LE SOCIOLOGUE
Le moraliste.
Le sociologue
Douter de tout et ne douter de rien ne sont qu'un même défaut.
L'infini n'est-il pas le secret des grandes mélancolies.
Improviser c'est lire un beau livre dans son esprit.
Les petites âmes se trompent toujours en appréciant les grandes.
L'art est d'exprimer beaucoup en disant peu.
Tous les grands monuments jettent de l'ombre. Il y a des gens qui ne voient que l'ombre.
Le grand orateur est fils de la solitude.
L'affabilité est la bienveillance en action.
Les grandes idées engendrent les grandes actions.
On ne nous croit pas ce que nous sommes, mais ce qu'on nous fait.
L'histoire de l'Homme est l'histoire de l'humanité, com-
me l'histoire d'une société est l'histoire de toutes.
Le misanthrope est presque toujours une grande vanité cachée sous une peau de hérisson.
Un homme devient bien fort en avouant sa faiblesse.
La fortune, le talent, l'esprit ne sont pour quelques hommes que des brevets d'impertinence.
Pour ressentir une passion ii faut en avoir l'étoffe.
« Légalement » est un ad-
verbe robuste qui supporte bien des fortunes.
li n'y a que les grandes croyances qui donnent les grandes émotions.
Les vérités ne sortent de leurs puits que pour prendre des bains de sang.
Une épitaphe est pour beaucoup de morts la table des madères d'un livre inconnu.
La nature sociale est une grande oublieuse.
Pour pouvoir rire de tout, il faut tout connaître.
Il n'y a de beau que ce qui semble inutile.
Ne nas écouter est non seulement un manque de politesse, mais encore une marque de mépris.
** II n'y a que les malheureux
qui puissent être juges de la misère.
Le plus grand aliment des mauvaises actions secrètes, des lâchetés inconnues, est peut-être un bonheur incomplet.
Ce n*est pas l'espérance, mais le désespoir qui donne la mesure de nos ambitions.
Le vice? C'est peut-être le désir de tout savoir.
Il faut arriver à cette sainte ignorance du bien que Ton fait qui est la grâce suprême des actions humaines.
L'espoir est une mémoire qui ^ 69 —
désire; îe souvenir est une mémoire qui a joui.
Les lois de la physionomie sont exactes non seulement dans leur application au caractère, mais encore relativement à la fatalité de l'existence. Il y a des physionomies prophétiques.
Invente, et tu mourras per-
sécuté comme un criminel; copie, et tu vivras heureux comme un sot.
Chez les sots le vide ressemble à la profondeur.
L'avarice et la charité se traduisent par des effets sem* blables; la charité ne se faitelle pas dans le ciel le trésor que se fait l'avare sur terre.
L'aumône est un revenu qu'on se fait dans le ciel.
C'est du choc des caractères et non de la lutte des idées que naissent les antipathies.
Le déiste est un athée sous bénéfice d'inventaire.
Les prêtres, les magistrats et les feimxies ne dépouillent jamais leur robe entièrement.
Les gens sans fortune doivent être parfaits.
Ne demandez jamais rien de grand aux intérêts.
La nécessité, ce destin subalterne.
La gloire est le soleil des
morts.
La mort est le sacre du génie.
Lire c'est créer à deux.
L'homme de génie ressemble à tout îe monde, et personne ne lui ressemble.
On dort promptement quand l'espérance vous berce.
Faire le bien est une passion aussi supérieure à l'amour
que rhumanité est supérieure à la créature.
Le pauvre est celui qui désire trop.
Le remords, cette vertu des faibles, est une impuissance, il recommence la faute ; le repentir seul est une force, il termine tout.
Rien ne meurt, tout se transforme.
II y a des esprits nobles et des esprits roturiers.
La reconnaissance est à la fois un plaisir et une vertu.
Les amis sont la petite monnaie d'un ami.
Le temps voile et dévoile tout.
Oui et Non n'est-ce pas 1 histoire de toutes les dissertations religieuses, politiques et littéraires.
Le style est le moyen approprié au résultat.
Le goût est la conscience de Tesprit.
Un homme n'est pas tout à fait misérable quand il est superstitieux.
L'entêtement est la patience irréfléchie des sots.
Parler, se faire écouter, n'est-ce pas séduire.
L'espérance est la fleur du désir ; la foi est le fruit de la certitude.
Qui dit doute dit
impuis-
sance.
En attirant les regards nous paraissons grands.
Il arrive un moment dans la vie intérieure des familles oij les enfants deviennent, soit volontairement soit involontai-
rement, les juges de leurs parents.
Le style vient des idées, et non des mots.
Qui dépense trop n'est jamais riche.
L'art de sous-en tendre est la moitié de la langue française.
L'hospitalité est tout à la fois une vertu, un bonheur et un
luxe.
Le sot est celui qui ne justifie pas la bonne opinion qu'il prend de lui-même.
La médiocrité suffit à toutes les heures de la vie ; elle est
le vêtement journalier de la société.
La province veut l'égalité du cœur aussi bien que l'égalité des mœurs. Il n'est pas permis d'être original.
'If **
De toutes les semences confiées à la terre, le sang versé par les martyrs est celle qui donne la plus prompte moisson.
Les qualités du cœur sont aussi indépendantes de celles de l'esprit, que les facultés du génie le sont des noblesses de 1 ame.
La misère enfante l'égalité.
La conversation est un com-
merce où l'esprit s'amoindrit en se monnayant.
Combien d'atrocités se cachent sous ce mot terrible : la
légalité.
La mort est inévitable, oublions-la.
Tous les hommes d'action
inclinent à la fatalité, de même que la plupart des penseurs inclinent à la Providence.
La peur se fera toujours des idoles.
Ce sont les pays athées ou philosophes qui font payer chèrement la vie humaine à ceux qui la troublent, et ils ont raison.
Les hommes de génie sont sans héritiers ; ils portent et emportent tout avec eux.
Le bonheur des autres devient la joie de ceux qui ne peuvent plus être heureux.
L'amour-propre est un es-
croc qui ne manque jamais de dupe.
La fouîe préfère la force anormale qui déborde à la force égale qui persiste. Elle n'a ni le temps ni la patience de constater l'immense pouvoir caché S0U3 une apparence uniforme.
Il y a des ingratitudes forcées : l'ingratitude des enfants
qui ne peuvent jamais s acquitter parce qu'ils doivent trop.
II suffit à un jeune homme de rencontrer une femme qui ne l'aime pas ou une femme qu'il aime trop pour que sa vie soit déransrée.
La terre est la pépinière du ciel.
Il est en quelque sorte deux jeunesses, la jeunesse durant laquelle on croit, la jeunesse durant laquelle on agit.
Il faut rester jeune pour comprendre la jeunesse.
Si pour quelques hommes la
misère est un tonique, il en est d'autres pour lesquels elle est un dissolvant.
Les vieillards ont une politesse à eux.
Les gens qui veulent fortement une chose sont presque toujours bien servis par le hasard.
Les gens de cœur sont simples.
Chercher le plaisir, n'est-ce pas trouver Tennui?
Quand on s'attaque à quelque chose dans le ciel, il faut viser Dieu.
Après l'enfance de la création vient l'enfance du cœur.
Il arrive toujours un âge où la vie n'est plus qu'une habitude exercée dans un milieu préféré.
Le hasard est un homme de génie.
Tuer la fortune d'un homme c'est quelquefois pis que de le tuer lui-même.
Si nous voulions faire la liquidation de la vérité, nous la trouverions peut-être en faillite.
L'étude prête une sorte de
magie à tout ce qui nous environne.
Le pauvre ne doit se coucher que pour mourir.
Pourquoi ne s'occupe-t-on pas des malheurs de la bêtise, comme on s'occupe des malheurs du génie? L'un est un élément social plus abondant que l'autre.
L'intérêt et le talent sont les seuls conseillers consciencieux et lucides.
Un même malheur tout aussi bien qu*un bonheur mutuel met les âmes au même diapason.
Un être qui a manqué sa vocation est malheureux.
Le hasard est le plus grand romancier du monde.
La débauche est un art comme la poésie et veut des âmes fortes.
L'intempérance est la reine de toutes les morts.
L'argent des sots est de droit divin ie patrimoine des gens
d*e:prit.
Le bonheur engloutit nos forces comme le malheur éteint nos vertus.
Les moeurs sont l'hypocrisie des nations.
L'or est le spiritualisme de nos sociétés actuelles.
Tout bonheur matériel repose sur des chiffres.
Aujourd'hui nous subissons l'omnipotence, l'omniscience, l'omniconvenance de l'argent.
Prenez un bain d'or, vous en sortez vertueux.
L'argent c'est la vie, monnaie c'est tout.
Les riches sont les suitans de la société qui y trouvent des harems.
Le point d'appui de Tintelli" gerce est l'argent.
11 n'y y a pas une fortune pécuniaire qui vaille une fortune
laees.
L'intelligence est le levier avec lequel on soulève le monde.
Il faut avoir de l'argent pour mépriser l'argent.
La passion c'est toute l'humanité.
Les haines les plus vives naissent au sein des amitiés.
La victoire est aux écus.
La nécessité, cette mère des grandes choses.
La fonction sociale des courtisanes est i>eut-être de réparer les malheurs de Tavarice et de la cupidité ; leurs dissipations
sont peut-être au corps social ce qu'un coup de lancette est pour un corps pléthorique. La courtisane est une institution si elle est un besoin.
La solitude, cette mère des grandes pensées.
La solitude nourrit les grandes passions.
Toutes les infortunes sont sœurs ; elles ont le même langage, la même générosité, la générosité de ceux qui ne possédant rien sont prodigues de leurs sentiments, et paient de leur temps et de leur personne.
Les miracles du hasard auxquels on doit les grands hommes sont peu soucieux des prix,
— lOÔ -^
et poussent en pleine terre sous les rayons de ce soleil invisible nommé la vocation.
L'éducation publique ne résoudra jamais le problème difficile du développement simultané du corps et de l'intelligence.
L'Argent est le Pouvoir et le Plaisir, tout Tordre social.
Le malheur est notre plus grand maître ; le malheur apprend la valeur de l'argent, celle des hommes et celle des femmes.
La misère, cette divine marâtre qui donne cette forte éducation qu'elle dispense à coups d'étrivières aux grands hommes.
Un écrivain qui se fait l'historien de son siècle touche à beaucoup de plaies.
Pour être grand dans la misère, il suffit de ne jamais s'avilir.
ÎI y a une indigence que les indigents savent deviner.
îl n'y a que les pauvres de eénéreux.
On aime une charité qui satisfait r amour-propre.
La famille ne saurait avoir les orages de Tamour pour base.
La moitié des bienfeiits sont des spéculations, comme la moitié des ingratitudes sont des vengeances.
La famille c'est la société.
Nourrir c'est enfanter à toute beure.
Le mot des grands hommes : Vouloir.
La pensée est constamment le point de départ et le point d'arrivée de toute société.
Les parents ne doivent être ni faibles, ce qui diminue le res-
pect des enfants ; ni injustement sévères, ce qui les froisse; ni avares de sacrifices, ce qui les détache.
Nous sommes tous comme des planches lithographiques dont une infinité de copies se tirent par !a médisance.
Le mal qui nous dévore est l'individualisme.
Nous sommes tôt ou tard punis de n'avoir pas obéi aux lois sociales.
Dieu est un grand reviseur de procès.
Les sociétés n'existent que par la hiérarchie.
On reproche souvent à la vertu ses défauts, tandis qu'on est plein d'indulgence pour les qualités du vice.
La société repose sur des lois de sagesse, des principes de vertus; elle ne peut exister que par les sacrifices individuels qu'exigent les lois ; en accepter les avantages n'est-ce pas s'en-
gager à en maintenir les conditions qui la font subsister.
La possession énerve ; il n'y a que ceux qui n'ont rien qui soient capables d'action.
Une vie unie à une autre vie multiplie dans une proportion effrayante les hasards déjà si variés de l'existence humaine.
Le bonheur ne se trouve jamais en dehors des lois.
Le catholicisme qui pénètre et chanere tous les coeurs est tout
cœur.
Pour empêcher les peuples de raisonner, imposons-leur des sentiments. Il est plus beau de
— ÎÎ7 —
conduire les peuples par des idées morales que par des échafauds.
L'action est la loi suprême de l'homme social.
Dans Tordre moral comme dans Tordre naturel tout abus se paie.
La constance est la plus haute expression de la force.
ïl n'y a que les personnes que nous aimons qui puissent nous faire souffrir.
Il n'y a rien d'aussi agréable ]ue d'être au milieu du mon-
de avec une pensée qu'ignore le monde.
II y a peu d'artistes, de grands honmies qui n'aient leurs écarts. Il est difficile d'avoir un pouvoir et de ne pas en abuser.
Il faut peu se communiquer aux petits esprits ; on y laisse
de sa laine comme aux buissons.
La parole meut les mondes.
Le génie ne doit jamais être à la mode.
La vie habituelle fait l'âme, et l'âme fait îa physionomie.
Un visage est un paysage, un livre ; la physionomie tient parole.
Le regard, cette lumière chargée d*âme.
Le but d'un livre est de faire penser.
Nous ne mourons pas, nous autres chrétiens ; notre tombe est le berceau de notre âme.
Combien d'enseignements dans la plus simple histoire.
On ne relit une oeuvre que poui ses détails.
Les drames sont dans les idées.
Le désert, il y a tout et il n'y a rien. C'est Dieu sans les hom-
mes.
Quand vous rencontrez un type, ce n'est plus un homme, c'est un spectacle ; ce n'est plus
un moment de la vie, mais une existence» plusieurs existences.
Qui peut se flatter d*être ja-^ mais compris. C'est le mot des femmes et celui des auteurs.
Il y a des êtres dont la franche lourdeur a toutes les indis^ crétions d'un acte de naissance.
On ne peut être bien jugé t^ue par ses pairs.
Ceux qui sont contents d'eux-mêmes ont bien mauvais
goût.
Ce qu'il y a de plus beau dans la vie c'est les illusions de îa vie.
La beauté est îe génie des choses.
On ne s'ennnuie jamais à faire de grandes choses.
Le malheur est un marchepied pour le génie, une piscine pour le chrétien, un trésor pour
rhomme habile, pour les faibles un abîme.
Les hommes paraissent avoir plus de respect pour les vices que pour le génie, car ils refusent de lui faire crédit.
La conviction est la volonté humaine arrivée à sa plus grande puissance.
Le désir ce roi de la création.
La nature ne fait que des bêtes ; nous devons les sots à Tétat social.
Il faut avoir fouillé toute la vie sociale pour être un grand romancier.
L'homme qui a des remords est le vrai scélérat car il a quelque idée de la vertu.
La flânerie est la gastronomie de l'œil.
Se promener c'est végéter ; flâner c'est vivre.
La science individuelle de robservation exige des connaissance presque universelles.
L'amour pour la nature est le seul qui ne trompe pas les espérances humaines.
La pitié élève autant de mé- — Î3Î —
diocrités que Tenvie rabaisse de grands artistes.
Aucun code, aucune institution humaine ne peut prévenir le crime moral qui tue par un
mol.
Tous les grands conteurs sont tous des hommes de génie autant que des colosses d'érudition.
Les épopées domestiques sont aussi grandes aux yeux des sages que sont les tragédies aux yeux de la fouie.
Assassins de salons ou de grandes routes, nous aimons que nos victimes se défendent ; le combat semble donc justifier leur mort.
En France, l'horreur d'un criir.3 disparaît devant la finesse d'un bon mot.
L'innocence a ses hardiesses.
Instruite, la vertu calcule aussi bien que le vice.
La flatterie sous-entend l'intérêt.
L'esclave a sa vanité; il ne veut obéir qu'au plus grand des despotes.
La charité dévore la bourse d'un saint, comme la roulette mange le bien du joueur, graduellement.
Il est des vertus si éclatantes qu'elles comportent l'obscurité; les hommes s'empressent de les mettre sous le boisseau.
L'indifférence en matière de vêtements est la marque distinctive de la haute science, de la haute culture, de la pensée follement et perpétuellement active.
Faute d*exercice, les passions se rapetissent en grandissant ces choses minimes.
Toute profession a son calice et ses casse-tête chinois.
Le banquier est un conquéraîit qui sacrifie des masses
pour arriver à des résultats cachés ; ses soldats sont les intérêts des particuliers.