‹ Paroles d'un libre-croyantChapitre 19 sur 19 · LEA · texte numérisé non relu

LEA

ront autour de Dieu dans une Sotre

éternelle, dont le principal avan

être, à ses yeux, de faire éclater la souveraineté du peuple d'Israël, tandis que l’initié des mystères antiques, le païen assoiffé de vie future, rêve d’une union mystique avec ses dieux, à laquelle il se prépare par toute sorte de cérémonies purificatoires. Puis, ce sont les chrétiens, les chrétiens du moyen âge qui, d’une part, enseignent la résurrection de nos corps et, d'autre part, le caractère spirituel de la vie éternelle ; d’une part, célèbrent l’infinie douceur de lamour de Dieu dont jouiront les fidèles et, d'autre part, décrivent le bonheur qu’ils éprouveront à voir souffrir les damnés; d’une part, l’enfer avec ses flammes et ses démons ; d’autre part, le paradis avec ses anges, sorte de société de chant sacré organisée pour l'éternité, tenant à la fois d’une réunion piétiste et d’un grand couvent, dont le Père éternel serait le supérieur, misérable avortement d’une imagination qui perd haleine pour avoir pris son vol vers des régions où l'air lui manque. | Ainsi, voilà tout! voilà tout ce que l’humanité nous offre pour nous soutenir ou nous consoler: ombres errantes sur la terre, ombres exsangues reléguées dans quelque pâle région élyséenne ; rêves invérifiables de longues métempsycoses à travers des myriades d'êtres ; paradis sensuels

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alors que nous Tr avons abolie sur la pre :

cloître triomphant au ciel dans l’apothé piété désœuvrée! Pauvre intelligence “esprit ae FEAR Ro

vie, d’ éternité, également pois cte passer du bonheur et à concevoir un: bon

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rances de ceux qui nous ont transmis. es} pe du Maitre, remontant Fe formes

tiens, en effet, comme les, juifs pharisiens, croyaient à la résurrection des corps, à la fin prochaine du monde et à l’avènement d’un règne messianique dont la durée était imparfaitement délimitée. Ils étaient persuadés que, peu de temps après sa crucifixion, le Messie reviendrait, non plus sous la forme d’un humble fils de char- . peñtier de Nazareth, mais dans toute la splendeur d’un envoyé-de Dieu, et qu'après avoir anéanti les païens et les juifs incrédules avec le concours des fidèles vivants ou ressuscités, il établirait son royaume sur la terre, à Jérusalem, jusqu’au jour du jugement dernier. Alors les méchants seraient envoyés dans la géhenne et les justes retourneraient auprès de Dieu.

Il n’est pas étonnant que nous retrouvions dans les évangiles des traces de ces idées apocalyptiques que les premiers chrétiens avaient héfitées des Juifs. Ainsi nous lisons dans lé-

.vangile de Matthieu que Jésus, après avoir passé la coupe dé la Sainte Cène à ses apôtres, leur dit: «Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne «jusques au jour où j’en boirai de nouveau avec ‘vous dans le royaume de mon Père.» Et l’apôtre Paul exprime à plusieurs reprises lassurance qu'il vivra encore au moment où le Seigneur réviendra et ressuscitera les morts.

312 PAROLES D'UN LIBRE-CROYANT — à

Mais, d'autre part, nous trouvons, So:

évangiles, soit dans les A de ee r

monde, la situation d’un homme ayant cessivement sept femmes différentes :

« En la résurrection on est comme les ange Dieu dans le ciel. » RS Ê

Sans entrer dans de plus longs détails tiques sur les textes du Nouveau Testar que je viens de dire suffira à vous fai prendre qu’il y a dans les évangiles et épitres différentes conceptions sur le l’homme après la mort; ce qui semble que Jésus n’en avait personnellement € aucune. Avec la sagesse et la réserve

logie, Jésus s’est probablement préciser son enseignement sur ce po

: PR PIE A UTPIRE LAS nous envisageons l’ensemble de ses inst

soit sous la forme où nous les présentent les trois premiers évangiles, soit dans la grandiose traduction philosophique du quatrième évangéliste, deux conclusions ressortent de cette étude, étincelantes comme des diamants dégagés . de leur gangue: d’une part, l'affirmation absolue et sans réserve de la vie éternelle et de son caractère spirituel; d’autre part, la nécessité de se résigner à ne pas connaître le mode de cette vie future. Et ces deux affirmations doivent nous suffire, si nous sommes des hommes de foi. Audessus des divergences d’école, au-dessus des spéculations, variables à l'infini, des théologiens ou des métaphysiciens, elles résument, en effet, le contenu essentiel de la foi chrétienne.

Chrétiens, nous croyons à la vie éternelle, nous y croyons d’une foi entière et absolue. La survivance de l’âme, de l’énergie individuelle qui constitue chaque créature humaine, peut être établie par une démonstration scientifique; le principe fondamental de la science moderne, le principe de la perpétuité et de l'indestructibilité de la force, me semble en fournir la preuve par excellence pour quiconque n’est pas résolument matérialiste. Mais la foi chrétienne en la vie éternelle ne repose pas sur un raisonnement scientifique; c’est une affir-

mation spontanée de notre être tout entier; c'est l'intuition que nous avons en commun avec toute l'humanité et qui jaillit des profondeurs de. notre être, — comme jadis de l’esprit du sauvage que rien d’extérieur ne pouvait amener à une se pareille idée, si formidablement contraire àPap-.… : parence de la réalité, — commeelles’est épanouie … dans toutes les races et dans toutes les civilisations, grossières ou raffinées, idéalistes où positives, mystiques ou rationalistes ; magnifique. espérance, balbutiée par l'humanité alors qu’elle épelait le livre de la nature, répétée en chœur par les milliards d’êtres qui ont souffert ou qui sont morts en la proclamant et qui retentit en core en accents majestueux et sonores dans nos cœurs vieux de tant de siècles. C’est laconviction intime qui se dégage en nous, avec une irrée sistible puissance, non seulement auprès du dit funèbre sur lequel se sont endormis pour toujours nos bien-aimés ou sur la tombe où reposent ceux qui ont emporté avec eux une partie de

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rizon mystérieux de la destinée, C’est l’assur intérieure qu’il y a en nous, comme dans créature vivante, si minime qu’elle soit, que

LA VIE ÉTERNELLE 315 chose de supérieur à nos organes, à notre matière brute, un souffle, un esprit, une âme, une cause finale, un principe d’énergie — appelez-le comme vous voudrez; lé nom n’a pas d’importance, — quelque chose qui existe par soi-même, une émanation du principe éternel, une étincelle divine, qui peut se modifier, se transformer, mais qui ne peut pas cesser d'être. C’est un acte de foi qui s’impose à nous, dont la validité, sans doute, peut être l’objet d’une démonstration, mais qui repose, non pas sur cette démonstration, mais sur la conscience que nous avons de nous-mêmes.

Est-il possible d’aller plus loin et de soulever ne fût-ce que la moindre partie du voile qui recouvre l'éternité ? Ici — reconnaissons-le —notre vue se trouble, notre impuissance éclate, et ceux qui ont le plus vivement ressenti l’assurance de la vie éternelle n’ont pas su nous éclairer. La plus belle définition qui en ait jamais été donnée, c’est la magnifique déclaration spiritualiste du IV* Évangile: « C’est ici la vie éternelle, de te reconnaître, toi, pour le seul vrai Dieu et Jésus-Christ pour celui que tu as envoyé » ; en d’autres termes, la vie éternelle commence dès ici-bas ; elle est la connaissance de la vérité, non la connaissance purement

communion avec le principe de toute vie, RE au Verbe ay dont Téva

monde moral. C’est la RAA ce qu'il y a de meilleur, de plus beau

tous les jours. que notre ARE retourne poussière d’où elle est sortie. C’est la visit état QUE au Pet (el ones néa

entier épanouissement, à Dieù, principe éter S à ses ne de à dans le monde ni

nous ne pouvons posSse qu’ de valles dans les conditions limitées organisme inférieur. Re I « $ 2

Oui, il y a des heures dans la vie où

nous sentons dès ici-bas délivrés d

temps et de l’espace, des heures de ravissement où nous nous élevons au-dessus de nous-mêmes, nous dépouillant de notre égoïsme pour nous associer pleinement à la vie universelle et vivre … de sa vie, tout en conservant la conscience de notre être distinct. Il y a des heures qui valent, à elles seules, une éternité, heures de volupté divine où nous ne sentons plus notre faiblesse, notre péché, nos souffrances, heures saintes où nos âmes transportées par d’ineffables émotions, élevées jusqu'au troisième ciel, communient dans un amour sans bornes, où nous ne faisons plus qu’un avec l'univers immense quise reflète dans nos âmes comme nous plongeons en lui. Il y a des heures bienheureuses où la vérité saisie et embrassée d’une étreinte surhumaine nous inonde et nous pénètre, où l’amour du bien nous transfigure au point qu’il nous semble être le fond même de notre nature; des heures où Dieu se révèle à nous, où nous le connaissons, où nous le sentons vivre en ous, où la lumière qui éclaire le monde a | jusque dans les profondeurs de notre être, des heures où les paroles d'amour, de communion, de confiance, de justice, apportées par l'Évangile, ne sont plus seulement un idéal extérieur vers lequel nous nous efforçons de tendre, mais s’épanouissent en une sou- veraine plénitude de vie.

Mais ils sont fugitifs, ces états dé bonheur complet qui, seuls, nous apparaissent comme susceptibles d'éternité, parce qu’ils nous enlèvent momentanément la conscience de l'espace et du temps. ls sont fugitifs, parce que notre. organisme n’est pas fait pour supporter long: temps ces ravissements de la vie éternelle-qui dépassent les conditions de son fonctionnement. : Ils sont comme ces lueurs intenses qui, dans les régions polaires, illuminent tout à coup les pro. fondeurs glacées d’une nuit prolongée ét'que. ceux-là seuls peuvent saluer comme lauroredu jour à venir qui ont vu le soleil répandre $a. clarté. L

Gravons-en'le souvenir dans nos cœurs avec reconnaissance et comme un gage d'espérance:

Mais ayons la sagesse de ne pas nous laisser. subjuguer par ces saintes extases et par cés ra vissements, qui risquent de nous entraîner vers le mysticisme maladif où-vers.la folie: Sachoôns! rester dans’ notre condition humaine ;"sachons ignorer ce que Dieu a voulu que nous ignorions. O gens de peu de foi! vous voudriez voiret toucher le séjour de l’immortalité pour y crôire,… afin de pouvoir vous endormir dès lors dans une bonne quiétude, comme le fonctionnaire qui sait qu'après tant d'années passées au ser-

vice de r État il touchera sa pension de retraite. Et que deviendrait alors le caractère moral de votre foi? Vous feriez un simple calcul d’intérêt: vous donneriez en vertu sur la terre ce qu’il faudrait pour payer le bonheur après la . mort.

P Combien plus sage et plus sérieusément reli- gieuse est la réserve de l'Évangile! Z/y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père.

Mais quélles sont ces demeures ? Nous ne le savons pas et il est bon que nous ne le sachions pas, car autrement l’œuvre de salut ne serait plus qu'une œuvre de spéculation. L'homme qui ne consent à faire le bien qu'après avoir soupesé la récompense que sa bonne action lui procurera, n'est pas un être vraiment moral.

L'Évangile nous enseigne à faire la volonté de Dieu par amour, afin d’avoir part dès ici-bas au royaume de Dieu. Il nous invite à la régénération, à la nouvelle naissance, non pas en vué d’une bonne place dans le mondefutur, mais pour assurer notre bonheur sur cette terre et faire -éclore le royaume de Dieu dans nos âmes.

Cette ignorance où nous sommes des mystères de la vie éternelle vous laisserait-elle tristes et inconsolés? N'y trouveriez-vous pas suffisamment de garanties, non seulement pour

vous encourager vous-mêmes au bien, mais en:

core pour vous assurer la perpétuité de vos intérêts terrestres les plus chers et de vos affec tions les plus sacrées. S'il en était ainsi, ce se: rait que vous ne vous seriez pas réellement assimilé le fond même de l'Évangile ni la substance de la foi. Oui, certes, l'Évangile nous répond: mystère, quand nous lui demandons ce que sera la vie à venir; mais il nous répond aussi : confiance. La foi de l'Évangile n’est tout entière qu’une magnifique profession de confiance. Confiance en Dieu, dont la souveraine sagesse doit avoir disposé l'univers pour le bien véritable de la création! Confiance en sa miséricorde qui pardonne au pécheur repentant et régénéré! Confiance au triomphe du bien et de la justice sur toutes les puissances du mal et des ténèbres! Confiance en l’avenir pour celui"qui a mis son assurance en Dieu et dans l’accomplissement de sa volonté! Et lorsqu'il s’agit du mystère de notre destinée, vous n’auriez pas confiance en Lui? Mais alors où serait votre foi chrétienne ?

Oh! je le sais, il y a des circonstances dans la vie où la douleur nous suffoque et'où la “con: fiance meurt sur nos lèvres, étouffée dans les sanglots. Il n’y a peut-être pas une séuleper-

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sonne parmi nous qui n’ait connu quelqu’une de ces heures cruelles, où l’on doit se séparer pour toujours de l’un de ceux que l’on a le plus aimés, et où l’on donnerait sa vie pour avoir une certitude sur la forme de la vie future. C’est l’orage éclatant sur nos têtes et brisant dans ses sombres fureurs les chênes de la forêt comme les fleurs fraîchement écloses sur la

lisière des bois. Plus de soleil et plus de lumière :

la terreur et la dévastation. Mais, si le soleil s’est éclipsé derrière les lourdes masses de nuages, qui donc vous autorise à penser qu’il ne reparaîtra plus jamais ? Vous avez perdu la confiance; vous avez perdu la foi sous les coups répétés de la douleur. Recueillez-vous sous la verge de l'Éternel; rentrez en vous-même; humiliez-vous et priez. Si votre cœur n’est pas re-

belle au levain de l'Évangile, la divine confiance

qui inspirait le Fils de l’homme luira encore dans votre âme, comme le soleil après l'orage, et, sanctifiés par la douleur, vous vous relèverez

dans un suprême effort de foi plus ardente et

plus mûre.

L'enfant, tourmenté par la souffrance, crie dans les bras de sa mère, lui reproche le mal dont il souffre, comme si elle abusait envers lui

de sa puissance plus grande, en refusant de le

guérir; mais quand le mouvement rythmé”des bras qui le portent et la douce chaleur du sein où il s’abrite, ont amené le sommeil à sés petites paupières fatiguées, il ouvre une dernière fois les yeux avant de s’abandonner au sommeil ré parateur et son dernier regard est une profession ‘de confiance en la bonté maternelle. En présence de Dieu et de l’éternité, nous ne sommes, nous aussi, que des enfants, aussi inexpérimentés, aussi ignorants, aussi impuissants que le pauvre petit être dans les premiers temps de son existence terrestre. Que notre dernier regard, au moment de nous endormir dans son sein ou de lui confier nos bien-aimés, soit aussi un régard de confiance, et que notre dernière” parole soit la parole du Maître: «Père, jeremets mon esprit entre tes mains. »

D EEK ES ES

rue

Réforme, non révolution.

. L'homme revient toujours & Dieu.

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