‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 18 sur 44 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

LE

L’Ecriture est un abîme qui garde au fond ie

lui des prodiges de mystère. Une des choses qui

m épouvantent le plus dans la Bible, c’est sa simplicité. Si elle semblait profonde, sa profondeur serait moins effrayante. Mais cette simplicité ! des

paroles sans ornement, des faits sans ambition,

des personnages sans prétention, des vertus sans enflure, des crimes sans déguisement, et puis, derrière tout cela, des profondeurs à donner le

vertige aux anges, à faire mourir les regards de

l'aigle ! Ces paroles si simples, si brèves, semblent dédaigner l'admiration et s’exposer volontairement au mépris de l’homme stupide; ou plutôt elles semblent, dans un oubli complet de l’admiration ou du mépris, tomber les unes après les autres sur une terre indigne d'elles, sans souci de l’accueil qui les attend. Les faits, jetés comme un voile sur les abîmes qu'ils cachent et mon-

trent, prennent une figure étrange, qui tient

a Poe. # LR ASE

au voisinage dela profondeur. Ils « ir si nes qu'au premier abord on serait tenté de dire: je

comprends; ils sont si mystérieux, qu'après des années d'études on commence à voir qu'on ne comprend pas. La multitude des sens que ren-

ferme chaque parole fait soupconner le monde .

invisible derrière chacun des faits de l'histoire ; on dirait que le voile qui cache les grands secrets tremble à la brise du matin, et qu'il va sortir du sanctuaire une parole attendue.

Le récit de Moïse a cela d’épouvantable qu'il dit tout du même ton, la création du monde ou les sottises d’un Dons Rien n’étonne le narrateur. Jamais de surprise ni de soubresaut. On dirait qu’il voit tout dans la même lumière, tout en un point: jamais il ne semble ni monter ni descendre. On dirait qu'il a tout sous la main et qu'il atteint d’un geste l'extrémité des choses. Que l'Écriture parle des étoiles du ciel ou des fumiers de la terre, elle est également à F aise, elle domine tout avec la même sérénité. Elle n’a

ni embarras ni contrainte ; elle ne connaît ni les

difficultés de la hauteur, ni les difficultés du précipice. Cette parole a une envergure qui mesure toutes choses. Dans son calme souverain, elle semble dire aux étoiles: humiliez-vous! il ya quelqu'un au-dessus de votre tête; elle semble dire à la poussière: relève-toi! il ya quelqu’ un qui peut, en te touchant, te glorifier.

L'Écriture parle de tout et l’unité de préoc- 3

cupation resplendit dans cette variété d'objets.

Elle parle de tout et toujours de la même chose. La présence de Dieu est le sous- entendu qui éclaire de sa lueur terrible les objets les plus insignifiants. L'Écriture est un commentaire du . Nom que Moïse a entendu dans le Buisson ardent. Par elle une ombre se projette sur la création et sur l'Histoire: c’est l'ombre du Nom terrible, du nom en quatre lettres.

Une des hontes dela Rhétorique (je demande pardon de prononcer ce mot après avoir parlé de l'Écriture), une des hontes de la Rhétorique, c'est qu'elle a peur de l’homme. La peur et lamour-propre sont des ingrédients qui entrent pour beaucoup dans la composition de la vieille Rhétorique. Elle veut briller, et elle a peur de dire. Elle a peur de dire la misère de l’homme, elle a peur de dire la gloire de Dieu. La viéille Rhétorique est la flatteuse de son lecteur et de son auditeur: elle a peur de déplaire à l’homme, elle a peur de l’étonner. Elle est pleine de tempéraments, de douceurs, de lâchetés. Elle ne nomme par Son nom aucune personne et aucune chose; elle cherche le suffrage et craint la critique. Cette peur de l’homme, qui est une des hontes de l’orgueil, est écrite sur le front de la vieille Rhétorique. Elle ne dit aux gens que ce qu'ils ont l'habitude d'entendre, dans la crainte de les déranger. Comme elle n’a pas de raison d’être, elle en demande une au lecteur: cette raison d'être, c’est de plaire à quelqu'un. Plaire à quelqu'un et emporter chez soi une petite satisfac-

168 PAROLES DE DIEU | tion d’amour-propre, tels sont les mobiles de la Rhétorique.

Cette petite digression continue, en qualité de contraste, ce que je disais de l’Écriture Sainte. L'Écriture Sainte pousse jusqu’au sublime la sécurité de la parole; ce n’est pas même du courage: car il y a quelquefois dans le courage une lutte, un effort. L'Écriture dit sans effort la blue comme elle est. Elle ne songe pas plus à braver l’homme qu’à le flatter. Elle parle sous le regard de Dieu, et la crainte de Dieu est sa respiration: car, si la peur de l’homme est la honte, la crainte de Dieu est la gloire.

La crainte est le contraire de la peur. La crainte, c'est l'impression faite par l'atmosphère qui environne le trône; c’est la vie qui palpite, parce qu'elle sent la au dans le voisinage ; c’est J’adoration qui se met à trembler.

Il faut des trésors de joie pour alimenter la crainte : c’est pourquoi le Psalmiste dit : Lætetur cor meum ut fimeot Nomen tuum.

C'est qu’en effet la crainte et le Nom de Dieu sont les deux termes d’une certaine relation qu'il n'est pas facile d'expliquer, parce que la parole n'ose pas se risquer trop près. La crainte de Dieu remplit l'Écriture. Elle est là à propos de tout: elle est là à propos des mondes, à propos des insectes, à propos de tout, elle est BA quand l’écrivain nous parle des brenee de Laban. Leurs agneaux, tantôt blancs, tantôt colorés, suivant

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la volonté de celui qui récompense, leurs agneaux sont terribles. Quel tableau et quelle profondeur d'enseignement! La crainte du Seigneur, qui fait fumer le Sinaï, nous enveloppe aussi quand nous les voyons, ces brebis légères et redoutables, qui sautaient sans doute quand elles allaient aux champs, gaies et insouciantes comme des brebis; qui bêlaient vers le soir en rentrant à l’étable, et qui portaient dans leurs entrailles l'Éternelle Justice avec la couleur de leurs agneaux. La crainte du Seigneur remplit l'Écriture Sainte. Angèle de Foligno dit quelque part: |

« L'Écriture Sainte est si sublime, qu’il n’est » pas d'homme si sage au monde, eût-il toute » la sagesse possible ici-bas, qui n’y trouve des » choses au-dessus de ces conceptions. Cepen- » dant il en balbutie du moins quelque peu... » Parce que mon esprit est souvent élevé à la » hauteur des secrets divins, je comprends quel- » que chose des Saintes Ecritures. Je comprends, » par exemple, pourquoi cette divine parole est » facile cet difficile, pourquoi elle semble partois » se contredire, pourquoi il est des personnes qui » n’en retirent aucune utilité, comment ceux qui » ne l'observent pas seront condamnés par elle, » tandis que ceux qui la pratiquent sont sauvés » par elle. Lorsque je reviens des secrets divins » rapportant ces secrets avec moi, je puis en dire » quelques paroles avec assurance”. »

4. Le livre des Visions et Instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno, traduit par Ernest Hello, chap. xxvur.

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Il me semble que ces dernières paroles aident ? à apercevoir quelque chose de la hauteur où elle s’estenvolée. Quandellerevient des secrets divins, comme l'aigle qui est allé quelque part, dans quelque élévation inconnue, chercher son pain et celui de ses aiglons, alors elle dit quelques paroles...

Et si elle donne quelque soupçon de la hauteur d’où elle revient, elle fait penser en même temps à la sagesse de l’Église, qui sait que l’ Écriture est redoutable et qu’il ne faut pas l’aborder sans préparation. | fs |

Les paroles de l'Écriture ont quelque chose qui

étonne doucement, sans agiter. En général, la

profondeur de leur signification est cachée sous la brièveté des re

Pharaon se décharge sur Joseph des soins du

royaume. Il s apprôle à à dire aux peuples qui lui demanderont du pain : Allez trouver J [oseph.

Je suis Pharaon, dit-il. Je veux que sans vos ordres nul ne remuele pied ni la main dans toute

l Égypte.

Je suis Pharaon! Ne semble-t-il pas entendre

une force souveraine qui se recueille en elle-

même et fait appel à à ses trésors cachés pour dis- . poser de la puissance comme d’une chose à elle? Pharaon va confier le pain à Joseph, et e ’est alors qu'il dit: Je suis Pharaon. Ne venez plus à moi, allez à Joseph. Il prononce son nom avec emphase, car il fait pour la première fois un grand acte de puissance. Îl s'élève au-dessus du pouvoir et dispose de lui comme d’un sujet.

Il est inutile de dire que je ne vois pas entrer

- dans les détails de l'Écriture. Ni ce Livre ni la

durée des siècles ne suffraient à cette tâche. S'il faut dire encore un mot, voici le mot que je dirai. La parole trouble en général le silence solennel qui règne quelquefois, qui peut régner entre Dieu et l’homme. Le silence embrasse tout dans ses profondeurs. Il ne détermine pas, il repose et comprend. Il comprend ce qui ne se dit pas. En général, la parole trouble ce silence. Elle

attente à son secret. Elle attente à sa profondeur.

Elle attente à son abîme.

L'Écriture Sainte, au contraire, ne trouble pas le silence de l’âme. Elle est une parole plus profonde que le silence. Elle creuse la profondeur,

au lieu de l’amoindrir. Elle ne trouble pas l’har-

\ baie

monie du silence. Elle retentit avec lui dans l'immensité, et l’immensité devient plus immense et là silence devient plus profond. C'est une parole qui ouvre au silence des horizons nouveaux, au lieu de rétrécir ceux qu’il possédait. Cette parole est l'accompagnement du silence, et par elle le silence éclairé s'envole au-dessus de lui-même.

Au-dessus des paroles de l’Écriture, on entend un certain silence qui ressemble à la voix de la nuit. Le silence dit, dans l'Ancien Testament, le Nom de Jésus et celui de sa mère.

Parmi les insondables mystères que renferment, dans leur effrayante simplicité, les paroles

| de l'Écriture, beaucoup se FRpROTIERt | à la Vierge

72 | PAROLES DE DIEU Marie. Appuyé sur les Pères, sur les Saints, je vais essayer d’en indiquer quelques-uns.

Siles paroles de l’Écriture sont mystérieuses, profondes, révélatrices, ses silences participent aux mêmes qualités. L'Écriture parle singulièrement peu de la Vierge Marie, elle parle singulièrement peu de saint Joseph. Elle roule sur l’Incarnation du Verbe, mais elle glisse sur la Mère de Dieu. Elle laisse ce qui la concerne dans une ombre très sainte: le sous-entendu est jeté comme un voile sur sa face mystérieuse, et il faut habituellement, pour la découvrir, ouvrir les paroles et les choses et leur demander le secret que gardaient leurs entrailles : alors on trouve quelqu'un dans leur cœur, et c’est la Vierge Marie!

L’allusion est la plus intime des façons de parler. Quand on parle de ses secrets, on parle par allusions. L'amour vit d’allusions, peut-être

parce que la voix tremble au moment de nommer

la personne.

Quand le Saint- Esprit parle de la Vieues Marie, il parle par allusions.

Par exemple:

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

Saint Vincent Ferrier voit ici le mariage de

Joachim et d'Anne: le ciel représente l'élément masculin, la terre l’élément féminin. La terre est féconde par l'influence du ciel.

Dieu dit: Que la lumière soit, et la lumière fut.

Albert le Grand voit dans la lumière la figure de

: la Vierge. Le soleil fut fait après la lumière et tiré d’elle : Jésus-Christ naquit ie la Vierge et naquit de sa substance.

Quant à l'Océan, je n’insiste pas sur ce symbole: il est trop évident,

Quant aux deux astres du dde jour, le soleil et la lune, leur signification est évidente aussi. Mais pourquoi le soleil préside-t-il au jour et la lune à la nuit?

C'est, d'après Hugues, parce que Jésus-Christ est chargé des justes et Marie des pécheurs. Le repos du septième jour est encore l’image de Marie. Dieu cherche le repos dans toutes ses créatures, il ne le trouve qu’en elle, et elle est la figure de l’éternel sabbat.

Le septième jour fut béni entre les Jours, et Marie entre les femmes. Il est la réserve du Seigneur. Elle est la réserve du Seigneur.

Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Et l’aide qu'il lui donna fut semblable à lui, selon l'Écriture.

L’Immaculée Conception n’apparaît-elle pas ici dans une lumière admirable? Eve signifie mère des vivants. Marie est la mère des vivants.

Marie est l'arche de Noé où s’enferma le Sauveur, dit Albert le Grand.

Elle est aussi la fenêtre par laquelle la lumière entre dans l'Arche : ici l'Arche est le monde, et la lumière de Jésus-Christ.

On sait que l'arche se reposa sur les montagnes d'Arménie. Arménie veut dire le ciel Empyrée;

les montagnes d'Arménie sont Les Left célestes, au-dessus desquelles fut élevée la Vierge. Elevata est magnificentia tua super cœlos, Deus.

Elle est cette colombe qui revint vers le soir portant le rameau d’olivier. |

Vers le soir, dit Albert le Grand, parce qu’elle devait naître vers la fin des temps. Mais l'Immaculée Conception, dont la proclamation ést plus voisine des derniers temps que la naissance de Marie, n'est-elle pas un des secreis que ce mot renferme? Noé comprit alors que la colère était passée, et Marie se retrouve ici sous la figuée de l’Arc-en<ciel.

Elle est cette Sara, dont le nom veut dire princesse, qui a pour fils le véritable Isaac : Abraham la supplie de dire qu'elle est sa sœur. :

C’est, dit saint Bonaventure, parce que l'humanité supplie Marie de dire à Dieu qu'elle est notre sœur.

Et si Abraham dit à Sara de se presser, accelera, c’est, dit saint Bernard, parce que le Verbe attendait avec empressement la réponse et le consentement de Marie, le /iat qu’elle dit à Nazareth.

Sara enfanta dans la vieillesse, Marie dans la

virginité. Sara eut un fils qui s’appela Isaac,

c'est-à-dire le rire, parce que Marie devait avoir un fils qui serait la joie du monde.

Quand EÉliézer demanda à boire à Rebecca, celle-ci lui donne l’eau, non pas seulement pour lui, mais aussi pour ses chameaux.

Les chameaux sont les pécheurs devenus semblables aux brutes. La Vierge obtient plus qu'on. ne demande, elle obtient à ceux pour qui on ose à peine demander.

Et quand Rebecca, devenue l'épouse d’Isaac, intervient en faveur 6 Jacob, la volonté paternelle est surmontée, l'amour de la mère triomphe de tout: Rebecca aimait Jacob; Jacob deviendra

Israël, parce que sa mère Po

L'allusion est trop claire pour être expliquée. : Mais qui oserait dire tout ce qu’elle contient? Et quand Jacob voit une échelle par laquelle les Anges montent et descendent, une échelle sur laquelle s’ appuie le Bucur il voit encore l’image de celle dont il a déjà vu l’image dans la personne de sa mère. Il quitte Ho et voit cette échelle. Sa mère l’a quitté; mais la figure de Marie le poursuit. La figure de Marie poursuit Jacob, parce qu'il va s’appeler Israël. Il la voit en songe. C'est, dit Albert le Grand, c'est qu’on ne la voit pas tant qu'on est éveillé aux choses extérieures, et la profondeur du recueillement qu'il faut pour voir la Vierge est signifiée par le sommeil qu'il faut à Jacob pOur voir l'échelle.

Que dire de la lutte sublime, la lutte de Jacob et de l’Ange ? C'était, dit encore Albert le Gr and, la lutte de Phumentié et de Dieu. L'humanité voulait arracher a Dieu l'Incarnation. On se battait pendant la nuit. Mais l’Ange dit: Laisse-moi, voici l'aurore, parce que Dieu devait dire: laisse-

à ET,

moi, voici la Vierge. L’aurore apporte à l’Ange la défaite, à l'homme la victoire.

Ces grandes figures patriarcales ont attiré depuis le commencement du monde et gardé même de nos jours l'attention des hommes. Elles ont une beauté singulière, une beauté majestueuse. Il semble que les mouvements de ces hommes devaient être superbes; leur vie ne semble pas soumise à autant de mépris et de laideurs que la vie des autres hommes. Les patriarches marchent avec solennité. Leur naissance est une fête, leur vie est une cérémonie, une cérémonie religieuse, leur mort estun coucher de soleil. Ils vivent largement et meurent magnifiquement. Le soleil d'Orient, qui dore leurs campagnes et fortifie leurs troupeaux, semble jeter ses rayons sur Abraham, Isaac et Jacob, avec le luxe que la joie inspire: car la joie donne sans compter. Mais une beauté plus profonde, plus haute, plus mystérieuse, plane sur cette beauté quand la figure de la Vierge se découvre à travers les feuillages des forêts, quand elle apparaît 1à où on ne l'attend pas, comme la préoccupation de l'Histoire, qui pense à elle sans le dire et s’avance vers elle sans la nommer.

Elle s’avance vers elle, sans la nommer, mystérieuse et solennelle, quand Joseph voit en songe le soleil et la lune qui l’adorent sur la terre. Joseph est une figure; le pain qu'il donnera annonce un autre pain, et les splendeurs de la vision qui montrent au pauvre enfant détesté de

ses frères, et bientôt victime de leur fureur, le soleil et la lune suspendus à ses ordres, les splendeurs de cette vision attendent et annoncent le jour où, dans la maison de Nazareth, Jésus, qui & pour ombre le soleil, étMarie, qui à pour ombre la lune, obéiront au charpentier Joseph. |

Qu'éprouva-t-il, ce charpentier, quand il donnait ses ordres à Jésus et à Marie 211 ne nous l’a pas dit. Mais, pour venir au secours de son silence, le premier Joseph, Joseph fils de Jacob, nous a raconté l'obéissance des astres, qui figurait une autre obéissance plus étonnante et plus grandiose. |

Nous continuerons cette étude en abrégeant beaucoup, et nous chercherons à travers les formes si variées des choses l'unité de celle qui se cache sous tant d'objets, sous tant de costumes et sous tant de caractères: le Buisson ardent, l'Arche d’Alliance, la Sagesse, Rebecca, Rachel, Esther, Judith! Que ces figures sont différentes entre elles! Leurs différences constituent précisément leur unité : car c’est par leurs différences qu'elles expriment les relations qu'elles soutiennent avec le type qu’elles figurent. Si elles se ressemblaient entre elles, elles perdraient leur unité : car la somme de leurs ressemblances serait moindre qu'elle n’est. On dirait que l’Écriture fait le tour de la Vierge pour la voir sous diffé. rentes faces, et lui donne différents noms, suivant l'occurrence.

Es

fl

L'Exode s'ouvre, voici V'Éypte: Le peuple de Dieu est captif, Moïse, encore naissant et déjà condamné à mort, est exposé sur les bords du Nil. I n’y a rien à entendre pour lui; sa vie est désormais impossible. Cependantsa sœur ne désespère pas. Elle se tient à distance et regarde ce qui va se passer. Elle ne désespère pas.

Elle veille d’un regard inquiet et tendre sur ce pauvre petit, qui, selon toute apparence, va mourir déjà dans son berceau sans avenir. Elle regarde, elle épie, elle espère quelque chose, sans savoir ce qu’elle espère. Pourquoi donc espère- … t-elle? sans doute parce qu’elle s'appelle Marie.

Aussi la fille de Pharaon ne tarde pas à passer; | la jeune fille a sauvé l'enfant, elle a sauvé le condamné à mort; elle a préparé Moïse au peu- « ple d'Israël, et, POUF AUS dire qui elle représente, elle n’a qu'à nous dire son nom: la j jeune à fille s'appelle Marie ! à

Bien des années s’écoulent, Moïse a grandi. à Dans quels sentiments? l’histoire ne le dit pas. Il gardait des troupeaux. Cette fonction si simple emprunte aux caractères de celui qui l'exerçait à un caractère prodigieux. F

Je n’essayerai pas de raconter la scène du Buisson ardent, parce qu'elle est trop grande pour”

être racontée. Il n’y a que la nudité du récit de l'Ecriture qui puisse tenir debout en face de

l'événement lui-même: seulement il n’est pas inutile de remarquer. que Moïse avait conduit son

. lroupeau dans l’intérieur du désert. Il était arrivé au mont Horeb. Le buisson qui brûlait sans être

consumé dit trop de choses pour que j'essaye de les compter. Le silence seul convient ici.

Cependant on peut laisser entrevoir que les qualités ordinairement incompatibles qui firent de Marie la Vierge Mère sont indiquées ici avec mille autres profondeurs, et l’on peut ajouter en tremblant que la voix qui sortit du Buisson livra à Moïse le nom de Dieu, On peut ajouter que les trois premières lettres du Nom terrible

répondent aux trois Personnes divines: car la

première signifie le parfait, l'absolu; la seconde . signifie l’essence: le Fils est consubstantiel au Père; la troisième signifie le lien qui relie la première à la seconde; la quatrième, c'est la

seconde qui se répète en s’inclinant.

En Marie, dont le Buisson est l'image, le Fils

s’est incliné vers la nature humaine.

Orle nom de Jésus vient du nom de Jéhovah.

Mais, je le répète, la parole, trop faible pour

de pareils discours, appelle à son aide le silence,

le silence de l’abime.

Avançons un peu: voici que le Sinaï fume, le

peuple tremble. Le Seigneure est descendu sur la

montagne.

Een

Il est descendu en igne.

Saint Jean Damascène voit dans le Sinaile sein de la Vierge! La flamme, c’est le Saint-Esprit. Le Sinaï est une immense fournaise. La fumée sort de la fournaise : c’est le désir de la Vierge. La fumée monte jusqu’au ciel.

Le peuple alternativement tremble et trahit : tantôt il attend Moïse ; tantôt, n’espérant plus le : revoir, il abandonne Celui dont Moïse garde le nom.

Cependant le Seigneur, s’entretenant sur la montagne avec le prophète son serviteur, comme un ami avec son ami, lui indiquait les cérémonies du culte, le Tabernacle de l'Alliance, l'arche du Testament, le Propitiatoire. Il lui parlait de Marie très mystérieusement. L’Arche d’Alliance devait un jour être vivante et prendre un nom de femme. Saint Bernard explique admirablement le nom de deux ouvriers, désignés par la bouche du Seigneur pour cet ouvrage solennel. Les noms des hommes sont rarement dits dans l'Histoire sainte; mais, quand ils sont rapportés, c’est qu'ils contiennent de grands mystères: comment se nomment ces ouvriers à qui sont promises la sagesse et l'intelligence ? ce sont Béséléel et Ooliab. Ë

Béséléel veut dire: Ombre de Dieu. Ooliab veut dire: Ma protection.

Dans la chambre de Nazareth, l'Ange disait à la Vierge: Spiritus Sanctus superveniel in Le, el virius Altissimti obumbrabit tbi: ideoque et

Quod nascetur ex te Sanctum vocabitur Filius 2 Der. |

Saint Bernard voit dans Béséléel l'image du Saint-Esprit; dans Ooliad, l’image du Fils.

Béséléel entoura l'Arche d’un or très pur, il lui fit une couronne d’or qui la celgnait per gyrum. Ce dernier mot indique, d’après Albert le Grand, la fécondité de la vivante Arche d’AL liance, qui dut sa couronne d’or à sa maternité.

Le Seigneur enveloppa le Tabernacle d’une nuée éclatante, symbole de sa présence.

Et voici encore l'ombre de Dieu qui s'étend sur Ja Vierge. ar

Je poserai mon tabernacle au milieu de vous, et mon âme ne vous rejettera pas, dit le Seigneur.

Albert le Grand voit ici une promesse relative à la Vierge Marie. Pour n'être pas rejeté, il faut que le monde la place au milieu de lui.

Après la mort de Marie, sœur de Moïse, l’ear manqua. |

Les objets matériels, dans l'Écriture, changent | à chaque instant de signification : quand Marie, sœur de Moïse, se tenait près du Nil, veillant sur son frère exposé sur les eaux, l’eau c'était le danger, quand cette même Marie meurt, l’eau manque: ici l’eau, c’est le secours, c’est la grace. | Ceux qui ont rejeté le culte de la Vierge peuvent dire si l’eau manque quand Marie n’est plus là.

Vin HO Balaam parmi les personna-

ges de l’ Écriture et de l'Histoire : il en est peu qui montrent Dieu aussi à découvert. |

Balaam fait comme il p:nt, et non pas comme il veut. Le bras qui le die c'est le bras nu du Seigneur. Orietur Stella. Parole fr appante, mystérieuse par son accent même. qu semble avertir de sa solennité par le sos qu Le rend et par le geste qui l accompagne de force

Les tableaux de l’Écriture sont ainsi LR qu'on les voit en lisant, bien que jamais le texte ne vise à les montrer. Jamais un détail n’est là qui y soit pour le tableau: tout est pour le sens, pour la chose elle-même ; mais le tableau se fait dans l esprit du lecteur, à cause de l’étonnante réalité des personnes et des choses. Le fait est si vrai qu’il se montre sans penser à se faire voir. On

dirait que sa mystérieuse et symbolique signifi-

cation ajoute quelque chose, même à la réalité littérale. Les personnages sont d'autant plus vivants qu'ils figurent des réalités plus hautes. Leur stature paraît énorme, et les paroles qui sortent de leur bouche sont er paroles familières. Mais cette familiarité semble venir de Ja communion universelle des choses. Les hommes sont familiers ; mais la réunion des mondes semble constituer leur famille. Une étoile se lèvera, dit Balaam ; et nous sentons que les siècles prêtent l'oreille, et que la création se dresse pout attendre : l'Étoile de la mer se lèvera en Judée, et les générations l’appelleront bienheureuse,

Pre PURES RE NE PEL TPS DEP

SC se € PR eee PA rt 1e dt ME Mer me LS at

Soleil, reste au-dessus de Gabaon, et toi, lune,

au-dessus de la vallée d’Aïalon.

C'est Josué qui parle. Jamais l'homme n'avait traité les astres d'une façon si impérieuse.

Jésus, âgé de douze ans, quitta pendant trois jours Marie et Joseph. C'était, dit-il, pour s’occupér de la mission qu'il tenait de son Père. Cependant Marie et Joseph le trouvèrent, lui parlèrent, et il révint avec eux, et il resta près d'eux. Et, aù lieu de Commencer à douze ans sa mission püblique, il la commença à trente ans. Pendant dix-huit ans, le soleil et la lune furent immobilès däñs la maison de Nazareth. et jamais la terre ne vit un si long jour. Voici maintenant les Juges. ; |

Sisara est l'ennemi du peuple de Dieu. Sisara sera livré entre lés mains d'une femme. Il représente Sata: Déborà et Jahel seront chargées de le vaincre et de l’exterminer. Voici encore l'écho qui se réveille à l’ängle d'un chemin, l'écho de l'antique parole: Zpsa conteret Caput tuum. Sisara veut dire en hébreu : exclusion de la joie. jahe] veüt diré : celle qui monte. :

Gédéon demande un signe. Il veut que la toison qu'il étend défiors pendant 1à nuit reçoive la rosée du ciel, mais que la terre reste sèche tous autour.

- La toison, dit Pierre de Rävenne, quoiqu'el'e

es:

ni < €?

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