XV
11 se rencontre des hommes qui n^ aiment point Dieu, et qui ne le craignent point : fuyez-les , car il sort d'eux une vapeur de malédiction^
Fuyez Timpie, car son haleine tue;
mais ne le haïssez pas 5 car qui sait si déjà Dieu n'a pas changé son cœur?
L'homme qui, même de bonne foi, dit : Je ne crois point, se trompe souvent. Il y a hien ayant dans Tâme, jusqu'au fond, une racine de foi qui ne sèche point.
La parole qui nie Dieu brûle les lèvres sur lesquelles elle passe, et la bouche qui s'ouv e pour blasphémer est un soupirail de l'enfer.
L'impie est seul dans l'univers. Toutes les créatures louent Dieu , tout ce qui sent le bénit, tout ce qui pense l'adore : l'astre du jour et ceux de la nuit le chantent dans leur langue mystérieuse.
Il a écrit au firmament son nom trois fois saint.
Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux !
Il Ta écrit aussi dans le cœur de rhomme^ et Thomme bon Vj conserve avec amour ; mais d'autres tâchent de TefiFacer.
Paix sur la terre aux hommes dont la volonté est bonne!
Leur sommeil est doux» et leur mort est encore plus douce» car ils savent qu'ils retournent vers leur père.
Gomme le pauvre laboureur, au déclin du jour , quitte les champs» regagne sa chaumière» et» assis devant la porte» oublie ses fatigues en regardant le ciel : ainsi» quand le soir se fait» l'homme d'espérance regagne avec joie la maison paternelle» et» assis sur le seuil» oublie les travaux de l'exil dans les visions de l'éternité.
Deux hommes étoîent voisins^ et chacun d'eux avoît une femme et plusieurs petits enfants, et son seul travail pour les faire vivre.
Et l'un de ces deux hommes s'in-
quiétoit en lui-même, disant : Si je meurs, ou que je tombe malade, que deviendront ma femme et mes enfants ?
Et cette pensée ne le quittoit point, et elle rongeoit son cœur comme un ver ronge le fruit où il est caché.
Or, bien que la même pensée fût venue également à l'autre père, il ne s'y étoit point arrêté : car, disoît-îl.
Dieu , qui connoît toutes ses créatures et qui veille sur elles, veillera aussi sur moi, et sur ma femme, et sur mes enfants.
Et celui-ci vivoit tranquille, tandis que le premier ne goûtoit pas un instant de repos ni de joie intérieurement.
Un jour qu'il travailloit aux champs , triste et abattu à cause de sa crainte, il vit quelques oiseaux entrer dans un
buisson , en sortir, et puis bientôt y revenir ^encore.
Et, s' étant approché, il vit deux nids posés côte à côte, et dans chacun plusieurs petits nouvellement éclos et encore sans plumes.
Et quand il fut retourné à son travail, de temps en temps il levoit les yeux, et regardoit ces oiseaux, qui alloieiit et venoient portant la nourriture à leurs petits.
Or, voilà qu'au moment où Tune des mères rentroil avec sa becquée, un vautour la saisit, Tenlève, et la pauvre mère, se débattant vainement sous sa serre, jetoit des cris perçants.
A cette vue, l'homme qui travailloit sentit son âme plus troublée qu'auparavant : car, pensoit-il, la mort de la mère, c'est la mort des enfants. Les
90 PAROLBS
miens n'ont que moi non plus. Que deviendront-ils si je leur manque?
£t tout le jour il fut sombre et triste^ et la nuit il ne dormit point.
Le lendemain , de retour aux champs^ il se dit : Je veux voir les petits de cette pauvre mère : plusieurs sans doute ont déjà péri. Et il s'achemina vers le buisson.
Et regardant » il vit les petits bien portants ; pas un ne sembloit avoir pâti.
Et ceci l'ayant étonné, il se cacha pour observer ce qui se passeroit.
Et après un peu de temps ^ il entendit un léger cri, et il aperçut la seconde mère rapportant en hâte la nourriture qu'elle avoit recueillie, et elle la distribua à tous les petits indistinctement, et il y en eut pour tous, et les orphelins ne furent point délaissés dans leur misère.
Et le père qui s'étoit défié de la Providence, raconta le soir à l'autre père ce qu'il avoit vu.
Et celui-ci lui dit : Pourquoi s'inquiéter? Jamais Dieu n'abandonne les siens. Son amour a des secrets que nous ne connaissons point. Croyons , espérons, aimons, et poursuivons notre route en paix.
Si je meurs avant vous , vous serez le père de mes enfants ; si vous mourez avant moi, je serai le père des vôtres.
Et'^i, l'un et l'autre, nous mourons avant qu'ils soient en âge de pourvoir eux-mêmes à leurs nécessités , ils auront pour père le Père qui est dans les.
cieux.
Quand vous avez prié, ne sentezvous pas votre cœur plus léger, et votre âme plus contente ?
La prière rend l'affliction moins douloureuse, et la joie plus pure : elle
mêle à Tune je ne sais quoi de fortifiant et de doux , et à l'autre un parfum céleste.
Que faites-vous sur la terre , et n'avez-vous rien à demander à celui qui vous y a mis ?
Vous êles un voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête baissée : il faut lever les yeux pour reconnoître sa route.
Votre patrie, c'est le ciel ; et quand vous regardez le ciel, est-ce qu'en vous il ne se remue rien .5^ est-ce que nul désir ne vous presse ? ou ce désir est-il muet ?
Il en est qui disent : A quoi bon prier? Dieu est trop au-des$ij^ de iious pour écouter de ai chétives créatures.
Et qui donc a fait ceis créatures chétives , qui leur a dûmié le sentiment ,
et la pensée , et la parole , si ce n'est Dieu ?
Et s'il a été si bon envers elles> étoitce pour les délaisser çnsuite et les repousser loin de lui ?
En vérité, je vous le dis, quieon^ que dit dans son cœur que Dieu méprise ses œuvres , blasphème Dieu.
Il en est d'autres qui disent : A quoi bon prier? Dieu ne sait-il pas mieux que nous ce dont nous avons besoin ?
Dieu sait mieux que vous ce dont vous avez besoin , et c'est pour cela qu'il veut que vous le lui demandiez; car Dieu est lui-même votre premier besoin, et prier Dieu, c'est commencer à posséder Dieu.
Lepèreconnoît les besoins de son fils ; faut-il à cause de cela que le fils n'ait jamais une parole de demande et d'actions de grâces pour son père ?
Quand les animaux souffrent, quand ils craignent 9 ou quand ils ont faim , ils poussent des cris plaintifs. Ces cris sont la prière qu'ils adressent à Dieu, et Dieu Técoute. L'homme seroit-il donc dans la création le seul être dont la voix ne dût jamais monter à Toreille du Créateur?
Il passe quelquefois sur les campagnes un vent qui dessèche les plantes, et alors on voit leurs tiges flétries pencher vers la terre ; mais , humectées par la rosée , elles reprennent leur fraîcheur, et relèvent leur tête languissante.
Il y a toujours des vents brûlants , qui passent sur Tâme de Thomme , et la dessèchent. La prière est la rosée qui la rafraîchit.
XVIU
Vous n'avez qu'un père, qui est Dieu, «l qu'un maître, qui est ie Christ.
Quand donc on vous dira de ceux ijui pondent sur la terre une grande puissance: Voilà vos nkaîtres, ne \û
croyez point. S'ils sont justes^ ce sont vos serviteurs ; s'ils ne le sont pas , ce sont vos tyrans.
Tous naissent égaux : nul^ en venant au monde ^ n'apporte avec lui le droit de commander.
J'ai vu dans un berceau un enfant criant et bavant , et autour de lui étoient des vieillards qui lui disoient , Seigneur j et qui , s' agenouillant , l'adoroient. Et j'ai compris toute la misère de l'homme.
C'est le péché qui a fait les princes ; parce qu'au lieu de s'aimer et de s'aider comme des frères, les hommes ont commencé à se nuire les uns aux autres.
Alors parmi eux ils en choisirent un ou plusieurs, qu'ils croyoient ,les plus justes , afin de protéger Iqs bons contre les méchants, et que Le foible pût vivre en paix.
Et le pouvoir qu'ils exerçoîént étdît un pouvoir légitime; car c'étoit le pouvoir de Dieu qui veut que la justice règne, et le pouvoir du peuple qui lès avoitélus.
Et cest pourquoi chacun étôit tenu en conscience de leilr obéir.
Mais il s'en trouva aussi bientôt qui voulurent régner par eux-mêmes, cornme s'ils eussent été d'une nature plus élevée que celle de leurs frères.
Et le pouvoir de (Jèux-^ci n'est pas légitime, car c'est le poutdir de Satan, et leur domination ^st celle de l'orgueil et de la convoitii^e.
Et c'est pourquoi, lorsqu'on n'a pas à craindre qu'il en résulte plus de mal, chacun . peut et quelquefois doit en conscience leur résister.
'■ DsLns la balance > du droit éternel, votre vcilo«itéi>èfle^plùs^^ que la volonté
Um PAROLE5
des rois : ear ce $oqt les peuples qui font l0s rois , et ie^ rois sont faits pour les peuplies , ^t les peuples ne sont pas faits pour les rois.
Le Père céleste n'a point formé les membres de ses enfants pour qu^ils fussent brisés par des fers , ni leur âm^r pour qu'elle fût meurtri^ par la servitude*
Il les a uni$ en famille» et toutes les familles sont ^u^rs ; il les a ynis eâ na-tjops» et tQut^s l§s nations sont soeurs; et quiconque sépare les familles des familles» le# i^tioi;is des nations> di-»
vise ce que Dieu a uui : ilfaît Tœuvre
de Satau*
ri ■ *■
£t oe qui u,0it les famines aux> fa-^ milles» les Dations aux nations» o'iest premièrement la loi de Dieu^ lalm de justice et de efaaitité» et \ ensuite la loi de liberté» qw est ^ussi la loi de Dieu.
D'UN CROYANT. JOl
Car sans la liberté quelle union existeroit-il entre les hommes? Ils seroient unis comme le cheyal est uni à celui qui le monte^ comme le fouet du maître à la peau de resclave.
Si donc quelqu'un vient et dit : Vou»
êtes à moi ; répondez : Non ; nous sommes à Dieu^ qui est notre père ^ et au Christ, qui est notre seul maître*
Ne vous laissez pas tromper par de yaines paroles. Plusieurs chercheront à vous persuader que vous êtes vraiment libres, parce qu'ils auront écrit sur une feuille de papier le mot de
liberté, et F auront affiché à tous les carrefours.
La liberté n'est pas un placard qu'on lit au coin de la rue. Elle est une puissance vivante qu'on sent en soi, et autour de soi, le génie protecteur du foyer domestique, la garantie des droits sociaux, et le premier de ces droits.
L'oppresseur qui se couvre de son
nom est le pire des oppresseurs. Il
joint le mensonge à la tyrannie, et à
' l'injustice la profanation ; car le nom
de la liberté est saint.
Gardez- vous donc de ceux qui disent :
Liberté, Liberté, et qui la détruisent par leurs œuvres.
Est-ce vous qui choisissez ceux qui vous gouvernent, qui vous commandent de faire ceci et de ne pas faire cela^ qui imposent vos biens, votre indua-
trie^ votre trayail? £t di ce n'est pas vous> comment êtes-vous libres ?
Pouvez-vous disposer de vos enfants comme vous l'entendez» confier à qui vous plaît le soin de les instruire et de former leurs mœurs ? Et si vous ne le pouvez pas» comment êtes-^vous libres?
Les oiseaux du ciel et les insectes même s'assemblent pour faire en com* mun ce qu'aucun d'eux ne pourroit faire seul. Pouvez-^vous vous assembler pour traiter ensemble de vos intérêts^ pour défendre vos droits, pour abtenir quelque soulagrauent à vos maux? Et si vous ne le pouvez pas, comment êtesvous libres?
Pouvez-vous aller d'un lieu à un autre si on ne vous le permet, user des fruits de la terre et des productions de votre travail, tremper votre doigt dans l'eau de la mer et en laisser tomber
une goutte dans le pauvre yase de terre où cuisent tos aliments, sans vous exposer à payer l'amende et à être traînés en prison ? £t si vous ne le pouyez pas, comment êtes-Yous libres ?
Pouvez-Yous, en vous couchant le soir, Yous répondre qu'on ne viendra point, durant votre sommeil, fouiller les lieux les plus secrets de votre maison, vous arracher du sein de votre famille et vous jeter au fond d'un cachot, parce que le pouvoir, dans sa peur, se sera défié de vous? £t si vous ne le pouvez pas, comment êtes-vous libres ?
La liberté luira sur vous , quand, à force de courage et de persévérance, vous vous serez affranchis de toutes ces servitudes.
La liberté luira sur vous, quand vous aurez dit au fond de votre âme : Nous
D'OH OROYAKT. 107
voulons être libres; quand, pour le devenir, vous serez prêts à sacrifier tout et à tout souffrir.
La liberté luira sur vous, lorsqu'au pied de la croix sur laquelle le Christ mourut pour vous, vous aurez juré de mourir les uns pour les autres.
Le peuple ^st incapable d^éiiléttdre S€fs intérêt»;, on doit ^ pour son bîén^ le tenir toujours en tutjçlle^ M'est-fce pas à C€ui qui ont (^es lumières de condnireeeuxquî toatiquent de lumières?
ItO PAROLES
Ainsi parlent une foule d'hypocrites qui yeulent faire les affaires du peuple , afin de s'engraisser de la substance du peuple.
Vous êtes incapables 9 disent-ils, d'entendre vos intérêts ; et sur cela , ils ne Yous permettront pas même de disposer de ce qui est à tous pour un objet que TOUS jugerez utile; et ils en disposeront 9 contre yotre gré, pour un autre objet qui tous déplaît et vous répugne.
Yous êtes incapables d'administrer une petite propriété commune , incapables de savoir ce qui vous est bon ou mauvais , de connoître vos besoins, et d'y pourvoir ; et sur cela, on vous enverra des honmies bien payés , à vos dépens, qui géreront vos biens à leur fantaisie, vous empêcheront de faire ce que vous voudrez, et vous force-
ront de faire ce que vous ne voudrez pas.
Vous êtes incapables de discerner quelle éducation il est convenable de donner à vos enfants ; et par tendresse pour vos enfants 9 on les jettera dans des cloaques d'impiété et de mauvaises mœurs 9 à moins que vous n'aimiez mieux qu'ils demeurent privés de toute espèce d'instruction.
Vous êtes incapables de juger si vous vous pouvez , vous et votre famille »
subsister avec le salaire qu'on vous accorde pour votre travail ; et l'on vous défendra, sous des peines sévères, de vous concerter ensemble pour obtenir unei augmentation de ce salaire, afin que vous puissiez vivre, vous, vos fenjimes et vos enfants.»
Si ce que dit cette race hypocrite: et avide était vrai, vous seriez bien au-
dessous de la brute^ car la brute sait tout ce qu'on affirme que vous ne sa-* yez pas, et elle n*a besoin que de Finstinct pour le savoir.
Dieu ne vous a pas faits pour être le troupeau de quelques autres hommes. Il vous a faits pour vivre librement en société comme des frères. Or un frère n'a rien à commander à son frère. Les frères se lient entre eux pat des conventions mutuelles, et ces conventions c'est la loi, et la loi doit être respectée, et tous doivent s'unir pour empêcher qu'on ne la viole , parce qu'elle est la sauve-garde de tous^ la volonté et l'intérêt de tous.
Soyez hommes : nul n'est asses^ puist sant pour vous atteler au joug malgré vous ; mais vous pouvez passer la tête dans le collier, si vous le voulez.
Il y a des animaux stupides qu'on
enferme dans des étables, qu'on nourrit pour le travail, et puis , lorsqu'ils vieillissent, qu'on engraisse pour manger leur chair.
Il y en a d'autres qui vivent dans les champs en liberté, qu'on ne peut plier à la servitude, qui ne se laissent point séduire par des caresses trompeuses, ni vaincre par des menaces et de mauvais traitements.
Les hommes courageux ressemblent à ceux-ci : les lâches sont comme les premiers.
Comprenez bien comment on se rend libre.
Pour être libre, il faut avant tout aimer Dieu, car ai tous aimez Dieu, vous ferez sa volonté ; et la volonté de
Dieu est la justice et la charité, sans lesquelles point de liberté.
Lorsque, par violence ou par ruse , on prend ce qui est à autrui ; lorsqu'on l'attaque dans sa personne; lorsqu'au chose licite on l'empêche d'agir comme il veut, ou qu'on le force d'agir comme il ne veut pas ; lorsqu'on viole son droit d'une manière quelconque, qu'est-ce que cela ? Une injustice. C'est donc l'injustice qui détruit la liberté.
Si chacun n'aimoitquesoi et ne songeoit qu'à soi, sans venir au secours des autres, le pauvre seroit obligé souvent de dérober ce qui est à autrui, pour vivre et faire vivre les siens, le foible seroit opprimé par un plus fort, et celui-ci par un autre encore plus fort; l'injustice régneroît partout* C'est donc la charité qui^ conserve la lî* herté.
AimesK Dieu plus que toutes choses, et le prool^dn comme Yous-mème» et 1^ servitude disparaîtra de la terre.
Cependant ceux qui profitent de la servitude de leurs frères mettront tout en œuvre pour la prolonger. Ils emploieront pour cela le mensonge et la force.
Ils diront que la domination arbitraire de quelques-uns et Tesclavage de tous les âges est Tordre établi de Dieu ; et pour conserver leur tyrannie, ils ne craindront point de blasphémer la Providence.
Répondez-leur que leur Dieu à eux est Satan, Tennemi de la race humaine, et que le TÔtre est celui qui a vaincu Satan.
Après cela, ils déchaîneront contre vous leurs satellites; ils feront bâtir des prisons sans nombre pour vous y
iiS PAROLES
enfermer; ils vous poursuiyront avec le fer et le feu, ik vous tourmenteront et répandront yotre sang comme l'eau des fontaines.
Si donc TOUS n'êtes pas résolus à combattre sans relâche » à tout supporter sans fléchir 9 à ne jamais vous lasser, à ne céder jamais , gardez vos fers et renoncez à une liberté dont vous n'êtes pas dignes.
La liberté est comme le royaume de Dieu ; elle souffre violence , et les violents la ravissent.
Et la violence qui vous mettra en possession de la liberté, n'est pas la violence féroce des voleurs et des brigands, l'injustice, la vengeance » la cruauté ; mais une volonté forte, inflexible, un courage calme et généreux.
La cause la plus sainte se change
en une cause impie^ exécrable, quand on emploie le crime pour la soutenir.
D'esclave l'homme de crime peut devenir tyran, mais jamais il ne devient libre.
Seigfteur, myas crions rers vous du fond de notre misère,
Gomixic les animaux qui manquent de pâtune pour donner à leurs petits»
Nous crions fers vou>s. Seigneur.
Gomme la brebis à qui on enlève son agneau^
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme la colombe que saisit le vautour.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme la gazelle sous la griffe du tigre.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme le taureau épuisé de fatigue et ensanglanté par l'aiguillon.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme l'oiseau blessé que le chien poursuit.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme l'hirondelle tombée de lassitude en traversant les mers, et se débattant sur la vague.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme des voyageurs égarés dans un désert brûlant et sans eau.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme des naufragés sur une côte stérile.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Comme celui qui , à Theure où la nuit se fait, rencontre près d'un cime^ tière un spectre hideux,
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme le père à qui on ravjt le morceau de pain qu'il portoit à ses en-^ fants affamés.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme le prisonnier que le puissant injuste a jeté dans un cachot humide et ténébreux.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme l'esclave défchîré par le fouet du maître.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Gomme l'innocent qu'on mène îiu /supplice.
Nous crions vers VOUS , Seigneur.
Comme le peuple d'Israël dans la terre de servitude.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Comme les descendants de Jacob dont le roi d'Egypte faisoil noyer dans le Nil les fils premiers-nés.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Comme les douze tribus dont les oppresseurs augmentoienttous les jours les travaux, en retranchant chaque jour quelque chose de leur nourriture.
Nous crions vers vous, Seigneur.
Comme toutes les nations de la terre, avant qu'eût lui l'aurore de la délivrance.
Nous crions vers vous. Seigneur.
Comme le Christ sur la croix, lorsqu'il dit : Mon Père, mon Père, pourquoi m'avez-vous délaissé ?
Nous crions vers vous. Seigneur.
D'UN CROYAKT. 155
O Pèrel vous n'ayez point délaissé votre fils, voire Christ, si ce n'est en apparence et pour un moment; vous ne délaisserez point non plus à ja.mais les frères du Christ. Son divin sang, qui les a rachetés de l'esclavage du prince de ce monde, les rachètera aussi de l'esclavage des ministres du prince de ce monde. Voyez leurs pieds et leurs mains percés, leur côté ouvert, leur tête couverte de plaies sanglantes. Sous la terre que vous leur aviez donnée pour héritage^ on leur a creusé un vaste sépulcre, et on les y a jetés pêle-mêle, et on en a scellé la pierre d'un sceau sur lequel on a, par moquerie , gravé votre saint nom. Et ainsi, Seigneur, ils sont là gisants ; mais ils n'y seront pas éternellement. Encore trois jours, et le sceau sacrilège sera brisé, et la pierre sera brisée, et ceux qui dorment
12a PAROLES I^UN GROTANT.
se réveilleront , et le règne du Christ, qui est justice et charité , et paix et joie dans l'esprit saint y commencera.
Ainsi soit^il.
Tout ce qui arrive dans le monde a son signe qui le précède.
Lorsque le soleil est près de se lever l'horizon se colore de mille nuances, et rOrient paroîttout en feu.
128 PAROL£S
Lorsque la tempête vient, on entend sur le rivage un sourd bruissement, et les flots s'agitent comme d'eux-mêmes.
Les innombrables pensées diverses qui se croisent et se mêlent à l'horizon du monde spirituel , sont le signe qui annonce le lever du soleil des intelligences.
Le murmure confus et le mouvement intérieur des peuples en émoi sont le signe précurseur de la tempête qui passera bientôt sur les nations tremblantes.
Tenez-vous prêts , car les temps approchent.
En ce jour-là , il y aura de grandes terreurs , et des cris tels qu'on n'en a point entendu depuis les jours du déluge.
Les rois hurleront sur leurs trônes ; ils chercheront à retenir avec les deux
D'UN CBOYAIfT. 129
deux mains leurd couronnes emportées par le» vents, et ils seront balayés avec elles.
Les riches et les puissants sortiront nus de leurs palais, de peur d'être ensevelis sous les ruines*
On les verra, errants sur les chemins, demander aux passants quelques haillons pour couvrir leur nudité ^ un peu de pain noir pour apaiser leur faim , et je ne sais s'ils l'obtiendront.
Et il y aura des hommes qui seront saisis de la soif du sang, et qui adore* ront la mort , et qui voudront la faire adorer.
Et la mort éteùdra sa main de squelette comme pour les bénir, et cette bénédiction descendra sur leur cœur, et il cessera de battre.
Et les savants se troubleront dans leur science , et elle leur apparoîtra
comme un petit point noir, quand se lèvera le soleil des intelligences.
Et à mesure qu'il montera, sa chaleur fondra les nuages amoncelés par la tempête ; et ils né seront plus qu'une légère vapeur, qu'un vent doux chassera vers le Couchant.
Jamais le ciel n'aura été aussi serein , ni la terre aussi verte et aussi féconde.
Et au lieu du foible crépuscule que nous appelons jour, une lumière vive et pure rayonnera d'en haut, comme un reflet de la face de Dieu.
Et les hommes se regarderont à cette lumière, et ils diront : Nous ne connoissions ni nous ni les autres; nous ne savions pas ce que c'est que l'homme.
A présent, nous le savons.
Et chacun s'aimera dans son frère, et se tiendra heureux de le servir ; et
il n'y aura ni petits ni grands, à cause de Tamour qui égaie tout, et toutes les familles ne seront qu'une famille, et toutes les nations qu'une nation.
Ceci est le sens des lettres mystérieuses que les juifs aveugles attachèrent à la croix du Christ.
C'éloît une nuit d'hiver. Le vent ëouffloit au dehors , et la neige blanehissoît les toits.
Sous un de ces toits^ dans une chambre étroite > étoient assises > travaillant
de leurs mains, une femme à cheveux blancs et une jeune fille.
Et de temps en temps la vieille femme réchauffoit à un petit brasier ses mains pâles. Une lampe d'argile éclairoit cette pauvre demeure , et un rayon de la lampe venoit expirer sur une image de la Vierge, suspendue au mur.
Et la jeune fille levant les yeux regarda en silence 5 pendant quelques moments, la femme à cheveux blancs; puis elle lui dit : Ma mère, vous n'avez pas été toujours dans ce dénuement.
Et il y avoit dans sa voix une douceur et une tendresse inexprimables.
Et la fenime à cheveux blancs répondit : Ma fille. Dieu est le maître :
ce qu'il fait est bien fait.
Ayant dit ces mots, elle se tut un peu djB temps ; ensuite elle reprit <
D'UN cROYArrr. 135
Quand je perdis votre père, ce fut une douleur que je crus sans consolar tion : cependant vous me restiez ; mais je ne sentoîs qu'une chose alors.
Depuis, j'ai pensé que s'il vivoit et qu'il nous vît en cette détresse, son âme se briseroit ; et j'ai reconnu que Dieu avoit été bon envers lui.
La jeune fille ne répondit rien, mais elle baissa la tête, et quelques larmes, qu'elle s'efforçoit de cacher, tombèrent sur la toile qu'elle tenoit entre ses mains.
La mère ajouta : Dieu, qui a été bon envers lui, a été bon ^ussi envers nous^ De quoi avons-nous manqué , tandis que tant d'autres manquent de tout?
Il est vrai qu'il a fallu nous habituer à peu, et, ce peu, le gagner par notre travail; mais ce peu ne sufl&t-il pas? et tous n'ont-ils pas été dès le
commencement condamnés à vivre de leur travail?
Dieu, dans sa bonté» nous a donné le pain de chaque jour; et combien ne l'ont pas? un abri» et combien ne savent où se retirer ?
Il vous a » ma fille, donnée à moi :
dequoimeplaindrais-je?
A ces dernières paroles» la jeune fille»
tout émue» tomba aux genoux de sa mère » prit ses mains» les baisa» et se pencha sur son sein en pleurant*
Et la mère» faisant un effort pour élever la voix : Ma fille » dit«-elle» le bonheur n'est pas de posséder beaucoup» mais d'espérer et d'aimer beaucoup.
Notre espérance n'est pas ici-bas ni notre amour non plus» ou s'il y est» ce n'est qu'en passant.
Après Dieu» vous m'êtes tout en ce
D'UII CROYANT. ia7
monde; mais ce monde s'évanouit comme un songe , et c'est pourquoi mon amour s'élève avec vous vers un autre monde.
Lorsque je vous portois dans mon sein, un jour je priai avec plus d'ardeur la Vierge-Marie, et elle ^m' apparut pendant mon sommeil, et il me sembloit qu'avec un sourire céleste elle me présentoit un petit enfant.
Et je pris l'enfant qu'elle me présentoit, et lorsque je le tins dans mes bras, la Vierge-Mère posa sur sa tête une couronne de roses blanches.
Peu de mois après vous naquîtes, et la douce vision étoit toujours devant mes yeux.
Ce disant, la femme aux cheveux blancs tressaillit, et serra sur son cœur la jeune fille.
13ft PAROLES D'UN CROYANT.
A quelque temps de là une âme sainte vit deux formes lumineuses monter vers le ciel, et une troupe d'anges les accompagnoit, et l'air retentissoit de leurs chants d'allégresse.
Ce que vos yeux voient, ce que touchent vos mains, ce ne sont que des ombres, et le son qui frappe votre oreille n'est qu'un grossier écho de la voix intime et mystérieuse qui adore.
et prie, et gémît au sein de la création.
Car toute créature gémit, toute créature est dans le travail de l'enfantement, et s'efforce de naître à la vie véritable, de passer des ténèbres à la lumière, de la région des apparences à celle des réalités.
Ce soleil si brillant, si beau, i>'est que le vêtement, Temblême obscur du vrai soleil, qui éclaire et échauffe les âmes.
Cette terre, si riche, si verdoyante, n'est que le pâle suaire de la nature :
car la nature, déchue aussi, est descendue comme l'homme dans le tombeau^ mais comme lui elle en sortira.
Sous cette eiiveloppeépaisse du corps, vous ressemblez à un voyageur qui, la nuit dans sa tente, voit ou croit voir des fantômes passer»
Le monde réel est voilé pour vous.
Celui qui se retire au fond de lui-même, Vj entrevoit comme dans le lointain. De secrètes puissances qui sommeillent en lui, se réveillent un moment, soulèvent un coin du voile que le temps retient de sa main ridée, et Tœil intérieur est ravi des merveilles qu'il contemple.
Vous êtes assis au bord de l'océan des êtres, mais vous ne pénétrez point dans ses profondeurs. Vous marchez le soir le long de la mer, et vous ne voyez qu'un peu d'écume que le flot jette sur le rivage.
A quoi vous comparerai- j e encore?
Vous êtes comme l'enfant dans le sein de sa mère, attendant l'heure de la naissance ; comme l'insecte ailé dans le ver qui rampe, aspirant à sortir de cette prison terrestre, pour prendre votre essor vers les cîeux.
XX Vi
Qui est-ce qui se pressoit autour du Christ pour entendre sa parole? Le peuple.
Qui est-ce qui le suivoît dans la montagne et les lieux déserts pour
iUU PAROLES
écouter ses enseignements ? Le peuple.
Qui vouloit le choisir pour roi? Le peuple.
Qui étendoit ses vêtements et jetoît devant lui des palmes eneriant Hosannah^ lors de son entrée à Jérusalem?
Le peuple.
Qui est-ce qui se scandalisoit à cause des malades qu'il guérissoit le jour du sabbat ? Les scribes et les pharisiens.
Qui Tinterrogeoit insidieusement et lui tendoit des pièges pour le perdre?
Les scribes et les pharisiens.
Qui disoit de lui : 11 est possédé?
Qui Tappeloit un homme de bonne chère et aimant le plaisir ? Les scribes et les pharisiens.
Qui le traitoit de séditieux et de blasphémateur? qui se ligua pour le faire mourir? qui le crucifia sur le Calvaire entre deux voleurs ?
D'UN CROYANT. lf|5
Les scribes et les pharisiens, les docteurs de la loi, le roi Hérode et ses courtisans, le gouverneur romain et les princes des prêtres.
Leur astuce hypocrite trompa le peuple même. Us le poussèrent à demander la mort de celui qui i'avoit nourri dans le désert avec sept pains, qui rendoit aux infirmes la santé, la yue aux aveugles, Fouïe aux sourds, et aux perclus Tusage de leurs membres.
Mais Jésus , voyant qu'on avoit séduit ce peuple comme le serpent séduisit la fenune, pria son Père, disant :
Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font.
£tcependant, depuis dix^huit siècles, le Père ne leur a pas encore pardonné, et ils traînent leur supplice par toute la terre, et par toute la terre Tesclave est contraint de se baisser pour les voir.
lO
146 PAROLBS D'UN CROYANT.
La miséricorde dv Christ est sans exclusion. II est yenu dans ce monde pour sauver, non pas quelques hommes, mais tous les hommes; il a eu pour chacun d'eux une goutte de sang«
Mais les petits, les foibles, les humbles , les pauvres^ tous ceux qui souffroient , il les aimait d'un amour de prédilection.
Son cœur battoit sur le cœur du peuple , et le cœur du peuple battoit sur son cœur.
Et c'est là , sur le cœur du Christ , que les peuples malades se raniment, et que les peuples opprimés reçoivent la force de s'afifranehir.
Malheur à ceux qui s'éloignent de lui , qui le renient ! leur misère est irrémédiable , et leur servitude éternelle»
On a vu des temps où rhomme, en égorgeant Thomme dont les croyances différoient des siennes , se persuadoit offrir un sacrifice agréable à Dieu.
Ayez en abomination ces meurtres exécrables.
Gomment le meurtre de Thomme pourroît-il plaire à Dieu , qui a dit a rhomme : Tu ne tueras point.
Lorque le sang de Thomme coule sur la terre, comme une offrande à Dieu, les démons accourent pour le boire , et entrent dans celui qui Ta versé.
On ne commence à persécuter que quand on désespère de convaincre, et qui désespère de convaincre, ou blasphème en lui-même la puissance de la vérité , ou manque de confiance dans la vérité des doctrines qu'il annonce.
Quoi de plus insensé que de dire aux hommes : Croyez ou mourez!
La foi est fille du Verbe : elle pénè-
tre dans les cpeurs avec la parole, et non avec le poignard.
Jésus passa en faisant le bien , attirant à lui par sa bonté, et touchant par sa douceur les âmes les plus dures.
Ses lèvres divines bénissoient et ne imaudissoient point , si ce n'est les hypocrites. 11 ne choisît pas des bourreaux pour apôtres.
11 disoît aux siens : Laissez croître ensemble, jusqu'à la moisson, le bon et le mauvais grain ; le père de famille en fera la séparation sur Taire.
Et à ceux qui le pressoient de faire descendre le feu du ciel sur une ville incrédule : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes.
L'esprit de Jésus est un esprit de paix, de miséricorde et d'amour.
Ceux qui persécutent en son nom , qui scrutent les consciences avec l'é-
150 PABOLES
pée 9 qui torturent ie corps pour con-yertir l'âme, qui font couler les plenrs au lieu de les essuyer; ceux-là n'ont pas Fesprit de Jésus.
Malheur à qui profane rÉvangile»
en le rendant pour les hommes un objet de terreur! Malheur à qui écrit la bonne nouvelle sur une feuille san-^ glante !
Ressouvenez-vous des catacombes.
En ce temps-là , on vous traînoit à Téchafaud , on vous livroit aux bêtes féroces dans l'amphithéâtre pour amu-* ser la populace , on vous jetoît à milliers au fond de^ mines et dans les prisons , on confisquoit vos biens , on vous fouloit aux pieds comme la boue des places publiques; vous n'aviez, pour célébrer vos mystères proscrits , d'autre asile que les entrailles de la terre.
D'UW CROYANT. 161
Que disoient vos persécuteurs ? Ils disoient que vous propagiez des doc^ triues dangereuses; que votre secte ^ ainsi qu'ils l'appeloieut, troubloit Tordre et la paix publique ; que, violateurs des lois et ennemis du genre humain , vous ébranliez l'empire en ébranlant la religion de Tempire.
Et dans cette détresse, sous cette oppression^que demandiez-vous? la lîberté. Vous réclamiez le droit de n'obéir qu'à Dieu, de le servir et de l'adorer selon votre conscience.
Lorsque , même en se trompant dans leur foi , d'autres réclameront de vous ce droit sacré, respectez-le en eux , comme vous demandiez que les païens le respectassent en vous.
Respectez-le pour ne pas flétrir la mémoire de vos confesseurs, et ne pas mouiller les cendres de vos martyrs.
152 PAROLES D'UN CUOYANT.
La persécution a deux tranchants :
elle blesse à droite et à gauche.
Si vous ne vous souvenez plus des enseignements du Christ^ ressouvenezrvôus des catacombes.
XXVIU.
Gardez soigneusement en vos âmes la justice et la charité ; elles seront votre sauvegarde 9 elles banniront d'au milieu de vous les discordes et les dis^ sensions.
Ce qui produit les discordes et les dissensions , ce qui engendre les procès qui scandalisent les gens de bien et ruinent les familles , c'est prenaièrement l'intérêt sordide, la passion insatiable d'acquérir et de posséder.
Combattez donc sans cesse en vous cette passion que Satan y excite sans cesse.
Qu'emporterez-vous de toutes les richesses que vous aurez amassées par de bonnes et de méchantes voies ? Peu suffit à l'homme , qui vit si peu de temps.
Une autre cause de dissensions interminables^ ce sont les mauvaises lois.
Or il n'y a guère que de mauvaises lois dans le monde.
Quelle autre loi faut-il à celui qui a la loi du Christ?
J^a loi du Christ est claire , elle est
sainte^ et il n'est personne^ s'il a cette loi dans le cœur^ qui ne se juge luimême aisément.
Écoutez ce qui m'a été dit :
Les enfants du Christ » s'ils ont entre eux quelques différends , ne doivent pas les porter devant les tribu»naux de ceux qui oppriment la terre et qui la corrompent.
N'y a-t-il pas des vieillards parmi eux ? et ces vieillards ne sont-ils pas leurs pères, connoissant la justice et l'aimant ?
Qu'ils aillent donc trouver un de ces vieillards, et qu'ils lui disent : Mon père , nous n'avons pu nous accorder, moi et mon frère que voilà ; nous votis en prions , jugez entre nous.
Et le vieillard écoutera les paroles de l'un et de l'autre, et il jugera entrç eux, et ayant jugé il les bénira.
Et s'ils se soumettent à ce j ugement»
la bénédiction demeurera sur eux : sinon, elle reviendra au vieillard, qui aura jugé selon la justice.
Il n'est rien que ne puissent ceux qui sont unis, soit pour le bien, soit pour le mal. Le jour donc où vous serez unis sîera le jour de votre délivrance.
Lorsque les enfants d'Israël étoient opprimés dans la terre d'Egypte, si chacun d'eux , oubliant ses frères, avoit voulu en sortir seul, pas un n'auroit échappé; ils sortirent tous ensemble, et nul ne les arrêta.
Vous êtes aussi dans la terre d'Egypte, courbés sous le sceptre de Pharaon et sous le fouet de ses exacteurs.
Criez vers le Seigneur votre Dieu , et puis levez- vous et sortez ensemble.
A. Al A..
Quand la charité se fut refroidie et que l'injustice eut commencé à croître sur la terre. Dieu dit à un de ses serviteurs : Va de ma part trouver ce peuple, et annonce-lui ce que tu verras;
i5H PAROLES
et ce que tu verras arrivera certainement, à moins que, quittant ses voies mauvaises, il ne se repente et ne revienne à moi.
Et le serviteur de Dieu obéit à son commandement, et s'étant revêtu d'un sac, et ayant répandu de la cendre sur sa tête, il s'en alla vers cette multitude, et, élevant la voix, il disoit :
Pourquoi irritez-vous le Seigneur pour votre perte? Quittez vos voies mauvaises ; repentez-vous et revenez à lui.
Et les Uns, écoutant ces paroles, en étoient touchés, et les autres s'en moquoient, disant : Qui est celui-ci, et que vient-il nous dire ? Qui l'a chargé de nous reprendre? C'est un insensé.
Et voilà, l'Esprit de Dieu saisit le prophète, et le temps s'ouvrit à ses yeux , et les siècles passèrent devant lui .
Et tout-à-coup déchirant $e$ vêtements : Ainsi, dit-il, sera déchirée la famille d'Adam.
Les hommes d'iniquité ont mesuré la terre au cordeau ; ib en ont compté les habitants, comme on compte le bétail, tête à tête.
Us ont dit : Partageons - nous cela^ et faisons-en une monnoie à notre usage.
Et le partage s'est fait^ et chacun a pris ce qui lui étoit échu , et la terre et ses habitants sont devenus la possession des hommes d'iniquité , et ,. se consultant tous ensemhle, ils se sont demaadé : Combien vaut notre posses^ sion ? Et tous ensemble ils ont répon-^ dtt : Trente deniers.
Et ils ont commencé à trafiquer entre eux avec ces trente deniers.
Il y a eu des achats, des ventes, des trocs; des hommes pour de la.terre^
de la terre pour des hommes, et de Tor pour appoint.
Et chacun a convoité la part de l'autre , et ils se sont mis à s'entr'égorger pour se dépouiller mutuellement , et , avec le sang qui couloit , ils ont écrit sur un morceau de papier : Droit , et sur un autre : Gloire.
Seigneur, assez, assez!
En voilà deux qui jettent leurs crocs de fer sur un peuple. Chacun en emporte son lambeau.
Le glaive a passé et repassé. Entendez-vous ces cris déchirants ? ce sont les plaintes des jeunes épouses, et les lamentations des mères.
Deux spectres se glissent dansTombre; ils parcourent les campagnes et les cités. L'un, décharné comme un squelette , ronge un débris d'animal immonde; l'autre a sous l'aisselle une
D'UN CROYAIT. i^\
pustule noire, et les chacals lé suivent en hurlante , .
Seigneur, Seigneur, votre courroux sera-t-il éternel ? Votre bras ne s'étendra-t-il jamais que. pour frapper?
Épargnez les pères à cause des enfants.
Laissez-vous attendrir aux pleurs de ces pauvres petites créatures qui ne savent pas encore distinguer leur main gauche de la droite.
Le monde s'élargit , la paix va re^ naître , il y aura place pour tous. .
Malheur ! malheur ! le sang déborde ; il entoure la terre comme une ceintu^ re rouge.
Quel est ce vieillard qui parle de justice^ en tenant d'une main une cou^ pe empoisonnée , et caressant de Tau-tre une prostituée qui l'appelle ^ mon père?
Il dit : C'est à moi qu'appartient la
162 PAROLB8
ra^e d'Adam. 4^i sont parmi vou6 les plus forts 9 et je la leur distribuerai?
£t ce qu'il a dit, il le fût, tA de son trône , sans se lever, il as^gi^ à chacun sa proie.
Et tous dévorent, dévorent; et leur faim va croissant, et ils se ruent les uns sur les autres , et la chair palpite , et les os craquent sous la dent.
Un marché s'ouvre, on y amène les nations la corde au cou ; on les palpe, on les pèse , on les fait courir et marcher : elles valent tant. Ce ne sont plus le tumulte et la confusion d'auparavant, c'est un commerce régulier.
Heureux les oiseaux du ciel et les animaux de la terre ! nul ne les con^ traînt ; ils vont et viennent eooQune il leur semble bon.
Qu'est-ce que ces meules qui tournent sans cesse , et que broient-elles ?
Fîb d'Adani, ces meules soat les lois de ceux qui vous gouvernent, et ce qu'elle^ broient ^^ c'est vous.
£t à mesure que 1« jMrophète jetmt sur Ta^enir ces lueurs sinistres , une frayeur mystérieuse j&'emparoit de ceux qui Técoutoient.
Soudain sa voix cessa de se faire entendre, et il parut comme absorbé dans une pensée profonde. Le peuple attendoit en silence, la poitrine serrée et palpitante d'angoisse.
Alors le prophète : Seigneur, vous n'avez point abandonné ce peuple dans sa misère ; vous ne l'avez pas livré pour jamais à ses oppresseurs.
Et il prit deux rameaux, et il en détacha les feuilles, et, les ayant croisés, il les lia ensemble , et il les éleva audessus de la multitude, disant : Ceci
i6fi PAROLES D'UN CROYANT.
sera votre salut; vous vaincrez par ce signe.
Et la nuit se fit , et le prophète disparut comme une ombre qui passe, et la multitude se dispersa de tous côtés dans les ténèbres.
Lorsqu' après une longue sécheresse, une pluie douce tombe sur la terre, elle boit avidement Teau du ciel, qui la rafraîchit et la féconde.
Ainsi, les nations altérées boiront
ayidement la parole de Dieu^ lorsqu'elle descendra sur elles comme lïne tiède ondée.
£t la j ustice avec Tamour , et la paix et la liberté germeront dans leur sein.
£t ce sera comme au temps où tous étoient frères, et Ton n'entendra plus la voix du maître ni la voix de Tesclave, le^ gémissements du pauvre ni les soupirs des opprimés, mais des chants d'allégresse et de I>éBédiction*
Les pères diront à leurs fils : Nos premiers jours ont été troublés, pleins de larmes et d'angoisses. Maintenant le soleil se lève et se couche sur notre joie. Loué soit Dieu, qui nous a montré ces btt»i$ avfttit demouttir!
Et les mères dirent À 4ei»6 Cilles :
«V^oycK nos IBr<M]^, à présent lài edkn^s; le chagrin, la dimleur, i'itiqwétude y (QT^uKèt ent jvtàU de pvdé^n éd ailloli ^.4^es
D'UN OHOYAWT. 167
vètresr sont cotnD)e> au primeiadps , h ^i^lace d'un W qu'aucune bri$e rfa-»
gîte* Loué soît Dieu^9 qui i;ious a mon-* Iré teé biaaâr avant de mourir !
Et lej» jeunes hommes diront aux leunes vieorges : Vous êtes bdles comme les fleurs des <;hampsi pures comme la ro»é0 qui^ tes rafraîchit» comme la lu^^ mdàre qui les tolorê. Il nous e^t dousi:
de Toir nOs pères, il nous est doux d'être auprès de nos mères; mais quand nous vous voyons et que nous sommes près de vous , il se passe en nos âmes quelque chose qui n'a de nom qu'au ciel. Loué soit Dieu, qui nous a montré ces biens avant de mourir!
Et les jeunes vierges répondront :
Les fleurs se fanent, elles passent ; vient un jour où ni la rosée ne les rafraîchit, ni la lumière ne les colore plus. 11 n'y a sur la terre que la vertu qui jamais
iOS PAROLES b'tJN CROYANT.
ne se fané ni pe passe. Nos pères sont comme Tépî qui se remplît de grain vers r automne, et nos mères comme la vigne qui se charge de fruits. Il nous est doux de voir nos pèresvil nous est doux d'être auprès de nos mères t et les fils de nos pères et de nos mères uôus sont doux aussi. Loué soit Dieu, qui nous a montré ces biens avant de mourir!
Je voyois un hêtre monter à une prodigieuse hauteur. Du sommet presque jusqu'au bas, il étaloit d'énormes bran*ches, qui couvroient la terre alentour, de sorte qu'elle étoit nue ; il n'y ve-
noît pas un seul brîn d'herbe. Du pied du géant partoît un chêne qui, après s'être élevé de quelques pieds, secourboit, se tordoit, puis S'étendoit horizontalement, puis se relevoit encore et se tordoit de nouveau; et enfin on Tapercevoit allongeant sa tête maigre et dépouillée sous les branches vigoureuses du hêtre, pour chercher un peu d'air et un peu de lumière.
Et je pensai en moi-même : voilà comme les petits croissent à Tombre des grands.
Qui se rassemble autour des puissants du monde? Qui approche d'eux?
ce n'est pas le paUvre; on le chasse :
m Tue^^ttiU^oit leurs r^gardA. On l'éiaîg^e avèe aow de leur ^é^enoi^ ^t di^ laura pâbuû»; o& oe le ltâs$« p^ia mf^m»
traffifser leurs jardioa ouverta à tpq», hormis à lui, parce que aon c^rpa mé
de trayaii est recouyert çles yêtemeuts de Tindi^encç.
Qui doQc se rassemble autour des puissants du monde? les riches et les flatteurs qui yeulent le deyenir ^ les femmes perdues, les ministres infâmes de leurs plaisirs secrets, les baladins, les fous qui distraient leur conscience, et les faux prophètes qui la trompent.
Qui encore ? les hommes de yiolencé et de ruse, les agents d'oppression, les durs exacteurs, tous ceux qui disent :
Liyrez-nous le peuple, et nous ferons couler son or dans vos coffres et sa graisse dans yos yeines.
Là où git le corps les aigles s'assembleront.
Les petits oiseaux font leur nid dans rherbe, et les oiseaux de proie sur les arbres éleyés.
Au temps où les feuilles jaunissent.
Un vieillard, chargé d'un faix de ramée , revenoit lentement vers sa chaumière, située sur la pente d'un vallon.
Et du côté où s'ouvroit le vallon.
entre quelques arbres jetés çà et là, on voyoît les rayons obliques du soleil, déjà descendu sous Thorizon, se jouer dans les nuages du couchant et les teindre de couleurs innombrables, qui peu à peu alloient s*effaçant.
Et le vieillard, arrivé à sa chaumière, son seul bien avec le petit champ qu'il cultivoit auprès, laissa tomber le faix de ramée, s'assit sur un siège de bois noirci par la fumée de Tâtre, et baissa la tête sur sa poitrine dans une profonde rêverie.
Et de fois à autre sa poitrine gonflée laissoit échapper un court sanglot, et d'une voix cassée, il disoit :
Je n'avois qu'un fils, il me l'optpris ; qu'une pauvre vache, iU me J'ont pi::î^ pour l'impôt 4e mon d^9mp.
Et puis, d'iwe vojx plu$ foible, il répétoit : Moa fiU, mon fils; et une
D'UN GBOTANT. 17$
larme venoit mouiller ses ?ieillea pau^ pièresy mais elle mo pouvoit couler.
Gomme il étoit ainsi s^attristànt, il entendit quelqu'un qui disait : Mon père, que la bénédîetion de Dieu «oit sur vous et sur les vôtres !
Les miens , dît le vieillard, je n'ai plus personne qui tienne à moi; je suis seul.
Et, levant les yeux, il vit un pèlerin debout, à la porte , appuyé sur un long bâton ; et sachant que c'est Dieu qui envoie les hôtes , il lui dit :
Que Dieu vous rende votre bénédiction- Entrez, mon fils ; tout ce qu'a le pauvre est au pauvre.
Et allumant wr le lipyçi? wn hi^ 4« ramée» il 9e mit à préparer le rfpg§ du voyagf^.
Mais rien ne pouvoit le distraire de
176 FABOLKS
la pensée qui Toppressoit : elle étoit là toujours sur sou eœur.
Et le péleriu, ayant connu ce qui le troubloit si amèrement » lui dit : Mon père. Dieu vous éprouve par la main des hommes. Cependant il y a des misères plus grandes que votre misère.
Ce n*est pas Topprimé qui souflPre le plus , ce sont les oppresseurs.
Le vieillard secoua la tête, et ne répondit point.
Le pèlerin reprit : Ce que maintenant vous ne croyez pas , vous le croirez bientôt.
Et l'ayant fait asseoir, il posa les mains sur ses yeux ; et le vieillard tomba dans un sommeil semblable au sommeil pesant , ténébreux , plein d'borreur, qui saisit Abraham, quand Dieu lui montra les malheurs futurs de sa race.
Et il lui sembla être transporté dans un vaste palais, près d'un lit, et à côté du lit, étoit une couronne, et dans ce lit, un homme qui dormoit , et ce cpii se passoit dans cet homme, le vieillard le voyoit, ainsi que le jour, durant la veille , on voit ce qui se passe sous les yeux.
Et l'homme qui étoit là, couché sur un lit d'or, entendoit comme les cris confus d'une multitude qui demande du pain. G'étoit un bruit pareilaubruit des flots qui brisent contre le rivage pendant la tempête. Et la tempête croissoit , et le bruit croissoit ; et l'homme qui dormoit voyoit les flots monter de moment en moment , et battre déjà les murs du palais, et il faisoit des efforts inouïs comme pour fuir, et il ne pouvoit pas, et son angoisse étoit ex-
Pendant qu'il le regardoît ayec frayeur, le vieillard fut soudain transporté dans un autre palais. Celui qui étoit couché là ressembloit plutôt à un cadavre qu'à un homme vivant.
Et dans son sommeil , il voyoit devant lui des têtes coupées ; et, ouvrant la bouche, ces têtes disoient :
Nous nous étions dévoués pour toi, et voilà le prix que nous avons reçu.
Dors, dors, nous ne dormons pas, nous.
Nous veillons l'heure de la vengeance :
elle est proche.
Et le sang se figeoit dans les veines de l'homme endormi. Et il se disoit :
Si au moins je pouvois laisser ma couronne à cet enfant : et ses yeux hagards se tournoient vers un berceau sur lequel on avoit placé un bandeau de reine.
Mais, lorsqu'il commençoit à se cal-
mer et à se consoler un peu dans celte pensée, un autre homme, semblable à lui par les traits, saisit l'enfant et Fécrasa contrôla muraille.
Et le vieillard se sentit défaillir d'horreur.
Et il fut transporté au même instant en deux lieux divers ; et , quoique séparés, ces lieux, pour lui, ne formoient qu'un lieu-
Et il vit deux hommes , qu'à l'âge près, on auroit pu prendre pour le même homme : et il comprit qu'ils avoient été nourris dans le même sein.
Et leur sommeil étoit celui du condamné qui attend le supplice à son réveil. Des ombres enveloppées d'un linceul sanglant passoient devant eux, et chacune d'elles, en passant, les touchoit, et leurs membres se retiroient
i 80 PAROLES
et se contractoient , comme pour se dérober à cet attouchement de la mort.
Puis ils se regard oient Tun T autre avec une espèce de sourire affreux» et leur œil s*en£[ammoit , et leur main s'agitoit convulsivement sur un manche de poignard.
Et le vieillard vit ensuite un homme blême et maigre. Les soupçons se glissoient en foule près de son lit, distilloient leur venin sur sa face , murmuroient à voix basse de^ paroles sinistres, et enfonçoient lentement leurs ongles dans son crâne mouillé d'une sueur froide. Et une forme humaine , pâle comme un suaire, s'approcha de lui, et, sans parler, lui montra du doigt une marque livide qu'elle avoit autour du cou. Et , dans le lit où il gisoit, les genoux de l'homme blême se choquèrent, et sa bouche s'entr'ou-
vrît de terreur, et ses yeux se dilatèrent horriblement.
Et le vieillard , transi d'elFroi , fut transporté dans uu palais plus grand.
Et celui* qui dormoit là ne respiroit qu'avec une peine extrême. Un spectre noir étoit accroupi sur sa poitrine et le regardoit en ricanant. Et il lui parloit à Foreille, et ses paroles devenoient des visions dans râmedeTbomme qu'il pressoit et fouloit de ses os pointus.
Et celui-ci se voyôit entouré d'une innombrable multitude qui poussoit des cris effrayants :
Tu nous as promis la liberté, et tu nous as donné l'esclavage.
Tu nous as promis de régner par les lois, et les lois ne sont que tes caprices.
Tu nous as promis d^épargner le pain de nos femmes et de nos enfants, et tu
iS2 PAROLES
as doublé notre misère pour groàsir tes trésors.
Tu nous as promis de la gloire, et tu nous as valu le mépris des peuples et leur juste haine.
Descends, descends, et va dormir avec les parjures et les tyrans.
Et il se sentoît précipité, traîné par cette multitude, et il s'accrochoît à des sacs d'or, et les sacs crevoient, et l'or s'échappoit et tomboit à terre.
Et il lui sembloit qu'il erroit pauvre dans le monde, et, qu'ayant soif, il demandoit à boire par charité , et qu'on lui présentoit un verre plein de boue , et que tous le fuyoienl , tous le maudissoient, parce qu'il étoit marqué au front du signe des traîtres.
Et le vieillard détourna de lui les yeux avec dégoût.
Et dans deux autres palais , il vit
deux autres hommes rêvant de supplices. Car, dîsoîent-îls 5 où trouverons-nous quelque sûreté? Le sol est miné sous nos pieds ; les nations nous abhorrent; les petits enfants même, dans leurs prières, demandent à Dieu, soir et matin, que la terre soit délivrée de nous.
Et l'un condamnoit à la prison dure y c'est-à-dire, à toutes les tortures du corps et de Tâme et à la mort de la faim, des malheureux qu'il soupçonnoit d'avoir prononcé le mot de patrie :.
et l'autre, après avoir confisqué leurs biens, ordonnoit de jeter au fond d'un cachot deux jeunes filles coupables d'avoir soigné leurs frères blessés dans un hôpital.
Et comme ils se fatiguoient à ce travail de bourreau, des messagers leur arrivèrent.
£t l'un des messagers disoit : Vos provinces du Midi ont brisé leurs chai' nés, et avec les tronçons elles ont chassé vos gouverneurs et vos soldats.
Et r autre : Vos aigles ont été déchirées sur les bords du large fleuve :
ses flots en emportent les débris.
Et les deux rois se tordoient sur leur couche.
Et le vieillard en vit un troisième.
Il avoit chassé Dieu de son cœur, et, dans son cœur, à la place de Dieu, étoit un ver qui le rongeoit sans relâche ; et quand Tangoisse devenoit plus vive, il balbutioit de sourds blasphèmes, et ses lèvres se couvroient d'une écume rongeât re.
Et il luisembloit êtredans une plaine immense, seul avec le ver qui ne le quittoit point. Et cette plaine étoit un
cimetière , le cimetière d'un peuple égorgé.
Et tout-à-coup voilà que la terre s'émeut ; les tombes s'ouvrent , les morts se lèvent et s'avancent en foule :
et il ne pouvoit ni faire un mouvement, ni pousser un cri.
Et tous ces morts, hommes, femmes, enfants, le regardoient en silence : et après un peu de temps, dans le même silence, ils prirent les pierres des tombes et les posèrent autour de lui.
Il en eut d'abord jusqu'aux genoux, puis jusqu'à la poitrine , puis jusqu'à la bouche, et il tendoit avec effort les muscles de son cou pour respirer une fois de plus; et l'édifice montoît toujours, et lorsqu'il fut achevé , le faîte se perdoit dans une nuée sombre.
Lesforces du vieillard commençoient
à TabandooDer; son âme regorgeoit d'épouvante.
Et voilà qu'ayant travelrsé plusieurs salles désertes, dans une petite chambre, sur un lit qu'éelairoit à peine une lampe pâle, il aperçoit un homme usé par les ans
Et ce fut la dernière vision. Et le vieillard s* étant réveillé, rendit grâces à la Providence de la part qu'elle lui avoit faite dans les douleurs de la vie.
Et le pèlerin lui dît : Espérez et priez; la prière obtient tout. Votre fils n'est pas perdu ; vos yeux le reverront avant de se fermer. Attendez en paix les jours de Dieu.
Et le vieillard attendit en paix.
Les maux qui affligent la terre ne viennent pas de Dieu, car Dieu est amour, et tout ce qu'il a fait est bon ; ils viennent de Satan, que Dieu a mau-
dit, pt des hommes qui ont Satan pour père et pour maître.
Or, les fils de Satan sont nombreux dans le monde. A mesure qu'ils passent. Dieu écrit leurs noms dans un livre scellé, qui sera ouvert et lu devant tous à la fin des temps.
11 y aies hommes quin'aiment qu'euxmêmes; et ceux-ci sont des hommes de haine, car n'aimer que soi c'est haïr les autres.
Il y a les hommes d'orgueil, qui ne peuvent souffrir d'égaux, qui veulent toujours commander et dominer.
Il y a les hommes de convoitise, qui demandent toujours de l'or, des honneurs, des jouissances, et ne sont jamais rassasiés.
Il y a les hommes de rapine , qui épient le foible pour le dépouiller de force ou de ruse, et qui rôdent la nuit
autour de la demeure de la veuve et de Torphelin,
Il y a les hommes de meurtre , qui n'ont que des pensées violentes, qui disent : Vous êtes nos frères, et tuent ceux qu'ils appellent leurs frères, sitôt qu'ils les soupçonnent d'être opposés à leurs desseins, et écrivent des lois avec leur sang.
Il y a les hommes de peur, qui tremblent devant le méchant et lui baisent la main, espérant par là se dérober à son oppression, et qui, lorsqu'un innocent est attaqué sur la place publique, se hâtent de rentrer dans leur maison, et d'en fermer la porte.
Tous ces hommes ont détruit la paix, la sûreté et la liberté sur la terre.
Vous ne retrouverez donc la liberté, la sûreté, la paix, qu'en combattant contre eux sans relâche.
La cité qu'ils ont faite est la cité de Satan ; vous avez à rebâtir la cité de Dieu.
Dans la cité de Dieu^ chacun aime ses frères comme soi-même, et c'est pourquoi nul n'est délaissé, nul n'y souflFre, s'il est un remède à ses souffrances.
Dans la cité de Dieu, tous sont égaux, aucun ne domine, car la justice seule y règne avec l'amour.
Dans la cité de Dieu, chacun possède sans crainte ce qui est à lui, et ne désire rien de plus, parce que ce qui est à chacun est à tous, et que tous possèdent Dieu, qui renferme tous les biens.
Dans la cité de Dieu, nul ne sacrifie les autres à soi, mais chacun est prêt à se sacrifier pour les autres.
Dans la cité de Dieu, s'il se glisse
un méchant , tous se séparent de lui et tous s'unissent pour le contenir, ou pour le chasser : car le méchant est Tennemi de chacun , et Tennemi de chacun est Tennemi de tous.
Quand vous aurez rebâti la cité de Dieu, la terre refleurira, et les peuples refleuriront, parcequevousaurez vaincu les fils de Satan qui oppriment les peuples et désolent la terre, les hommes d'orgueil, les hommes de rapine,
les hommes de meurtre et les hommes
de peur.
Si les oppresseurs des iiatioîis étoieat abaiidonués à eux-mêmes, sans appui, saus secours étranger, que pourroientils contre elles?
Si, pour les tenir en servitude, ils
n'avoîent d'aide que Taide de ceux à qui la servitude profite , que seroit-ce que ce petit nombre contre des peuples entiers?
Et c'est la sagesse de Dieu qui a ainsi disposé les choses , afin que les hommes puissent toujours résister à la tyrannie; et la tyrannie seroit impossible, si les hommes comprenoient la sagesse de Dieu.
Mais ayant tourné leur cœur à d'autres pensées, les dominateurs du monde ont opposé à la sagesse de Dieu que les hommes ne comprenoient plus, la sagesse du prince de ce monde , de Satan.
Or Satan ^ qui est le roi des oppresseurs des nations, leur suggéra , pour affermir leur tyrannie , une ruse infernale.
Il leur dit : Voici ce qu'il faut faire.
Prenez dans chaque famille les jeunes gens les plus robustes et donnez-leur des armes, et exercez-les à les manier, et ils combattront pour vous contre lejjLvs pères et leurs frères; car je leur persuaderai que c'est une action glorieuse.
Je leur ferai deux idoles, qui s'appelleront Honneur et Fidélité, et une loi qui s'appellera Obéissance passive.
Et ils adoreront ces idoles , et ils se soumettront à cette loi aveuglément , parce que je séduirai leur esprit, et vous n'aurez plus rien à craindre.
Et les oppresseurs des nations firent ce que Satan leur avoit dît , et Satan aussi accomplit ce qu'il avoit promis aux oppresseurs des nations.
Et l'on vit les enfants du peuple lever le bras contre le peuple, égorger leurs frères , enchaîner leurs pères ,
et oublier jusqu'aux entrailles qui les avoient portés.
Quand on leur disoit : Au nom de tout ce qui est sacré , pensez à Tin justice, à Fatrocité de ce qu'on vous ordonne; ils répondoient : Nous ne pensons point , nous obéissons.
Et quand on leur disoit : N'y a-t-îl plus en vous aucun amour pour vos pères , vos mères ^ vos frères et vos sœurs? ils répondoient : Nous n'aimons point , nous obéissons.
Et quand on leur montroit les autels du Dieu qui a créé l'homme et du Christ qui l'a sauvé, ils s'écrioient : Ce sont là les Dieux de la patrie; nos Dieux, à nous, sont les Dieux de ses maîtres, la Fidélité et l'Honneur.
Je vous le dis en vérité, depuis la séduction de la première femme par
D'UN CROYANT. ii)9
le serpent, il n'y a point eu de séduction plus effrayante que celle-là.
Mais elle touche à sa fin. Lorsque l'esprit mauvais fascine des âmes droites , ce n'est que pour un temps. Elles passent comme à travers un rêve affreux , et au réveil elles bénissent Dieu qui les a délivrées de ce tourment.
Encore quelques jours, et ceux qui combattoient pour les oppresseurs , combattront pour les opprimés ; ceux qui combattoient pour retenir dans les fers leurs pères, leurs mères, leurs frères et leurs sœurs, combattront pour les affranchir. »
Et Satan fuira dans ses cavernes avec les dominateurs des nations*
Jeiiqe soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour Dieu et les autels de la patrie.
Que tes aruies soient bénies , jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour la justice, pour la sainte cause des peuples, pour les droits sacrés du genre humain.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour délivrer mes frères de l'oppression, pour briser leurs chaînes et les chaînes du monde.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu ?
Je vais combattre contre les hommes iniques pour ceux qu'ils renversent et foulent aux pieds, contre les maîtres pour les esclaves, contre les tyrans pour la liberté.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat!
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour que tous ne ne soient plus la proie de quelquesuns, pour relever les têtes courbées et soutenir les genoux qui fléchissent.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour que les pères ne maudissent plus le jour où il leur fut dit : Un fils vous est né ; ni les mères celui où elles le serrèrent pour la première fois sur leur sein.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour que le frère ne s'attriste plus en voyant sa sœur se faner comme Therbe que la terre refuse de nourrir ; pour que la sœur ne regarde plus en pleurant son frère qui part et ne reviendra point.
Que tes armes soient béuies « jeune soldat !
Jeune soldat j où vas-tu ?
Je yais combattre pour que chacun mange en paix le fruit de son travail ; pour sécher les larmes des petits enfants qui demandent du pain, et on leur répond : Il n'y a plus de pain ; on nous a pris ce qui en restoit.
Que tes armes soient hénies , jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour le pauvre , pour qu'il ne soit pas à jamais dépouillé de sa part dans l'héritage commun.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat!
Jeune soldat, où vasTtu?
Je vfiis combattre pour chasser la faim des chauiqières , pour ramener
dans les familles Tabondanee , la sécurité et la joie.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour rendre à ceux que les oppresseurs ont ^etés au fond des cachats , Tair qui manque à leurs poitrines et la lumière que chercher leurs yeux.
Que tes armes soient bénies , jeune soldat !
Jeune soldat , où vas-tu ?
Je vais oombattre pour reaverser les barrières qui sépateat les peuples, et ifes empécheM de s'emlirasBer comme les fils du même père , destinés à vivre ntm dans un même amour.
Que tes armées soient béaies, jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combatre pour aflFranchir de la tyrannie de l'homme la pensée , la parole, la conscience.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat !
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour les lois éternelles descendues d'en haut, pour la justice qui protège les droits, pour la charité qui adoucit les maux inévitables.
Que tes armes soient bénies, jeune soldat!
Jeune soldat, où vas-tu?
Je vais combattre pour que tous aient au ciel un Dieu, et une patrie sur la terre.
Que tes armes soient bénies, sept fois bénies, jeune soldat!
XXXVÏ.
Pourquoi vous fatiguez-vous vainement dans votre misère ? Votre désir est bon, mais vous ne savez pas comment il doit s'accomplir.
Retenez-bien cette maxime : Celui-
là seul peut rendre la vie , qui a donné la vie.
Vous ne réussirez à rien sans Dieu.
Vous vous tournez et retournez sur votre lit d'angoisse : quel soulagement avez-vous trouvé ?
Vous avez abattu quelques tyrans , et il en est venu d'autres pires que les premiers.
Vous avez aboli des lois de servitude, et vous avez eu des lois de sang, et après encore des lois de servitude.
Défiez-vous donc des hommes qui se mettent entre Dieu et vous, pour que leur ombre vous le cache. Ces hommes-là ont de mauvais dessein^.
Car c'est de Dieu qua vient la for/^ qui délivre ♦ parce que c'est de Dieu que vient l'ampur qui unit.
Que peut faire pour vous un feomtne
qui n'a que sa pensée pour règle , et pour loi que sa volonté ?
Même quand il est de bonne foi et ne souhaite que le bien, il faut qu'il vous donne sa volonté pour loi et sa pensée pour règle.
Or tous les tyrans ne font que cela.
Ce n'est pas la peine de bouleverser tout et de s'exposer à tout, pour substituer à une tyrannie une autre tyrannie.
La liberté ne consiste pas en ce que ce soit celui-ci qui domine au lieu de celui-là ; mais en ce qu'aucun ne domine.
Or, où Dieu ne règne pas, il est nécessaire qu'un homme domine, et cela s'est vu toujours.
Le règne de Dieu, je vous le dis encore, c'est le règne de la justice dans
les esprits et de la charité dans les
210 P4LnOLBS
cœurs : et il a sur la terre son fondement dans la foi en Dieu et la foi au Christ, qui a promulgué la loi de Dieu, la iQi de charité, et la loi de justice.
La loi de justice enseigne que tous sont égaux devant leur. père, qui est Dieu , et devant leur seul maître, qui est le Christ.
La loi de charité leur apprend à s'aimer et à s'entr' aider comme les fils d'un même père et les disciples
d'un même maître.
Et alors ils sont libres, parce que nul ne commande à autrui» s'il n'a été librement choisi de tous pour commander : et on ne peut lei|r ravir leur liberté, parce qu'ils sont tous unis pour la défendre.
. Mais ceux qui vous disent : Avant nous, on n'a pas su ce que c'est que la justice : la justice ne vient pas de Dieu,
elle vient de Thomme : fiez- vous à nous^ et nous vous en ferons une qui vous satisfera :
Ceux-là vous trompent, ou, s'ils vous promettent sincèrement la liberté, ils se trompent eux-mêmes.
Car ils vous demandent de les reconnoitre pour maîtres, et ainsi votre liberté ne seroit que Tobéissance à ces nouveaux maîtres.
Répondez-leur que votre maître est le Christ, que vous n'en voulez point d'autre, et le Christ vous aflFranchira.
Vous avez besoin de beaucoup de patience et d'un courage qui ne se lasse point : car vous ne vaincrez pas en un jour.
La liberté est le pain que les peuples doivent gagner à la sueur de leur front.
Plusieurs commencent avec ardeur, et puis ils se rebutent, avant d'être arrivés au temps de la moisson.
Ils ressemblent aux hommes mous et lâches qui, ne pouvant supporter le travail d'arracher de leurs champs les mauvaises herbes à mesure qu'elles croissent , sèment et ne recueillent point, parce qtfiW on( laissé étouffer la bonne semence.
Je vous le dis, il y a toujours une grande famine dans ce pays-là.
Ils ressemblent encore aux hommes insensés qui, ayant élevé jusqu'au toit if^e^ : maispn \ pour ô'y Idgw^ négligent de la couvrir, parce qU'il^ciraigrient un peu de fatigue de pjiusf \. i nj > t
Les vents et les pluies vi^oiaLienfe,iet
D'UN tlROYA^T. 2i5^
lai tnaisxfïv ^s'éxirdule, et ceux qiïî l'avoient bâtie sont tout-à-côUp eïisetelîs
<Jùarid niêine Voà éspëi'sfhfces aurôîéùl: élBé 'ïràtàipééà noti-ééùleinent t fôîsf, 'iaiàis èept'ànîté' fôïà ' sept fois^ ne perciez jamais Tespérance.
Lorsqti on a toi en elle, la cause juste thëmphë toujours, et celui-là se sauve qiiï pefi^^vèrè jusqu'à la fin; ^
IVe dit^s pas. : G est souffrir beaucoup^ppui^çCles b;ifens rfui ne. viendront que tarcF.
rSi cçs bieps viennentrtard, sitvous n'en jouissiez que; peu de temps , ou qup-memeil'înjç ypu^« soit^ Ças donné d^ep, j^Quir 4]^ t,9ptj^ yo^ eqfa^ts e^i jouiront ^^ et .1^^ er^fants de vos enfants.
, , JI^j çi'4urpnt.jque ce quue i^ou^ leur laias^rj^2^ rvoye^s 4pi^f^ si. vpus voulez
leur laisser des fers et des verges et la faim pour héritage.
Celui qui se demande ce que vaut la justice , profane en son cœur la justice ; et celui qui suppute ce que coûte la liberté renonce en son cœur à la liberté.
La liberté et la justice vous pèseront dans la même balance où vous les aurez pesées. Apprenez donc à en connoître le prix.
Il j a des peuples qui ne Font point connu^ et jamais misère n'égala îeur misère.
S'il est sur la terre quelque chose de grand, c'est la résolution ferme d'un peuple qui marche sous l'œil deDieu^ sans se lasser un moment, à la conquête des droits qu'il tient de lui ; qui ne compte ni ses blessures, ni les jours sans repos, ni les nuits sans sommeil^
et qui se dît : Qu'est-ce que cela ? La justice et la liberté sont dignes de bien d'autres travaux.
II pourra éprouver des infortunes, des revers, des trahisons, être vendu par quelque Juda. Que rien ne le décourage.
Car je vous le dis en vérité, quand il descendroit comme le Christ dans le tombeau, comme le Christ il en sortiroit le troisième jour, vainqueur de la mort, et du prince de ce monde, et des mioistres du prince de ce monde.
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XX^YIII,
f j i Le l9J>our6UF porte le poids du joùr^ s'expose à la pluie^au soleil, aiiirventir^ poûi' prépat'er ppir son traVbil Itt moisson i qui remplira ses greniet^ à TàutoninÊi ; !
La justice est la moisson des peuples.
L'artisan se lève avant Faube, allume sa petite lampe^ et fatigue sans relâche pour gagner un peu de pain qui le nourrisse lui et ses enfants.
La juiitice est le pain des peuples.
Le marchand ne refuse aucun labeur, ne se plaint d'aucunes peines; il use son corps et oublie le sommeil 9 afin d'amasser des richesses.
La liberté est la richesse des peuples.
Le matelot traverse les mers , se livre aux flots et aux tempêtes , se hasarde entre les écueils, souffre le froid et le chaud , afin de s'assurer quelque repos dans, ses vieux ans.
La liberté est le repos des peuples.
Le soldat se soumet aux {Jus dures privations, il veille et combat, et don-
ne son sang, pour ce qu'il appelle la gloire. »
La liberté est la gloire des peuples.
S'il est un peuple qui estime moins la justice et la liberté , que le laboureur sa moisson, l'artisan un peu de pain, le marchand les richesses, le matelot le repos et le soldat la gloire ; élevez autour de ce peuple une haute muraille, afin que son haleine n'infecte pas le reste de la terre.
Quand viendra le grand jour du jugement des peuples , il lui sera dit :
Qu'as-tu fait de ton âme ? on n'en a vu ni signe ni trace. Les jouissances de la brute ont été tout pour toi. Tu as aimé la boue, va pourrir dans la boue.
Et lé peuple , au contraire, qui audessu§ des biens matériels aura placé dans son cœur les vrais biens; qui pour les conquérir n'aura épargné au-
cun travail, aucune fatigue, aucun sacrifice , entendra cette parole :
A ceux qui ont une âme, la récompense des âmes. Parce que tu as aimé plus que toutes choses la liberté et la justice , viens , et possède â jamais la justice et la liberté.
A.A.AJ.A:é
Groyeîi-vousque le bœuf qu'on nourrît à retable pour l'atteler au joug, et qu'on engraisse pour la boucherie , soit plus à envier que le taureau qui
nu PAROLES
cherche libre sa nourriture dans le^ forêts?
Croyez-vous que le cheval qu'on scelle et qu'on bride, et qui a toujours abondamment du foin dans le râtelier, jouisse d'un sort préférable à celui de l'étalon qui , délivré de toute entrave, hennit et bondit dans la plaine ?
Croyez-vous que le chapon à qui l'on jette du grain dans la basse-cour, soit plus heureux que le ramier qui , le matin , ne sait pas où il trouvera sa pâture de la journée?
Croyez-vous que celui qui se promène tranquille dans un de ces parcs qu'on appelle royaumes , ait une vie plus douce que le fugitif qui, de bois en bois et de rocher en rocher, s'en va le cœur plein de l'espérance de se créer une patrie?
Croyez-vous que celui qui dort , la
corde au cou, sur la litière que lui a jetée son maître, ait un meilleur sommeil que celui qui, après avoir combattu pendant le jour pour tie dépens dre d'aucun maître , se repose quelques heures , la nuit , sur la terre , au coin d'un champ?
Croyez-vous que le lâche , qui traîne en tout lieu la chaîne de l'esclave ^ soit moins chargé que l'homme de courage qui porte les fers du prisonnier ?
Croyez- vous que l'homme timide qui expire dans son lit, étouflPé par l'air infect qui environne la tyrannie, ait une mort plus désirable que l'homme ferme qui, sur l'échafaud, rend à Dieu son âme libre comme il Ta reçu« de lui?
Le travail est partout et la souf*
france partout : seulement il y a des travaux stériles et des travaux féconds , des souffrances infâ<nes et de$ souffrapces glorieiises.
11 s'en alloît errant sur la terre. Que Dieu guide le pauVi*ë exilé !
JTai pas^é à traters les peuples» et iils m'oat ràgâl*dé^ et je les ai regar-
228 PAKOLE5
dés, et nous ne nous sommes point reconnus. L'exilé partout est seul.
Lorsque je voyois, au déclin du jour, s'élever du creux d'un vallon la fumée de quelque chaumière, je me disois :
Heureux celui qui retrouve le soir le foyer domestique , et s'y assied au milieu des siens. L'exilé partout est seul.
Où vont ces nuages que chasse la tempête? Elle me chasse comme eux, et qu'importe où? L'exilé partout est seul.
Ces arbres sont beaux, ces fleurs sont belles ; mais ce né sont point les fleurs ni les arbres de mon pays : ils ne me disent rien. L'exilé partout est
seul, , ; . ^, ...!.'...;;; ^i- :!. -i
Ce ruisseaiï. coule mollémeat dans; la plaine ; mais $on rnurmurç ) n'est pas celui qu'entendit mon enfance : il
D*UN CROYANT. 22î)
ne rappelle à mon âme aucuns souvenirs. L'exilé partout est seul.
Ces chants sont doux, mais les tristesses et les joies qu'ils réveillent ne sont ni mes tristesses ni mes joies.
L'exilé partout est seul.
On m'a demandé : Pourquoi pleurez-vous? Et quand je l'ai dit, nul n'a pleuré, parce qu'on ne me comprenoit point. L'exilé partout est seul.
J'ai vu des vieillards entourés d'enfants, comme l'olivier de ses rejetons ; mais aucun de ces vieillards ne m'appeloit son fils, aucun de ces enfants ne m'appeloit son frère. L'exilé partout est seul.
J'ai vu des jeun es filles sourire, d'un sourire aussi pur que la brise du matin, à celui que leur amour s'étoit choisi pour époux; mais pas une ne m'a souri. L'exilé partout est seuL
J'ai, vu des jem^es h^o^meâi poitrine contre poitrine, s'étmndre connpe s'ils ay oient voulu de deux vies ne faire qu'une vie ; mais pas un ne m'a serré la main. L'exilé partout est seul.
Il nj a d'amis, d'épouses ^ de père^ et de frères que dans la patrie^ L'exilé partout est seul.
Pauvre exilé ! cesse de géinir ; tous sont bannis comme toi : tous voient passer et s'éyanôuir pères, frères, épouses, amis.
La patrie n'est point i<^i bas ; l'homme vainement l'y cherche; ce qu'il prend pour elle n'est qu'un gite d'une nuit.
Il s'en va errant sur la tiei're. Que Dieu guide le pauvre exilé!
Et la patrie me fut montrée.
Je fus ravi au-dessus de la région des ombres, et je voyois le temps les emporter d'une vitesse indicible à travers le vide, comme on voit le souffle
232 PAKOLliS
du Midi emporter les vapeurs légères qui glissent dans le lointain sur la plaine.
Et je montois, et je montois encore ; et les réalités , invisibles à Tœil de chair, m' apparurent, et j^entendis des sons qui n'ont point d'écho dans ce monde de fantômes.
Et ce que j'entendois, ce que je voyois étoit si vivant, mon âme le saisissoit avec une telle puissance, qu'il me sembloit qu'auparavant tout ce que j'avois cru voir et entendre n'étoit qu'un songe vague de la nuit.
Que dirai-je donc aux enfants de la nuit, et que peuvent-ils comprendre?
Et des hauteurs du jour éternel , ne suis-je pas aussi retombé avec eux au sein de la nuit, dans la région du temps et des ombres?
Je voyois comme un océan immobile^
D'UN CROYANT. ÎS.l
immense ^ infini ; et dans cet océan y trois océans : un océan de force, un océan de lumière, un océan de vie; et ces trois océans, se pénétrant l'un l'autre sans se confondre, ne formoient qu'un même océan^ qu'une même unité indivisible, absolue, éternelle.
Et cette unité étoit Celui qui est ; et, au fond de son être, un nœud ineffable lioit entre elles trois personnes , qui me furent nommées, et leurs noms étoient le Père, le Fils, l'Esprit ; et il y avoit là une génération mystérieuse, un soufQe mystérieux^ vivant, fécond; et le Père, le Fils, l'Esprit, étoient Celui qui est.
Et le Père m'apparoissoit comme une puissance qui, au-dedans de l'Etre infini, uii avec elle, n'a qu'un seul acte , permanent , complet, illimité, qui ept l'Etre infini lui-même.
23ii PAROLBS
Et l6 Fils m'apparoi^soit comme une parole ^ permanente^ complète^ illimitée^ qui dit ce qu'opère la puissance du Père, ce qu'il est , ce qu'est l'Etre infini.
Et l'Esprit m'apparoissoit comme l'amour, l'effusion, l'aspiration mutuelle du Père et du Fils, les animant d'une yie commune, animant d'une 7ie permanente , complète , illimitée , l'Etre infini.
Et ces trois étoient un , et ces trois étoient Dieu, et ils s' embr assoient et s'unissoient dkim l'impénétrable sanctuaire de la substabce une; et cette union, cet embrassement, étoient, au sein de l'immensité , l'éternelle )oie , la volupté éternelle de Celui qui est.
Et dans les profondeurs de cet infini océan d'être , nageoit et flottoit et se dilatoit la création; telle qu'une île
D'UJf CROYANT. 235
qui iiicessâmibeiit dilateroit èes riva-* ges au milieu d'une mer sans limites.
Ëlles'épanouissoit comme une fleur qui jette ses racines dans les eatix , et qui étend ses longs filets et ses corolles
à la surface.
Et )e Toyoïs 1^ êtres s'enchaîner aux êtres f, et se produire et se développer dans leur variété innombrable ^ s'al)reuvantj» se nourrissant d'Une sève qui jamais ne s'épuise j de la force, de la lumière et de la vie de Celui qui est.
Et tout ce qui m'avoît été cadhé jusqu'alors se dévoiloit à mes regards^ que n'arrêtoit plus la matérielle enveloppe des esfiiences.
Dégagé dçs entraves terrestres, je m'en alloi^ de monde en mondb, eomune ici-bas l'esprit Va d'une pensée à Bne pensée j et après m'être plongé , perdu, dans ces merveilles de la puis-»
sance, de la sagesse et de l'amour, je me plongeois , je me perdois dans la source même de Tamour, de la sagesse et de la puissance.
Et je sentoîs ce que c'est que la patrie ; et je m'enivrois de lumière , et mon âme, emportée par des flots d'harmonie, s'endormoit sur les ondes célestes, dans une extase inénarrable.
Et puis je voyois le Christ à la droite de son père, rayonnant d'une gloire immortelle.
Et je le voyois aussi comme un agneau mystique immolé sur un autel ; des myriades d'anges et les hommes rachetés de son sang l'environnoient, et, chantant ses louanges, ils lui rendoient grâce dans le langage des cieux.
Et une goutte du sang de l'Agneau tombait sur la nature languissante et pialade, et je la vis se transfigurer;
et toutes les créatures qu'elle renferme palpitèrent d'une vie nouvelle , et toutes élevèrent la voix , et cette voix disoit :
Saint, Saint, Saint, est Celui qui a détruit le mal et vaincu la mort.
Et le Fils se pencha sur le sein du Père, et l'esprit les couvrit de sou ombre , et il y eut entre eux un mystère divin ; et les cieux en silence tressaillirent.