LA SÉRÉNITÉ DE L'AME PIEUSE
Mon âme, bénis l'Éternel.
Psaume CII, v. r.
Il y a un singulier mélange de grandeur et de tristesse dans le rythme régulier dès vagues sur la grève. Les beaux jours où la mer sourit et où ses eaux bleues semblent caresser la terre, comme les jours de tempête, lorsqu'elle déploie ses grandioses et tragiques fureurs, sont l’exception. Le plus souvent la houle est moyenne; les vagues se succèdent d’une allure tranquille et cadencée. L’une après l’autre elles déferlent sur la plage, avec de légers flocons d’écume ; dès que l’une s’est retirée, la suivante accourt, et, si loin que l’œil porte, il y en a toujours de nou-
velles qui se suivent d’un mouvement constant, à peine distinctes l’une de l’autre par une ampleur plus grande ou une crête d’écume plus brillante, monotones et puissantes. Et à mesure que le spectacle se prolonge, le spectateur se sent pénétré d'inquiétude et de résignation à la fois : à quoi bon tout ce mouvement ? pourquoi cette force colossale dépensée, semble-t-il, en pure perte ? pourquoi cette agitation sans but apparent? pourquoi cet éternel assaut de la mer contre la terre? L’Océan ne s’arrête pas devant les réflexions de l'homme ; les flots continuent à se courber sous laiguillon du vent; mais à l'homme songeur chacune de leurs crêtes, en s’inclinant devant la majesté des cieux, semble répondre à son tour : « Je fais ce que je dois, « conformément à ma nature; j’obéis à la loi de « l'Éternel. Fais de même et tu retrouveras la « sérénité perdue. »
L’impression produite par le spectacle de la mer sur les esprits portés à la méditation, n’estelle pas l’image de celle que produit la wie humaine sur un grand nombre de nos semblables? À quoi bon le rythme régulier et constant de la vie avec ses agitations incessantes ? Pour: quoi ces quelques années passées sur une petite planète, avec des joies sans lendemain et des
souffrances inoubliables ? Naïître, grandir, se défendre contre les pièges de la nature et la méchanceté des hommes, goûter quelques plaisirs pour en être bientôt dégoûté, puis descendre péniblement la colline que l’on a péniblement gravie, et mourir pour être bientôt oublié, — n'est-ce pas, avec des variantes plus accentuées en apparence qu’en réalité, le sort de tous les hommes ? Et les générations ne se suivent-elle: pas comme les vagues de l’Océen, à perte € vue dans le passé et dans l’avenir, sans qu’il soit possible à l'esprit le plus perspicace de saisir la raison d’être de toutes ces existences qui s’engendrent les unes les autres ?
Que de fois le cri de l’Æcclésiaste : vanité de: vanités, tout est vanité, n’a-t-il pas retenti sur la terre ! Celui-ci vit pour s'amuser et pour jouir le plus possible en bête perfectionnée qu’il est. Mais ses plaisirs le lassent et ses joies le dégoûtent, aussitôt qu’il en multiplie l'usage ! Celui-là vit pour gagner de l'argent ; mais le bonheur ne s’achète pas et son argent ne vaudra que pour ses héritiers. Tel autre place son idéal plus haut; il vit pour la gloire. Mais le plus souvent elle lui échappe; la gloire, par sa nature même, n’est réservée qu’à de très rares individualités, et quand cinq à six mille ans auront
passé sur la terre, que restera-t-il des plus grands parmi nous ? Peut-être un nom connu de quelques érudits.
Toutes ces réflexions sont vieilles comme la civilisation, et plus la civilisation est avancée et brillante, plus elles s'emparent des esprits. Ce sont elles qui ont jadis, dans les milieux les plus différents, dans le Bouddhisme comme dans le Christianisme, engendré la vie monastique. Agir, disait le Bouddha, c’est souffrir ; toutes nos pensées, toutes nos sensations, toutes nos prétendues jouissances ne sont que des erreurs ou des illusions. Il faut donc anéantir en nous toutes ces manifestations de la vie, nous retirer du monde, nous soustraire à l’activité sociale, sauf pour l’accomplissement de la charité; il faut nous dégager, d’une manière de plus en plus complète, de tous les liens qui nous attachent aux vañités de l’existence, jusqu’à ce que nous parvenions à tuer en nous notre personnalité elle-même et à nous confondre avec l’indéterminé et l’absolu, dans le Nirväna, où il n’y a plus ni
pensée, ni action, ni sentiment, par conséquent
plus de souffrance. Et des milliards d'êtres humains ont écouté cet appel avec plus ou moins de fidélité, avides de trouver dans ce monde et dans l’éternité la paix et le repos.
Le monde est mauvais, ont répété, quelque mille ans plus tard, les propagateurs de la vie monastique chrétienne. Il est impossible d'y vivre saintement ; il faut s’en séparer. D'ailleurs il est impropre à nous donner la joie véritable. Une grande lassitude, en effet, s'était emparée des fils dégénérés de la Grèce et de Rome, rassasiés de civilisation, saturés de raffinements, dégoûtés de la gloire, de l'art et de la haute culture dont leurs ancêtres avaient fait le but même de la vie. Et des milliers d'hommes et de femmes se réfugièrent dans les solitudes, se cloîtrèrent dans les monastères, renonçant à la société, à leur famille, à leurs travaux, pour faire leur salut, ne connaissant d’autre moyen de s'assurer la vie éternelle que de se soustraire à la vie terrestre.
Les races de l’Europe occidentale et surtout septentrionale, plus fortement trempées que les populations orientales et soumises à des conditions climatériques moins énervantes, ont su résister à ce faux idéal monastique, d’autant mieux qu’elles apprirent davantage à comprendre les enseignements de leur inspirateur religieux et moral. Dans le Bouddhisme, en effet, la vie monastique est l’application fidèle des principes fondamentaux de Çakya Mouni.
Dans le Christianisme, au contraire, elle est une altération et une dégénérescence des principes de Jésus ; car l'Évangile n’enseigne pas à se séparer des hommes, mais à vivre dans la société sans se laisser corrompre par les influences malsaines que le monde exerce.
L'Évangile, — on l’oublie trop souvent sous l'empire des traditions ecclésiastiques altérées — n’est pas une doctrine de renoncement à la vie ; c’est une doctrine de renoncement au mal, de régénération, c’est-à-dire de vie plus pure, plus sainte, plus forte, substituée à la vie dans laquelle l’homme est esclave de ses passions et soumis à la loi sans avoir en lui-même ce que les théologiens appellent la grâce, en d’autres termes l’amour du bien ou de Dieu. Loin d'enseigner à l’homme de tuer en lui la vie terrestre, afin de se préparer à une vie meilleure en négligeant tous les devoirs de la vie présente, il dit à l'humanité: « Que ta vie présente soit dès ici-bas la vie meil- « leure, qu’elle soit, dès cette terre, éclairée, « sanctifiée, transfigurée par l’amour du Père « céleste, afin que tu t’élèves par une ascension « constante jusqu’à la communion avec l’auteur « suprême de toute vérité, de tout bien, de toute « beauté et de toute vie. » Jésus ne s’est pas retiré du monde ; il a vécu au milieu de son :
peuple, participé à ses- fêtes et à ses réjouissances, fréquenté chez les Pharisiens et tendu la main aux péagers. Plusieurs de ses principaux apôtres étaient mariés et aucun ascétisme ne se manifeste dans sa vie. À peu de distance de la Galilée et de la Judée, où il a accompli la tâche que le Père céleste lui avait confiée, il y avait des ascètes vivant à l’écart des autres hommes, des précurseurs de moines qui ne trouvaient pas la société juive assez pure pour y faire leur salut, ni la vie sociale d’alors digne d’être vécue. Jésus est-il allé s'établir chez ces Esséniens ? Non certes. Il a vécu au milieu des paysans et des pêcheurs de sa patrie galiléenne ; il a parcouru les campagnes samaritaines ; il a porté sa croix en pleine ville de Jérusalem. Et tous ses disciples des premiers siècles se sont inspirés des mêmes principes.
Assurément Jésus aime à se retirer dans la solitude pour se retremper dans la communion avec son Père céleste, Il sait toutes les énergies et toutes les inspirations divines que le recueillement, la méditation, la prière lui communiquent. Par son exemple comme par sa parole, il montre à ses disciples où sont les sources éternellement fraîichgs et bienfaisantes de la vie morale, et tous ceux qui l’ont-suivi ont refait, après lui
et par lui, la même expérience salutaire. Mais ses retraites ne sont jamais que de courte durée; elles ne sont pas pour lui le but de la vie; elles sont le moyen qui doit lui permettre d'accomplir toute son œuvre, sans faiblesse, sans compromission, dans la fidélité de la soumission absolue à l'Éternel, et cette œuvre, c’est dans le monde, dans la société mauvaise, mais qu'il faut sauver à cause de Sa misère même, c’est au milieu des hommes qu’il la réalise. Grande et admirable leçon de piété virile, que les âmes pieuses ont trop souvent méconnue et dont il importe de nous pénétrer pour vaincre nos défaillances et nos découragements, quand la lassitude de la vie active s'empare de nous ou que les misères de l'existence risquent de nous abattre.
Vivre, et vivre chrétiennement, ce n’est pas se renfermer dans la vie contemplative, dans la préparation égoïste de son salut — comme si l’'égoïsme même le plus spiritualisé pouvait conduire au salut ! Vivre, c’est agir, aimer, penser, vouloir, sortir de soi-même pour répandre les énergies que l'Éternel nous a confiées ; vivre, c’est accomplir sa tâche ici-bas, si modeste, si humble, si insignifiante d’apparemce qu’elle
puisse être. Car du moment qu’elle est bonne et
salutaire, elle est sainte, et c’est l’ordre même de Dieu que nous observons en la réalisant avec bonne volonté et fidélité.
Tel est l’enseignement bienfaisant de l’Évangile qu’il faut recueillir pour nous sauver du découragement, qu’il faut inculquer à nos enfants et mettre au cœur de tous les désabusés dont je vous parlais en commençant. Le découragement, a dit l’un des plus fins moralistes du dix-huitième siècle, est la plus grande de nos erreurs. Ne cessez pas de répandre cette vérité auprès de tous ceux que la lassitude de la vie a envahis, pour quelque cause que ce soit; ne cessez pas de les initier au secret de la sérénité chrétienne, au nom et pour l’amour de celui qui les a appelés en leur disant: Venez à moi, vous lous qui êtes travaillés et chargés el je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je Suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes ; car mon joug est doux et mon fardeau léger.
Il est facile de parler ainsi, murmurent peutêtre des victimes de la destinée, lorsque l’on est soi-même heureux. Tant que Job était comblé des bénédictions de l'Éternel, il n’avait aucun mérite à le glorifier. Alors même que cette protestation serait fondée, il en résulterait simple-
ment que ceux auxquels la destinée a rendu facile la sérénité chrétienne, ont doublement le devoir de porter à leurs frères moins favorisés les énergies dont ils jouissent. C’est aux gens qui sont en bonne santé à soigner les malades ou les infirmes. Mais, en réalité, il n’est pas vrai que les découragés, les désabusés, les êtres pour lesquels la vie est sans valeur et sans signification, soient toujours Îes plus déshérités. A chaque instant, au contraire, ce sont les plus fortunés, les plus favorisés, ceux qui ont eu le plus de bonheur ou le plus de succès, qui s’abandonnent au découragement ou à la lassitude, soit parce qu'ayant connu toutes les joies et toutes les satisfactions ils sont dégoûtés de tout, soit parce que le malheur les a frappés en pleine prospérité et qu’ils n'étaient pas armés pour di résister. L'épreuve trempe les âmes fortes, et j'en sais pour ma part beaucoup de bien malheureux qui bénissent l'Éternel, alors que d’autres, longtemps comblés, se découragent aussitôt que l’épreuve les atteint.
Les raisons pour lesquelles nous nous abandonnons à la lassitude de vivre sont infiniment nombreuses et varient d’un individu à l'autre. Mais d’une façon générale on peut affirmer qu’elles se rattachent toutes à une double erreur
de jugement. Tantôt nous demandons à la vie plus qu’elle ne peut nous donner et nous nous décourageons lorsque la réalité ne répond pas à nos espérances. Tantôt notre égoïsme instinctif nous porte à faire de notre personne en quelque sorte le centre du monde, de manière que nous perdons entièrement conscience de notre véritable relation avec l'univers. C’est la même erreur à deux degrés différents d'intensité. Nous nous constituons arbitres souverains de notre destinée ; nous avons Îla prétention que les lois générales de l’univers, en d’autres termes les manifestations fondamentales de l'Esprit suprême qui gouverne le monde, se plient à nos commodités particulières, qu’elles s’inclinent devant nos désirs, respectent nos combinaisons, ou suspendent leur action lorsqu'il s’agit des biens qui nous sont chers. Nous nous laissons aller à la douce illusion que le monde a été créé pour nous, pour notre agrément personnel, que cet immense univers dont les puissances de vie débordent à l’infini et confondent l’imagination, n’existe que pour une petite planète qui s’appelle la terre et que sur cette terre elle-même, déjà si colossale par rapport à nous, c’est notre bonheur individuel, tel que nous le concevons dans notre étroite intelligence, qui doit être la loi
suprême. Et quand nous sommes obligés de nous rendre à l’évidence contraire, quand la réalité s'impose à nous, quand nous découvrons que l’univers n’existe pas pour nous, mais nous pour l’univers, alors nous nous révoltons, nous protestons que le monde est mal fait, que la création est stupide, que la vie est une mauvaise plaisanterie, qu'elle ne vautrien, qu’elle ne mérite pas d’être vécue, que tout ici-bas n’est qu'illusion et, pour un peu, plusieurs ajouteraient que s'ils avaient fait le monde, — eux qui ne sauraïent même pas créer la moindre force ni le moindre: germe de vie, — ils l’auraient fait mieux que l'Éternel! ë
Nous blasphémons la vie, parce que nous oublions la condition fondamentale de notre existence, c’est-à-dire notre dépendance absolue à l'égard de Dieu, et nous blasphémons contre l'Éternel parce que nous ne sommes pas capables de comprendre que cette dépendance, inhérente à notre nature, ne doit pas être pour nous une servitude, puisqu'elle répond aux conditions mêmes de l’existence de notre être, mais une communion vivante du particulier avec l’'universel, de la créature avec son créateur.
C’est ici la vérité essentielle de la religion, et: en quelque sorte la moelle de l'Évangile en qui
la religion a trouvé son expression la plus pure, de nous faire sentir profondément cette déperdance à l'égard de Dieu, et de nous révéler en même temps dans la conscience de cette dépendance, acceptée avec amour, le secret de notre . grandeur et la garantie de notre salut. Comme le dit si justement Pascal: abaissez l’homme, je le relève; relevez-le, je l’abaisse. Quand donc sentirait-il mieux son néant qu’en présence de l'Éternel? Que chacun de vous songe à ce qu’il est par rapport à l'Éternel! Aucun terme de comparaison n’est assez puissant pour nous faire comprendre le néant d’une créature humaine dans l’immensité de l’espace. Pour essayer de vous le représenter, que chacun de vous se demande ce qu’il est dans sa ville, quelle place il occupe dans son département, dans son pays, en Europe, dans notre monde terrestre. Il ne se passe pas une seconde sans qu’il y ait sur la terre un être humain qui naisse ou qui meure. Et cependant cette terre, n'est-elle pas une misérable parcelle de la création, goutte d’eau dans l'Océan ou grain de sable dans la montagne ? Créatures infimes, prenons donc conscience de ce que nous sommes, avant de nous risquer à juger l’Éternel.
Mais en même temps qu'il nous fait sentir le
néant de l’homme, l'Évangile nous en montre l'excellence, car cette créature infinitésimale ne se mesure pas à l’espace qu’elle occupe; elle est esprit; elle sait qu’elle procède du Père céleste; elle reflète en elle l'Éternel, comme la goutte de rosée qui scintille le matin sur le brin d'herbe reflète le soleil levant; elle pense etelle aime, et ce lien invisible d'amour conscient qui l'unit à l'Éternel la transfigure et la ravit. Plus il devient fort, plus elle se sent assuürée contre les difficultés et les misères de la vie, confante en présence des mystères de la destinée, parce qu’elle a conscience de vivre par l'Éternel et pour l'Éternel. Elle sait que, malgré son infinie petitesse, elle est néanmoins dans la main de son Père céleste et que pas un cheveu ne tombe de nos têtes sans que cela soit voulu de Dieu, c'est-à-dire sans que cela soit conforme aux lois physiques et physiologiques auxquelles la créature est soumise. Elle sait sa faiblesse propre, son impuissance, si elle était livrée à elle-même, mais aussi que l’âme humaïne avec
toutes ses misères est d’un prix infiniment pré-
cieux, et qu’un seul acte de consécration au bien, accompli par amour pour la volonté divine, a plus de valeur que les combinaisons dynamiques les plus puissantes. Et jusque dans les épreuves
les plus cruelles de la vie elle bénit l’Éternel, parce qu’elle s’est dégagée de son égoïsme borné, pour communier, dans la plénitude de sa foi avec la Pensée souveraine qui gouverne le monde.
Est-ce à dire que le chrétien, ainsi pénétré de l'esprit de l'Évangile, puisse donner aux découragés et aux sceptiques l'explication de la destinée ? En aucune façon. À ceux qui lui demandent: «A quoi bon la vie? pourquoi ces générations qui se succèdent comme les vagues de l'Océan ? pourquoi toutes nos souffrances et toutes nos misères»? il ne peut répondre que ceci: «Je ne le sais pas plus que vous; laraison dernière des choses m’échappe comme à toute créature humaine; car pour comprendre la vie, il faudrait être capable de comprendre linfini; il faudrait avoir ue intelligence illimitée; il faudrait être Dieu lui-même». La foi chrétienne, pas plus que la science ou la philosophie, n’explique le mystère de l'univers, parce que les causes, autres que les causes secondes, échappent à notre compréhension. Mais en présence de ce mystère elle affirme qu’il y a une cause suprême, qu’il existe une Pensée souveraine, que cette cause doit être suffisante, que cette pensée doit être adéquate à son œuvre, et que
par conséquent, il n’y a d'autre sagesse pour l’homme que d’avoir confiance en cette Pensée, d’y adhérer partout où elle se manifeste, avéc la ferme assurance qu’elle est ce qu’elle doit être, c’est-à-dire qu’elle est bonne et qu’il n’y a rien au-dessus ni au delà. Et cette affirmation de Dieu, la foi chrétienne ne l’énonce pas seulement par obéissance au mystérieux instinct religieux de l’âme humaine, mais encore parce que l’expérience lui apprend que partout où notre connaissance des choses pénètre, elle reconnaît à chaque phénomène, à chaque mouvement, une cause rationnelle, suffisante, en sorte qu’il serait absurde de se refuser à admettre pour l’univers dans son ensemble l’existence d'une cause suprême suffisante et rationnelle, alors que, partout où la science peut exercer ses investigations, il y en a pour chaque phénomène particulier. C’est un acte de foi sans doute, mais cette foi en l'Éternel, cette communion avec le Dieu vivant, sont le fait de toutes les grandes âmes religieuses, de toutes les grandes consciences qui ont soutenu, fortifié et sauvé lhumanité en ranimant sa vie morale; et quelles que soient les incertitudes qui déroutent notre en: tendement en face des grands problèmes de lin: connaissable, cette foi-là apporte avec elle ce
qui vaut mieux que des preuves métaphysiques ou des raisonnements toujours contestables ; elle est une force qui fait vivre, elle apporte la santé morale, la consolation dans les épreuves, l’espérance dans les destinées éternelles du monde et de ses moindres créatures, la sérénité et la paix de l’âme. Où le sceptique et le désabusé gémissent ou blasphèment, elle bénit l'Éternel, et en le bénissant elle se pénètre de son Esprit et se sanctifie.
Acceptez donc la vie telle qu’elle vous est donnée, avec ses incertitudes, ses souffrances et ses mystères, mais aussi avec l’assurance que, telle qu’elle est, elle a sa raison d’être et que cette raison est en Dieu. Vivez-la en vous attachant à ce qu’il y a de supérieur et de divin en elle, et soyez assurés que, si vous ne la trouvez pas digne d’être vécue, c’est à vousmême qu’il faut vous en prendre, à personne d'autre, à vous qui ne savez pas vous soumettre à l'Éternel et qui prétendez lui dicter vos caprices, à vous qui voulez sortir de votre nature et vous soustraire aux conditions inéluctables de l’existence terrestre, comme ces enfants de mauvais caractère ou maladifs qui n’obéissent jamais qu'en maugréant, aux ordres qu’ils devront néanmoins bien finir par exécuter.
Pour être saine et bienfaisante la vie doit être vécue avec foi. Si nous nous bornons à en accepter les conditions, parce que nous savons bien ne pas pouvoir faire autrement, nous aboutirons tout au plus à la résignation morne. Il faut arriver à avoir confiance en elle, parce qu’elle est voulue de Dieu, et à savoir reconnaître ce qu’il y a d’universel, d’éternel et de divin, jusque dans la plus humble de nos existences particulières, lorsque nous savons vivre, non pour nous-mêmes, mais pour l'Éternel. Point n’est besoin, encore une fois, de s’isoler du monde, loin des hommes et de la société, pour se consacrer à Dieu; car c’est déjà se mettre en conflit avec l’ordre divin que de se soustraire à la vie sociale, puisque l’homme est par nature un être sociable dont la vie ne peut s'épanouir que dans la collaboration avec ses semblables, et que ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous, c’est justement notre bonté, notre amour, notre consécration à ceux qui nous entourent.
Il ne s’agit pas davantage de mutiler notre
individualité complexe et, sous prétexte de vivre
pour Dieu, de retrancher de notre vie une partie
des fonctions naturelles que l’ordre divin de.
l'univers comporte, comme si l’accomplissement
de ces fonctions était indigne de l’homme. La
piété saine repousse cet ascétisme délétère qui tue la vie en prétendant l’épurer. Elle nous enseigne à user, sans abuser, des biens que Dieu nous donne, à manger notre pain quotidien, à nous réjouir honnêtement, en rendant grâce à l'Éternel des bienfaits qu’il nous dispense, et en . comprenant que les plus humbles fonctions de notre organisme corporel sont l’œuvre de Dieu, comme les plus hautes et les plus nobles attributions de notre être spirituel.
Il s’agit de vivre selon la nature que Dieu nous a donnée, dans le milieu où Dieu nous a placés, dans les conditions que Dieu nous assigne, en nous conformant de tout notre cœur à sa volonté, en faisant, suivant la belle parole de l'Évangile, notre nourriture quotidienne de la fidélité à cette volonté, et en nous efforçant d'utiliser les forces physiques, intellectuelles ou morales qu’Il nous a octroyées, de manière à leur faire produire tous les fruits qu’elles comportent pour notre bien, pour le bien de ceux qui nous entourent, pour l’extension du règne de Dieu en nous et autour de nous.
Que ne puis-je donner à cette forte et saine piété de l'Évangile une expression assez persuasive pour la faire pénétrer dans le sanctuaire de votre être intime, et y apporter ainsi, au nom
et de la part du Christ, la sérénité et la paix! Que ne pouvez-vous, en rentrant dans vos demeures, emporter l’assurance que chacun de vous, dans sa sphère, si humble soit-elle, peut ennoblir sa vie et lui donner sa pleine saveur, en s’attachant de toute son âme à ce qu'ilya d’éternel et de divin dans sa tâche ! Bien faire ce que l’on doit faire, le faire avec désintéressement, se consacrer à l’&uvre que l’on accomplit par amour de ceux pour lesquels on l’accomplit et par fidélité à la mission que Dieunous confie, mesurer la valeur de cette œuvre, — non à son importance pour les destinées du monde, car lequel d’entre nous aurait la prétention d’être indispensable à ses semblables ou à Dieu, — mais à la bonne volonté avec laquelle nous nous en acquittors, telle est la règle de la vie pieuse et — disons-le hardiment, — de la wie heureuse, parce qu'elle répond à sa destination: Que si votre destinée vous appelle à reprendre les travaux simples du ménage, à préparer la. nourriture quotidienne des vôtres, à soigner vos enfants, à nettoyer votre demeure, sachez que tous ces travaux sont nécessaires, qu’en les accomplissant avec zèle vous vous rendez utile, qu’à la place où Dieu vous a mise, vous faites ce qui est votre devoir, ce qui est sa volonté, et
22e Url
que devant l'Éternel la fidélité de l’humble femme de ménage a sa grandeur morale. Quand votre tâche sera achevée, la grâce de l'Éternel reposera sur vous ; la vie vous apparaîtra avec toute sa valeur et vous le bénirez, parce que vous vous sentirez en communion avec Lui.
Que si, au contraire, votre destinée vous appelle à exercer votre activité sur un champ plus vaste, à instruire vos semblables, à remplir des fonctions administratives ou sociales, à diriger des travaux industriels ou agricoles, prenez votre œuvre à cœur, efforcez-vous de laccomplir en conscience, avec justice, avec bienveillance, en vous rendant compte qu’elle : aussi est nécessaire au fonctionnement infiniment complexe d’une société civilisée, mais surtout pénétrez-vous de cette assurance qu'en vous consacrant à la tâche que vous avez assumée, vous remplissez un engagement qui doit être sacré, vous obéissez à l’ordre moral voulu de Dieu, et du jour où votre œuvre vous apparaîtra dans toute sa valeur morale, elle revêtira à vos yeux une dignité nouvelle. Vous en comprendrez la grandeur, vous serez heureux de pouvoir l’accomplir et vous en bénirez l'Éternel.
Et s’il en était parmi vous qui, en rentrant
dans leurs demeures, dussent retrouver les souffrances du corps et de l’âme, ou — ce qui est pire encore — les douleurs et les angoisses des deuils irréparables ou des lentes agonies, je leur dirais encore, au nom du Maître dont le prédicateur chrétien a mission d’annoncer la parole : acceptez la destinée que l'Éternel vous a assignée ; accomplissez l’œuvre qu’il vous reste à faire ici-bas ; ne cherchez pas à sonder le mystère qui vous entoure, parce qu'il est insondable ; ne vous révoltez pas ét ne blasphémez pas, car cela est insensé pour peu que vous y réfléchissiez un instant. Ne vous érigez pas en juges de l’Éternel, mais ouvrez-lui votre cœur en reconnaissant qu’il est le Souverain, le Tout-Puissant, que c’est à nous de nous soumettre à sa Providence qui dépasse infiniment la portée de notre entendement, à Lui de posséder de toute éternité la puissance et la gloire. Et si vous venez à Lui, dans la pleine conscience de votre dépendance et de votre néant, mais avec la pleine résolution de lui demeurer fidèles dans la détresse comme dans la prospérité, l’expérience des milliers de cœurs éplorés qui ont trouvé en Lui la consolation et le relèvement m'autorise à vous dire que vous sentirez sa bénédiction déscendre en vous'et que, soumis
à la souffrance et à la mort comme aux conditions inéluctables de l’ordre divin, vous vous inclinerez devant l'Éternel pour le bénir, en répétant avec notre Seigneur : Père céleste, que ta volonté soit faite, et non la mienne !
LA FRATERNITÉ HUMAINE SELON L'ÉVANGILE EST UNE COMMUNION MORALE, NON ECCLÉSIASTIQUE, NI DOGMATIQUE
C'est à ceci que tous connaïtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.
PAROLES DE JÉSUS SELON LE 1v° Évan- GILE, CH. XIII, v. 35.
Jésus-Christ lui-même a voulu que les uns fussent apôtres, les autres prophètes, d'autres évangélistes ou pasteurs ou professeurs, afin que rien ne manque aux saints pour l’accomplissement de leur ministère et pour l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que tous se rencontrent dans l'unité de la foi et la connaissance du fils de Dieu, jusqu’a ce que tous soient devenus homme accompli et aient atteint à-la perfection du Christ.
ÉPÎTRE DE L’APÔTRE PAUL AUX CHRÉ- TIENS D'ÉPHÈSsE, CH. IV, v. 11. à 13.
Dès l’origine le Christianisme a proclamé l'unité humaine. Des campagnes de Galilée
Jésus a adressé au monde le plus doux et le plus chaleureux appel de fraternité et d'union qui eût encore retenti sur la terre,et, malgré les tourmentes de l’histoire,malgré les iniquités des
hommes, malgré les rigueurs de la destinée,
l'écho s’en est perpétné de siècle en siècle, comme d’une parole vraiment divine, messagère immortelle de joie et d'espérance pour l’humanité souffrante : /Æ/eureux les débonnaires ! Heureux ceux qui procurent la paix ! C’est à ceci que tous connaïtront que vous élés mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres! Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et voici le second commandement qui lui est semblable, tu aïmeras ton prochain comme toimême. Enfants du même Père céleste, vous êtes tous frères. à La fraternité de tous les disciples du Christ entre eux implique l'unité de la société chrétienne, et tel a bien été l'idéal ou, si l’on préfère, le rêve des premières communautés apostoliques. À Jérusalem les disciples se réunissent dans la chambre haute et poussent l’union de tous les instants jusqu’à une sorte de commu-
nisme. Ils n'étaient, dit l’auteur des Acies, qu'un.
cœur et qu'une âme. À Corinthe les premiers chrétiens se réunissent constamment, prennent
leurs repas en commun et s'organisent comme s'ils devaient former une grande famille. Les chrétiens, nous disent les premiers auteurs qui en parlent, s’appellent entre eux « frères », même quand ils ne se connaissent pas.
Dès le début toutefois il faut distinguer entre l'idéal et la réalité. Le programme était trop beau et les hommes trop mauvais. Le temps n’est plus où l’on pouvait exalter l’union et la paix des premières communautés chrétiennes et en présenter des descriptions idylliques. L’histoire scientifique, la critique sacrée nous ont dévoilé une réalité bien différente de ce tableau fantaisiste : des luttes âpres entre les diverses tendances qui, au lendemain de la mort du Maître, se partagèrent ses disciples, d’amères rivalités personnelles, et bientôt un conflit chaotique de doctrines et de préceptes dans lequel l'Évangile faillit sombrer.
Mais, si les hommes ne furent pas à la hauteur de leur idéal, l'existence même de cet idéal n’en fut pas moins une grande force pour eux et un grand bienfait pour l'humanité, On l’a dit avec raison, il faut juger une société, moins sur ce qu’elle a été que sur ce qu’elle a voulu être. Dismoi quel est le but auquel tu aspires et jete dirai ce que tu vaux. Nul d’entre nous ne réalise ce
qu’il conçoit comme le but suprême de la vie, comme la plus haute expression de la vérité et du bien; mais ceux-là sont vraiment grands, ceux-là sont vraiment dignes de notre sympathie et de notre admiration, qui se sont élevés au dessus de la médiocrité et de la platitude spiri- * tuelles et qui ont ouvert leur âme aux inspirations d’une vérité plus généreuse, d’une beauté plus sereine, d’une justice plus exigeante, bref tous ceux qui ont aspiré au mieux, même lorsque leurs efforts pour le réaliser n’ont pas été couronnés de succès.
Je sais tout ce qu’il y avait d’ignorance, de superstition, de rivalités mesquines chez un grand nombre de chrétiens des premiers siècles. Je sais à quel point la plupart d’entre eux dénaturèrent la divine simplicité de l'Évangile pour y introduire leurs spéculations individuelles ou les fictions de leur imagination surchauffée. Mais de même que je m’incline devant l’héroïque constance de leur foi, de même je salue avecune respectueuse admiration la pensée grandiose qui soutenait leurs courages et transfigurait leur misère, la foi en une humanité renouvelée, d’où toute injustice aurait disparu, d’où toute méchanceté serait bannie et dans laquelle les hommes régénérés par l'esprit du Christ ne formeraient
plus qu’une grande famille de frères, où Dieu serait tout en tous.
Car c’est bien là ce qu’il y a de caractéristique dans cette première éclosion de l'idéal chrétien. On ne vise pas seulement à l’unité dans un petit cercle de frères; on embrasse l’humanité tout entière dans une gigantesque espérance en vue d’une universelle communion. Il y a, en effet, deux sortes d'unité spirituelle qui, de tout temps, ont attiré Les fidèles : d’une part, l’unité restreinte à un petit nombre de personnes, qui se connaissent, se voient et se réunissent fréquemment, la petite communauté, où l’on se trouve entre intimes, le conventicule piétiste où tout le monde a non seulement la même foi générale, mais les mêmes habitudes de piété, les mêmes formules d’oraison, le même langage et jusqu’à un même air de famille, et où l’on se tient volontiers à l'écart du reste du monde avec une nuance de dédain ou une grande dose d’indifférence pour tout ce qui n’est pas de la chapelle. D'autre part, il y a l’unité large, compréhensive, qui, au lieu de se replier et de se concentrer sur ellemême, vise à étendre sa communion dans un rayon toujours plus étendu et, sous sa plus haute expression, à embrasser l'humanité entière dans une vaste et généreuse affirmation de solidarité et de fraternité.
Quoi de plus naturel pour la poignée de chré: tiens misérables et obscurs, disséminés dans le vaste empire romain, que de rechercher exclusivement la première de ces deux espèces de communion, l’unité restreinte du conventicule ? Tout les y invite, et tel a bien été le seul idéal d’un grand nombre d’entre eux. Eh ! bien, non. Dès les premiers jours, les plus ardents, les plus grands étendent leurs espérances fort au delà de cet horizon borné. Ils marchent à la conquête du monde. Ils ont de très bonne heure clairement conscience qu’ils représentent une association nouvelle, une nouvelle alliance, destinée non seulement à se substituer à l’ancienne alliance en Israël, mais encore à supplanter l'association des peuples groupés dans l'empire romain sous le sceptre d’un prince temporel. Ils ont la sublime ambition de ne pas travailler seulement à leur propre salut ou à celui de leurs amis, mais au salut de l’humanité tout entière. Z/ n’y a plus ici ni Juif, ni Grec, ni homme libre, ni esclave, ni homme, ni femme, car vous éles tous un en Jésus- Christ, s'écrie déjà l’apôtre Paul et, cent cinquante ans plus tard, le plus éloquent des apologètes proclame l’âme humaine naturellement chrétienne. |
Un instant on put croire que la grandiose
Re
aspiration de la chrétienté primitive allait devenir une réalité, que l'unité romaine, déjà minée et menacée de dissolution, serait remplacée par Punité chrétienne. La société antique était épuisée ; le paganisme, après un effort colossal pour détruire l’Église nouvelle, s’avouait vaincu. L'empereur romain donnait au christianisme droit de cité et, — ce qui ne s'était jamais vu jusqu'alors, — une assemblée délibérante souveraine réunissait en un seul faisceau des délégués de toutes les parties du monde antique.
Évéques d'Orient ou d'Occident,représentants de l'Europe, de l'Asie et de l’Afrique, tous ensemble au Concile de Nicée devaient élaborer la charte de l'unité chrétienne. L'Église catholique était constituée, l’Église unique, universelle, l’Église sainte qui enseigne ce qui a été cru par tous, partout et toujours. La Cité de Dieu s’établissait sur la terre. Unis désormais dans une même foi, pratiquant les mêmes rites, obéissant aux mêmes lois, adorant Dieu de la même façon, vivant selon les mêmes préceptes, soumis à un gouvernement homogène, les disciples du Christ ne devaient plus former qu’une seule communauté universelle. L'unité des frères était .désormais un fait
accompli.
Hélas ! ici encore l'idéal est bien loin de la
réalité et la vérité historique bien loin des prétentions de l’Église. Il ne suffit pas de décréter l'unité pour qu’elle existe, ni de bâillorner les dissidents pour supprimer la dissidence. Pour maintenir l’unité les conciles avaient un moyen bien simple : ils commencçaient par expulser la minorité, puis quand il ne restait plus que des adhérents de la doctrine que la majorité voulait faire prévaloir, on proclamait celle-ci à l’unanimité comme enseignement de l’Église universelle. C’est ainsi que, sous prétexte de maintenir l'unité, la chrétienté occidentale perdit succes: sivement la communion avec les chrétiens de Syrie, d'Égypte et finalement de l'Orient tout entier. Triste et lamentable histoire que celle de ces conciles qui, au lieu d’être des foyers de wie religieuse et de haute inspiration morale, ont été le champ clos des discussions les plus vaines et des intrigues les plus méprisables et qui, institués pour faire prévaloir la paix et l’union, ont déchainé sans cesse la persécution sur une partie des Églises! Quelques-uns y ont cherché la vérité, assurément, mais la plupart n’y ont servi que leurs intérêts ou leurs passions, recherchant avant tout la consolidation de leur pouvoir ; tous ont manqué de charité.
L'Église avait fait fausse route. Non, ce
n'était pas en élaborant un système toujours plus abstrait et plus creux de métaphysique religieuse que l’on pouvait réaliser l'unité chrétienne. Ce n’était pas en courbant indistinctement toutes les intelligences sous une même discipline intellectuelle que l’on pouvait unir les âmes. A quoi servait-il de réciter le même Symbole d’Athanase, si l’on se détestait réciproquement et si lon s’inspirait de principes tout différents dans sa vie morale? Un brigand pouvait le réciter aussi bien qu’un honnête homme, sans que pour cela il y eût la moindre communion entre eux.
L'Église catholique romaine du moyen âge, plus pratique, moins infestée de l'esprit des sophistes grecs, le comprit bien, lorsqu’elle s’efforça d’étouffer toutes ces discussions dogmatiques et chercha la réalisation de l'unité chrétienne dans la soumission à l’autorité ecclésiastique. Le pape, héritier de saint Pierre, successeur du Christ, les évêques dépositaires de la grâce divine, voilà pour elle les véritables agents de cette unité. Elle est toute extérieure, visible et sensible. Quiconque se soumet entièrement à ses chefs ecclésiastiques, quiconque prend part aux sacrements institués par eux, quiconque croit ce qu’ils lui ordonnent de
croire, fait ce qu’ils lui ordonnent de faire, quiconque leur remet la pleine disposition de son
âme, est membre de l’Église en dehors de laquelle il n’y a point de salut.
Loin de moi l'intention de rabaisser l'Église romaine du moyen âge. Elle a rendu d'immenses services, surtout en maintenant au sein d'une Europe divisée à l’excès et vraiment chaotique, la conscience d’une unité supérieure, d’un lien vivant entre les peuples épars. Il y a une incon:testable grandeur dans l’ambition des papes les plus illustres, de grouper sous une même direction spirituelle tous les chrétiens et de faire régner sur la terre entière une même foi et une même espérance. Mais la tâche était au-dessus des forces humaines. Pour assumer le rôle de la Providence il faut être Dieu même ; les chefs de l'Église, en s’adjugeant un pouvoir divin, ne cessaient pas d’être hommes. Bien peu de têtes sont assez fortes pour supporter le pouvoir absolu sans avoir le vertige, bien peu de caractères assez solidement trempés pour ne pas être victimes de leurs propres passions quand ils ont triomphé de toute opposition.
D'ailleurs, ici encore l’Église faisait fausse route en assimilant l’unité chrétienne à l’uni-. formité extérieure des sacrements et des rites. v.
C'était transformer le royaume de Dieu en une vaste administration, la piété en un: formidable mécanisme, la vie morale en un cérémonialisme creux. C'était l’abdication de la conscience, l’étouffement de l’individualité, l'exploitation de l’homme par l’homme, l’unité dans la servitude. Sauver l’homme du péché en le réduisant à l'esclavage spirituel, c’est tuer le malade sous prétexte de le débarrasser de la maladie.
Aussi les meilleurs et les plus fidèles des chrétiens ne cessèrent-ils de protester contre . cette unité délétère de l'Église romaine, toute extérieure, et contre les abus qu’elle engendrait. Ah! ce n'était pas une petite entreprise de s’attaquer à cette puissance formidable de l'Église et de rompre une unité ecclésiastique jouissant encore d’un prestige immense. Représentezvous ce qu'il faut de force de caractère, en certains milieux, pour s’émanciper simplement d’une exigence de la mode ou de l'étiquette, dans son vêtement, dans sa manière de vivre.
Ici, il ne s’agissait pas d’une vétille semblable. Ce n’était rien moins que le salut éternel qui était en jeu. Se mettre hors de l’Église, c'était se mettre au ban de la société, s’exposer aux violences de toutes les routines coalisées, c'était — bien pis encore — renoncer pour soi-même
à des convictions d’enfance, à des assurances morales longtemps chères; c'était une révolution intérieure avant la révolution extérieure.
Aussi ne saurions-nous assez éprouver de pieuse reconnaissance à l’égarddenoslibérateurs spirituels, qui ont opposé à l’unité extérieure, tyrannique et oppressive, de l’Église romaine l'unité spirituelle de la communion intérieure
avec le Christ. Ne croyez pas que ce me soient.
là que des mots, des arguties théologiques. En opposant à l'unité de l'Église visible que préconise le catholicisme romain, l'unité de l'Église invisible, les réformateurs ont posé un principe qui portait bien plus loin qu'ils ne le supposaient eux-mêmes au début, car ce n’est rien-moins que le solide fondement sur lequel les générations ultérieures ont élevé la liberté de conscience et la tolérance.
Le besoin d'unité qui est inhérent au christia-
nisme et que nous avons constaté au commencement de cette étude, les réformateurs ne songeaient pas à le contester. Pour eux aussi l'Évangile appelle tous les hommes à la fraternité, proclame frères tous les enfants du Père céleste, réclame que les chrétiens s’aiment les uns les autres et qu’ils se pénétrent tous de l’esprit du Christ. Pour eux aussi il affirme ainsi l'unité
PI
spirituelle de tous les chrétiens et annonce à tous ceux qui remplissent ces conditions la bonne nouvelle du salut. Mais qui jugera de la sincérité de cette communion intérieure avec le Christ et avec nos frères? Qui décidera si chacun de nous est digne, oui ou non, de figurer dans l’Église unique et parfaite des vraisdisciples du Christ? Rome répond: «le prêtre »; la Réforme répond: «Dieu ». Rome dit: «C’est celui «qui aura pris part à tous les sacrements de «l'Église régulièrement administrés ; l’unité de «l'Église est visible dans son organisme tér- «restre.» Les réformateurs disent: « La partici- «pation aux sacrements ne prouve rien, la réci- «tation des symboles est sans valeur propre; la «seule chose qui importe, c’est la disposition « intérieure, c’est la régénération morale, l’état « de conscience, la foi. Or, qui jugera les cons- «ciences ? Dieu, Dieu seul. Aucun homme n’a « le droit d’exclure un autre homme du salut «éternel.» Parole libératrice qui dissipe le pouvoir du prêtre comme le soleil dissipe les ténèbres dans lesquelles l’homme est paralysé !
Les Églises terrestres peuvent varier à l'infini, — et l’on sait combien leur nombre a été grand dans les pays réformés. Chacune d’elles n’est qu’une forme imparfaite et temporaire, adaptée
aux besoins particuliers de chaque pays ou de chaque groupe de chrétiens. L'Église invisible, l'unité de tous les vrais disciples du Christ, est éternelle, mais personne n’a le droit de l’accaparer à son profit. Elle plane au-dessus de toutes les confessions particulières, au-dessus de nos passions et de nos faiblesses, comme le ciel azuré, éternellement pur, plane au-dessus des brouillards et des vapeurs qui, pour nous, en interceptent à chaque instant la clarté.
Les Églises de la Réforme ont trop souvent.
oublié les grandes pensées qui ont éclairé leur berceau. Elles ont été constamment infidèles au spiritualisme héroïque de leurs fondateurs. Elles aussi ont à chaque instant émis la prétention d'identifier leur organisation imparfaite avec l'Église invisible et éternelle. Elles ont voulu borner la communion des saints aux étroites limites de leurs circonscriptions confessionnelles. A leur tour elles se sont écriées : « Hors de moi pas de salut! » L’unité chrétienne est devenue pour elle l’adhésion à leurs confessions de foi, à leurs systèmes théologiques, — prétention d'autant plus ridicule qu’elles étaient un grand nombre à s’adjuger le même privilège et à se dénier réciproquement le droit de repré: senter l’Église véritable du Christ. Dans l’unité
catholique romaine il y a du moins une certaine grandeur : c'est un monument séculaire, de dimensions imposantes et, alors même qu’il abrite trop souvent la misère spirituelle,sa façade du moins offre une apparence majestueuse. Mais que dire de ces chapelles qui s’érigent en cathédrales, de ces sectes variées où l’on refuse la dignité de chrétien à celui qui ne souscrit pas la . formule de foi élaborée par quelques douzaines de théologiens après d’Apres discussions et de misérables compromis ?
Non, non, revenons-en à la haute spiritualité des premiers réformateurs, ou plutôt revenons à l’incomparable spiritualisme du Christ, dont l’apôtre Paul a donné une si généreuse définition dans l'Épiître dont nous nous sommes inspiré. L’unité chrétienne, ce n’est pas la société temporelle transfigurée d’une façon magique, telle que la rêvaient les premiers chrétiens. Ce n’est pas l'unité de la croyance métaphysique des premiers conciles. Ce n’est pas davantage l’unité rituelle et sacramentelle, l'unité extérieure de l'Église catholique romaine, ni l’unité étriquée des confessions de foi protestantes du passé. L'unité chrétienne, c’est la communion des saints, c’est l’Église invisible de tous ceux qui ont vraiment aimé Dieu et vraiment aimé leur
prochain, de tous ceux qui ont recueilli au plus profond de leur cœur lappel divin que notre Père céleste adresse à toutes ses créatures et que le Christ, mieux qu'aucun autre des enfants de Diéu, a révélé à l'humanité souffrante et pécheresse. L'unité chrétienne, c’est la sainte communauté qui, à travers les âges comme à travers l’espace, groupe dans une même assemblée idéale tous ceux dont l'esprit a tendu vers les sources divines de la vie spirituelle et dont l’activité a rayonné dans sa sphère, humble ou grande, comme une bénédiction réparatrice ; c’est la légion sacrée de tous ceux qui, au loin comme au près, ont lutté contre le péché, contre l’'égoïsme, contre l'injustice ou la misère morale pour accomplir la loi sainte, la volonté de notre Père qui est aux cieux ; c’est l’association mystique des croyants, qui ont eu foi au bien jusque dans les débordements du mal, qui n’ont pas désespéré de la justice éternelle même quand l’iniquité victorieuse étalait ses insolents triomphes, qui ont cru à la lumière jusque dans les ténèbres, à la bonté suprême jusque dans les affres de la mort. L’unité chrétienne est une unité morale.
Cette question présente un intérêt tout parti- - culier pour nous, libres chrétiens modernes, qui nous efforçons de dégager ce qu’il y a de permanent, de foncièrement religieux, de divin, dans le christianisme traditionnel, des spéculations et des formes ecclésiastiques du passé qui ne correspondent plus à l’état actuel de nos connaissances et aux besoins de l’âme moderne. De même que les fondateurs des Églises protestantes au XVI: siècle furent traités de blasphémateurs et de destructeurs de toute véritable piété, parce qu’ils tentèrent de ramener la barque chrétienne, des pratiques et des cérémonies ecclésiastiques où l'Église s’était enlisée, sur les flots de l’inspiration biblique, de même nous sommes aujourd’hui traités de négateurs, d’ennemis du Christ, de destructeurs de la foi, d’athées même (ou peu s’en faut), parce que nous cherchons à dégager la foi chrétienne de la servitude du livre, du joug de la lettre, du poids mort des spéculations alexandrines ou byzantines qui paralysent l’action de l'Évangile dans-la civilisation actuelle.
On nous accuse de ne plus être chrétiens, parce que nous ne partageons pas les doctrines de saint Athanase, de saint Anselme ou de saint Thomas ; de ne plus être protestants, parce que nous ne considérons pas les confessions synodales du passé comme des révélations divines, parce que nous demandons à distinguer, ce que nos prédécesseurs n’ont pas su distinguer,malgré tout leur génie et toute leur grandeur morale : l'Évangile de foi, de paix et d'amour, d'avec les doctrines rabbiniques ou helléniques dont les Paul et les Jean ont revêtu cet évangile selon. l'esprit et les tendances de leur époque. On nous 3 accuse, parce que nous avons la loyauté de dire tout haut ce que tant d’autres parmi nos contem-: porains pensent tout bas, cachant un détachement à peine moindre de cette théologie dogmatique,sous des distinctions et des réticences qui rappellent plus le genre des disciples d’Ignace de Loyola que la mâle franchise d’un Huss ou. d’un Calvin.
C’est à peu près comme si l’on nous accusait de ne plus être Français, parce que nous n’acceptons plus les lois de l’ancienne France, parce . que pour nous, enfants du XIX°siècle, la France” ne se personnifie plus dans ses rois comme au temps jadis, parce que nous n’admettons plus” . a
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les trois États qui constituaient l’ancienne société française, parce que nous répudions les privilèges de la noblesse et du clergé et que nous. entendons substituer de plus en plus à l’organisation sociale du passé une société démocratique de coopération et de solidarité dans la liberté et la fraternité. Eh! oui, il est bien évident que nous nous faisons aujourd’hui une idée toute différente de l'État, de ses attributions, de ses droits et de ses devoirs, qu’au XVII: siècle ou au XVe siècle. Il y a entre la patrie telle que nous la concevons aujourd’hui et la patrie du moyen âge finissant, toute la différence qui existe entre la France sillonnée de chemins de fer, couverte d’usines, avec ses grandes villes, son industrie, son commerce, ses colonies, son drapeau flottant dans presque toutes les parties du monde, et la France qui sortit de la guerre de cent ans, encore féodale, et comme renfermée derrière les bonnes vieilles murailles où le moyen âge abritait ses trésors dans les donjons ou dans les cités.
. Mais, tout en ayant clairement conscience que la patrie actuelle n’est plus ce qu’elle était au XV: siècle, nous avons assez d'instruction pour savoir qu'entre ce pays d'autrefois et ce pays d'aujourd'hui il y a des liens vivants continus,
qu'ils sont reliés entre eux par un développement organique, que l’un procède de l’autre, que notre France a été à chaque époque de son histoire, dans ses grands jours comme dans ses jours d’humiliation, dans ses élans les plus beaux comme dans ses erreurs, ce que les circonstances lui ont permis d’être, ce que les dispositions de ses enfants. comportaient, — et qu’il serait aussi absurde de s’indigner de ce qu’elle n'ait pas été dès le moyen âge ce qu’elle est aujourd hui, qu’insensé de vouloir la ramener aujourd’hui à l’état où elle était il y a plusieurs siècles. Et à travers les transformations sociales, économiques ou politiques, à travers Les expressions variées par lesquelles chaque génération a traduit sa conception même de la patrie, nous sentons bien néanmoins qu’il y a une unité profonde entre la foi patriotique d'aujourd'hui et celle d'autrefois, une communion mystique supérieure aux révolutions et aux drames de la surface de l’histoire, entre le patriotisme français qui se révèle à nous en la douce et héroïque vierge de Vaucouleurs et le patriotisme du simple petit soldat français moderne, qui marche allégrement au service de son pays, parce que de part et d’autre il y a, à des degrés divers, le même esprit de sacrifice pour la mêmé patrie
b À LU DES D ref
qui n’est pas, comme on l'a diten un instant d'égarement, une abstraction philosophique, mais une réalité spirituelle, le sol natal avec l'ensemble de ses énergies physiques et morales, avec tout son passé de gloires et de tristesses, avec toute sa communauté de souvenirs et de tendances, une grande solidarité à travers l’espace et le temps, une âme commune, une réalité vivante qui, justement parce qu’elle est vivante, évolue et se transforme.
Il en est de même de l’accusation dont nous sommes victimes, nous, libres-croyants modernes. Catholiques, traditionalistes protestants, libres-penseurs même, s'accordent trop souvent pour nous dire: «Vous n'êtes plus chrétiens, «vous êtes des philosophes, des libres-penseurs «inconséquents, des moralistes, mais il n’y a « pas de place pour vous dans le christianisme. »
Chers frères spirituels, quand j'ai été exclu ainsi de la sainte alliance, quand j'ai reçu l’excommunication de Rome et de La Rochelle, je reviens à ma vieille Bible chrétienne et j'y lis ces paroles de Jésus à son disciple intolérant: «n’empêchez pas ceux qui ne vont pas avec nous «de faire des miracles en mon nom, car il n’est «personne qui, après avoir fait un miracle en «mon nom, puisse aussitôt après, dire du mal de
moi. «Qui n'est pas contre nous est pour nous.» Et ma foi se ranime, mon assurance chrétienne renaît au contact du Maître qui seul. a le droit de décider où sont ses disciples. Car, si nul aujourd’hui ne saurait avoir la prétention de faire des miracles, tous ceux qui s'efforcent de chasser les démons modernes, l’erreur, la misère, le péché, tous ceux qui puisent dans leur. éducation chrétienne la sainte ardeur de la lutte contre le mal, Jésus les réclame et défend à ses apôtres intolérants de les exclure de sa com: munion.
Oui, certes, nous ne professons plus sur la Trinité, sur la nature métaphysique du Christ, sur l’incarnation, ni la vieille métaphysique. alexandrine etbyzantine,ni les mêmes croyances” que les chrétiens du moyen âge ou les protestants du XVII: siècle. Nous n’admettons plus la doctrine germanique et médiévale de l’expiation par le sang, parce qu’elle nous fait horreur et qu’elle révolte notre conscience; nous lui préférons la foi des Pères de l’Église grecque. en la Parole divine, le Logos, le Verbe, éclairant l'humanité et vivifiant le monde pour le sauver. Nous ne pouvons pas accepter comme religion tout un ensemble de théorèmes dogmatiques ra qui ne nous apportent que des contradictions <4
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sans aucune édification, ni comme christianisme: tout un ensemble de spéculations philosophiques, dont les éléments se retrouvent peut-être dans les systèmes d’un saint Paul ou d’un saint Jean, mais qui sont étrangères à l'Évangile même de Jésus-Christ.
Mais notre plus haute, notre plus grande ambition, est de nous inspirer de cet Évangile de Jésus, de vivre par lui et de mourir en communion avec lui. Notre conviction morale la plus intime et la plus sacrée, c’est que dans l'Évangile d'amour pour le Père céleste et d'amour pour nos frères se trouve la vérité suprême, le salut, la source inépuisable de vie, de force morale et d'espérance. Notre désir le plus élevé, c’est de contribuer pour notre faible part, dans le sentiment de notre néant, mais avec l'énergie que donne la conviction de faire une œuvre bonne et sainte, objet de la bénédiction divine, à la propagation de cet Évangile, en le dégageant de tout ce qui entrave son action dans la société contemporaine. Notre rêve le plus beau serait de pouvoir transplanter la fleur de Galilée, dans sa fraîcheur et sa pureté primitive, sur le sol profondément remué de notre vieille Europe, dans la terre ensoleillée, mais parfois légère, de notre patrie gauloise, pour qu’elle ravisse à
nouveau nos compatriotes et que, dans les agi: tations morales et sociales de notre siècle finissant, elle puisse encore une fois porter des fruits. de justice, de liberté, de solidarité et d'amour. |
Nous ne prétendons forcer personne à penser comme nous. Nous ne croyons pas à l'efficacité de la violence dans le domaine moral et spirituel. La violence tue; elle ne régénère pas. Nous sommes assez instruits et — permettez-moi de l'ajouter, — assez pieux, assez familiarisés avec l'expérience religieuse — pour comprendre toutes les formes religieuses du passé, pour reconnaître en elles ce qu’il ÿ a eu de grand, de moral, quels sont les besoins religieux qui les ont fait naître et qui en ont assuré le succès, quelles sont les conditions spirituelles qui en ont déterminé la genèse. Nous avons l'esprit assez large pour saisir ce qu’il y a de religieux, ce qui est vraiment bienfaisant et vivifiant, dans toutes les formes religieuses du présent. Nous Gt saluons, partout où nous les rencontrons, avec” respect et avec sympathie, tout élan de l'âme PE vers Dieu, tout acte de dévouement et de soli=” darité, toute expression de fidélité au Christ. tout sacrifice de quelque nature qu’il soit à lan volonté divine et au bien de l'humanité.
Mais nous ne reconnaissons à person
droit de nous exclure de l'unité chrétienne. Et quand on nous excommunie, quand on reprend à notre égard l'intolérance de l’apôtre qui ne permet pas à un étranger au cercle apostolique de se réclamer du nom du Christ pour faire le bien, quand conciles ou synodes nous jugent indignes de faire partie de la communion chrétienne, nous nous redressons dans la conscience de notre bon droit, avec toute l’énergie de notre foi, et forts de notre communion morale avec le Christ, nous souvenant de la vieille et glorieuse liberté de ses plus fidèles témoins, nous demandons à notre tour: «Qui êtes-vous donc pour vous ériger ainsi en juges de vos frères et de quel droit prétendez-vous nous interdire de
servir le Christ, à côté de vous, avec vous, selon
la fidélité de notre conscience ? »
Ou plutôt, refoulant cette indignation première et nous souvenant que les pacifiques et les débonnaires sont les véritables disciples du Maître, nous leur disons une fois de plus : € Tra- « vaillons ensemble à la grande tâche commune «et n’excluons aucun de ceux qui veulent colla- «borer à l'œuvre suprême de la régénération «morale et du progrès spirituel de l’humanité. «On peut, en vérité, différer d'opinion sur tel «ou tel mystère de la nature divine ou du gou-
«vernement de Dieu dans le monde, tout en «travaillant d’un commun accord à la réalisation «de la justice et à la destruction du mal. Vous «croyez que le salut ne s'obtient que par les «sacrements de l’Église et par l'intermédiaire «du prêtre. Vous, encore, vous croyez que le « salut dépend de l'admission littérale d’un cer- « tain nombre de faits historiques rapportés dans «la Bible et de l’acceptation d’un système dog: . « matique sur l’œuvre du Christ. Prêchez votre «foi; efforcez-vous de la répandre; mais ne «nous empêchez pas de répandre de notre côté «notre conception toute morale du christianisme, «que nous croyons plus évangélique et mieux «appropriée aux besoins de la société actuelle. «Il y a du travail dans notre société contempo- «raine pour nous tous. Au lieu de nous arracher « péniblement quelques lambeaux du sol, culti- «vons nos terres à côté les uns des autres. Tel « de nos voisins sera plus sensible à votre pré- « dication ; tel autre àla nôtre. L'essentiel n’est:il «pas d’arracher le plus possible d’âmes à lé: « goïsme, au matérialisme pratique, à la misère « morale et physique? » La N'empêchez personne de CRÉSae au nom de Jésus les démons qui agitent et tourmentent. Je société moderne. Nos Églises contempetes es
rappellent ces frères qui se disputaient avec tant d’acharnement le trésor hérité de leur père, qu'ils ne s’aperçurent pas de l'approche du voleur, lequel s’empara de leur bien et s’enfuit. Quand ils furent exténués et obligés de cesser la lutte, ils constatèrent qu’ils n'avaient plus rien. Je ne prétends pas glorifier notre époque aux dépens des temps passés. Tous les siècles ont eu leurs grandeurs et leurs misères. Nousn’avons, d’ailleurs, qu’à jeter les yeux autour de nous pour constater qu’en fait de misères morales la civilisation dont nous sommes si fiers est d’une déplorable fécondité. Mais il me semble, néanmoins, que la conception plus large et plus évangélique de l’unité chrétienne que je m'efforce de vous faire apprécier, se dégage peu à peu aujourd’hui des erreurs et des préjugés du passé et que, de toutes les formes religieuses que l’histoire de l'humanité fait défiler sous nos yeux comme de toutes les confessions ecclésiastiques dont le présent nous offre le spectacle, s’élève lentement la conscience de la communion universelle de toutes les âmes religieuses. Lequel d’entre vous! oserait prétendre qu’en dehors
1 Ce discours a été prononcé devant des auditoires appartenant à l’Église protestante réformée.
290 PAROLES D'UN LIBRE-CROYANT «Se
de son Église particulière il n’y a pas de vrais
disciples du Christ, qu’un luthérien, un catho-
lique grec ou un catholique romain ne peuvent
pas être chrétiens? Lequel d’entre vous oserait affirmer qu’en dehors des formes historiques du | christianisme il n’y a pas de salut, que les milliards de païens antérieurs à la venue du Christ sur la terre, les milliards de musulmans, de bouddhistes, de confucéens qui n’ont jamais eu connaissance de l'Évangile ou qui n’ont pas ap. » précié la façon dont il leur était présenté, soient. en dehors de toute communion avec Dieu, cons damnés à la mort éternelle? L'histoire des.
religions en élargissant notre horizon religieux, ” en nous révélant des hommes sincèrement pieux … et moraux sous toutes les latitudes et sous toutes les dénominations, les relations toujours plus nombreuses de chacun de nous avec des êtres” humains appartenant à des Églises diférentéss 2 ea des nôtres, nous apprennent chaque jour davan- See tage à reconnaître et à apprécier la vertu, la piété, LEA, la sainteté, dans quelque confession qu’elles se" FA présentent et de quelque robe qu’elles soient 4 revêtues. De toutes les religions il se dégage ainsi une sorte de fond commun qui constitue a. religion largement et universellement humaine, un çethokcieme véritable qui, plus fidèle à on
idéal grandiose que son homonyme de Rome, embrasse dans une communion immense toutes les âmes religieuses du passé et du présent, et qui, du sein de toutes les formes éphémères de la vie religieuse à travers l’histoire, s'affirme comme la religion éternelle et permanente de l'humanité, celle dont on peut dire en vérité que Dieu y est tout en tous.
Le peuple, dont la logique peu réfléchie est volontiers simpliste, exprime cette conviction dans une formule que vous avez, sans doute, comme moi, entendue plus d’une fois : « Toutes les religions sont bonnes, pourvu que l’on soit honnête homme.» Formule simple, sans doute, mais dangereuse, parce qu’elle est de nature à nous induire en erreur. Le libéralisme religieux n’est pas l’indifférentisme en matière de foi. Non, il n’est pas vrai que toutes les religions soient bonnes. Ce qui est vrai, c’est qu’il n’y a guère de religion où il n’y ait quelque chose de bon et que dans toute religion, ce qui est bon, c’est ce qui pousse l’homme à la vie morale. Les religions et les Églises ont des valeurs diférentes ; les unes sont meilleures que les autres. Telle religion qui convient parfaitement à un peuple peu civilisé, ne vaut rien pour un peuple de haute culture. Tel enseignement religieux
qui convient fort bien à un savant, n’à aucune valeur pour un homme dénué d'instruction, lequel n’y comprend rien.
Gardez-vous non moins soigneusement de conclure des exhortations précédentes que les Églises particulières, les Églises terrestres wisibles, celles auxquelles nous appartenons, ont fait leur temps, et que pour faire son salut il suffit de vivre de manière à faire partie de l’Église invi- ; sible. Car si aucune organisation ecclésiastique n’a le monopole du salut moral, chacune d'elles répond plus ou moins à des nécessités socialés qu’ilest insensé de méconnaître. Vous avezbesoin. de vos Églises pour votre instruction religieuse, — si faible hélas! chez la plupart d’entre nous, — pour votre édification, pour développer en vous la solidarité, pour vos œuvres de bienfaisance, pour répandre dans la société la bonne parole de la vie,spirituelle. Savez-vous quel est le meil-. ÿ leur moyen de travailler à la grande unité idéale a FU de la communion des saints, en d’autres termes +
attacher avec zèle, avec amour, à votre Église, & à l'Église de votre choix, à l'Église qui vous donne la meilleure nourriture spirituelle, et dé MxaIler ue ses Fanese votre salut ai Te
‘ait plusieurs Églises terrestres, travaillant cha-
cune dans sa sphère, selon ses moyens et en harmonie avec les besoins et les aptitudes de la société ambiante, à la grande œuvre du salut de lhumanité. Jésus-Christ lui-même, dit excellemment l’apôtre Paul aux chrétiens d’Éphèse, a voulu que les uns fussent apôtres, c’est-à-dire témoins de la vérité par leur vie, les autres prophètes, c’est-à-dire inspirés pour élever les cœurs et agiter les consciences assoupies, d’autres évangélistes, pasteurs ou professeurs, afin que chacun puisse travailler selon ses moyens à l'édification de l’Église et que tous tendent à la réalisation de la perfection, en se rapprochant toujours plus du second Adam, de l’homme parfait, le Christ glorifié de saint Paul. Isolé, chacun de nous est impuissant. Il faut que nous unissions nos efforts dans nos Églises respectives, pour répandre la foi de l'Évangile qui est un principe de vie morale et de piété, pour répandre la connaissance du Fils de Dieu, qui n’est pas une entité métaphysique, mais l’inspirateur de nos consciences, le Fils de l’homme apprenant aux fils des hommes à devenir comme lui fils de Dieu. II faut que nous cessions d’être ballottés à tout vent de doctrine dans notre vie religieuse, pour consacrer toutes nos forces, toute notre
attention à la vérité morale, seule efficace pour nous arracher au mal, pour nous sauver.
Mais il faut que dans cette grande et sainte tâche qui nous incombe à tous, vis-à-vis de nousmêmes comme vis-à-vis des autres, nous ne perdions jamais de vue que la charité, l'amour, doivent pénétrer notre recherche de la vérité et. que, soit dans notre Église particulière soit dans ses rapports avec les autres Églises nous devons être larges, généreux, tolérants, reconnaître ce qu’il y a de bon chez les autres et rechercher ce. qu’il y a de mauvais ou d’imparfait chez nous.
Tendez l'oreille aux accords célestes de l’harmonie universelle de tous les croyants. Ouvrez vos cœurs à la sainte communion de toutes les âmes pieuses. Élevez-vous au-dessus des que-
relles dogmatiques et des rivalités ecclésiastiques …
jusqu'aux hauteurs de l’universalisme chrétien,
et comme par un beau dimanche d'été, sur une …
cime des Alpes, les sons des cloches protestantes
ou catholiques se marient dans les airs, pour ne plus former à ces hauteurs qu’un seul soupir de … l'humanité souffrante vers l'Éternel qui embrasse
dans un même amour toutes ses créatures, ainsi vous recueillerez dans votre âme la sainte har=
fices, de tous les dévouements que les flots de
l’histoire vous apportent, et vous puiserez dans la conscience de cette communion universelle des forces nouvelles pour l’accomplissement de votre tâche personnelle dans votre Église particulière.
L'ÉVANGILE N'EXPLIQUE PAS LE MYSTÈRE DE LA DESTINÉE; LA FOI CHRÉTIENNE DONNE L'ASSURANCE MORALE DE LA VIE ÉTERNELLE
C'est ici la vie éternelle de te connaître, toi, pour le seul vrai Dieu et Jésus-Christ pour celui que tu as envoyé.
ive ÉvVANGILE, cn, XVII, v. 3.
On a souvent remarqué que l'imagination humaine a déployé beaucoup plus de ressources dans les descriptions de l’enfer que dans les représentations du paradis. Poètes et théologiens, moines rêveurs, fatigués par des excès d’austérité, ou prédicateurs populaires désireux de frapper les esprits mal dégrossis, vis'onnaires et fanatiques, se sont complu dans l’énumération des tourments réservés après la mort aux mé-
chants et aux impies, dans la sinistre peinture … des-souffrances infligées par le Père céleste à” : ses enfants rebelles, tandis qu’un petit nombre seulement de penseurs ou de mystiques DR essayé de faire comprendre à leurs compagnons … d’infortune terrestre, en quoi consisterait. le. bonheur éternel auquel le Seigneur appelle sés rs élus. Et il est notoire qe ceux-là même ds
d'émotions, bien plus captivé par la Re surtout lorsqu'il s’agit de la souffrance.
les palpitatione de sa proie ? Ou faut-il, à pessimistes de tous les temps, reconn:
les souffrances étant beaucoup plus no
ici-bas que les joies, l'imagination humaine trouve beaucoup plus facilement dans la réalité des choses les éléments d'un enfer que ceux d'un paradis ? Je laisse à d’autres le soin d’élucider ces graves questions. Je me borne à constater que cette même impuissance relative à décrire le bonheur se retrouve, non seulement lorsqu’il s’agit de la vie future, mais également lorsqu'il s’agit de la peinture du bonheur ter. restre. Rien n’est plus difficile à décrire d’une façon satisfaisante que le bonheur, parce qu’une bonne description suppose l’analyse de l’objet décrit et qu’un bonheur analysé perd, par le fait même, le meilleur de sa vertu. On ne se met à analyser son bonheur qu'après l’avoir éprouvé ou lorsqu'on ne l’éprouve plus que faiblement. Le bonheur complet, le bonheur qui nous enlève et nous ravit, nous prive momentanément de la faculté de nous rendre compte des éléments dont il se compose, tandis que la souffrance, à moins de nous anéantir, aiguise justement en nous cette même faculté d'analyse. Ce n’est pas dans le ravissement d’une divine harmonie que vous vous demandez de quels sons se composent les accords qui vous charment ; mais vienne un faux accord, et la souffrance infligée à. votre oreille vous portera instantanément à vous rendre
Ka
qui vous choquent. PA ps Reconnaissons, d’ailleurs, ne causes naturelles les hommes ont. | déployé plus de virtuosité pour décrire | les e Fe ments des damnés que pour. dépeindre les j des élus, les diverses représentations de JÉT que l’humanité nous a léguées n’ont plus pour. - nous que fort peu de valeur religieuse et morale. Même lorsqu'elles sont parées de toutes les gr
de la poésie ou de toutes les D de
éléments een de la réalité terrestre. i sont des enfantillages qui ous amusent FA AS qu’ils ne nous terrifient. Nous ne croyons plu x enfer du moyen âge avec ses flammes et se:
océans de soufre. Nous ne croyons plus a démons tourmentant pendant l'éternité les ce des damnés. Y en a-t-il même encore beau parmi vous qui croient à un enfer quelco Sous TÉLÉ du sentimentalismes s
Mais alors à quoi un francs avec nous-mêmes. La plu
nous ne le savent pas. Enfer, paradis: ce sont là des expressions que nous continuons à employer, mais auxquelles ne correspondent pas des idées bien exactes dans notre esprit. Nous voudrions savoir, et nous ne savons pas. Nous voudrions comprendre, et nous ne comprenons pas. Le mystère éternel nous donne le vertige;
car il se dresse devant nous, à chaque instant,
dans nos méditations, sur le cercueil qui passe à côté de nous, au lit de mort de nos bien-aimés, dans les affres de la maladie pour nous-mêmes. Nous ne pouvons pas lui échapper, quelque soin que nous mettions à nous absorber dans nos occupations ou à nous étourdir dans nos distractions. Nous croyons à la vie ksternelle, sans doute; mais en quoi consiste-t-elle, cette vie éternelle? :
-et si nous ne parvenons pas à nous en faire une
représentation exacte, quelle consolation pouvons-nous trouver dans la simple croyance
abstraite à une immortalité qui ne nous dit
rien, puisqu'elle ne revêt aucune forme déter-
minée à nos yeux? Douloureux problème devant lequel nous cherchons en général à fuir ou dont
nous nous détournons avec terreur, parce que
nous sentons qu’il dépasse la portée de notre esprit, mais qu'il est du devoir d’une intelligence virile et d’un cœur pieux de regarder en
vie’au delà de tombeau. La croyance à a éternelle n’est pas, comme notre société. tr A souvent ignorante de ce qui n’est pas :
l’est mainte fois imaginé, une croyance
sivement chrétienne. Elle eat ne G
prendre ou pour se la PRÉ e.
Un jour l’homme, encore simple, fance de la civilisation, voit son omb jeter derrière lui. Cette ombre est en blable à son corps et, néanmoins,
s’est endormi; il assiste en songe à des scènes d’un réalisme saisissant. Qu'est-ce à dire, sinon qu'il y a en lui deux êtres qui sont comme la doublure l’un de l’autre, l'ombre et le corps, l’esprit qui voyage pendant que le corps repose, l'âme enfin qui peut se dégager de son enveloppe charnelle, l’âme qu’il sent vivre et palpiter en lui, l’âme qui se révèle en sa conscience et qui se manifeste au dehors sous la forme d’une ombre? Sa science est encore nulle; son expérience élémentaire. N’est-il pas naturel qu’en présence du cadavre de son père ou de : son frère, il se représente que leur âme a définitivement abandonné leur corps? La mort est un sommeil plus long, plus mystérieux que le sommeil de chaque nuit. L’âme qui abandonne le corps pendant le sommeil nocturne, ne peutelle pas également l’abandonner pendant le sommeil de la mort? Et pour la première fois l'instinct d’immortalité qui est inné au cœur de l’homme se traduit sous une forme concrète. La vie d’outre-tombe, c’est la vie à l’état d'ombre, se continuant sur la terre, tout près du foyer domestique, dans des conditions à peu près semblables à celles de la vie antérieure. Ses descendants lui rendront de religieux hommages, lui offriront, sous forme de sacrifices, la nourri-
1306: PAROLES. D'UN A ne me
ture, le vêtement, les armes ou les menus objets | dont il a besoin pour vivre comme. dans le .
passé. Les morts vivent auprès des vivants.
Mais voici! l'expérience sè développe. L La réflexion. naît. L’invraisemblance de, lee conditions d'existence apparaît clairement Le intelligences plus cultivées. L'homme va:t:
renoncer à son assurance d'éternité,. Pr LA Te a reconnu que les morts ne vivent plus à l'ét d'ombres dans son voisinage terrestre. NE combien vous connaîtriez mal le cœur h main, si vous faisiez une pareille supposition. Puisque |
les SES aa ses ancêtres ne : sont pis)
NT spécialement Aéberve à {leur à Et, tantôt sous une forme, tantôt s sous de
dants gardent au dans le vest bull leurs maisons les urnes contenant. les ce des pères ou bien honorent par des cé émon funèbres les tombeaux où sont rec --réstes éphémères. : nee Cependant. les sentiment moi
dans la conscience et affirme son inviolabilité. Il n’est pas admissible que toutes ces ombres, que tous les défunts vivent dans les mêmes conditions au pays de l'éternité. Eh! quoi, le méchant serait-il traité de la même façon que le juste ? l’homme de bien ne récolterait pas ce qu’il a semé et l’impie, trop souvent impuni sur la terre, échapperait pour toujours aux conséquences de son impiété! Non certes; autant vaudrait effacer tout de suite de la conscience humaine la distinction du bien et du mal. Il ya
solidarité entre la vie sur terre et l'existence au
lendemain de la mort; bien des siècles avant le christianisme, dans les civilisations les plus diverses, les sages l’ont reconnu; les conséquences du mal se font sentir, même au delà du tombeau; le sort du méchant ne peut pas être le même que celui de l’homme de bien. Une fois de plus, dans ces conditions nouvelles, l’imagination humaine s’est donné libre carrière pour évoquer les mondes inconnus où doit se dérouler le mystère de nos destinées.
Là-bas, dans les chaudes régions de l’Inde, chez nos frères aryens, mystiques et spéculatifs, parmi ces rêveurs auxquels la vie est le plus souvent à charge comme une fatigue ou une punition, elle a développé un vaste système de
il renaît sous une forme supérieure, soit. terre dans de meilleures conditions soc soit au qi comme esprit divin, Je Gi
RS À la communion absolue et. + parfaire avec Dieu. ver re
alternant les combats où ils rétro é forces avec les banquets où coulera une bois gone et où la beauté des femmes rival
le Juif, SOÈTE et ER enseigne q no!