‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 3 sur 44 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

de l’action. Une vertu sort d'elle; elle n'est pas seulement simple, elle est simplifiante. Elle dis- - tribue la simplicité ; elle la communique. Les

hommes de génie, qui ont tant besoin de simpli-

cité, peuvent venir boire; la source est là.

Les hommes risquent d’être entraînés par le courant du multiple. Le doute est par excellence l'introduction du multiple dans le pans central où doit régner l'unité.

La foi est l’acte simple.

Le recueillement est la victoire de l’unité dans le fond de l'âme. Or la foi et le recueillement sont profondément nécessaires en face des paroles de Dieu.

Le génie ne suffirait pas pour donnér à l'homme vis-à-vis d'elles la contenance qu’il faut.

Legénie auraitmêmeen lui ou à côtéde lui, dans l'homme qui le possède, de nombreux éléments d’erreur,s’il s'enallait tout seul à l'aventure puiser dans l’Écriture sainte, loin de l’Église et de la Foi. Il faut la foi, il faut la simplicité.

Il faut se souvenir que l'Église, épouse de Jésus-Christ, est la gardienne, l'interprète et Ia dépositaire de ses trésors.

Vis-à-vis des choses divines, l'attitude qui donne l'intelligence, c'est l’agenouillement. Quiconque ne commence pas pars RÉNR court tous les risques.

x PRÉFACE

Ce livre est sorti de longues et très profondes méditations. Mais l'acte initial, l'acte central, l'acte final qu'il porte en lui, c’est l’adhésion à l'Église, l'adhésion absolue.

Tel est l’état du monde, qu'il semble étrange, bizarre, étonnant, de rappeler les paroles simples de Jésus-Christ :

« Qu'ils soient consommés en un, comme mon Père et moi nous sommes un. »

Dans la Babel où nous vivons, quand la confusion et la division ont fait leur chef-d'œuvre, un chef-d'œuvre capable de les étonner elles-mêmes; quand elles ont peut-être dépassé, par leurs actes, leurs espérances.

C'est à nous d’exciter les nôtres.

C’est à nous de parler de foi, d'espérance et de charité. |

C'est à nous de serrer sur nos poitrines cette parole dont la lumière brille dans nos ténèbres :

« Qu'ils soient consommés en un, comme mon Père et moi nous sommes un. »

L'excellence de cette parole noùs transporte plus haut que l'opportunité qui se rapporte aux choses humaines.

Cependant j'ose ajouter qu'une opportunité

D SRÉRAGE

singulière s'ajoute en ce moment à son excellence

propre, à son excellence essentielle.

Plus la division est présente, plus la charité est sue

Tout homme qui cherche la lumière en ee de la charité cherche la lumière au fond des ténèbres. :

Cela est vrai toujours d’une vérité générale : cela est vrai maintenant d’une vérité générale, et aussi, je le crois, d’une vérité particulière.

. Ilya quatre Évangélistes, comme quatre lettres dans le Tétragrammaton. L'histoire du monde, depuis Jésus-Christ jusqu’à la consommation des

siècles, ne se diviserait-elle pas en quatre parts qui se rapporteraient aux quatre Évangiles?

[lya quatre animaux dans l’Apocalypse. Leurs caractères, essentiellement différents, reproduisent symboliquement le caractère des quatre

ni Évangélistes. Il y a aussi quatre grands Prophètes dans l’ancienne Loi.

Saint Mathieu estreprésenté par l’homme, saint - Marc par le lion, saint Luc parle veau, saint Jean par l'aigle.

Le premier Évangile, celui de saint Mathieu, qui est représenté par l’homme, n'est-il pas aussi figuré par la première époque de l'Église ?

La première des quatre périodes, c’est la recon-

ZT PRÉFACE

struction de l'homme. Ils ’agit de rétablir en lui l'image défigurée du Créateur.

La Rédemption modèle l’homme sur le type du Fils de Dieu. De qui est cette image et cette inscription ? Rendez à Dieu ce qui est à Dieu.

Le sang, le sang, ce véhicule mystérieux, le. sang que cette première époque, qui est .

l’époque des martyrs. Le sang coule par torrents, confiant à la terre la semence de l’homme, nouveau. La mort du vieil homme, la naissance de l'homme nouveau, la résurrection de la société et de l'individu, telle est l’œuvre de la première période, et le premier Évangile, l'Évangile de saint Mathieu, est marqué par la figure humaine. |

Après saint Mathieu, saint Marc qui est représenté par le lion. Constantin est monté sur le trône ; ila vu le Labarum ; il a vaincu parle signe qui lui a été montré. Voici la force : c'est la bataille, mais c’est la bataille gagnée. Le sang des martyrs a germé. L'arbre a de fortes racines: ses rameaux abritent le monde. Les saints ne se cachent plus dans les catacombes: ils parlent, ils enseignent, ils règnent quelquefois. Ce n’est : pas la victoire suprême qui est la paix, c’est la

victoire relative qui contient encore la guerre.

C’est la force, image de la terre, et non la force, image du ciel, mais la force terrestre,

PRÉFACE nn

cosquise et domptée, traîne le char du Roi des … cieux. Ce n’est pas la force qui plane, c’est la force

qui défend. La griffe du lion est convertie, mais elle est toujours la griffe du lion. C’est une griffe qui appuie, qui protège, qui, au besoin, déchire et écrase. C’est la griffe d’un quadrupède, ce n’est pas l'aile d’un oiseau.

Saint Marc était particulièrement le disciple de

saint Pierre. Dans la seconde époque, l’adminis- tration forte de l'Église s'affirme comme la loi

sociale, comme la pierre angulaire du monde et de tous les mondes. |

. La philosophie et la vie entrent dans le tons e Le lion de saint Marc a sous sa griffe redoutable

le globe terrestre qu’il abrite.

Saint Louis est le cœur de la seconde époque. Le Christianisme subit une épreuve épouvantable. La barque de Pierre refait connaissance avec la tempête un peu oubliée. Le vent souffle en foudre, comme disent les matelots. Saint Louis

est bien loin.

Voici Luther, Calvin, Henri VIH. Voici Rous-

seau, voici Voltaire et voici 93. Voici une autre

immolation.

La troisième époque est celle de saint Lue.

Saint Luc est représenté par un veau. Le veau

xIV PREFACE est celui qu'on égorge. La troisième époque est une époque d’immolation. Cette immolation n’a pas le caractère du premier martyre, du martyre qui refit l'homme. Les premiers martyrs chantaient; autour des martyrs de la première époque, une auréole plus visible entourait une tête plus éclairée. Ici c’est la douleur avec l’humiliation. Ce ne sont plus les vierges d'autrefois lançant aux bourreaux un défi hardi et joyeux; ce sont des âmes fatiguées et longtemps souffrantes qui subissent, à la façon du bœuf, un labeur long et pénible. Beaucoup d'hommes donnent leur vie et la donnent lentement.

Il y a dans la troisième Zpoque une somme immense de souffrances inaperçues et longues, qui mugissent plutôt qu’elles ne rugissent. La résignation du bœuf apparaît à chaque instant. Le

bœuf travaille et rumine ; il habite les écuries et =.

les prairies, non pas les one Saint Vincent de Paul est le cœur de la troisième époque.

La quatrième époque: O Domine, libera animam meam. C’est l'aigle, c'est saint Jean.

Apparaissant à sainte Gertrude qui lui reprochait sa discrétion, saint Jean promit à l'extatique de révéler plus tard au monde les secrets qu'il avait lus pendant son sommeil, lus dans

PRÉFACE <v

“le cœur de Jésus pendant la dernière Cène.

Un mouvement universel, un mouvement 1 catholique, dans tous lessens du mot, précipite le . monde chrétien dans le cœur de Jésus. Tous les fleuves se jettent dans cet océan, et voici l’heure de leur immersion.

Ce mouvement général eue que l’époque de saint Jean est arrivée.

Le disciple qui ne ressemble à aucun autre, le disciple que Jésus aimait, l’homme du cœur de Dieu va dire les secrets réservés.

Voici l'heure, voici le soir ; le monde a ee suivant la menace faite par saint Jean à sainte Gertrude. Un immense besoin de charité travaille et tourmente sa froide décrépitude. Il n’a pas de charité, ce monde ; mais moins ilen a, plus il a besoin qu'on en ait pour lui. Il faut qu’un souffle de feu réchauffe les membres de ce vieillard siaces :. Il faut que les tonnerres de l’Apocalypse le | réveillent de sa léthargie. Il faut que l'aigle de

l’Apocalypse l'emporte dans ses serres puissantes. I fautà ce vieillard toutes les choses les plus contraires à son état actuel. Il faut que la puissance de Dieu donne à l'aigle et à la foudre la force d'emporter et la force de réveiller.

. Le disciple que Jésus aimait, l’homme de la | tendresse, l’homme de l'amour, celui qui fut

Se b

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