‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 17 sur 44 · C'est lui qui rachètera Israël de toutes ses iniquités · texte numérisé non relu

C'est lui qui rachètera Israël de toutes ses iniquités

J'ai crié des lieux profonds. J'ai crié vers vous des lieux profonds. Seigneur exaucez ma prière.

S1 elle était partie de la plaine, elle eût pu s'arrêter avant le sommet de la montagne et ne pas percer la nue tout entière. Mais vous qui savez tout, vous savez d’où elle est partie. Elle. est partie du fond de l’abime, elle doit aller plus haut que la hauteur. Il faut partir de bas pour aller haut. Il faut prendre son élan du fond de la profondeur. Îl faut que le nuage ait pied pour que l'orage éclate. Il faut avoir mis à nu le fond de la profondeur pour que le haut de la hauteur apparaisse. L’abime appelle l’abime par la voix de ses cataractes. L’abime d’en haut ne répond que quand l’abime d’en bas lui parle à découvert. Il faut qne le premier s'étale, pour que le second cesse de se cacher. Il faut que l’abîme d’en bas montre, au fond de lui, la mort, pour que l’abime d'en haut montre au haut de lui la vie. Ouvre donc tes entrailles, abîme d’en bas, ef , dans ieur profondeur béante montre la mort, pour que la puissance te soit donnée ! La mort, à qui rien

ne résiste, Du diète du fond de l’abîme, et celui qui est Très- Haut sentira l'attrait du vertige.

Le vertige est celui qui appelle du fond des abîmes. Et la puissance s’ébranle sur la hauteur et elle sent que la tête lui tourne et la voilà qui se précipite. Le vertige est à la puissance ce que le cri de l’amour est à la pureté. Carla pureté est l'essence même du désir.

Or, cela, je l'ai fait. J'ai crié des lieux profonds.

Fiant aures tuæ intendentes, in vocem deprecaionis me.

Que vos oreilles deviennent donc appliquees à la voix de ma supplication. Qu’elles auscultent ma poitrine pour sonder mon rugissement.

Ah ! j'ai fait la chose, j'ai creusé l’abime. Non content de sa profondeur, je l'ai approfondie. Je suis allé plus loin qu'on n'était allé avant moi, J'ai sondé l'insondable, j'ai inventé au-dessous de lui, j'ai fait des découvertes. Mes yeux, S’habituant à l’obscurité, ont vu dans l’abime des abimes, et au-dessous des abîmes et au-dessus des abîmes, et les abîimes s’ouvraient les uns sous les autres, et Je suis descendu sans lumière, et je me suis tenu debout au fond et j'ai crié de là-bas vers le ciel pour la terre: ce qui ne s'était Jamais vu.

Comment donc la hauteur ne s’est-elle pas ébranlée? Qui est-ce qui retient ferméesles mains

ANCIEN TESYAMENT ii . de la puissance, et comment ne suis-je pas écrasé sous ses dons! “

anis observaveris, Domine, Domune, quis sustinebit ?

Si vous observez les iniquités, Seigneur, Seigneur, qui résistera ?

- Si les anges, intacts et sans douleur, ne sont pas purs devant vos yeux, comment le fils de labîme conçu dans le péché, et roulé dans son empire, à travers toutes ses horreurs multipliées par elles-mêmes, comme le vase d'argile, roulé comme un dallou de rochers en rochers, à travers les torrents débordés de l’iniquité diverse comment aurait-il fait pour supporter tous re ; chocs sans accident, et faut-il le briser, parce qu’il est très fragile ?

Quia apud te propitiatio est, et propter legem tuarn sustinui te, Domine. Sustinuit anima mea in verbo ejus, Speravit anima mea in Domino.

J'ai crié, parce que vous avez la volonté d’être propice; Je vous ai soutenu, Seigneur, à cause de votre loi.

Mon âme a soutenu dans le verbe de Dieu, ce qu’elle a soutenu. Mon âme a espéré dans le Seigneur.

Nos pères nous ont dit que vous étiez miséricordieux; nous l'avons cru. La voix de labime a

dit que vous étiez miséricordieux, nous l'avons cru. Nous avons supporté, nous avons espéré, nous avons dit: Si déjà l’homme qui est faible est capable de miséricorde, que sera-ce du Dieu tout-puissant? Lui plein de bonheur et sans faiblesse, il doit être capable de tout, excepté. d’être impitoyable! Où prendrait-il la dureté, puisque la bonté est le triomphe de la gloire? Les lèvres humaines l’appellent le Box Dieu ; et, s’il était capable d'orgueil, il s’enorgueillait d’être bon.

À custodia matutina usque ad noctem, speret Israel in Domino. Quia apud Dominum misericordia, el: copiosa apud eur redemplio. El ipse redimet Israel ex omnibus iniquitatibus ejus.

De l'heure matinale jusqu’à la nuit, qu'Israël espère dans le Seigneur !

Parce que la miséricorde est en Dieu et que la rédemption est abondante en lui.

C'est lui qui délivrera Israël de toutes ses iniquités.

Comment! nous aurions espéré, nous, misérables, nous à qui l’espérance est si difficile, qu'il faut nous l’ordonner comme une vertu et que ce n'est pas trop de Dieu pour nous la proposer! Nous aurions espéré, nous, misérables, et le Dieu de gloire, à qui tout est facile, excepté de refuser, ne comblerait pas et n’écraserait pas nos faibles désirs sous la magnificence de ses rémunérations!

Lève la tête et compte, si tu peux, les étoiles. Il les a tirées du néant, et le néant ne priait pas, et le néant n'avait pas besoin.

Le néant n’ouvrait pas la bouche, il ne réclamait pas son pain, et les milliards de soleils pouvaient dormir leur néant éternel, sans préjudice de la miséricorde!

Et maintenant, maintenant que nous voici, maintenant que les misérables ont perdu la faculté du sommeil éternel, maintenant qu’il n’est plus temps de n'être pas, maintenant que la chose immortelle s'impose à chacun de nous,

Maintenant que j'ai crié du fond de l’abîme,

Maintenant que j'ai dit au néant:

Tais-toi, tu ne savais rien de la misère, toi qui te bornais à n'être pes

Maintenant que J'ai inventé l’abime des ane déchirant ses entraïlles pour lui arracher ses secrets, |

Maintenant que le gouffre a jeté son cri, et que la profondeur a levé ses deux mains,

Maintenant que la misère et ia gloire contemplent toutes deux le face-à-face de leurs abîmes,

Maintenant, maintenant que je demande mon pain, celui-là même qui m'a fait ayant besoin de pain et qui, de plus, m'a ordonné de le lui demanaer, celui-là, celui-là, celui-là qui est Dieu, sans impuissance, sans faiblesse, sans amertume et sans défaillance, celui-là le refuserait, quand Israël fort contre Dieu, quand Israël est à deux genoux |

J'ai approfondi la terre, j'ai mis la merànu + J'ai sondé ses précipices; Je suis descendu aux enfers, pour supplier de plus bas; j'ai scruté les abîmes; J'ai srevé les yeux vers les montagnes : j'aiusé mes genoux et j'ai usé ma poitrine, J'ai fatigué les échos de l’abîme; j'ai fatigué ceux de la Hontsns j'ai embrassé, de mes lèvres brülantes ; j'ai embrassé les genoux du ciel et de la terre ; j'ai exténué de mes cris leurs horizons sans profondeur qui, incapables de contenir mes rugissements, éclatent comme des prisons trop is pour leurs prisonniers.

Et le ciel des cieux est fatigué de moi, car je ressemble à un torrent desséché dans un abîme, et qui a oublié le bruit que faisait jadis son eau courante sur ses pierres et ses rochers.

Et le torrent crie par la voix du silence, demandant l’eau qu’il me faut pour ne pas mourir, quand on a soif comme un torrent, et il crie du fond de l’abîme :

De profundis clamavi ad te, Domine: Domine, exaudi orationem meam.

Ecoutez en vérité et exaucez réellement suivant la vertu du mot Amen.

Vous voyez ma poussière, mes désirs et votre gloire! Faites, suivant ma poussière, mes désirs et votre gloire.

De profundis ! De profundis!

Et. s’il est quelque part un abîme que j'gnore, d'eù le cri souterrain (puisse émouvoir plus terriblement Ja montagne, où est-il? S'il faut faire autrement, pour être exaucé, comment faut-il faire ? Terre et ciel, vous ne pouvez pas mépriser celui qui vous parle, car il est faible en vérité! Répondez, répondez! dites ce qu'il faut faire. S'il est des lieux inconnus qui dorment sur le ciel des cieux, Je leur demande, du fond de l’abîme, un conseil d'ami.

Secrets de la hauteur, savez-vous quelque chose ?

Si vous savez, dites, dites. Ne soyez pas avares: ouvrez les mains, donnez le mystère. Écoutez, ombre noire qui dormez sur les nébuleuses.

Écoutez, vous aussi, qui dormez sur l'ombre noire. Écoutez, profondeurs invisibles, que la crainte de la peur n'a jamais abordées. Écoutez, vous qui contenez, au-dessous des terreurs entrevues, les terreurs non entrevues; dites-moi la route qui mène au lieu d’où la prière est entendue !

Vous qui planez sur l’esprit et dont j'ignore les noms, habitants de l’espace inconnu et de l’immensité non transparente, répondez, répondez. Répondez, précipices; répondez, terre et cendre.

Où donc faut-il aller ?

Mais il me semble que le désir porte en lui sa réponse. C’est l’abîme qui appelle l’abîme.

De profundis! De profundis!.....….

æ al

Educ de custodia animam meam ad confitendum nomini tuo; me expectant jusli, donec retribuas mihi.

(Ps. CXLI, v. 8.)

Tirez mon âme de prison pour qu’elle rende gloire à votre nom. Les justes attendent ma récompense.

Les âmes n'étaient pas ; elles pouvaient continuer à ne pas être, et Job a maudit l'heure de sa naissance. Mais vous les avez créées, créées pour rendre gloire à votre nom. Parmi les âmes créées pour cette fin, il en est qui ont refusé, qui refusent, qui refuseront, et, parmi celles-là, beaucoup sont dans la pleine etentière activité de leur refus. Elles ne sont pas captives; elles ont le mal qu'elles veulent; elles le font quelquetois plus qu'elles ne le veulent. |

Or, voici une âme qui, au contraire, veut rendre gloire. Elle veut faire la chose pour laquelle elle a été tirée du néant. Son désir est l'écho terrestre de la volonté divine qui lui à ordonné d’être. Et cette âme se plaint d’être en. prison. La joie est absente ; elle est en prison. Quoi de plus affreux qu’un aigle en cage ? Ses pauvres ailes se blessent aux barreaux trop serrés. Son pauvre regard, plein de douleur et de reproche, -edemande les espaces dont il a

faim et soif. Et pourtant ce n’est là que le symbole, |

L'âme du Prophète-Roi est en prison. Qui pourrait supporter ce spectacle, s’il le voyait des yeux du corps? Une âme en prison, elle qui est faite pour l’immensité? et une âme choisie, et une âme exceptionnelle, et elle crie au ciel et à la terre: Vous avez confié à l'âme humaine le soin de rendre gloire. Les âmes humaines aussi m'ont confié, à moi qui suis leur représentante, Je soin de rendre gloire : la nature et l'humanité m'ont remis un mandat. Je suis née pour cela; je ne le refuse pas ; je veux le faire, Mon désir est l'écho de la volonté qui m'a ordonné d'être, et moi, moi qui ne peux pas supporter le spectacle d'un aigle en cage, je suis la réalité dont je ne peux pas supporter l'ombre, et mes pauvres ailes et mes pauvres yeux supportent la réalité dont je ne peux pas supporter l'ombre sur les ailes etsur les yeux de l'aigle! Et les justes m’attendent. Ils attendent ma délivrance! Ils risquent d’être scandalisés par la vue de ma captivité. Ma délivrance, urgente pour moi, est urgente pour tous. Les yeux créés ne peuvent plus supporter le spectacle de l’aigle en cage, parce qu’ils sont créés pour le

- voir libre et volant. Souvenez-vous que l’homme

est faible. Souvenez-vous que Jérémie a maudit sa naissance.

La miséricorde, la justice et la gloire poussent le même cri : grâce pour ceux qui sont nés et qui

ne peuvent pas faire la chose pour laquelle ils

sont nés.

Si mon âme ne rend pas gloire, elle risque

de faire le contraire. Toute créature pare le même cri:

Délivrez ! Délivrez !

Et, depuis le Psalmiste, le Verb fait chair nous a appris à dire : Et ne nous induisez pas en tentation, mais délivrez-nous du mal.

Une tradition bretonne nous parle d’un men- Giant, presque idiot, nommé Salomon, qui ne savait dire que deux mots: Ave Maria; puis Salomon mangerait bien du pain ! C'était là sa façon de demander l’aumône : Salomon mangerait bien du pain, s’il en avait.

Le pain de l’âme humaine est de rendre grâces ct gloire: c'est là sa faim et sa soif. Elle est à gcnoux, à la porte de l’ifglise, comme Salomon Le en. la porte du riche, et elle dit dans son langage : Salomon mangerait bien du pain!

Je suis faite pour la [lumière et pour l’immensito. |

Délivrez, délivrez; que ma parole sorte enfin de moi, joyeuse, libre et puissante! Oh! je chanterais bien, si je pouvais!

Salomon mangerait bien du pain.

Nescivi, j'ai ignoré. Car il faut bier un refuge à l'âme. Le renard a sa tanière, et la tourterelle a son nio. Il faut bien un refuge à l’âme. La science a pour objet ce qui se détermine. Mais c’est là le travail; c'est la fatigue ; ce sont les six jours. Il faut bien un sabbat. Le sabbat de l’âme, c’est une certaine ignorance, supérieure à à toute notion, qui est l’acte suprême. L’ignorance d'en bas. est une inaction de l'esprit. La science est une action, la série des actions multipies de l'esprit. L’ignorance d’en haut, c’est l’acte suprême, et, auprès de son activité, toute action est une - paresse.

L'ignorance est le feu central qui brûle et qui consume, et, auprès de ce feu-là, les sciences sont des pailles. L’ignorance est une adhésion brûlante à l'indéterminé. C’est l’haleine qui n’ose pas sortir de la bouche, parce qu’elle sent le voisinage de la gloire ; c’est la flamme qui brûle sur place, dont le mouvement trop rapide se déguise sous les espèces de l’immobilité.

C'est la parole dans laquelle les paroles sont

ANCIEN TESTAMENT 143 noyées. C’est l'océan dans lequel les mondes n'apparaissent plus que comme des nageurs perdus dans l’immensité. C'est la chose que la langue Rumaine ne sait comment indiquer, ef, ne pou-

vant plus parler sur la montagne où elle étouffe, 7

parce qu'il y à trop d'air, elle emploie le mot le plus contraire à ce qu’elle veut dire. Elle renonce, et prend le mot d'en bas, comme pour se rassurer contre la chose d’efhaut.

Les sciences ressemblent à des morceaux de bois nombreux et distincts qu’on apporterait pour un bûcher. Tout à coup le feu prend. Les morceaux de bois fondent et se confondent dans les embrassements de la flamme, et la flamme, mécontente de ses insuffisantes victimes, se brûle ellemême dans sa fureur ; elle brûle sur place, sans air sur la montagne. La foudre tonne sans bruit, et voilà l'ignorance. C’est la nuit qui donne son gage. Cest la main des ténèbres qui se pose comme un manteau devant la tête, et l'âme a soif d'ombre, comme le cerf poursuivi a soif de la source vive.

Elle a soif de l’eau qui roule de la hauteur, et qui se précipite au fond de l’abîme, de l’abime où il fait nuit. Il ÿ a un hôte dans le nuage, hôte qu'on peut sentir et qu'on ne peut pas voir. Les ténèbres extérieures sont vides. Les ténèbres intérieures sont habitées. Les ténèbres extérieures pèsent. Les ténèbres intérieures soulèvent. L’esprit ne les comprend pas, mais il les sent. Etla poussière d’encens monte sans forme, ignorant

sa route et son but. C’est le nuage très sacré de la fumée odorante. Job dit que le Seigneur lui répond du fond du tourbillon. Les ténèbres tourbillonnantes produisent la paix, pourvu que ce soient les ténèbres intérieures. La tempête des ténèbres sur l'océan, pluie d'ombre, est l'excès même du calme, son transport, sa fureur ; c’est la paix qui s’exalte jusqu’à l’aliénation. Mais c’est la paix toujours. C’est la paix qui fait comme le solitaire, qui monte au-dessus d'elle-même et qui trouve son sabbat dans le dernier des abîmes où le vertige la conduit.

I me semble que l'esprit se représente une créature qui, inondée magnifiquement et au delà du désir, par toutes les magnificences du jour et de la nuit, de l’orient et de l'occident, du ciel et de la terre, souverain des hommes et des choses, foule aux pieds son empire et s’abîime dans le désespoir essentiel. Dans le désespoir typique et primordial de ne pouvoir embrasser Dieu tout entier, et plus il s’abîme en lui, plus il sent l’insuffisance des précipices qu'il creuse. Voilà l’homme de l'ignorance. Magnifiquement dévoré par l’adoration nocturne, il est à jamais penché sur l’abime de la gloire interdite, sur l’abime du Dieu inconnu, et son désespoir se nourrit de luimême. Îl est à lui-même son pain, son vin et sa garantie. Il sent qu'il est à jamais. Voilà peutêire Le type du dernier élu. Le secret de Dieu est pour les autres. À lui appartient le secret du roi. Dieu, pour les autres peut s'appeler [a lumière.

: 1h de son on et c’est là he le ae l'appelle, sans paroles, du fond de l'ombre.

O Israël, je t'ai appelé par ton nom!

Les paroles de Dieu sont des actes. Le nom que porte en lui la créature est plus substantiel qu’ellemême. |

Quand il l'appelle par son nom, il la crée, c'està cire il rend témoignage au nom qu’elle porte ex lui. si |

Quand il a appelé par son nom la lumière, la lumière a dit: Me voici.

Quand il a appelé par son nom Abraham, Abraham a dit: Me voici.

L’Ancien Testament est la parole de Dieu qui appelle par son nom Israël, et Israël répond: Me voicl.

C’est pourquoi l'Alliance s'appelle Testament, c'est-à-dire témoignage.

L'appel de Dieu, c’est le témoignage qu’il rend au nom que porte en lui la créature.

Autrr chose «st appeler, autre chose appeler par son nom. Appeler, c’est l'acte général; appe-

ler par son nom, c'est séparer des autres, c’est

individualiser, c’est mettre à part, et si la chose

ANCIEN TESTAMENT 449 est portée au comble, c’est déclarer anathème, c'est-à-dire se do: à soi-même celui qu’on appelle.

Un homme peut en appeler un autre de plusieurs noms. Îl y a le nom public, il y a le nom intime. Le nom intime est le témoignage du regard intime.

Ce qu’on entend en français par la fête d’un homme, c’est le jour où son nom se représente dans le calendrier, sonnant par son retour une année révolue et appelant un témoignage que l’on souhaite, quand on souhaite la fête.

Israël est le Bien-Aimé. Celui qui le bénit est béni; c'est qui le maudit est maudit; ô Israël, je t’ai appelé par ton nom. |

Tu étais parti, enfant protigue : tu as dévoré ta substance dans les régions lointaines avec des courtisanes. Les courtisanes représentent les idoles.

Mais voilà que tu vas revenir compléter le nombre des élus.

Qui sait si les nations qui s’appellent chrétiennes et qui le sont si peu ne représentent pas ce fils Aécontent de voir revenir son frère prodigue, et si le père ne va pas tuer le veau gras le jour où celui qui était perdu sera retrouvé, Le jour où celui qui est mort sera ressuscité ?

Q Israël, il t’appelle encore une fois par ton nom, et le veau gras rendra témoignage au retour de l'enfant prodigue.

Et vous, fils d'Ismaël, promis par l’ange du

désert, par l'ange qui montra la source vive aux

yeux désolés d'Agar, ce n’est pas en vain que votre père a été sauvé de la sécheresse comme Moïse des eaux du Nil. Le jour vient où celui qui appelle les abandonnés par leur nom étendra sur vous la main et dira sur vos têtes l'Amen du témoignage, l’Amen de L'AIRénee, l'Amen du Téstamiéhit,

Amen. Amen. Amen. €

Les noms des hommes qui sont les représentants du Testament sont tellement consacrés qu'ils font partie du nom de Dieu. Dieu s'appelle le Dieu d'Abraham et d’Isaac et d'Israël. Ainsi le nom de ces hommes s’introduit et s’installe dans

le nom de la Divinité qui, pour se distinguer des

idoles, s’appelle le Dieu d'Israël. |

Dans cette scène, qui résume l'Histoire du monde, et dans laquelle le Dieu d'Israël et Baal sont invoqués tous deux par leur nom pour rendre témoignage à leur nom invoqué, Élie, appelant le témoignage, appelant le feu du ciel qui doit dévorer l’holocauste, Elie parle et dit:

Seigneur, Dieu d'Abraham et d'isaac, et d'Israël, montrez aujourd’hui que vous êtes le Dieu d’ [ét aël, etc.

Et le feu dévore non bee l’holocauste, mais la pierre, le bois, la poussière, et l’eau qui étaient autour de l'autel.

Israël était l'autel des sacrifices: et ce jour-là il put dire: le Seigneur m'a appelé par mon nom.

Le nom d'Israël, dans l’ Écriture, est continuel-

Mél Gihe. LA

. À cs drain e 927

ANCIEN TESTAMENT 151 lement joint au nom du Seigneur. On pourrait dire qu'il le suit comme son ombre, presque aussi fidèlement que le nom du Pauvre, perpétuellement accolé aussi au nom de Dieu.

Le rappel des douze tribus d'Israël semble devoir être la fête du soir; les siècles la célébreront à leur céclin. La fête et le nom sont deux: mots qui ne se quittent pas, et le jour de cette fête, le monde se tournant vers son berceau entendra pour la seconde fois cette parole de fête!

O Israël, je t'ai appelé par ton nom.

Amen. Amen. Amen.

Le nom du Dieu d'Israël pourra peut-être alors être encore prononcé. Ne ressemble-t-il pas à un écho? | |

Dieu, qui nomme les choses parce qu'il les connaît intimement, nomme Israël: en effet, Jacob a vaincu l’ange. Mais l’homme ne sait pas, il tâtonne, il balbutie, il ne connaît pas Celui dont il parle.

Dieu a nommé Israël. Comment fera Israël pour nommer Dieu?

Il fera comme l'enfant qui répète ce qu il 8 entendu, sans le comprendre. Enfant: einfans, celui qui ne sait pas parler. Israël, qui a reçu son nom du Seigneur, quand il voudra nommer le Seigneur, répétera le nom qu’il a reçu, et, balbutiant dans sa langue, il dira, sans savoir de qui il perle: Vous êtes le Dieu d'Israël.

mare [A

25. Hæc est autem scriptura, quæ digesta est: MANE, TaeceL, PHARES.

26. Hæc est interpretatio sermonis, MANE: numeravit Deus 1egnum tuum et complevit illud.

21. THECEL. — Appensus es in staterà, in inventus es minus habens.

28. PHARES. — Divisum est regnum tuum, et datum est Medis et Persis.

(Daniel, V,- 25, 26, 21, 28.)

Or, voici les caractères qui ont été tracés : Maxà, THECEL, PHARÈS.

Et voici leur signification :

Maxë. — Dieu a compté la durée de votre règne et a dit : c'est assez.

Tugcez. — Vous avez été placé dans la balance, et vous n’aviez pas le poids.

PHaRÈs. — Votre royaume a été parlagé, donné aux Médes el aux Perses.

Le festin de Balthazar est avec la vision de Joseph et la passage de la mer Rouge, une des scènes les plus grandioses de l’Écriture. L'apparition silencieuse des doigts écrivant trois mots sur la muraille, pendant le délire de l’orgie, pendant la profanation des vases sacrés, pendant la louange des idoles, pendant la nuit folle de Balthazar, cette apparition silencieuse, ces trois

mots qui font pâlir le Roi, la gravité solennelle

de l'intervention menaçante qui parle peu et qui agit, Daniel évoqué du fond de l'ombre, pour parler à Balthazar, comme Joseph du fond de son cachot pour parler à Pharaon, l’Espritssintentrant

avec lui dans la salle des orgies idolâtres, la

majesté surhumaine entrant, sans se profaner, dans le lieu de toutes les profanations, pour leur lire en leur présence et dans leur temple même leur arrêt de mort; Daniel, l’homme de justice, celu: qui, tout enfant, avait justifié Suzanne

sans crainte du peuple et des vieillards puissants, …

Daniel entrant ici pour accuser avec la même

souveraineté, la même lumière et la même force

ur

ANCIEN TESTAMENT 155 qui l'avaient autrelois assisté pour absoudre : Daniel, qui dans l'intervalle avait prosterné devant la majesté sas fin l’orgueil de Nabuchod=nosor, qui avait gouverné comme Joseph, parce qu'il avait compris comme lui; Daniel le confident des anges et l'assistant de leurs combats: Daniel qui avait commencé sa carrière par la justification de Suzanne, ét qui la consomme par la condamnation

de Balthazar; Daniel, l'homme de la justice et

l'homme de la Di qui semble proclamer par la voix de sa vie} fat de ces deux choses, et la convenance de ces deux dons; Daniel, le juge de Dieu établi par sa main sur les rois de l'Asie,

entrant comme lalumière, Daniel lit et tue

Manè, Thecel, Pharès. — J'ai compté, j'ai pesé, j'ai or

Le Nombre, le Père, j'ai compté. — Le Poids figuré par la Pilinbt, qui elle-même figure la voix: le Fils, j'ai pesé.

La conclusion etla justice, la justice qui es le Saint-Esprit: j'ai divisé.

Et immédiatement voici Cyrus, : - appelé. par Isaie qui savait son nom il y à deux cents ans,

voici Cyrus qui arrive.

Ici nous allons voir une grande harmonie, un grand spectacle. Nous allons voir le commencement et la fin du monde s’embrasser. Tous les actes de justice, toutes les interventions sont des

ombres de la justice dernière, tous les grands

jugements de Dieu rappellent plus où moins la

vallée de Josaphat.

. Le monde a été disposé dans le nombre, le poids et la mesure. C'est l’œuvre du commencement.

Le nombre, le poids et la mesure ont été chargés d'établir le monde.

Et quand :il est question nca plus d'établir, mais de renverser, de juger, de condamner, voici le nombre, le poids et la mesure qui réapparaissent dans leur splendeur inviolable : Manè, Thecel, Pharès.

Ces juges intègres qui ont vu la fondation des empires en voient le renversement.

Le commencement et la fin des choses sont présidés par les mêmes présidents.

Dans la poésie initiale de la création, dans la poésie consommatrice du renversement, dans la poésie du matin et dans la poésie du soir, dans la poésie du créateur, dans la poésie du Rédempteur, et dans la poésie du juge, voilà donc les mêmes éléments. La main qui dans sa fureur vengeresse a écrit sur les murs du festin maudit les trois mots solennels aurait pu les écrire, dans le calme créateur, dans le calme paternel, sur les murs de l'espace, après la création du monde, vers le septième Jour. |

Elle eût pu les écrire sur les murs de l’espace, dans l'enceinte où sont placées les étoiles. Celui qui connait leur nombre et qui les appelle par leurs noms, qui a compté, mesuré, pesé les constellations, aurait pu écrire sur elles et autour d'elles: Manè, Thecel, Pharès.

Au fond des abîmes de l'Océan, dont les pro-

ANCIEN TESTAMENT 157 fondeurs parfaitement calculées n'échappent pas … à ses yeux, Celui qui a creusé les abîmes eût pu écrire dans le repli le plus inscrutable des précipices couverts par les eaux: Manè, Thecel, Pharès. :

La multitude énorme des végétaux, des animaux, des oiseaux et des poissons qui semble défier les calculs à cause de la profusion, cette multitude est comptée, nombrée, pesée, séparée, divisée en classes, en genres, en espèces... Et ce

temple pourrait porter sur son frontispice: Manè,

Thecel, Pharès.

Et Adam, Adam innocent, plein d'ordre et plein d'amour, Adam était éclairé des reflets de la lumière: le nombre, le poids et la mesure avaient travaillé à sa force, comme ils vont concourir à la beauté d'Eve.

Toutes les splendeurs, toutes les magnificences, toutes les profusions, toutes les richesses semblent, dans la pensée du vulgaire, accompagnées d’une idée de désordre. Cette erreur énorme et étrange est réfutée par toutes les splendeurs, par toutes les magnificences, par toutes les richesses, par toutes les profusions de la création et per toutes celles de l’art humain, par toutes celles de la poésie, par toutes celles de la musique. Elles s'appuient toutes sur l’ordre, sur le nombre, le poids et la mesure, comme une cathédrale ou comme un palais sur ses fondements.

Et voici que la magnificence vengeresse fait

comme la magnificence créatrice. Par la bouche

ns .

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on

as

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Abyssus dedit vocem Suam; altitudo manus suas levavit.

(Habscue, III, 10.)

L'abime a

jeté son cri; la profondeur a lové ses deux mains.

L’'Abîme! que de choses dans ce mot! c’est un de ceux qui reviennent le plus souvent dans l'Écriture. L'âme est un abîme: la profondeur est le lieu d’où l'âme crie vers la hauteur : de Profundis ! de Profundis ! Si l'homme pousse un cri vers Dieu, ce cri s’appelle inévitablement

de Profundis. Quand la profondeur lève les deux

mains, c'est que l'Océan agité par la tempête s'ouvre devant le cri qui passe, comme l4 mer Rouge devant Moïse, et laisse à nu, commeelle, les précipices qu'il couvrait, les précipices étonnés qui voient le jour pour la première fois, et les précipices poussent leur premier cri, parce que la Profondeur a levé ses deux mains. L'âme humaine a ses précipices qui n'ont pas vu la lumière : elle a ses retraites inexplorées, habituellement couvertes par les grandes eaux. Mais il arrive un moment où la Profondeur lève ses deux mains. La prière lance vers le ciel les puissances de l’âme soulevées par la temnête, et les précipices cachés à tous les regards voient pour la première fois le soleil et leur premier regard est un cri qui s’élance vers l’Immensité.

6. Et post hæc decidit in lectum et Ccognovit quia moreretur. | Et sequentia.

(Mach., ch. I, v. 6.)

Et il arriva qu'Alexandre, fils de Philippe, Alexandre de Macédoine, qui régna le premier sur toute la Grèce, sortit de la terre de Cethim, et frappa Darius, roi des Perses et des Mèdes.

Puis, après cela, il livra beaucoup de batailles, s'empara de toutes les places fortes, et mit à mort les rois de la terre.

Et il arriva aux extrémités du monde et dépouilla une multitude de nations; et la terre fit silence en présence de lui. ù

Il rassembla une puissance énorme ; son armée fut forte à l'excès; son cœur s’enfla et s’exalta.

Il fut le roi des rois et le maître des nations. Les tyrans devinrent ses tributaires. Puis il se mit au lit, et connut qu'il allait mourir. :

Il appela ses serviteurs, nourris près de lui depuis sa jeunesse, et leur divisa son royaume pendant qu’i vivait encore. |

Et Alexandre régna douze ans, puis il mourut.

(Mach., liv. Ier, ch. L.)

L'Écriture parle de tout du imêrie ton. Aucune chose semble ne lui paraître très grande ni très pétite, du moins par mi les choses humaines.

C’est Pourquoi jamais elle ne met un mot en Saillie. Elle : ignore absolument les intentions de faire valoir une parole. Elle ignore absolument non pas seulement ce qu'on appelle le mot à effet, mais même la plus légitime intention Ho sur un mot quelconque l'esprit du lecteur.

Et elle atteint, au delà de tonte idée, le résultat auquel elle ne vise pas.

Elle à des mots foudroyants a simplicité.

Elle nous dit du même ton qu’Alexandre fit la conquête du monde, et qu'il se mit au lit.

Pour elle ce sont deux choses aussi simples

l'une que l’autre. Entre l’un et l’autre l'œil de. Dieu ne voit pas de différence essentielle. | Mais ce deécidit in lectum, il se met au lit, est | effrayant de brièveté.

Et jamais toutes les dissertations des philoso- : phes n'ont exprimé la misère humaine, comme ce mot jeté là avec la brutalité du Ps sans réflexion : Il se met au lit. |

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