‹ Paroles de BalzacChapitre 4 sur 7 · LE POLITIQUE L'HISTORIEN · texte numérisé non relu

LE POLITIQUE L'HISTORIEN

Le Politique L'Historien

La liberté enfante Tanarchie, l'anarchie conduit au despotisme, et le despotisme ramène à la liberté ; des milliers d'êtres ont péri sans avoir pu faire triompher aucun de ces systèmes.

Les hommes et les événements ne sont rien, il n'y a en politique et en philosophie que des principes et des idées.

Quand le despotisme est dans les lois, la liberté est dans

les moeurs.

Il existe une classe de demi-

vicieux, de demi- vertueux, de demi-savants, ignorants à demi qui seront toujours le désespoir des gouvernements.

La mission de l'historien est de faire à chacun sa part.

Il y a des aristocrates par inclination qui se font républicains par dépit, uniquement

pour trouver beaucoup d'inférieurs parmi leurs égaux.

Le roman est l'histoire privée des nations. N'est-ce pas un rare mérite que de savoir juger son époque ?

Chaque révolution a son mot, un mot où elle se résume et qui la peint.

Il y a danger à remuer les masses peu civilisées d'un pays.

La France est le seul pays où quelque petite phrase puisse fane une grande révolution.

Ne vouloir connaître de la vie que les événements maté-

rieis, c'est faire de la chronologie, rhistoire des sots.

En révolution il faut diriger le mal qu'on ne saurait empêcher, et appeler la foudre par des paratonnerres, pour la conduire dans un puits.

Les rois ne mendient pas, ils volent.

Les révolutions populaires n'ont pas d'ennemis plus cruels que ceux qu'elles ont élus.

L'anarchie a des phases inévitables ; la domination fougueuse des tribuns est remplacée par celle du sabre.

Les rois n'ont point d'amis.

Il ne faut toucher à son ennemi que pour lui abattre la

tête.

Les dynasties qui commencent ont, comme les enfants, des langes tachés.

Il y a quelque chose de plus ingrat qu*un roi, c*est un peuple

Une aristocratie est en quelque sorte la pensée d'une société, comme la bourgeoisie et les prolétaires en sont l'organisme et l'action.

Une nation qui a deux Chambres, une femme qui prête ses deux oreilles sont également perdues.

L'égalité peut être un droit, mais aucune puissance humaine ne saura la convertir en fait.

Les riches ne sont que les dépositaires du pouvoir que dor-ne la fortune.

De nos jours les moyens

d'action doivent être des forces réelles et non des souvenirs historiques.

La politique est une science sans principes arrêtés, sans fixité possible, elle est le génie du moment, l'application constante de la force suivant la nécessité du jour.

ÎI vient un âge où la plus

belle maîtresse que puisse servir un homnie est sa nation.

En France on ne peut triompher que lorsque tout le monde se couronne sur la tête du triomphateur.

Pour les grands politiques le verbe « voir » n*a pas de futur.

La politique c'est de paraître grave.

La religion sera toujours une nécessité politique.

La religion catholique prise dans ses œuvres humaines est la seule vraie, la seule bonne et belle puissance civilisatrice.

La vraie république est dans

TEvangile,

L'arbitraire c'est la démence du pouvoir.

Savoir employer les intérêts de chacun pour arriver à un grand but, là est tout le secret de la politique.

La religion est le seul contrepoids vraiment efficace aux abus de la suprême puissance.

Un pouvoir impunément bravé touche à sa ruine.

L'action est l'essence des partis.

Les mécontents sont le fond de boutique de toutes les oppositions.

La liberté est ancienne, la royauté est étemelle ; toute nation saine d'esprit y reviendra sous une forme ou sous une autre.

Les peuples, les femmes et

les enfants se gouvernent de même, par la terreur.

Les peuples, comme les femmes, aiment la force et quiconque les gouverne, et leur amour ne va pas sans le respect.

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11 est plus facile de gouverner un peuple d'idiots qu'un peuple de savants.

Le principe de Télection appliqué à tout est faux ; la France en reviendra.

Les peuples qui délibèrent agissent très peu.

L'élection c'est la marée des médiocrités.

La liberté, non ; des libertés, oui.

Le pays qui gagne des batailles doit savoir les chanter.

Le moyen de perfectionner une législation quand un pays a la prétention de réunir sept à huit cents législateurs.

Le pouvoir de tous ne compte avec personne, le pouvoir d'un seul est obligé de compter avec les sujets, avec les grands comme avec les petits.

La loi émanera toujours d'un vaste cerveau, d'un homme de génie, et non de neuf cents intelligences qui, si grandes

qu'elles puissent être, se rapetissent en se faisant foule.

Un grand ministre est une grande pensée écrite sur toutes les années du siècle dont la splendeur et la prospérité ont été préparées par lui.

La survie d'un peuple est l'œuvre de ses hommes de génie.

Ce qu'il y a de plus étranger en France pour les Français c'est la France.

La France, grâce à son langage clair, est la trompette du monde.

En France, ce qu'il y a de plus national est la vanité.

Il est pour les nations deî heures où elles ont la Foi.

La Fiance est la raison du monde.

Persécuter un homme en politique ce n'est pas seulement le grandir, c'est encore en innocenter le passé.

Les peuples ne meurent pas ; ils sont esclaves ou libres.

Trop de ministres n'ont que des idées ministérielles au lieu d'avoir des idées nationales.

En France tout se fait en rieiit.

La presse devenue souveraine sera l'instrument des plus basses ambitions.

Pour l'opposition, il ne s'agit pas d'avoir raison, mais de toujours fronder le pouvoir.

Les ambitieux doivent aller

PAROLES DE EALZAC

en ligne courbe, le chemin le plus court en politique.

Le pouvoir est une action, et le principe électif est la discussion. Il n'y a pas de politique possible avec la discussion.

Les partis commettent en masse des actions infâmes qui

couvriraient un homme d'opprobre.

La polémique est le piédestal des célébrités.

L'histoire des moeurs obéit à des lois plus dures que celles qui régissent l'historien des faits ; il doit rendre tout probable, même le vrai, tandis que

dans le domaine de Thistoire proprement dite, l'impossible est justifié par la raison qu'il est advenu.

Les propriétaires de journaux sont des entrepreneurs, les journalistes sont des maçons.

La puissance d'inertie appelée le Rapport.

Le Rapport est à T Administration actuelle ce que sont les limbes dans le Christianisme.

Le cabaret est le parlement du peuple.

En France, dans ce pays si

spirituel, il semble que simplifie.' ce soit détruire.

L'Administration en France est la plus fureteuse, la plus 'méticuleuse, la plus écrivassière, paperassière, inventorière, contrôleuse, vérifiante, soigneuse, enfin la plus femme de ménage des administrations connues.

Etre journaliste c*est passer prcconsul dans la république des lettres.

Les chercheurs de mondes ignorent que l'association a des mondes à donner.

Qui pourra jamais expliquer, peindre ou comprendre

Napoléon? Un homme qu'on représente les bras croisés et qui a tout fait ! Qui a été le plus beau pouvoir connu, le pouvoir le plus concentré, le plus mordant, le plus acide de tous les pouvoirs ; singulier génie qui a promené partout la civilisation armée sans la fixer nulle part ; un honrnie qui pouvait tout faire parce qu'il voulait tout ; prodigieux phéncrnène de volonté, domptant une maladie par la bataille, et qui, cependant, devait mourir de maladie dans

PAROLES DE DALZAC

son lit après avoir vécu au milieu des balles et des boulets ; un homme qui avait dans la tête un code et une épée, la parole et l'action... Homme auquel, par un rare privilège, la nature avait laissé un cœur dans un corps de bronze ; homme rieur et bon à minuit entre des femmes, et le matin, maniant l'Europe comme une jeune ^\\q qui s*amuserait à fouetter l'eau de son bain ! Hypocrite et généreux, aimant le clinquant et le simple, sans goût et protégeant

les arts ; malgré ces antithèses, grand en tout par instinct et par organisation ; César à vingt-cinq ans, Cromwell à trente; puis, comme un épicier du Père-Lachaise, bon père et bon époux... Et lui qui avait pris un empire avec son nom, perdit son nom au bord de son empire, dans une mer de sang et de soldats. Homme, tout pensée et tout action, tout arbitraire et tout justice à propos, le vrai roi.

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