‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 31 sur 44 · ME · texte numérisé non relu

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Quand elle nous poursuit parmi les autres langues relativement modernes, gardant intacte la prononciation de certains mots qui persistent à côté de leur traduction, et ne veulent pas être remplacés par elle, c’est que la langue hébraïque à ses raisons pour nous poursuivre. Je ne chercherai donc pas quelle est cette chose; je n’essayerai pas de traduire en français Elot, Eloi, lamma sabacthani. J'entends par traduire en français : expliquer, déterminer. La langue française est la langue de la détermination. Je regarde le mot en hébreu ; je le contemple de loin ; je le laisse dans sa langue natale.

Cette chose, quelle qu’elle soit, est pour l'homme, quel qu'il soit, un poids épouvantable. Mais l’homme, s’il est égaré, ne le sent pas parfaitement; son égarement est pour lui une distraction. Promené dans son erreur, il ne voit . pas son état, et l'absence du regard intérieur lui dissimule beaucoup l'absence de Celui qui cherche l’ôme. :

Si l'homme est plus près de Dieu, le supplice : de l'absence que j'indique sans le déterminer, … car je ne sais de quelle absence je parle, le sup- ; plice de l'absence est beaucoup plus sensible. É Si l’homme est très près de Dieu, ce même supplice glace en lui les sources de la vie; il n'as plus de paroles pour l’exprimer; il n’a plus de pensées pour le définir; il n’a plus de regards. pour le voir. Ce supplice est au-dessus des paroles, des pensées, des regards ; il atteint la substance

NOUVEAU TESTAMENT | 287 à une profondeur où celle-ci ne se connaît pas elle-même. Il se perd dans la nuit de l’abime, et celui-là même qui le subit, le subit sans le comprenére. C’est l’incompréhensible, c'est l’inoui ; on dirait: c'est l'impossible, si l’on ne savait que la chose existe. C'est un déchirement qui ne peut être raconté, ni compris, ni même senti pleinement. La force manque au supplicié pour sentir son supplice, et peut-être, s’il n'en meurt pas, s’il n'en est pas anéanti, c'est parce qu’il est protégé par sa faiblesse et par la légèreté inhérente à la personne humaine, contre les excès, contre les violences, contre les fureurs, contre les délires, contre les horreurs de son supplice; s'il ne meurt pas, c’est par faiblesse. |

Voilà pour l’homme qui n’est qu'homme et possède une personne humaine.

Mais, en Jésus-Christ, la personne humaine n’était Vas la légèreté n'était pas! La personne humaine n'étant pas, la Divinité était le support même de l'humanité. En dedans de celle-là, celleei n'avait pas de point d'appui, et c'était Jésus qui criait :

Eloi, Eloi, lamma sabacthani!

L'union qui l'unissait à la Divinité n’était pas une union ordinaire, ce n’était pas l’union connue des saints, c'était l’union hypostatique, et c'était Jésus qui criait: |

Elor, Eloi, lamma sabacthani!

Et il n'avait pas la consolation de la légèreté, la consolation de l'ignorsnce, la consolation de la

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