée à Jérusalem ? Le peuple.
Qui est-ce qui se scandalisoit à cause des malades qu'il guérissoit le jour du sabbat? Les scribes et les pharisiens. ^ . Qui rinterrogeoit insidieusement et lui
tendoit des pièges pour le perdre? Les scribes et les pharisiens.
Qui dispit de Ivi : Il est possédé? Qui Tappeloit un homme de bonne chère el aimant le plaisir? Les scribes et les pharisiens.
Qui le traitoit dd séditieux et de blafi^ phémateuf? qui se ligua pour. le. {aire mourir? qpi le çrucifl^ sUr le Calv^iiie çntre deux>oleurs ?
Le^spi^ijb^etle» ptbai^^si,. ks^fbcfcear^ de la loi , le ro^érode et ses courtisam^ le. gouyemeur roBimn et les. prince» des prêtces»
!Leiir< ftstuoe hypoet4tè Iktxp^a' lë peuple même. îh le pèussèrént S dèmahdéi» la mort de celw qui Tiùroif nourri dans le désert avec sept! pains, qui rendbit aux infirmes la santé, la Tueauxaveugiesy i'oaïe
d'vn croyant. lia
«inx sourdss •( aux perclus Ttisago de
JUIU ^ UMJ1UJ7K ^9»
Hai» Jésus / v«]^ainlf cpt^on avtrfC sédkiit ce peuplé comme le serpent séAnsil la femme , pria son Père*, dtsaot : Mon Pire»
pardonnez-leur 9 car ils ne saTenl" pas ce qu'as font. ;
Et cependant, depuis dix-4itRtiièCleii»
le Père ne leur a pas encore pardonné» et ils traînent leur supplice par toute la terre, et par toute la terre Fesclaye est contraint de se baisser pour les voir.
La miséricorde du Christ est sans exclusion. 11 est Tenu dans ce monde pour sauver, non pas quelques hommes/ mais tous les hommes; il a eu poqr chacim d'eux une goutte de sang.
Mais les petits, les foibles, les humbles, les pauvres , tous ceux qui souffroient , il les aimoit d'un amour de prédikctfon.
. Son CQ^ur battoit sqr le cœur du peuple, et le cœur du peuple battoit $ur son cœur»
Et c'est. là, sur le €.œur du Christ;^' que les peuples malades sç raniment» ^t ,que les peuples opprimée reçoivent la force de s'affranchir.
Malheur à ceux qui s'éloignent de lui , qui le renient ! l|sur misère est irreipédialf\d^ et ^euEseryitude éternçUç.
p'ui^.ÇROVAUT, 117
On a TU des temps od l'hoâmie > en forgeant Thômme dont les croyakicès diffiéroient des siennes , se persnadoit offrir un sacrifice agréable à Dieu. ^
Ayez en abomination ces menrtres exécrables.
Comment le mémrlre de l'homme pourroitHl plaire à Dieu , qni a dit )i l'homme : Ta ne tueras point ?
JiOrsque le sang de Thomme coule sur la terre» comme une offrande à Dieu y les démons'accourent pourleboire» et entrent dans celui <{ui Ta Versé.
* . On ne commence à persécuter que quand on désespère de couTaincre^ et qui déses- .
1 19 Vkwsfus
père de convaincre , ou Uasphème en luimême la puissance de la vérité , ou manque de confiance da|i8 ta Vérit^ des doctrines qu'il annonce.
Quoi de plus insensé quq de dire aux boinmea : Croyi^ ou o^oor^z 1
hà &i Qst ^Q 4a Yerbe i elle pén^irQ di^i l^ cœura ave^ la piMr^le $ et la^ avec Ip poignard,
Jésus plissa en fais^QOtr le bien, attirant ^ lui par ça bonté , et touchant par sa don^ cour les êmw )e^ }f)m dwes^
Se» Uiçre^ itiripea bé«is80ifi«il et ne nMdissoient point , si ce i^*eaf li^a bypKïcriftei* Il n^ eb^isU P4S dds bomrçeaitf pçnir iq|fStr€».
Il diçwilt aut aîena : LiiiasejE croître e»r semble, jusqu'à la meisaoÉi , le bon et k çiauvai^ fpma; k f^vé de Swi^ en f(^ra ^ fé]pairalk)A ««m:! Taire. ^
D'fcJt JÇB0Y4NT. 119
|:t à Cfiuic q^i le ^r^^oj^nfc de faire des* c<)pdnB ji^ feu dt> ci^l sar line iiîUe ineré*dule ; yo(k$' pe sat^z pa3 de quel éfprk TOUS êtêa.
X'eq^rit fb Jésiis est im teprit 4é pM, de oaisérioerde et dr'aiÉioiiri
Ceux qui persécutent en son nom, qiii
serqtei^^ 1^ twscieao^ sifeû Tépée » qui tortiv^ le c<^rp8 poiir oonr^tr Traie 5»
qui fi^i poui.^ le» pleur» au lieu de les
esmjwi c^ux-lî n'Mt pat l'Ê^sprii dé Jér sus. . .
M^lb^ur h qui pretmid l'Ëffingite » m le rai^d^ pot^ le^ hiûiKifilef» uti objet de terreur ! Malheur à qui écrit la bonne n^iforràifiW^ une feuille saiigJUut^ !
RessQfitenéZ'i-yons des catacooibesi
jËn^^^té^pipM^r W Téus tratoèit à VéclhfyAà, OB vous UfToit.aux bétes Cérobes dans Tamphithéâtre f>onr afliuser la po-
120 PA.ROIJBS
piilace> on vous jetoit à milliers au fond des minés et dans les prisons > on icionfisquoit vos biens , on vous fouloit aui pieds comme la boue des places publiqnes ; vous n'ayie^ 9 pour célébrer vos mystères proscrits, d'antre asile quô les entrailks de la terre.
Qne disoient vos persécuteurs? Ik disoient que vous propagiez dés doctrines dangereuse; que votre seCte , ainsi qu'ils rappelotenty troubloit Tordre et la paix publique; que» violateurs des lois et ennemis du genre humain, voas ébranliez Tempire en ébranlant la rdiigion de Tempire.
Et dans cette détresse > sôus cette^oppression , que demandiez-votis ? la liberté.
Vous réclamiez le droit ' de n'obéir qu'à Dieu, de le servir et de l'adorer selon Votre conscience. *
D Vn CHOYANT. 1 2l
Lorsque, même en se trompant dans leur foi y d'autres réclameront de vous ce droit sacré, respectez-le en eux, comme TOUS demandiez que les païens le respec-^ tassent en vous.
Respectez-le pour ne pas flétrir la mémoire de vos confesseurs , et ne pas souiller les c^idres de vos martyrs.
La per^cution a deux tranchants : elle blesse h droite et à gaiicfaei
Si vous ne vous souvenez plus dés enseignements du Ghri«t, ressouvenez-vous -des catacombesi
18« FAROLliS
xx\x.
Gardfix soijgDeBiement en ro& Étûts t»
justice et la tiiarité ; elles seroot Votre sauvegardé ,» cUâs Jbaiiiiînmi d'au miMen dé TOUS les discor^et les:$$seûsiOfn^.
Ce qui produit les discordes et les dksensionsy ce <p» engendre )ps praeè» ^ui scandalisent les gens de bien et rainent les familles , c'est premièrement l'intérêt sordide , la passion insatiable d'acquérir et de posséder.
Combattez donc sans cesse en tous cette passion que Satan y excite sans cesse.
Qu'emporterez-Tous de toutes les* richesses que TOUS aurez amassées par de
d'un GHOYAirT. 12&
iMine^ el de méekanles Toièt? Pao «oflU h
l'homme » qui vil si pea de tempe*
Une «vire cause de dissenéid^s^ iotermî-
nables» ce sont les mauvaises lois.
Orfl u^aguère que de mauraisefi lois
dans le monde.
Quelle autre loi iaQi*il à celoî ,qfil a la Ipi du Christ?
La I^i du Christ est cli^ , eU<i est aamte^ et il n'est personne , s'il a fsptte loi dans le cœur , qui ne se juge Ini-Tméme aîsémeiit.
Écoutez ce qui m'a été dit :
Les enfants du Christ^ s'ils ont entrei fBUX quelques dfffîrends, ne doivent pas les porter devant lés tribunaux de ceux qui oppriment la terre et qui la corrompent.
N'y a-t*il pas des vieillards parmi eux ?
et ces vieillards ne sont-ils pas leurs pères, connaissaiit'Ja justice el Faimant?
Qu'as aiSent donc trouver un de ce%
PABOLES
yySOui» , et qu'il» lui dusen» : »«" F''»- ' noo8 n'aT<»n» po •«>'» accorder, p»oi et mon ftiife que vottà ; novs ifou^ eapnons ,
iugei entrfe nous.
Ettewaiardécouteralesparoles del w»
et de l'antre, et A jugera entre eux, et ayant: )^ tt les bénira.
Et s'ils se soumettent à ce jugement , la hénédiclion demeurera sur eux : sinon .
elle reviendra au vieillard, qui- aura jugé
selon la justice.
Il n'est rie» que ne puissent -ceux qui sont unis , soit pour le biçn , soit pour le mal. Le jour donc o&tous serez unis sera, le jour de votre déliwançe.
Lorsque les enfants, dlsraël étoient opprimés dans la terre d'Egypte, si cbacnn d'eux, oubliant ses frère», a^pH ^nlu en.
sortir seul, pas unn'auroit échappé; il» soi^ tirent tous ensemble, et nul ne les arrêta.
d'un CROTANt. 195
Vous êtes aussi dans la terre d'Egypte > courbés sous le sceptre de Pharaon et sous le fouet de ses exacteurs. Criez vers le Seigneur votre Dieu , et puis lerez-rous et sortez ensemble.
ai
Il6 PJLAOLKS
Quand la charité se fut refroidie et que Tinjustice eut commencé & croître sur la terre , Dieu dit à un de ses serviteurs : Va de ma part trouver ce peuple » et annoncelui ce que tu verras ; et ce que tu verras arrivera certainement , à moins que , quittant ses voies mauvaises, il ne se repente et ne revienne à moi.
Et le serviteur de Dieu obéit à son corn-
mandement , et s'étant revêtu d'un sac , et ayant répandu de la cendre sur sa tête, il s'en alla vers cette multitude, et, élevant la voix , il disoit :
Pourquoi irritez-vous le' Seigneur pour
D LN GBOITAHT. 1%J
Yotce pértè? QuUrtezToi&irobfr maamse» ; repentez-^T^tts et imeéea khài
Et les wa», écoutant céâ^parolBS»,.' en) étoieat. touchés». et)l6fe w^Bsi 'sfeii' va»*^^ qooieiit, dbloit : Qurest cefaiiicii». et quà vient-il nous dire? Qui l'a. flji{àrgéide hoaisi reprendre? C'est un însenfté^.. .
Et voilà , l'Esprit de Di^ii. saisit le prophète , et le temps s'oi^Yrit à ses yeux ,. e^ les siècles passèrent devant lui.
Et tout à coup déchirant ses vêtements:
Ainsi 9 dit-il , sera déchirée la famille d'Adam.
Les hommes d'iniquité ont mesuré la terré au cordeau ; ils en ont compté les habitants, comme on compte lë bétail, tête à tête.
Ils ont dit : Partageons-nous cela , et faisons-en une mofinoie à notre usage.
Et le partage s'ec^t fiiit, et chacun a
1 d8 ^AROLBS
pris ce qui lui élott échu, et la terre et ses habitants ioiit devenus la possession des honunes. d'iniquité ^ et » se consultant toos ensemble, ils se sont demandé : Com-bien vaut notre possession Pet tous ensemble ils ont répondu : Trente deniers»
Et ils ont commencé à trafiquer entre eux avec ces trente deniers.
Il y a eu des achats , des ventes , des troK^s; des hopimes pour de la terre» de la terre pour des honmies , et de Vor pour appoint.
Et chacun a convoité la part de Tautre , et ils se sont mis à s'entr'égorger pour se dépouiller mutuellement^ et » avec le sang qui couloit, ils ont écrit sur un morceau de papier : Droit , et sur un autre : Gloire.
Seigneur, .assez » assez !
[ En voilà deu;;c qui jettent leurs crocs de
D*IJN CBOYAMT. 1 89
ier sur un peuple;. Chacun eu enqMMrte son
lambeau.
Le glaire a passé et repassé. Entendez- Tous ces cris déchirants ? ce sont les plaintes des jeunes épouses y et les lamentations des mères.
Qeux spectres se glissent dans l'ombre ;^
ils parcourent les campagnes et les cités.
L'un, décharné conmie. un squelette,
ronge un débris d'animal immonde ; Tau^re
a spus l'aisselle une pustule noire , et les
chacals le suivent en hprlant.
• Seigneur , Seigneur , votre couroux scr.
ra-t-il étemelîVotre brasne s'étendra-t-ii jamais que pour frapper ? Épargnez les pères à cause des enfants. Laissezrvous attendrir* aux pleurs de cespauvres {Petites Natures qui ne savent pas encore distinguer leur main gauche de la droite»
l5o PABOlillS
Le iiM#d& s'élargil » te pâii^ va irwAiire , il y aura place pour tous.
Malheur ! malheur ! , le sm^ di^bor^ ; il eBtou]re la terre comme, une. cemture roHge.
Quel est ce vieillard qui parle de justice, en tenant d'une main une coupe empoisonnée , et caressant de l'autre une ptostituée qui l'appelle , nionpère?
Il dit ^ C'est à joçioi qu'appartient la race d'Adam. Qui sont parmi tous 1ç;s plus forts , et je la leur distribuerai ?
Et ce qu'il a dit^ il le fait , et de son trône 9 sana^se leyeTr il assigne h chacun sa proie.
Et tous dévorent, dévoreol; et feiur faim va croissant» et îls.aerueat léguas sur les auirefs , et 1^ ohair palpite i et I^s os craquent loûsia dent
Un marché ç'ouvre » o^ y amène ^s na-
d'un CliOYlNT. 1 3 1
%iom la céMe au cou; 6n les palpe » on les pèse 9 fm lès fait courir et mareher : dles Talent tant. Ce ne sont plus letunndle et ia confosion â'auparavloit f, c-pst' un èômmeree r^uller.
Heureux les oiieaujt Au tiei ia M aui maux de la terre I nUl Ue lescdiitraint ; ils vont et Viennent êotQtnè il tàut* «ëD(â)le bon.
Qt^ést-Cé qae Ces ctteules c[^i toUHiéût sans cesse , et que broie^t-^Uès ?
Fils d[*Adam, ces meutes sont les ibié de ceux qui vous gouvernent , él ce qu'elles broient, c'est vous.
Et à mesure que le prophète jetoit sur l'avenir ces lueurs sinistres , ùàe frayeur mystérieuse s'emparoit de ceux qui l'écoutaient.
Soudain sa voix cessa de se faire entendre , et il parut comme absorbé dans une
l32 FAaeiB9
pensée profonde. Le penple attendok en silence^ la peitrinè serrée et palpitante d*angois8e.
Alors \é prophète ; Seigneur ^ yôd» n'avez point abandonné ce peuple dans sa misère ; vous ne l'avez pas livré pour jamais à ses oppresseu|«.
Et il prit deux rameaux ^ et il en détatacha les feuilles » et , les ayant croisés» il les lia ensemble , et il les éleva au dessus de la multitude ^ disant : Ceci sera votre salut ; vous vaincrez par ce signe.
Et la nuit se fit » et le prophète disparut comme une ombre qui passe, et la multitude se dispersa de tous côtés dans le& ténèbres.
b'uIC GBOTâNT. i 53
XXXh
Lorsqu*après une longue sèchereêsef i une pluie douce lônibe sur la terre , elle boit;)aTidement Tèau du ciel» qui la ra^ fralcfah et la fécondé. '
Ainsi» les nations altérées boiront ari* dément la parole de; Dieu» lorsqu'elle descendra sur elles comme une tiède ondées
Et la justice avec Tamour » et la paix et la liberté germeront danâ leur sein.
E!t ce ^sera comme au temps où tous éto΀Ë(t itères , et Ton n'entendra. plus la voix du .ipaitre ni la voix de TesdaTe » les géipissements du pauvre ni les, soupirs des opprimés» mai^ des chanls.d'allégties^e etf àe bénédiction.
lS4 VAROLE8
Les pères diront à leurs fils : Nos premiers jours ont été troublés » pleins de larmes et d'angoissesi Maintenant Ijb soleil se lève et se couche sur notre joie. Loué soit Dieu 9 qui nous a montré ces biens ayant de mourir !
Et les mères diront à leurs iUlës ï^ofjez tiois &oiits, k présent si estimes; le cba'grin 9 la douleur ^ Tinquiéttidè j crènsè^ rtot jadis de profoiids sillons. Les yiite^ soiil eom6ie^ au printemps, la àor&ce d'ub lad qu'auéunê brise n'agite. Loué soit Dieu ■<, qui nous a montré ces biens ayant de mourir I
Et les jeunes hommes diront aux jetinés yiergès: Yoin ôtès belles comme lès fleurs des thamps y pures^ coinme la rciséé i[ui les rafraîchit» comme la lumière qui les colore. Il nous est dot» de yoir nos pères y il nous est doux d'être auprès de nos mè-
d'uM CBOYiUVT. l35
res ; mais quand nous tous voyons et que nous sommets près de tous » il se passe en nos âmes quelque chose qui n'a de nom qu'au ciel. Loué soit Dieu, qui nous a montré ces biens avant de mourir !
£t les jeunes vierges répondront : Les lleurs se fanent « eUes ps^ssc^ijit; viept vn jour pu ni la rosée ne les rafraicbit, ni la lumière nç lés çplore plus* l^'p'j a; syir Ij^ terre ^v^el^ ^^^^^ ÎWJ i^fk np, se fi^ae ni ne. passe. Nqs pèreasont.conjupei'épi.qu^ se remplit de gr;aji^ veir&raiiitoxaQje^f çt 41019 mères comme Iq yigw/qni se c]bij^rge de fruits, n nous est cloux de voir pas pères ^ il nous esjt douxd'â^e auprès de n,os ikièrei^ et les ii^s de nos , pèrçs et de nosmère^ nou;^ ^ont doui:.a|USsi« Loué' soit IMe^^iq^î nous a montré ces bieps av^t de n^urir I
l36 > PABOLEi
* xptxii.
* Je Toyots un hêtre monter à une prodigiettâe hauteur. Du sotmnet presque jusqu'au Bas, ilétalblt d'énormes branches , ijipi couyroient la terre krentour» cte sorte qû^elIe étoh nue; il n'y renoit'pas un seul brin d'herbe. Du pied du géant partoHun chêne qui, après s'être élevé de quelques pieds,, se courboit ,- se tôrdbit , puis s'éfendoit horizontialement , ipuis se relevoit encore et se tordoît 36 niouveaù ; et enfin , oiil'afperceVoit allongeant sa tête maigre et dépouillée sous les branches TÎgoureuses du hêtre , pour chercher un peu d'air et un peu de lumière.
d'un CROYANT. 1.57
. ..£t je <peosai en moi -même : roilh comme :l6»' petits .croissent à Tombre des granâsl
Qui se rassemble automr des puissants du monde? Qui approche d'eux? ce n*est pas^ le pauvre; on léchasse : sa vue souilleroit leurs regards. On Téloigne avec soia de leiir préa^ce et de leurs palais ; on ne le laisse' pas' même traverser leurs j^diss ouverts à tous» hormis à lui , parce que son corps usé de travail est recouvert des vêtements de rindigeoçe..
Qui donc se rassemble, autour des puissants du monde? les riches et les flatteurs qui veulent, le devenir , les femmes per«dues, les ministres infâmes de leurs plaisirs secrets 9 les baladins , les fous qui distraient leur conscience , et les faux prophètes qui Ja trompent.
Qui encore ? les hommes de violence et
l38 PAROLES
de rose» les agents d'oppresâoii , les éors exactenrs » tous ceux qui d^eat : Livrez-* nous le peuple 9 et nous ferons couler son or dans vos coffires.et sa graisse dans iros reines.
Lk où glt le corps les aigles s'assembleront*
Les petits oiseaux font leur i^id dans llierbe , et les oiseaux de proie sur les arbres élevés^
d'vR CBOTi^RT. 1 39
Au temps oii les feôilles jâunia^ent , un vieillard 9 chai^ d'un faiic de rjaonée , m»
venoH; lentement Tei^sa ciiaqÉiière^:sitàée sur la pente d'un TaQom '
|lt dû c6té oti s'oûvroit le vaUon, enlace ^elques arbres \e\é^ çà et Ui » on T«yoit les rayons obliquer du soleQ, déj^td^seondu sous rhorizoQ , se Jouer dlms les nul^ges du couchant et les teindre de couleurs itinom* brables» qiii peu à peu alloient s'efliEiçant*.
St le Tieilla)^d, ai^rivé à sa chaumière , son seul bien avec le p^ champ, qu'il cuUivoit auprès, laissa tomber le faix de ramée, s'assît sur un sitjge de bois noirci
l4o ' >AR01ES
par la fumée de l'être , et baissa la tête sur sa poitrine dans une profonde rêverie.
Et de fois à autre sa poitrine gonflée laissoit échapper un court sanglot, et d'une Toix cassée , il disoit :
Je n'ayois qu'un fils , ils me l'ont pris ; qu'une pauTre vache» ils. me l'ont prise pour l'impôè de mon champ.
Ëi puis, d'une voix plus foikle, ilVépétoit : Mon fils , mon fik; et une larme ve* noiimpuiller ses vieilles paupières» ùiais eUe fie pouvoit ooûlerl
CiOmmeilétoit ainsi s'attristant, il entende quelqu'un qui disoit : Mon père , que la bénédiction de Dieu soit sur vous et sur les vôtres !
Les miens, dit le vieillard, je n'ai pins personne qui tienne à moi; je suis seul.
Et , levant les yeux , il vit un pèlerin debout , à la porte , appuyé sur un long bâ-
d'uK CROTfANT. 14*
U)a; et sachant que c'est Dieu qui envoie les hJbtes , il In! dit :
Que Dieu vous rende votre bénédiction, Eûimz, Wêùo ûb : tout ce qu'a le pauvre es^ au pauvre. ;
Et allumant sji^r le foyer son faix de ramée ^ il se mit à préparer le repas du voyageur.
Mais rien ne pouvpit le distraire de la pensée qui Toppressoit : elle était là toujours sur son cœur.
Et le pèlerin vay^t connu ce qui le Iroubloit si amèrement y lui dit : Mon père.
Dieu vous éprouve par la main des hommes. Cepétîdml il y a des misères plus grandes que votre misère. Ce n*est pas Topprimé qui souffre le plus , ce sont les 0{^cess6urs.
liC vieill^d secdna la tête ^ et ne j:*épondît. point..
Le pèlerin reprit : Ce <|ae maintenant YOiis ne croyez pas , vous le croirez bientôt.
Et r^iyant fiât asseoir ^ il posa les jpiains sur ses yeux; et le vieillard tomba dans un sommeil semblable au Sommeil pesant , ténébreux, plein d'horreur, qpî saisit Abraham, quand Die^u lui montra les malheurs futurs de sa race.
Et il lui sembla être transporté dans un vaste palais , près d'un lit , et à côté du lit étoit une couronne, et dans ce lit un homme qui dorinoilt , et ce qui se pàssoit dans cet homme , le vieillard levoyoît, ainsi que le jour , durant la veille , on voit ce qui se passe sous les yeux.
Et rhomme qui étoit là, couché sur nn lit d'or, entendoit comme les cris Confiis d'une ^ntiiltitttde qui demande du pain.
C'étoit un bruit pareil au bruit des flots
b'uVGROTANT^ l45
qtû brisent êioatre le rivage t>énâànt la temilêle. Et la tempête croissôit , et le brait crobsoit; et rhomine qm dormoit Voyoit les flots monter de mdment en montent ; et batti» déjà les mnv$ du pisdais , et il faisoit des efforts inôuis comme pour fiiiir f et il ne pou¥oît'|ias^ et son jEoigoisso étoit extrême.
iPendànt qu'il le regftrdoit avec frayeur, ie vieillard fut soudain transporté dans un autre palais. Celui qui étoit couché là ressesobloit phtt&t à ntk cadavre qu*à un bomme vivante .
Et dans son sqmmi^> il vOyoit devant lui des têtes coupées ,' et , ouvrant la bouché , ces têtes disc^eiif :
Nobs nods étions dévoués pour toi , et voilii le prix que nous avons reçu. Dors, dors, nous ne dormons pas, nons. Nous veil-' hmsVheiire^laveiilgeancét eOe est proche.
l44 PABOLES
Et le sang se ^ge^it ^dans ks Teiaés de rbomme endormi. Et .il se disoit : Sî ait moins \epfmY(m laisèsek*. mfei courontie à cet enfant :.et sesjieiitx iiagàrds se ionrnoient vers 9n.b^re6a«i snr Idqoel on àvoit posé un bande^u^ <{e. reine»
Mais, brsqi» il ««fntinençû^t à se jcfalmer et h se consoler un peu dans cette pensée, un autre hoQidi0^; semblable à lui par les traits « saifiîti'eii&ot et TécrlEisa contre Ja muraille..
Et le vieiUacd^e aeatit défaillir d'borreur.
Et' il fut transporté au même bstant en deux lieux 4i^ers; et 9 quoique séparés»
ces lieux, pour lui ^ne iGormoient qu'unlieu..
Et il vit deux hquupa^s, qu'à l'âge près, on auroitpuprea^reipourleméme homme:
et il comprit qu'ils ai^çiiÇQt.^té nourris dan& le ménle sein. ^: ». ....
Et leur soj;aai|^il'étoi(^.,|[:4ai.«la:cQa-.
d'un CBaYANT. ^ 145
damné qui attend le supplice & son réveil.
Des ombres enveloppées d'un linceul san> glant passoient devant eux, et chacune d'dUes , en passant , les touchoit , et leurs membres se retiroient et se contractolent»
condme pour se dérober à cet attouchement de la mort*
Puis fls se regardoient l'un Tautre avec une espèce de sourire idOreùx , et. leur ceil s'enflammoit» et leur main s'agitoit convulsivement sur un manche de poignard.
Et le vieillard vit ensuite un homme blémé et maigre. Les soupçons seglissoient en foule près de son lit» distilloient leur venin sur sa face, murmuroient à voix basse des paroles smistres, et enfonçoient lentement leurs ongles dans son crfine mouillé d'une subur froide. Et une forme humamc^ pâle comme un suaire , s'appro-
l48 PAKOLES
cha de M 9 et y sans parler^ Itu montra dn ddgt «ne iharqne livide qti^dle alvoit autour dn côn. Et, dans lé fit où il^gitoit, les ^noux de rfaomsîie Uême* se choquèrent , ei sa boQche s'entr ouvrit de teorenr, et se» yèvut se 'dilatèrent horriblement.
Et le vieillard , transi d'è&oi ^ txA Vtmsporté éans un palais plus graad.
Et celai qui dormoit là ne respfroit qu'avsBC une pekiè extrême. Un spectre noir éCoit accroupi sur sa poi^neét le regardoit en ricanant. Et il lui parloit à Toreillfe $:»t aes paroles devénoient des vij»iolis dans lame de Thômmé qu'il pi^ssoit et fo«doit de sdl os poifitus«
Et celui-ci se veyoit entouré d'une innombrable multitude qui poussoit des cris effrayant^ :
Tu nous as promis la liberté> et ta nous as donné resclavage.
d'un CBÔir A^T. i47
Tû no)i.^ af.promi^ de régner par les lois, el kg |oia ne so^t fm te» eaprioes.
Tu nous as promis d'épargneir le paiQ èe nos femmes et de nos enfants , et tu as doublé notre misère pour grossir tes tré-' sors* '
Tu nops as promis de la gloire , et tu ûous as valu le mépris die$ peuples et leur juste haine.
Descends 9 descends, et va dormir arec les parjures ç t \es tyrans.
Et il se sentpit précipité > tr^é par cette, multitude , e^ il s'acçrocliQit à des s^c§. |i'<)r, et les sacs çreypiept, et Tor s*^ch^pppit et tojçoboit à terre,
£t il Iifi seml^loit qu'il errpit pauvre d^n^ le mfti\df , et^ q^'^jan^ soif, il de- DQian,doit àJ(^oire par çbarité, et qu'on lui pjrésentoit un Terre plein de boue» et que
l48 PAROLES
tons lé fuyoient , tous le maadissoie&t , parce qa il éUMt marqué au front du signe Ses traîtres.
.Ëti Iç, vieillard détontûa de lui les yeux avec dégoût.
Et dans deux autres palais , il vit deux autres hommes rêvant de supplices. Car, disoient-ils , où trouverons-nous quelque sûreté ? Le sol est miné sous nos pieds ; les nations noas abhorrent ; les petits enfants même , dans leurs prières , demandent à Dieu , soir et matin , que la terre ^it délivrée de nous.
Et Tun condamnoit à ta prison dure, c'est-à-dire à toutes les tortures du corps et de Tâme et^ h. la' mort de la faim » des malheureux qu'il soiq»çonnoit d'avoir prononcé le mot de patrie ; et l'autre , après avoir confisqué leurs biens » ordonnoit de jeter an fond d'un cachot deux jeunes
d'vis ckotant. i49
filles coupables d'atoir soigné lears frères blessés dans on hôpital.
Et comme ils se fatigaoient à ce travail de bourreau, de^ messagers leur arrivèrent.
Et Ton des messagers disoit : Yos provinces du Mid» ont brisé leurs chaînes» et avecles tronçons elles ont chassé vos gou<v verneurs et vos soldats.
Et Tautre : Yos ai^es ont été déchirées sop les bords dû lai^ fleuve : ses flots en emportent. le$ débris.
Et les deux rois se tordoient sur leur couche.
Et le vieiDard en vît un troisième. Il avoit chassé Dieu de son cœur, et , dans son cœiv, à la place de Dieu , étoit un ver quirle rongeoit sans relfiche^ et quand Tangoisse devenoit plus vive» flbalbutioit Hb sourds Uasphèm^^, et ses lèvres se convroient d'une écume rougefitre.
1 So pàaoxss
Et il loi sembloit élre dans une plaine immense» seul avec le ?er faîne le quitloit point. Et cette plaine éloit im cnneliera » le cimetière d*im pe^pb ^Qi^é.
Bttont à coup YoUliqQelaterre^'^iwat; 1m tombes a'ouvretit ; las morts se lèyent el I Vancent en foulé. : :et il m poufoit ni faire un mouvement» ni poi^^ser im cri.
Gt tous e^ moti^; hommes, femmes , enA^ts, le regarddenten silence ; et après un peu de temps , dans le même sileqce »
ils prirent les pimes ties tombes et les posèrent autour de lui.
Il en eut d'abord fusqu'aoK geiioux, pui» jusqu'à la pmtrine, puis jusqu'à la bouohe, et il tendoH afeceObrtles muscles de sqn ceupour respipur ujm fois déplus; et l'édifice montoit toujours, et. Idrsqufit fut achevé» le faite, se pçrdoit' dans une nuée sombrç«
svngilotànt. i5i
Les forces du yieillard commençoient à l'abandonner; son âme regorgeçil d'épouvante.
Et Toilà qu'ayant trarerséplnsieurs salles désertes , dans une petite chambre, sur un lit qu'éclairoit à peine ^une lampe pâle» il ap^çoit un bomne ««<$ plMT }^ ans. • . .
& ee^ Alt la decA^rQ.vtaJQP.' St le yiiiUiird» ê'élmX fiyrfiiJMk ViSààit grâces h la Proirîdflpçe ^Jif pMl4u'eUo:iiiî Afoit faite
datas lof dpulfiim'iBrlii vje. :
Eti le pébrm lot dift ': Sspéroï et pricii: ; la prière obtient tout. Votre fiU n'etf pas pterdo; ws fwn la refmnKnl avapt db se fenaori Attendes en piriii^' )e9 jpurs de Dieu,
Et le vieillard attendit en paix.
l5% I^ÂIkOLES
Les maax qtd affligent la terre ne tî^nent pas de Di^n, car Dieu est amonr, et font ce qu'il a fait est bon ; ils viennent de Satan # que Dieu a maudit , et des bamm^ qui ont Satan pour père et pour maître.
Or 9 les fils de Satan sont nombreux dans le monde. A mesure qu'3s passent, Dieu écrit leurs nomis Aans un livre scellé, qui sera ouvert iat lu devant tous à la fin des temps.
Il 7 a les bornâtes qui n'wnMit qu'euxmêmes ; et ceux-ci sont des hommes de haine > car n^aimer que soi c'est haïe les autres.
d'un CHOYANT. lâ5
Il y a les hommes d'orgaeil , qui ne peuvent souiïrir d'égaux » qnî veulent toujours commander et dominer.
Il 7 a les hoipmes de conToHise , qui demandent toujours de l'or , des bonneursy des Jouissances, et ne 'sont jamais rassasiés*
n y a les hommes de rapine » qui épient
le faible pour le dépouiller de force ou de
ruse , et qui rodent la nuit autour do la demeure de la yeuve et de l'orphelin»
' Il y a les hommes de meurtre » qui n'<ont que des pensées violettes , qui disent :
Vous êtes uos firères , et tuent ceux qu'ils appeBent leurs frères » sitôt qu'ib les soupçonnent d'-étre opposés à leurs dessems , et écrirent des lois avec leur sang.
Il y a les hommes de peur , qui tremblent devant le méchant et lui baisent la main , espérant par li 9e dérober M son
oppt^ftsiott» et qi|i J^r^qu'ita innpcenl est ^VU^qtsifi. Wfr U, place ptiMiqn^^ »Q hâtent de rentrer iivfkhki^ naiw)n.A- «t 4'^n f§r- BMr la p0rle» ^ '
Tpii4 ces Imipwi^s ml détruit la paii(» la fiftr6t4 çt la Ijlfouf é sm; la tei^.
Vous ne retrouverez donc la libjçf té , la
fikt!^, la paix» (m'çç çpD»fr4tt«P^ PW^^e
. : J^^ dyt&i|i;^'î|fi|jÇ!pt faite est If cité de Sa*t^n ;./r/(Htf «v^ll isoli^îpta.fîi^d^ JXj^ou , Qate la oUA d« IM^i»^ db^&p. aÂme * se$ frèif^;,^Mp[ie ^mâipe^* ef^o'-eit pour-
aUl ^ «n^ reiaiiiièe^^^ im.s^^fiBpimM' Jdato la cité 40 J^MiN^» 4aaf 6ôqA;^«m.
aucun ne.d/Diiii];i(9.» ^9x lajWioe fte^le y
iri^e a¥^c TaïQoiiç. , Q^ns la cîti.de J)iw^ obacua possède
sans cr^îate ce quiesib.I^ Ifii, et ne désire
rien de plus, parce que ce qui est & cha^ cun est à tous, et que tous possèdent Dieu , qui renferme toui^ les biens.
Dans la cité de Dieitri^al ne sacrifie les autres à soi, mais chacun est prêt à se sacrifier pour les antres.
Oaite la:dtéride.Di^fi;^ s'^l ^jdi^e-.un mécban%^.tou$ «e.'SépcuQeni de Ivi, ^lUms s'uobsènt'ppur le éonleaîir^.'Ou p^ur le chasser : car le méchant est. Tenn^iiiî de c}i«cii0 » ^V^jmemr)di^ pbae«n esit Teimemi âe tçusw ' ■
, Qimnd^on^ aur^rebâti jf^ cité deS)k^ la t0rre refleurira», '^t les p^up^es rfflfwjf ront , pteree qM y^j^.9J^B^ yaî|>c^,lfRfils ëeSaliÉi.qUi o^çiment l0s^|i|de&.€it,44~ soient k terre ,. Içs h0iQ^çA,â;Q7g|u&il^.l^ homlae$ dera|Niâ0j>les]^Qliyiaçs ^.v^pfyip et Içis hommea de peiin. . . n > ni
1 56 VAmaUBs
St les oppresseurs des nations étoient abandonnés k eux-mêmes, sans appuis sans secoul*s étranger , qae pourroient^ls contre elles?
Si 9 pour les tenir en serritude, ils n'a^ voient d'aide qae l'aide de ceux à qui la servitude profite, que seroit-ce que ce petit nombre contre des peuples entiers?
Et c'est la sagesse de Didu qui a ainsi disposé les choses, afin que les hommes puissent toujours résister à la tyrannie ; et la tyrannie seroit impossible, si leshom^ mes comprenoient la sagesse de Dieu*
Mais ayant tourné leur cœur à d'autres
penaéea, les douûoat^nrsda. monde Qui opposé h la sagesse de Dieu, qppe; le9 hon^ mes ne ecmiprenoîent plus ».la sagesse du prÎBice de ce monde , de Satan*
• Or Satan, qui est le toi defd oppresseni^ des nations 9 leur suggéra ,• pour âllërmir leur tyrannie , une ruse infernde.
Il leur dit : Voici ce qu'il faut faire.
Prenez dans chaque iamille les jeunes gens les plus robustes, et donné2;-Ieur des armes 9 et exercez-les k les manier , et ils combattront pour vous contre leurs pères et leurs frères; car je leur persuaderai que c'est une actidn glorieuse.
Je leur ferai deux idoles , qui s'appdUeront Honneur et Fidélité , et une loi qui s'appellera Obéissance passive.
. Et ils adoreront ces idoles » et ils se soumettront à cette loi ayeuglément , parce
1 58 PAROUfid
1% lét»^ èi(>p^e6ÉèM|s d^ natHOis^ firent cer que Satan téiî^'aVdit ^t , «t Satanaœst aÇiÇ^dOopU; ce ^if\\ arpit^ P^P^ • ^^ <>ppres^^Hr&.des. nations,: ; ,
Et Ton vit I^, ^nfaols du pqaple lever le bras contre lepeuple» égorger leurs frères, enchaîner lêurôpèresir et oublier jusqu'aux entrailles cmî les avoïent portés.*
Quand on leur, djsoit : Au nom de tout ce gui est sacré, pensez îî i inîûstice , h:
1 atrocité de ce qujon vous ordonne j ils répondoleiit : Nou^ he pensons pomt, Aous
obéissons.
Si^ quàudlbn leur isoît ^ Nj^-t-il plus en v6tis'ktican atùourpoûi* Vè'é pèi»es, vos mères, vos frèreiet Vos sœtfrs ?îls rgponiMéût t N^« n^l^iitietos j^oitlt , nous obéissons»
1)*VM CROYANT. i5q
Et qu£md on leur monlroit les maf^èU àA I>iediiqBi.a)créé;rhoilime et du Gki{|liq»i l'a sauvé 9 ils s'écrioient : Ce sont Ik'lfe^ pieux jèo la patrie; nos DtiBux» kuom»
sont les Dieux detiea malU^, la Fidélité et THonnear.
Je TOUS le dis en yéf^ité , depuis la séduction de la première femme par le Serpent , il n'y a point eu de séduction plu3 effrayante que celle-là.
Mais elle touche à sa fin. Lorsque l'esprit mauvais fascine des âmes droites , ce n'est que pour un temps. EUçs passent comme à travers un rêve ai&euXy et au réveil elles bénissent Dieu qui les a délivrées de ce tourment.
Encore quelques jours , et ceux qui combattoient pour les oppresseurs , combattront pour les opprimés ; ceux qui combattoient peur retenir dans les fers
l60 fAHOLES
leurs pères» leiM mères» lenr^ frênes et leurs s«ittrs ^ eombpttront pour Jes affiraur chir.
El Satan foira dans ses cavernes avec les dominateurs des nations»
d'un crotant. i6i
Jeune soldat , où yas-tu?^
ie Tais combattre pour Dieu et les àntels de la patrie.
Que tés armes soient bénies » jeone soldat I
Jeune soldat» où vas-tu?^
Je vais combattre pour la justice, pour.
1 a sainte cause des peuples , pour les droits sacrés du genre humain.
Que tes armes - soient bénies , jeune soldat I ^ Jeune soldat, où yas-tu?
Je vais combattre pour délivrer mes frères de Toppression , pour briser leurs chal« /les et les chaînes du monde.
^Gf PAEOL£S
Qae tes armes soient béuies , jeane soldat!
Jeune soldat , où taA-tu ?
Je vais combattre contre les hommes iniques pour ceux qu'ils renversent et foulent aux pie49 > couine les ioaitres pour ks escli^ves» cooitre leâ tjrans pour k liberté.
Que tes armes^^soiant bénies / jeune soldat!
Jeune soldat > où vas^u ?
Je Ti^ ebntbattre pour fue tous ne soient plus la proie, de quelques uns» pour relever les têtes ^courbées et soifteiiir les g^otax q^i fl^cUsseot. .
Que tes armes soient bénies^ jeune soldat !
Je9Ae sQl4at, Qji yas-ttt?
Je vais coinbàltre pour que leç pères ne maudissent pUis le joiir où il leur fut dit ;
d'un croyant. i6$
Un fila vous est aé; v& ^s |Qèit)s celai où elles le serrèrent pour la pr^mi^ fois sur leur sein.
Que tes armes soient béntes ^ feune soldat !
Jeune soldat , où ?as-tu ?
Je Tais combattre pour, que le frère ne s* attriste pltis en voyant sa sœur se fener comme Therbe que la terre refilse de nourrir ; pour que la sœur ne regarde plus en pleurant son frère qui part et né' reviendra point.
Que tes armes soient bénies , jeune soldat 1
Jeune soldat , où vas-tu ?
Je vais combi(ïtre pour que chacun mange en paix le fruit. de son travail; pour sécher les. larmes des petits enfants qpi demandent du paîn > et on lèar répond :
l64 PABOUES
Il n'y a pin» de pain; on nous a pris ce qui en restoH»
Qne tes ànnes soient bénies , jeune 8<ddat I
Jeone soldat, où vas-tu?
^e vais combattre pour le pauvre, pour qu'il ne soit pas à jamab dépouillé de sa part dans l'héritage commun»
Que tes arme^ soient béoies, jeune soldat I
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour chasser la iaim des chaumières , pour ramener dans les familles l'abondance, la sécurité et la joie.
Que tes armes soient bénies , jeune soldat i '
Jeune soldat, où vas -tu?
Je vais combattre pour rendre k ceux que les oppresseurs ont jetés au fond d^ cachots , l'air qui manque à leurs poitrines
d'un CEOTf ant. i65
ei la Imnilnre que dhercheiit leurs yeux.
Que tes amies soient bénies » jeune scddat !
Jeune soldat , où vas-tu ? ^
Je vais combattre pour renverser les barrières qui s^arenf les peuples , et les empécbetit de s*embrasser comme les fils du mQme pèrç.» destinés à vivre unis dans un même amoui".
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat» oi^ vas-tu?
Je vais combattrç. pour afi^anchir de la tyrannie de Thonmie la pensée , la parole»
la conscience.
Que tes armes soient bénies , j^nne.
spJdat 1
Jeune soldat , où vas-tu ?
Je vais combattre pour les lois étemelles descendues d*en baut , pour la justice qui
l66 1»AH0L£S
protég49 leé dreils, pour la. jobmté qui
Que tes armes soient bénies , [ \^wa/^ soldat ! '. r , :. ,, » ,. -^
Jeune SQl4at« où vas4uB
Je. Yai« coix^attr^ j^pur gpç^ taus aient jiU cîet im Dî^u , et i|i^ p^fri^su^ \a^ terre.
Que te»ame$ #(]^Dit']^é^ies^M$fipt fois bénies , jeune, soldat !
d'bh,orot^nt. 167
■ xxxvii« •.■ •
dans votre misère? Votre desiir est' bcm> mais T^as be sav^ipas cdniment il doit s^.aec<Mnidir« ■. :.'';:r . -' - ^ ..- . r/n
Retenéz-bien cette m^bulOQ'^s.GdiitHlà
sealpédl r«Ddirè M/vie^ ifila donoélà^ie.
' Vous pe liéosstrQa.àiiSeil s«iis.Bièai:;o ^
Voiis wm [lAxmaeBf 0I t^o«pjQe«, ^ilr votre lit d'angoissé : quel s/nCdagemoE^ ave?hVoiM,tffqw:V)6 ? r ^ , ■:.:.;; .
Vpus aviez absolu ^pdquea typ^ps^ #t il en é^ven^ d'aiitrespires^pî» lp^|kr^0Wl*
Vou^ avez ^b^li .des lois d^ ^fffvîtiide>, et vous fivez eu dps Iç^is de sang > ^ cif rès -«ncotredefe lois dQ scfn^lu^ku; : i\ ' j
l68 ^ VÂROliES
Défies-vons donc des hommes qui se mellent entre Diea et vous » pour qae leur ond>re tous le cache. Ces hommes-là ont de mauvais desseins.
Car c*est de Dieu que vient la force qui ^kdélivie , parce que c'est de Dieu que vient Tampur qjii unit.
Que peut faire pourrons un homme qui n'a que sa pensée pour règle , et pour loi que sa volonté?
. liéme quand il est de bonne fin et ne souhaite que le bien , il faut qu'U vous donne sa volonté pour loi et sa pensée pour rè^ ' . 6'^
Or tous les tyrans ne font que cela.
Ce n'est pas la peine de bouleverser tout et 4e s'exposer à tout , pour substituer à uneljrrannie une autre tyrannie.
La liberté ne consiste pas en ce que ce soit celui-ci qui domine au lieu de ce^^
D^Ull CftOTANT. 169
M- là; mais en ce qa*aaciin ne domine.
Or» où Dieu ne règne pas» il esl néce»* «aire qu'un homme domine, et cela â'e$t TU toujours.
Le règne de Dieu > je tous le dis mcôre, c'est le règne de la justice dans les esprits et de la charité dans les cœors : et il a sur la terre son Sdhdetnenti dans la ^foi en Dieu et la foi au Christ , qui a promulgué la loi de Dieu , la Ipi de charité et la loi de justiee.
La liA de justice enseigne que tous soirt égaux devant leur père, qui est Dieu» et devant leur seul maître , qui est le Christ*.
La loi de charité leur apprend à s'aimer et à s'entf'aider comme les fils d'un même père et les disciples d'un nÉéme maître.
Et alors ils sont libres , parce que nul ne commande à autrui» s'il n'a été librement choisi de tou$ pour commander : et on ne
peiit leur Tavir.leÙDltberléy paiic<^ qu*î MDt Aotas QDis pour tla défendre* * Mai^ioeux qw 'y#id dîa^aJb -i Arént noiis, on n'a pa$ su ce que c'est que.la {«stice:
k joslicê ne Vient' pa^ dé/Dièu^ eUe^tenfc dé riioibsie :. fieknrdutf U noua • ^ aous iFOua tinferoftsiioe 4ui.'Vto^ sat&fer^ :
C^ixrlàToifs Urompént; on« s^îls toos pr!0ta$Uientr.sinQèr«iti^ùl ia Ubei<t^> ils ^
|w«Ç)je|i^etii-B*p^, ,: I ,
Car ils vous demandent de les T^DO/ànoUF6:pp^r n^îtr^^f t^^^: vptre liberté f)e seront m& robéisaapçp à ces BOOFiea^ux maîtres,' . ;. , ,':.-[.. .•,- ' •
. A4pO)ftdez«leur que. vptre i^a^l^. est le Gjbff|sjt^ que TOUS, n'en youl^z p^t d'a^H tre y et le Christ tous affranchira*.
D un cROYAavT. 171
XXXVIH*
Yonsarez bctsoîn de bemcoup de pa^
lience et d'un courage qal ne se latsise pbiîlt ; car tous né yaincirez pas en un
Là fiberté Mt le pain !^e lés peuples doivent gagner à la sueur de leur fi:onl.
Plusîeifirs comqaenocnt Ktec. ardeur, et pttia ils se rdbmeiit» «i^ant d'être amyés ail temps Au U moissÔB. ' ;
Ils ressemblent aux hommes meus et lâches qui 1^ né poÙTaort supporter \b trarail d'arracher de leurs cfaaflips l«s màqxFaises herbes à mesure qu'elles àtiissent , s^nent et ne reéueiflSent' point, parce q«'ib' ont laissé étpdffer la bonno semence.
17^ VAfiOLES
Je vous le dis y il y a toujours une grande famine dans ce pays-là.
Ils ressemblent encore aox hommes insensés qui» ayant élevé jusqu'au toit une maison pour s*y loger, négligent de la couvrir, parce qu'ils craignent un peu de fisitigue de plus.
Les vents et les plniea viennent, et la maison s*écroule, et ceux qui Tavoient bâtie sont tout à coup ensevelis sous ses raines.
Quand même vos espérances auroient été trompées noorseuleinent sept fois , mais septante fob sept fois/ ne perdes jamais l^spérance.
Lorsqu'on a foi en elle , la cause juste triomphe toujours , et celui-là se sauve qui persévère jusqu'à la fin.
Ne dites pas : C'esl^ souffirir beaucoup pour des. biens qui ne viendront que tard*
^ Si ces bieiis Tiennehl tard , si vous n'en joubsez que peu de temps , ou que même il ne tous soit pas donné d'en jouir êxL tont» T08:'enrantsèn joniront» €l les en^ £ints de tos enfants.
Ils n'auront que ce que vous leur laisse*rez : voyez donc si tous voulez leur laisier Jes fers et des verges et la faim pour héritage..
Celui qui se demande ce que vaut la justice» profane en son cœur la justice; et celui qui suppute ce que coûte la liberté renonce en. son cœur à la liberté.
La lib^é.et la justice vous pèseront dans la même. balance où vous les aurez pesées» Apprenez donc à en connoitre lé prix.
n y a des peuples qui ne Font pomt connu» et jamais mis^e n'égala leur mi^ sère.
I74 ».illQI«B0
S'il est sur la terroy (jadqiiil ckose de grand» c'e9t la rélolnitipa ftrmo d*im pea^ fhd qui iDAr€ii6 «oosîrcûl de Di6n, suns se lasser^ on niaoïeBl, h la ooïKidèle^ dés droits qu'il tient de lui{ qtii:ne>€Oiiipte ni ses blessures, /Pi les jours sans re^os, nia les auits 6aii9 sosuoeil» et qui «e dife : Qtt'eçt^^e que' c^la ? La justice el la liberté sont dignes de bien d'autres travaiKK.
n pourra éf^rouyer dés infortunes^ des reyers « des trabtspAs , être vendu par quelque Judas. Que, rien ne le décourage.
Car» |e vou^ le dis a» yérité^ quand il, descendroit comme Ip Glurbt dans le tombeau 9 comme le Christ il-^n sortir oit le ttt^iième )our« ylûaqneur de la mort , et du prince de ce monde , et des ministres du prince de ce monde.
d'«N GBOTANT, 4 7a
Le laboûi^tir porto h poids du jour»
s^expôse à la plttie j; an soleil» aux y^ts, pour préparer par son travai} la moissoû qui remplira t^s greniers A rautoidiie. ■
La justice est la iQoiisb0 dos pétilles.
L'artisan se lève avsiat T^ùbé » allume sa petite lainpe» ^ «ûftigne sans rdSidie pour gagner un peu de pain qui ie nourrisse lui et àés enfants.
La justice est le pain des peuples*
Le tnatrchand ne refuse aucntf labeur^ ne^se plaint d'aucune |>eine; il ttàe son corps et oublie Jo sommeil , afin d'amasser des richesses,
La liberté est la riofae^se des peuples.
1^6 PÂBOLEÀ
Le matelot traverse les^mers » se lirre aux flots et aux tempêtes , se hasarde eatre les écueils» souffire le froid et le chaud, afin de 8*assurer quel^jue repos dans ses vieux ans.
]«a 13>erté est le repos des^i^enples.
Le soldat se soumet aux plus dures pri^vations , 'û veille et combat , et donne son sang pour ce qu'il appelle la gloire.
La liberté est la gloire des peuples.
S'il est un peuple qui estime moins la justice et la liberté» que le laboureur sa moisson^ l'artisan un peu de pain, le marchand les richesses» le matelot le repos et le soldat la gloire ; élevez autour de ce peuple une haute muraille , afin que son haleine n'infecte pas le reste de la terre.
Quand viendra le grand jour du juge* ment des peuples , il lui sera dit : Qu'as-tn fait de ton âme? on ti'en a vu m signe ni
d'vH CBOYANT. I77
trace. Les jouissances de la brute ont été tout pour toi. Tu as aimé la boue, va pourrir dans la boue.
Et le peuple, au contraire > qui au dessus des bien^ matériels aura placé dans son cœur les yra'is biens; qui pour les conquérir n'^tura épargné aucyn travail »
aucune fatigue, ^uam sacrifice, entcoidra pette parole : ^
A ceux qui ont une âme , la récompense des âmes. Parce que t^ as aimé plus que toutes cbpses la liberté et la justice, viens, et possède à jamais l|i jujitice et la li)>erté.
1% J»JUUI£8
Groyeit^ouë que le bœuf qti^on nourrit à VéxMé paat PaHeler au joug , et qu^on engraisse^ pour la boucherie^ soit pkis à écrier que lé taureau qui cfaercbe libre sa iioarrHure dans les forêts?
Croyez-vous que le cheval qn*oh seUe et qu*on bride» et qui a toujours abondam^ ment du foin dans le râtelier, jouisse d'un sort préférable à celui de l'étalon qui, délivré de toute entrave, hennit et bondit dans la plaine ?
Croyez -vous que le chafpon h qui Ton jette du grain dans la basse-cour, soit plus heureux que le ramier qui, le matin, ne
D UH CBOTINT. I79
ftàik pas ob i\ Itoavera sa pâliire ée h jèniv nécî . t '.'■.. ' * ' '
Croyez-yoÉs qyè celui qui se promue trenqiiiUêidaiD niKide of» parcs ^pifon >iippdle Téjnanfiéi, ait mié ivie plm Jôaeft ^nt iB.fugiâfiqui,; dé bois en boiset^de rif cJbor.leB mchén» s'cpi i^a- le ossur p}eia de reapévaœeâersè créoc. unis pairie ^^ .-
Croyez-Ljr^iks ^pie le serf iinbéoile'^ cassis ë lia tittile )de.^QA sdigoeur» ta kEnoate plus lefkmrt^ délioàits., «qlie te' seMat ;dbMlà:lîf bcHBaoB ttforcéflu dé pain notr? ') . <lrayeiE^y<MBs que cehn qui dort , la dorde au cou» sur la litière que lui a jetée son maître 9 ait un meilleur sommeil que celui qui, après avoir combattu pendant le jour pour ne dépendre d'aucun maître , se repose quelques heures , la nuit, sur la terre» au coin d'un champ?
Groyez-Tous que le Ifiehe» qui traîne
l80 PA.EOLEft
ea tout lien la chaîne de Tesclave , soit moins chargé que Thomme de courage qid porte les fers du prisonnier?
Croyez-vous, que Thomme timide qm expire dans son lit, étouffé par Tair m* fiMît qui enTironhe hi tyrannie» ait une mort plus désirable que Thonmie ferme qui , sur Téchafaud > rend à Dieu son fime libre comme il Fa reçue de lui?
Le trayafl est partout et la souffrance partout : seulement il y a des traFanz stériles et des travaux fiiconds , des souflBrances in^hnes et de$ souffrances glorieuses.
d'ok croyast. ilSi
Il s'en aflbît errant sur la terre. Que Dieu guide le pauvre exilé !
J'ai passé à travers les peuples » et ils tn'oDt regardé, et je les ai l'egardés, et nous tie n6u8 sommes point recoiinus.
L'exilé partout est seul.
Lorsque je voyois, au déclin du jourj s'élever du creux d'un vallon la fumée de quel(|ue chaumière, )eme disois : Heureux celui qui retrouve le soir le foyer domestique,, et s'y assied au milieu des siens.
L'exilé partout est seul.
Où vont ces nuages que chasse la tem-^
1 gs PAROLES
pôle ? Elle me chasse comme eux , et qu importe où? L'exilé partout est seul.
Ces arbres sont beaux , ces ileurs sont belles; mais ce ne sont point les fleurs ni les arbres de mon pays : ils ne me disent rien. L'exilé partout est seul.
Ce ruisseau coule mollement dans la plaine; mab son murmure n'est pas celui qu'enlendit mon enfance : il ne rappelle à mon ânie aucun souvenir. L'exilé partout est seuL
Ces chants sont doux , niais les trlstesses^ et les joies qu'ils ré?eilient ne sont ni mes tristesses ni mes joies. L'exilé partout
est seuL
On m'a demandé : Pourquoi pleurezvous? Et quand je l'ai dit, nul n'a pleuré , parce qu'on ne me comprenoit point.
L'exilé partout est seul.
J'ai vu des vieillards entourés d'enfants^
d'uiî croyant. i83
comme t'olivier de ses rejetons ; mais aucun de ces tieillards ne m'appeloit son fils y aucun de ces enfants ne m'appeloit son frère. L'exilé partout est seul.
J'ai vu des jeunes filles sourire , d'un sourire aussi pur que la brise du matin , h celui que leur amour Vétoit choisi pour époux; mais pas ime ne m'a sourL L'exilé partout est seul.
J'ai vu des jeunes hommes ^ poitrine contre poitrine» s'étreindre coiiime s'ils avoient voulu de deux vies ne faire qu'une vie; mais pas un ne m'a serré la main.
L'exilé partcfut est seul.
Il n'y a d'amis , d'épouses^ de pères et de frères que dans la patrie. L'exilé partout est seul.
Pauvre exilé ! cesse de gémir; tous sont bannis comme toi : tous voient passer et s'évanouir pères, frères, épouses, amis.
1 84 PAROliES
La patrie n'est point ici-bas; Thoaune vainement l'y clierche; ce qu'il prend pour elle n'est qu un gîte d'une nuit.
Il s'en va errant sur la terre. Que Diei^ ^ide le pauvre exilé !
d'un CBOYJUf t. l 85
Et la patrie me fut montrée.
Je fus rayi au dessus de la région des ombres y et je voyois le temps les emporter d'une vitesse indicible à travers le vide> 'comme on voit le souffle du Midi empor> ter les vapeurs légères qui glissent dans le lointain sur la plaine.
Et )e montois , et je montois encore ;
et les réalités 9 invisibles à Tœil de chair»
m'apparurent 9 et j'entendis des sons qui
n'ont point d'écho dans ce monde de fan-
. tomes.
Et ce que j'ent^idois» ce que je voyois étoit si vivant , mon âme le saisissoit avec une telle puissance , qu'il me sembloit
l86 PABOL£$
qu'auparavant tout ce que j^avois cru voir et entendre n'étoit qu'un songe vague de la nuit.
Que dirai- je donc aux enfants de la nuit» et que peuvent -ils comprendre? Et des hauteurs du jour éterhel, ne suis- je pas aussi retombé avec eux au sein de la nuit» dans la région du temps et des ombres?
Je voyois comme un océan immobile, immense» infini; et dans cet océan, trois océans : un oi:éan de force » un océan de* lumière» un océan de vie; et ces trois océans» se pénétrant l'un l'autre sans se confondre » ne formoient qu*un même océan » qu'une même unité indivisible »
absolue» éternelle.
Et cette unité étoit Celui qui est; et, au fond de son éti*c» un nœud ineflable lioit entre elles trois personnes» qui me
d'un croyant. 187
furent nommées, et leurs nojns étoient le Père , le FUs , TEsprit ; et il y avoît 1»
une génération mystérieuse , un souffle
mystérieux /vivant y fécond; et le Père,.
le Fils 9 l'Esprit , étoient Celui qui est.
Et le Père m'apparoisstiit comme une puissance qui, au dedans de l'Être infini, un avec elle, n'a qu'un seul acte', permanent , complet , illimité , qui est l'Être infini lui-même.
Et le Fils m'apparoissoit comme une parole» permanente, coihplète, illimitée, qui dit ce qu'opère la puissance du Père , ce qu'il est , ce qu'est l'Être infini.
Et l'Esprit m'apparoissoit comme l'amour, l'effusion , l'aspiration mutuelle du Père et du Fils, les animant d'une vie commune , animant d'ime vie permanente, complète , illimitée , l'Être infini.
Et ces trois étoient un, et ces trois
l88 PAROLES
étoieDt Dieu , et ils s'embrassoient et. s'unissoient dans Timpénélrable sanctuaire de la substance une; et cette union, cet embrassement , étoient , au sein de Timmensité, réternelle joie » la vojupté éternelle de Celui qui est.
Et dans les profondeurs de cet infini, océan d'être , nageoit et flottoit et se dilatoit la création; telle qu'une île qui incessamment dilateroit ses rivages au milieu d'une mer sans limite^.
Elle Vépanouissoit comme une fleur qui jette ses racines dans les eaux , et qui étend ses long filets et ses corolles à la surface. Et je Toyois les êtres s'ençhatner aux êtres ^ et se produire et se développer dans leur variété innombrable, s'abreuvent, se nourrissant d'une sève qui jamab ne s'épuise, de la force, de la lumière et de la yle de Celui qui est.
d'un CROYANT. 189
Et tout ce qui m'avolt été caché jusqaalorjs se dévoiioit à mes regards , que n'arrétoit plus la matérielle enveloppa des essences.
Dégagé des entraves terrestres ^ je m'en allois de monde en monde , comme icibas Tesprit va d'une pensée à une pensée; et après m'être plongé > perdu , dans ces merveilles de la puissance , de la sagesse et de l'amour, je me plongeois, je me perdois dans la source même de l'amour, de la sagesse et de la puissance.
Et je sentons ce que c'est que la patrie ; ^t je m'enivrois de lumièJ^» et mon âme, emportée par des flots d'harmonie , s'endormoit sur les ondes célestes» dans une extase inénarrable.
Et puis je voyois le Christ à la droite de son père, rayonnant d'une gloire immortelle.
Et je le voyois aussi comme un agneau mystique immolé sur un autel; des myriades d'anges et les hommes rachetés de son sang lenvironnoient , et , chantant ses louanges, ils lui rendoient grâce dans le langage des cieux.
Et une goutte du sang de TAgnciau tomboit sur la naturp languissante et malade, et je la vis se transfigurer; et toutes les créatures qu'elle renferme palpitèrent d'une vie nouvelle, et toutes élevèrent la voix, et cette voix disoit :
Saint , Saint , Saint ,, est Celui qui a détruit le mal et vaincu la mort.
Et le Fils se pencha sur le sein du Père, et l'Esprit les couvrit de son ombre , et il y eut entre eux un mystère divin ; çt les* cicux en silence tressaillirent.