‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 30 sur 44 · SAINT THOMAS L'APOTRE · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS L'APOTRE

Saint Thomas, dit sainte Brigitte, est le trésor de Dieu et la lumière du monde. Un Père de l'Église dit que son doigt qui a touché la plaie du côté est le maître de la terre. Quelques sentiments me sont venus sur lui.

Dieu étant au-dessus de la substance et incompréhensible aux pensées, la matière a pour objet, pour fin, de rendre témoignage à ce qui est audessus de l'esprit. La matière, c'est l’âne de Balaam qui parle et qui enseigne l'homme.

Les cinq plaies, de Jésus-Christ, et en particulier la plaie du cœur, touchée par saint Thomas: les cinq plaies, en tant qu’elles sont le sensible par excellence, l’objet de la vue et le triomphe du toucher, représentent les abîmes de Dieu, absolument inconnus, quant à la totalité de leur profondeur où Dieu se repose éternellement au fond. de lui et triomphe dans sa gloire. Plus la chose

estle témoignage. C’est pourquoi le Cantique des . Cantiques est si matériel dans ses images: c’est > qu il raconte des choses plus spirituelles que les idées. Ne pouvant atteindre là-haut, la Parole, au désespoir, se réfugie dans la matière, comme une . criminelle qui se cache dans l’ombre.

Dien connaît par le même acte, les abîmes de . son être éternel, etles cinq plaies que-les hommes . ont faites, et cet acte, c’est l'acte pur.

- Quand l’homme, ébloui de gloire, est mort . quant à la pensée, parce qu'il a vu la face de Dieu, alors il recule, et adore, par ses mains, -l'épouvantable majesté dont son esprit n’est pas capable.

- Entre son esprit et l’esprit de Dieu manque la commune mesure. Mais l’adoration matérieile du doigt de saint Thomas est un aveu de cette défaillance, aveu arraché à la nature des choses, et cet aveu comble, aux yeux de Dieu, la distance incommensurable.

C'est pourquoi saint Paul dit que Jésus-Christ est le Dieu inconnu. C’est pourquoi le Verbe s’est fait chair, afin qu'on pût toucher ce qu’on ne peut comprendre.

La plaie du cœur, touchée par le doigt de saint Thomas, est placée au delà de la parole et du silence. Elle est placée, par la complaisance de Dieu, au-dessus de la parole et du silence, pour dire ce qu'ils n’ont pas dit. Leur défaillance incique en Dieu cette plénitude absolue qui fait tout

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… signifiée est au-dessus de l'esprit, plus matériel

mourir àson approche. L'absence en A brie, l'absence de personne humaine, signifie ce ie | absolu de la chose qui meurt déve Dieu.

La personne humaine absente, cela estau-dessus des pensées humaines. Mais la chair humaine est présente. Et le doigt de saint Thomas est BR pour l'attester. |

0 utilité et magnificence des pr ni sensibles ! Seigneur, que la matière porte enfin la. parole et rende gloire par ma voix!

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Pourquoi trouve-t-on, dans la Vulgate, certains mots hébreux qui Sheet au milieu des mots latins ?

Par exemple: | |

{Torma, anathema, anatheme. Amen.

Alleluia. ce

Eloi, Eloi, lamma sabacthani. Ephpheta.

Ouvrez-vous.

La guérison du sourd-muet est accentuée, à la différence des autres, par la conservation du mot hébreu qui l’a accompagnée.

Et Jésus, en prononçant ce mot, poussa un soupir. Bo guérir le sourd-muet, un soupir et un mot hébreu.

Sur la croix, pour la chose inénarrable, un cri etun mot hébreu. |

Les paroles des vieillards et des saints dans l'éternité, un chant et deux mots hébreux : Amen, A lUlelura. À

On a beaucoup discuté sur le sens précis où il est vrai que Jésus ait été abandonné per le Père. Je n’entrerai pas dans la discussion; j'aurais peur

NOUVEAU TESTAMENT on |

de profaner l'Horreur dans le temple, dans le Sanctuaire et dans le saint des saints. Le mot est jeté là, il est jeté là en hébreu; il me semble que les mots de l’Écriture, que la Vulgate conserve en hébreu, ont quelque chose de particulier. On dirait que le texte est tellement empreint d’un cachet spécial, qu’il ne peut être traduit, du moins avant d'être cité. L'Amen et l'Aleluia restent dits en hébreu. On dirait que ces mots-là sont français, si nous parlons français; latins, si nous parlons latin; grecs, si nous parlons grec. Ils sont sortis de la spécialité d’une langue unique, pour entrer dans une langue universelle. Ils sont vainqueurs de Babel.

Je me demande si ces mots qui ne sont pas traduits dans les langues accidentelles et diverses, qui retentissent en hébreu sur toutes les parties de la terre, comme s'ils avaient quelque chose de trop essentiel pour se plier aux détails et aux infirmités que le morcellement comporte; je me demande si ces mots ne sont pas des souvenirs et des espérances d’un ordre à part; des souvenirs d'avant Babel.

Babel, c’est la confusion, c’est le multiple, non dans sa forme légitime qui est la diversité, mais dans sa forme maudite qui est la confusion. On a parlé avant Babal et on s’entendait.

Il me semble qu'il y a des choses qu'il ne faut pas déterminer, et que ces choses sont précisément celles qui sont exprimées. ou indiquées par l'invincible obstination de la langue hébraïque.

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