‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 20 sur 44 · VV. Eva r · texte numérisé non relu

VV. Eva r

DUT lODR RNE FT. ATV - RS

RE ARS NS 1 autant ER dir lard i

La chasteté et le courage se tiennent par plusieurs points secrets: en général, la femme chaste est courageuse, et l'Écriture semble considérer le courage comme la récompense de la chasteté. Et le cantique de louange s'élève comme la fumée de la chasteté et la fumée du courage. La louange s'élève, car le nom de Dieu a triomphé: il a triomphé du fort, il a triomphé par le bras d’une femme ; il a triomphé contre l'attente des hommes. Judith a invoqué le nom du Seigneur: elle a invoqué le Dieu des cieux: elle a invoqué le Créateur des eaux. Elle ne s’est pas demandé, dans sa sublime prière, si le succès était facile ; elle s’est couverte d’un cilice, elle a posé la cendre sur sa tête pour se montrer à Dieu, puis elle s’est parée magnifiquement pour se cacher aux hommes.

En général, la dissimulation est basse; la dissi- | mulation de Judith semble appartenir à un ordre | de choses supérieur à l'élévation. Ses actes échap- | pent aux lois ordinaires; et ceci ouvre, sur l’état | de la Vierge Marie, des horizons qui ne disent | pas où ils finissent.

Les vieillards se recommandent aux prières de | Judith, parce qu’elle est une sainte femme. On Ia déclare, même dans le camp ennemi, | sans pareille pour la beauté.

On déclare que son nom sera célébré par toute |la terre. Ecce enim ex hoc beatam me dicent [omnes generationes.

Albert le Grand voit, dans la demande de (Judith, quand elle dit aux gardiens de nuit: LS

ie À 13

Le | PAROLES DE DIEU

Ouvrez les portes, l'invitation que ie Ni fait aux hommes d'ouvrir leurs cœurs.

Ce concours universel d'enfants d’ Israël cherchant Judith parle clairement du concours des créatures autour de Marie. Mais elle, pour leur répondre, va dans un lieu plus élevé. Elle ne dit à pas qu'elle a tué Holopherne, mais: Per manum feminæ percussit 1llum Dominus Deus noster.

Et dans le Magnificat: Quia fecit mihi magna qui potens est. 4 Ouvrez vos cœurs! Joie Sie inexprimable joie ! L’ennemi est mort. L'eau ne manquera plus . dans Béthulie. L’eau ! toujours l’eau! Holopherne À faisait mourir de soif. | 4

Et tous la bénissent d’une seule voix.

Elle est la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l'honneur de son peuple. La gloire de Jérusalem, c’est le chœur des anges qui chante ainsi; la joie | d'Israël, c’est le chœur des hommes ; l'honneus 4 de sa race, c’est le chœur des femmes. Et enfin, même après le triomphe, voici la fureur divine qui reparaît. Elle menace les ennemis de son peu-. à du ver rongeur et de la flamme éternelle.m Après l'acte accompli, elle se repose dans sa fureur. Elle n’est pas rassasiée: une nouvelle espérance” se lève à l’horizon. | |

À un point de vue différent et très élevé, saint. François de Sales voit dans Holopherne l’images de Dieu séduit et vaincu par la beauté de Marie]

Ce sont les sandales de Judith qui ont enlevé Holopherne à lui-même; c'est l'humilité de

LAMS T

LE SYMBOLISME DANS L'ÉCRITURE 195 Marie, le point par où elle touche la terre sans toucher la souillure, qui a attiré le Verbe de Dieu. ” Judith: Sandalia ejus rapuerunt oculos US.

Marie: Respexit humilitatem ancillæ sue.

Les figures que Dieu emploie signifient mille

choses différentes, qui rentrent toutes dans l’unité

du vrai.

Pour compter les symboles que Dieu a faits à la Vierge dans la création et dans l'Écriture, il faudrait probablement compter tous les objets.

créés qui sont des paroles de Dieu, et toutes les

paroles de l’Écriture qui sont des actes, des objets, des choses substantielles.

Le livre de la Sagesse est une allégorie perpétuelle. Il faudrait transcrire tous les in-{olio qui l'ont commenté pour indiquer comment, sous chaque parole, le nom de la Vierge est écrit. Et le nom même de Marie, comme s’il voulait nous préparer au mystère des symboles, contient, grâce à l’admirable souplesse et à la majesté de la langue hébraïque, une foule de significations.

Marie signifie une goutte d’eau. Marie signifie l'Océan. |

On dirait que par Rà les syllabes mystérieuses veulent unir l'humilité à la grandeur et confondre d'avance la honteuse niaiserie qui, sous pré-

196 -__ PAROLES DE DIEU texte d'humilité, oublie de désirer et de vouloir les grandes choses. L’humilité est la racine, la condition, l'aliment, la substance des choses sublimes. Plus elle est profonde, plus elle est insatia- ble de magnificernees. Plus elle est radicale, plus elle est dévorante. Plus elle est intime et plus elle est avide.

La plus humble des créatures a demandé et hâté par ses vœux l’événement auquel l’orgueil n'aurait pas osé penser, l’Incarnation du Verbe.

Près de l’humilité de la Vierge, less est È

timide.

Marie veut dire hauteur: ce/situdo.

L’Océan est profond. La hauteur est sublime.

Le nom de Marie, en qui éclatait tout à l'heure l’ opposition de la goutte d’eauet de l’Océan, nous présente ici une autre DPpPSÈRE la profondeur et la montagne.

Marie veut dire myrrhe. Marie veut dire amer-

tume. Marie veut dire : étoile de la mer. Marie “2

veut dire: souveraine de la mer. Marie veut dire : celle qui illumine. Marie veut dire : celle qui est illuminée.

Les litanies de la Vierge sont un poème qui, s’il était approfondi, développerait le nom de «

Marie et le commenterait largement. L’Arche # d'alliance est un des noms que porte celle quiest

aussi le refuge des pécheurs. Nous avons dit:2 l'autre jour que l’Arche d'alliance était terrible, »

voilà pourquoi la Vierge est le refuge des pécheurs. Que serait la miséricorde privée du discerne- «

LE SYMBOLISME DANS L'ÉCRITURE 197 ment? Il faut être terrible envers les uns pour tère doux envers les autres.

Saint Pierre Damien, à propos de l'Arche d’alliance, compare Moïse à saint Jean. Le Tabernacle fut confié à Moïse, la Vierge à l’Évangéliste bien-aimé. Le corps de Moïse disparut, le corps de saint Jean disparut. L’Apocalypse

est, parmi les livres du Nouveau Testament, celui

qui ressemble le plus au langage de Moïse. Jean et Moïse étaient ensemble sur le Thabor. Pathmos et le Sinaï me semblent voisins sur la carte du monde invisible.

Pour compléter la ressemblance, Moïse est généralement uni à l’idée de la Justice, Jean à l’idée de la Miséricorde. Judith, image de la justice, est une des figures de Marie, et cette justice est une miséricorde. L’eau manquait: que devenait le peuple sans eau ?

Esther, figure de la miséricorde, est une des images de Marie, et cette miséricorde est une Justice. Aman l’a éprouvé. Esther, comme Judith, est un type de beauté. La prière d’Esther ressem-

ble à celle de Judith. Il s’agit d'oser tout pour

sauver Israël. Esther risque sa vie si elle aborde Assuérus. Judith risque sa vie d’une autre manière si elle aborde Holopherne Judith séduit Holopherne. Esther persuade Assuérus, qui, au lieu de la mort, lui offre la moitié de son empire. Le texte fait observer qu'Esther debout plaît au:

| roi. La Vierge aussi était debout, et, dans les

deux circonstances, cetté attitude de la femme forte est une des indications qui nous sont don-

nées sur son triomphe. | on La marche d'Esther Vers Assuérus est décrite

superbement. La reine prit avec elle deux sui-

vantes: ce sont la nature angélique ét la nature

humaine, dit saint Bonaventure. Ellé s'appuie

sur l’une, l’autre soutient ses vêtements qui tombent à terre. Marie s'appuie sur la nature angélique en un sens mystérieux. La nature. hitiiaine

suit ses pas et relève derrière elle les exemples

tombés à terre, la partie inférieure de ses exemples, celle qui traîne. Assuérus, tendant son sceptre, indique clairement la Conception Imima- Culée. La Loi qui estfaite pour tous n’est pe fuite pour vous.

Dans l'Écriture en général, dans le livre d'Es- À

ther, dans le Cantique des Cantiques en particulier, deux caractères me frappent, deux caractères que l’on ne s'attend pas à rencontrer ensemble : l’austérité et l’enivrement. Le mystère de la création, la chute de l'homme, l’horreur du-péché, l'horreur de la mort, la caducité des chosés, la

vanité de ce qui est humaifi, la splendeur de 14

lumière voisine de la naissance) les souvenirs du Paradis, les terreurs de l'exil, les larmes ét la

sérénité, la majesté du voisinage de Jéhovah, là. “4 sainteté de son nom terrible, les crimes et les

souillures à travers lesquels passe la parole sacrée sans rien perdre de sa pureté inviolable, comme

la lumière passe à travers les ruisseaux sâns ternir

M où : dé sé

ses raÿons, toutes lés fanges et toutes les hontes, tous les repentirs, toutes Les impénitences, toutes les duretés de la terre, toute la pourriture du tombeau, à chaque instant montrée aux puissants et aux rois, toutes les chutes dès trônes, tous les défis lancés à la créature vaniteuse etimpüissante, tout cela se mêle aux destinées du peuplé de Dieu, et nous voyons resplendir ensemble, à tra-

vers lés sourires et les larmes, parmi les lamen-

tations dé Jérémie, les pleurs de David ét les. sanglots de Madeleine, nous voyons resplendir et monter au ciel dans le pêle-mèle du champ de bataille, l’éclat et les parfums de cet Orient sacré.

Et jamais le texte né perd son calme terrible. Il est simple, gravé, brûlant ét solennel comme un souvenir de la Patrie.

Est-ce à ton ordre que l'aigle s’en volera, dit le Seigneur à Job?

C’est à l’ordre de Dieu que la Vierge à été enlevée, le jour de l’Assomption ; elle a été enlevée au-dessus des neuf chœurs des Anges, enlevée sur les ailes des vents, c’est-à-dire au-dessus de toute pensée humaine, et elle à posé son nid dans les lieux escarpés.

Albert le Grand voit ici une allusion aux lieux

d'où furent précipités les anges rebelles. L’humi-

lité se tient debout sur l’éscarpement des hauteurs terribles ; l’orgueil est trop faible.

Montrez-moi votre gloire, disait Moïse à Jého-

vah; montrez-moi votre face, dit boue À l once dans le Cantique des Cantiques. On dirait que l’écho du ciel redit à la terre la pere que la terre a lancée vers le ciel. de =

Quelle est celle-ci qui monte à traversle désert?

La Vierge est, dans le désert des déserts, la montagne inaccessible. Sur la neige de la montagne il n ; a pas de trace, personne n’a passé, nul pied n’a fait sa marque, et cependant elle monte toujours. Les anges regardent et s’étonnent.

Ils la comparent à une fumée, la fumée des …

parfums; ils nomment la myrrhe et l'encens; Bethléem et les Rois Mages sont dans le lointain du tableau ; ils nomment aussi la poussière, car la poussière entre beaucoup dans les pensées de … la Vierge, elle se souvient de la poussière plus que l’ami ne se souvient de l'ami; les anges parlant d'elle, prononcent le nom de la poussière et « le mêlent au nom des parfums, dans l'harmonie de leur étonnement. ‘0

Vous êtes toute belle, mon amie, et il n’y a. pas de tache en vous. Venez du Liban.

Voici l’Immaculée Conception, voici la monta- … gne, voici la blancheur. Et qui donc fera une couronne à la Reine Immaculée qui vient de la « montagne blanche? 4

Ce seront les bêtes féroces, les lions sont con-. voqués ainsi que les léopards. Toujours Marie se

frouve placée entre la splendeur de sa propre

pureté et les souillures des autres; et ces souillures des autres ajoutent, si elles approchent d’elle, à l'éclat de sa couronne. Cette blancheur sans tache, partout présente dans l’Écriture, resplendit sur le fond noir des tableaux: car jamais les pécheurs ne sont oubliés. Ils accourent attirés par le contraste, et prennent place dans l’auréole, Ceux qui viennent des bas-fonds et des boues du ravin peuvent courir sans crainte au-devant d'Elle; car la Vierge vient du Liban et sa blancheut n’a peur de rien.

Vous êtes belle, Ô mon amie! douce et superbe comme Jérusalem, terrible comme une armée rangée en bataille.

Une des magnificences de l’amour, c’est qu'il heurte à la fois, dans son transport, les choses que sépare la raison vulgaire: beauté, douceur, terreur. Voici Judith et Ruth qui apparaissent toutes deux se tenant par la main. Voici l'aurore qui apporte aux hommes la pourpre et l’émeraude, qui introduit magnifiquement la douceur dans l'incendie, et qui mouille en même temps le calice des fleurs: car l'abeille a soif et il faut bien penser au miel. Elle n'oublie pas non plus que les bêtes féroces doivent se cacher dans leurs tanières : leur moment est passé, car le soleil va paraître. Que la mouche se désaltère, que l'oiseau s éveille, que l’homme admire! que la prière du

202 PAROLES DÉ nrét)

matin monte avéc le parfum 1 feurs! Voici l'aurore qui s'allume.

Que les énnemis trémblent! que dau instinctive qui annonce les heures redoutables fasse pâlir d'avance les Philistins!

L'Arche d'alliance est dans lé camp d'Israël, et elle est terrible comme une arméé rangée en bataille. Elle n’a qu'à paraître : : la vie et la mort sont à ses ordres, et ceux qui la comptent parmi lés choses de leur butin, subissant au fond d’euxmêmes, dans le lieu inconnu que Dieu voitet regarde, l’action de sa présence, au liéu de devenir ses maîtres, deviennent ses victimes. |

Vous êtes belle, ma bien-aimée, douce et su-. perbe comme Jérusalem, terrible comme une .

armée rangée en bataille.

Jérusalem veut dire : vision de la Paix. O vision. de la Paix! qué vous êtes belle qüand l'Amour | vous invoqué sans oublier là guëtre, quand il. vous invoque sur lé champ de bataillé, quand vous êtes la Paix dans la victoiré, l’enivrément » du repos, plein de fureur et de tendresse, plein de triomphe et de sécurité! C

C’est un des caractères de l'Écriture que l’ab- 1 sence sublime des transitions. Lestransitions sont une des lächetés de la rhétorique, une des formes. 1 que prend, dans Île langage humain, le respect humain. L'Écriture, qui ne vise qu'à Dieu, : ne .

sépare pas dans l'Épouse du Cantique la douceur

de la terreur et ne s'excuse pas de nous dire au même instant que la bien-aimée, l'épouse, la femme par excellence, est on iible à la vision de la Paix et à une armée rangée en bataille. L'Écriture parle de trop haut pour justifier son js

L'humanité s ’attendrit comme un homme eñ

| face de ses souvenirs d'enfance. L'Écriture prék sente à l'humanité des souvenirs d'enfance. Qu'ils … sont graves, qu'ils sont profonds! et quelle proxi- . mité de Dieu. Les champs où Ruth glanait res-

4> ut

se

semblent-ils à d'autres champs? n’ont-ils pas un : parfum céleste ? la lumière qui les éclaire n’est-

lt

- ils pas avec une gravité singulière? La bénédic- : tion de Dieu en tombant sur la Terre-Sainte, lui

“ ressemble : à rien et son histoire ne peut être ; confondue avec aucune autre. Le Verbe avait - choisis érusalem. L'amour de Dieu pour cette cité … fait penser à un amour d'homme. Les choix de « Dieu donne à ce qu'ils touchent un signe étrange.

— Jésus homme ressemble à un souvenir. Le Dieu disait à cette ville: Oh! comme je t'ai aimée! Et S que va-t-elle devenir, mon antique prédilection ? e :

Fa Le livre de l’Ecclésiastique ressemble aux “souvenirs de la Sagesse. La Sagesse incréée n’a

“pas de souvenir: car tout est présent devant elle.

k a laissé je ne sais quelle marque profonde. Elle ne

« elle pas mystérieuse? ces moissonneurs n’agissent-

Jérusalem ne ressemble à rien. Les larmes 4

à | Le

. Et cependant on dirait que, par une D ndescen. dance attendrie, elle parle comme si elle se sou- : venait. de : à Appliquées à la Vierge Marie, ces Dhebles que 4 la Sagesse dit elle-même ouvrent une fenêtre sur | un pays inconnu, et la pleine mer, dans ce payslà, ressemblerait par comparaison au couloir étroit » d’un cachot. 4

La Sagesse est sortie la première de la bouchi 4 du Très- Haut: Ego feci in cœlis ut oriretur lumen indeficiens. ;

Elle est sortie la première de la bouche du Très-Haut. À

Par Elle s’est levé Le soleil qui ne se coucher -pas; par Elle la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde a paru dans la création; par Elle le Créateur a pris place dans son œuvre. Elle est sortie la première de la bouche du Très-. Haut: car la Dose qui l’annonçait a prés Jes paroles qu'a entendues Moïse, les piroies qu'a. entendues Abraham et les paroles qu’a entendues" Caïn ; cette promesse a retenti quand l’écrasement: de sa tête a été promis au serpent. Elle remonte même plus haut dans la genèse des choses; cettem promesse a retenti quand il a été dit pour la. première fois: 17 n’est pas bon que l'homme soit seul. +

Elle habite sur les hauteurs, et son trône est. dans une colonne de nuée. Elle a fai seule les tour du ciel, car elle a porté Jésus-Christ dans son sein. Elle a pénétré dans le profond de l'abime

hd elle a regardé le cœur humain, afin de prier 4 pour les pécheurs.

Elle a marché sur les flots de la mer, et partout elle a cherché le repos, car partout sie a cherché Dieu. Elle a cherché Dieu. Elle à cherché le repos, et elle l’a offert à Celui qui le lui a demandé, etson Créateur s’est reposé dans son tabernacle. . La nature de sa prédestination lui a fait une

place : à part entre les prédestinés. Elle s’est repo- .sée dans la cité sainte, et elle est puissante dans Jérusalem. Le cèdre et le cyprès, l'olivier et le platane, la myrrhe et la térébinthe, la vigne et toutes les fleurs essayent de dire son nom et proclament, en la symbolisant toutes, qu'aucune d’entre elles ne réussit à la symboliser complètement.

…— O'rose de Jéricho! c’est elle qui a donné son parfum sur le Calvaire, quand ie sang de Dieu “coulait, comme un manteau de pourpre, sur la terre ; c'est elle qui a donné son parfum dans D nonse défaillance des hommes. Jéricho veut dire défaillance ; mais la Vierge se tenait debout au pied de la croix: elle se tenait debout dans l’accablement des de. dans l'abattement des cœurs, dans la terreur de astres voilés ; c'était bien dans Jéricho que la rose donnait son parfum. Le Tigre, le Phison et l Euphrate se joignent aux fleurs et aux arbres pour essayer de nommer Marie. On dirait dans ce texte de l'Ecclésiaste que la création réveille de profonds échos endormis et leur demande un nom que les brises de l'Éden

murmuraient sans doute comme une “'H pro.

phétie aux oreilles de l'homme encore innocent On dirait que la création, recueillie, émue, trans-! portée par la solennité du souvenir dans les domaines de l'innocence, se rappelle les choses! malinales, les choses du réveil, les choses de l'aurore, ul elle cherche le nom de celle qu a été, qui est et qui : sera Immaculée.

Isaïe, le grand prophète, vit le Seigneur sur sons trône; Les Pères ont plongé depuis des siècles dans Cote vision, comme dans les profondeurs: mêmes de la magnificence. 3

Il vit le Seigneur sur un trône élevé, sur un D trône exalté. |

Plus tard, saint Jean verra sept lampes co tes devant le trône ; plus tard, saint Jean 2 dra sortir du trône “des foudres, des voix et des tonnerres.

Les sept lampes ardentes, les sept dons du Saint-Esprit ont allumé leurs splendeurs dan s l'âme de celle qui, portant Dieu, a été son trône son trône intime, son trône A son trônt inconnu, mystérieux, réel et magnifique.

Comment est-il tombé, l'antique Lucifer? L'Écris ture parle toujours à mots couverts de ce premiéi foudroiement, comme si elle voulait ménage l'homme, par le silence qu’elle garde sur uné horreur au-dessus de sa portée. Cependant ces silence, comme une nuit d'orage, est fendu pa

des éclairs. È

vu P

| MOUSE 1 DANS L'ÉGRITURE | 80?

montagne du Testamient, qu'il monterait plus haut que a hauteur des nuées. :

L’Incarnation future, proposée à l’Adoration

des Anges, et Modan avant d'être réalisée

dans le temps et dans l’espace, la destinée éternelle des intelligences obligées de lui dire un ow ou un n0#, la sublime adoration de celles qui se

bout qui se levait lo malin et qui est tombé à avait dit dans son cœur qu'il s’assiérait sur la

ee da

sont agenouillées d'avance et pour l'éternité,

dans leurs robes de lumière, devant la crèche de Bethléem, la honte effroyable et le désespoir de la nuit sans aurore où sont tombées celles qui venaient de dire non, la honte de l’orgueil, la première des hontes, la honte éternelle, sans issue et sans remède, le premier jugement qui fait du premier soir la grande image du dernier

Jour, tout ce drame qui a précédé notre nais-

sance nous montre la Vierge future, Marie qui naitra, nous la présente détestée avant sa nais-

. sance par ceux qui la détestent depuis sa mort, et nous la présente sous des noms que nous con-

naissons déjà : la montagne du Testament etla :

hauteur des nuées. Elle a eu sa place avant de naître dans le premier discernement de la lumière

et des ténèbres. L’horreur de voir la nature

humaine élevée au-dessus de lui a jeté, beaucoup plus bas que la boue des ruisseaux, celui qui a

refusé d'admirer, en levant la tête, la montagne

du Testament. Profondeur de la justice! que

d'imprévu dans l'épreuve des Anges! quelle ma-

208 PAROLES DE DIEU Res gnifique pierre de touche, ons ie douce!

une mère et son enfant! quelle délicatesse dans le choix des moyens pour voir si les Anges garderont ou ne garderont pas la couronne de gloire et la splendeur de leur matin! comme la honte est bien le fruit de l’orgueil ! quelle magnificence et quelle simplicité dans l’occasion de dire cui ou non! comme la gloire a dû jeter d'avance en la montrant aux Anges, sur la Vierge es un regard attendri! : 3

Quel amour pour elle dans l’empressement de ee Dieu, qui, près de juger, lui fait une place avant sa naissance, dans les circonstances solennelles 1 de la première épreuve, décisive, terrible! 4

L’Arche d'alliance, nous le savons, a fait mou-. rir les Philistins. Mais avant que Moïse fût, la | montagne du Testament, avant d’avoir pris place dans la création, influait, par sa prédestination terrible, sur le jugement des Anges, contempo=« x rains de la lumière.

La nuée est un des noms de Marie les plus 4 ordinaires dans l’Écriture: le Seigneur, dit encore » Isaïe, montera sur une nuée ei et entrera en

gypte. É

Jésus; sas l'Égypte ie veut dire angoisse, à n 'était- -ce pas pour lui le monde où il est entré par elle? | 4

Dans la peinture de la grande fête, Isaïe 1 promet l’exultation du désert. Saint Bonaventure

LE SYMROt. ISME DANS L'ÉCRITURE 209

a reconnu dans le désert celle que saint Jean, prisonnier à Pathmos, vit voler dans la solitude. C'était Marie, sa mère. Ells avait deux grandes ailes d’aigle.

Quel est donc ce grand arbre qu’a vu Daniel au milieu de la terre, sous lequel habitaient les animaux”? |

Jean de Carthagène a reconnu le Rosaire. Les oiseaux du ciel habitent sur ses branches. Le Rosaire présente toujours les mêmes faits à la méditation des hommes. Par un effet particulier aux choses divines, le sujet de la méditation, au lieu de devenir monotone, est certainement beaucoup plus neuf pour un saint qui a blanchi devant lui, que pour l’homme qui l’aborde aujourd'hui. Un a. caractères de ce qui est divin, c’est d’être inépuisable. Les choses célestes se creusent à mesure qu'on descend, et s'élèvent à mesure qu'on monte. Un But qui dit le Rosaire y trouve un aliment; et cet aliment, loin de sécher et d'avoir donné tout son suc, lui avouera dans soixante ans, s’il médite soixante ans, qu'il lui avait caché ce qu il contenait de plus substantiel et de plus précieux.

Ce travail pourrait durer longtemps Les matériaux sont innombrables. Je vais pourtant m'arrêter, mais oserais-je, avant de signer, essayer de répondre à la question que l’homme fait depuis 6.000 ans? Cette question, la voici:

D'où “ondie Dieu? De | L'Écriture a répondu par la voix à d'Hnhaue: ‘2 à Deus ad Austro veniet; et Sanctus de monte Pharan. | | ur ee.

Albert le Grand lit: a Zibano veniet; il viendra du Liban. Le Liban c’est la blancheur. Il viend'a du mont Pharan. Pharan signifie plein

d'ombre. Il viendra de la blancheur pure, il « entrera par la porte de la lumière, il entrera par la voie immaculée. Le Liban est la patrie des cèdres, la terre immaculée est la patrie de la hau-

teur. La Vierge sera le temple et le repos de son

Emmanuel. Il viendra de la montagne, de la À

montagne pleine d'ombre; la blancheur et la montagne, l'éclat et l'ombre éclaireront de leurs

feux croisés son entrée triomphale. Les échos du

Liban, les échos de la terre immaculée n’ont pas oublié les reproches du Seigneur à Josaphat, qui avait fait un pacte avec Ochosias. L

I viendra de la blancheur;il viendra plus pur « que le rayon. Il viendra de la montagne, là où la neige n’est marquée d'aucun pas, là où le désert est enfanté par la hauteur, parce que l’air M

respirable manque aux créatures. C’est là que le S regard de l’aigle est dirigé; c’est de là qu'il vien- M

dra; il viendra des hauteurs de l'ombre, car la. 4 vertu du Très-Haut ombragerà le sanctuaire à « l'heure où le Saint descendra : Viréus Altissimi « obumbrabit tibi. Les paroles de Gabriel rencon- trent celles d'Habacuc. 4

Celui qui habite une lumière inaccessible sortira «

des | épaisseurs de l'ombre, car il a pris depuis longtemps les ténèbres pour retraite. Mais la blancheur du Liban et l’obscurité de l’épaisseu: se donneront, quand il viendra, le baiser de pair au nom de pie

On pourrait croire au premier coup d'œil que l'Ancien Testament cache la Vierge et que le Nouveau Testament la montre. Mais le Nouveau Testament la cache encore plus que l'Ancien.

l'apparition qu’elle fait en ce monde est une retraite très profonde. Marie est plus invisible dans l'atelier de Joseph que ne l'était dans les forêts du Liban son image prophétique.

À mesure que la journée avance, les ombres s’allongent sur la terre. À mesure que le temps passait, peut-être l’ombre de Celui qui n’a pas

de nom tombait plus épaisse, parmi les outils et. les morceaux de bois, sur le charpentier et sur

sa femme. L'Évangile, qui dit quelque chose de Jésus-Christ au dt des hommes, ne dit à peu près rien de Jésus-Christ entre Marie et Joseph. Un silence plein d’abimes, où les regards des Anges viennent peut-être abat de gloire, enveloppe comme un nuage la maison de Nazareth

Je ne finirai pas cette étude, si incomplète qu'elle soit, sans dire un mot de saint Joseph, de saint Jean. Le dépôt est chose sacrée: cônfier une personne à une personne, est dans l’ordre humain, le triomple de la confiance.

Dieu a confié celle dont il salon à ee ‘#4 êtres humains. Celle qui s’appelle la Vierge, parce qu'elle est vierge dans des sens prodigieux, dans des régions que nous ne connaissons pas, parce que ce mot, appliqué à elle, prend des significations, des applications imprévues, s'élève à des hauteurs et descend à des profondeurs qui ont fait du nom commun vierge un nom propre applicable à une personne qui se nomme la Vierge, qui se nomme la sainte Vierge, la Vire séparée.

Les Séraphins, qui chantent l'éternel Suncrus, ne savent peut-être pas de quelle façon Marie est la Vierge, à quel point et à quelle hauteur. 4

DL ont été ceux à qui le Dieu jaloux a confié la Vierge? :

nt Joseph d’abord, saint Jean ensuite, Saint Joseph, époux de Marie, qui l’accompagnait, au moment où elle retrouva son Fils au temple‘ saint Joseph, sur qui l'ombre du Père tombait chaque jour plus épaisse, si épaisse que la parole n'ose pas approcher de lui; saint Joseph, le silence sacré de la profondeur. Son histoire est écrite dans ses fonctions: l'Évangile ne nous cite pas de lui une parole, à peine s’il est nommé. Mais ce nom, rarement prononcé, signifie simplement : additio Dei, augmentation de Dieu.

Quand je pense aux noms de ceux qui lui obéissaient, je ne sais pas de quelle voix cet ouvrier devait donner des ordres dans sa maison.

Page 1