OR LES LARMES SONT LES ACTES
Voilà la grande Vérité, voilà l’auguste Vérité. Le langage catholique a des splendeurs oubliées. Il est arrivé à ces splendeurs le même accident qu'aux astres du ciel: assiduitate viluerunt. Si je voulais traduire le mot latin par un vers français, Je dirais peut-être :
Ils se font oublier en se montrant toujours.
Le langage catholique nomme l'acte de Foi, l'acte de l’Espérance, l'acte de Charité, l'acte de Contrition.
Aux yeux des hommes du monde, la Foi et l’Espérancee sont les consolations des faibles. La Charité est un mot qui, dans l'esprit du monde, implique une sorte de pitié dédaigneuse, et Contrition veut dire : brisement.
Le brisement n’inspire-t-il pas aussi, à ceux qui l'ignorent, le genre de mépris qu'inspire l’impuissance ?
Cependant la Foi, l'Espérance, la Charité, la Contrition sont en vérité des actes, des actes intenses. Ce sont des actes de Force, ce sont des actes par excellence.
Croire est un acte ; espérer est un acte : aimer
est un acte. Le brisement est un acte.
Ges choses qui, aux yeux fermés par l'esprit du
306 PAROLES DE DIEU ie monde, représentent des défaillances, signifient
et sont en réalité des Actions, des Forces, des Puissances.
La Contrition est avec les larmes dans un rapport spécial qui doit fixer sur elle ici notre attention.
Un homme brisé, dans le langage du ide.
est un homme qui n’est plus capable de rien. Un homme contrit, dans le langage de la Vérité, c’est Celui qui fait l’acte Ra nne l'acte de Violence.
C'est Celui qui emporte le Royaume des cieux.
Samson était emprisonné dans la ville de Gaza, et les Philistins en gardaient les portes. Ils se croyaient sûrs de leur proie. Ils tenaient leur . ennemi. Mais Samson, se levant au milieu de la Nuit, prit sur ses épaules les portes de sa Prison et les emporta sur la montagne.
Voilà l'acte de Force accompli par l Homme de la Force.
Voyons maintenant ce que fait r homme brisé, l'Homme contrit.
Il se lève au milieu de la Nuit, ses ennemis l’environnent. Les choses de la mort et celles de l'Enfer entourent sa demeure et croient la cerner. Mais voici la contrition; voici les larmes. Les : portes de la Prison où il gémit ne s'ouvrent pas seulement ; il les emporte sur la montagne, sur la montagne qu il arrose des larmes de ses yeux. Les choses qui font couler ses pleurs l'accompa- ; gnent sur la Hauteur. Il vit là-Haut en compagnie
dE dun Alle > Les nn.
de son repentir : il le transporte dans la Région
sublime que peut-être sans lui il n'aurait Jamais connue. |
Ainsi l'Eau de la Contrition, où plusieurs voient une faiblesse, ainsi! l'Eau de la Contrition fait comme le héros hébreu.
Elle emporte sur la montagne les portes de la Prison
L'erreur et l’habitude ont déshonoré les choses
etles mots.
Il y à une façon basse de considérer toutes les majestés qui leur enlèvent leur splendeur.
La Majesté des larmes n’a pas été plus respectée que les autres.
Elle a subi l’outrage de l'erreur, et l’'outrage de l'habitude. ee. o
L’outrage de l'erreur est un outrage qui méconnaît. L’outrage de l'habitude est un outrage qui rabaisse.
L’habitude émousse tous les glaives. Elle éteint leurs éclairs, elle refroidit leurs tranchants.
L’habitude de parler faiblement des choses fortes
donne aux choses fortes des apparences de fai-
blesse.
Il est temps de venger les larmes.
Donnez-moi un point d'appui, disait Archimède et je soulèverai le monde.
Quand porterai-je sur la montagne les portes de ma prison ? |
Non videbo morientem puerum, et sedens contra levavit vocem suam et flevit.
(Gen. chap. XXI, v. 26.)
Non, je ne verrai pas mourir cet enfant ; et s'asseyant en face, elle éleva la voix et pleura.
Agar errait dans le Désert de Bersabée,
Elle avait pour provision de voyage un pain et une outre pleine d’eau. Mais La provision d’eau s’épuisa. Elle posa Ismaël sous un arbre, puis s’en alla, à une portée de flèche, s’assit, éleva la voix et pleura.
Nous pouvons soupçonner quelque chose des sentiments qui l’agitaient.
C'est à propos d’Agar, si je ne me ap que les larmes sont nommées pour la première fois dans l’Ecriture.
Je ne crois pas qu’elles soient indiquées dans le récit des premières catastrophes du monde.
Adam est chassé du Paradis. L’Ecriture est muette sur ses larmes.
Le Déluge engloutit presque toute sa race. Je ne vois pas que les pleurs soient écrites dans les Livres saints, les pleurs de ce moment-là.
sert.
Elle s’assied en pleurant.
Cette Inauguration des larmes, ou du moins
Agar voit son Fils mourir de soif dans le dé- 4
de leur histoire écrite, a quelque chose de so-
lennel.
Elle pleure et voici l’Ange.
Dieu ouvre les yeux d’Agar, et lui montre un puits plein d’eau. Elle FRA loutre et donne à boire à l’Enfant.
Il ÿy a très souvent, entre les grands secours de Dieu et les sources d’eau tout à coup jaillissantes ou tout à coup découvertes de- très singulières
relations. La Fontaine des grâces apparaît très
souvent en même temps que son symbole, et la source d'eau et la source visible devient le témoignage et le mémorial des sources invisibles qui vont couler.
Qu'est-ce que les larmes? Mystère à la fois physique et moral! Mystère humain où l’âme et le corps, unis ensemble, parlent un langage déchirant!
Une source vient de s'ouvrir dans le cœur d’Agar. Elle a pleuré, et l’immortelle Parole dont l’Inaltérable jeunesse fleurit à travers les siècles, la Parole de l’Ecriture consacre ses larmes. Ce sont les premières larmes que l’Ecriture recueille, et pas une d'elle ne sera perdue. Elles vivront à jamais dans le souvenir des générations.
Et au moment où cette source vient de s'ouvrir
dans les yeux d'Agar, voici qu'une source d’eau
vive lui apparaît, sortant de la terre, un puits que Dieu qui sait tout avait placé là où elle devait
pleurer.
Le Dieu de l’Eternité avait prévu de toute
Eternité la soif de l'Enfant dans le désert, et quand le temps fut commencé, il sreusa un puits là où Ismaël devait avoirsoif,là où sa mère devait pleurer. | rate ci
Quelquefois les larmes aveuglent. Ici elles éclairent. Mt à
Agar ne voyait pas le puits. Mais quand ses yeux sont remplis par les pleurs, Dieu ouvre ces yeux mouillés, et elle voit ce qu’elle ne voyait pas.
L’Eau fait deux apparitions. Une source s’ouvre dans le cœur d’Agar, plus désolé que la Face du désert.
Une source est aperçue, sortant des entrailles
de la terre.
Non, je ne verrai pas mourir cet Enfant!
Quelle douleur dans ce mot! C’est la douleur d’une mère qui introduit pour la première foisles larmes dans le récit sacré.
Que de déchirements dans ce mot si court!
Mais voici la source que la mère pleurante aperçoit à travers les larmes. L'Enfant ne va pas mourir. je
Et le Désert consacré par les illustres larmes d'Agar, la servante, et d’Agar la mère, apparaît
dans le lointain de l’histoire, magnifiquement
enveloppé dans les miséricordes du Seigneur!
2 le À
Avertit se parumper et flevit.
(Gen. chap. XLIT, v. 24.)
Il se détourna un peu et pleura,
L'histoire de Joseph est pleine de larnus. Elle est donc pleine de victoires.
Jacob a pleuré quand il a cru Joseph mort.
Mais Joseph n'était pas mort et Jacob l’a revu en Egypte, amené directement par la main du Seigneur. n
Joseph pleure aussi, et ses : larmes indiquent la victoire que ses frères repentants vont remporter sur lui-même: quand il reconnaît ses frères, en Egypte, ses frères suppliants, qui ne le reconnaissent pas, mais qui s’accusent et déclarent qu'ils ont mérité par leur crime passé leur malheur actuel, Joseph se détourne un peu pour pleurer; car il ne se fait pas connaître encore, mais il a pleuré. Il est vainqueur de la colère, et ses frères repentants sont vainqueurs au fond de lui-même. 4
Et quand il se découvre enfin, il pleure, et se … jette en pleurant au cou de Benjamin. Les larmes précédentes avaient préparé et annoncé sa VIC- 4 toire. Les larmes d'aujourd'hui la consacrent et 4 la célèbrent, À
Je suis Joseph, mon Père vit-il encore ?
La scène est immortelle et trop simple pour être racontée. Je n'ose y toucher. Elle a été consacrée par les larmes des générations : les larmes de Joseph ont éveillé des échos qui se sont levés de siècle en siècle, parlant à leur tour et répondant.
Puis Jacob mourant demande à Joseph le pardon de ses frères. Joseph pleure. Joseph répond par les larmes. Donc Joseph est vainqueur: le pardon est accordé, puisque les larmes coulent.
Et l'Esprit était porté sur la Face de l’abîme.
Jacob était entre Joseph et ses autres fils comme l'ordre paternel de Pardonner. C'était un Pardon auguste et vivant qui marchait avec toute la majesté Patriarcale au milieu de ses fils autrefois divisés. Mais Jacob meurt; ses fils tremblent ; ils font rappeler à Joseph les recommandations de leur Père mort; ils citent en propres termes les Paroles du grand Patriarche; Joseph pleure, le Pardon est confirmé. |
La victoire du Père mort est attestée par les larmes du Fils Puissant. :
Que de larmes et que de victoires dans cette vie de Joseph !
Je suis Pharaon, avait dit le roi d'Egypte.
Personne, sans ton ordre, ne remuera la main ou le pied sur toute la terre d'Egypte.
Cette phrase contient une magnifique affirmation de la souveraineté |
Cette affirmation est une délégation, C'est au moment où il confie toute la Puissance à un autre que Pharaon se sent Puissant et fait acte de Puissance. La conscience de sa souveraineté s’éveille et s'affirme en lui au moment où il délègue la Puissance. Je suis Pharaon ! dit-il, puis il investit Joseph de l'autorité. C’est alors qu’il se sent roi et qu'il s’écrie : Je suis Pharaon !
Da mihi benedictionem, quia terram arentem dedisti mihi, da et irriguam aquis.
(Juges, cap. I, v. 13.)
Accordez-moi une grâce : vous m'avez donné une terre aride, donnez-moi aussi une terre arrosée,
Le partage venait d’être fait entre les enfants d'Israël. |
Axa soupirait. Qu'as-tu, lui dit Caleb?
Accordez-moi, dit Axa, une bénédiction.
Vous m'avez donné une terre aride. à
Oh ! donnez-moi une terre arrosée.
Et Caleb lui donna une terre arrosee par en haut et par en bas. à
Sans doute il s’agit d’une terré arrosée, car il. s’agit de tout dans rot et la réal histo- 4 rique a ses droits sacrés dont la violation suppri- n merait, au lieu de les consacrer, les droits de la u chose spirituelle, qui est cachée sous le fait.
Elle voulait une terre arrosée. Quoi de plus] jus- & He que ce désir et Ho TEE ? L'eau a trobs >
rafraichit, elle charme, elle con et Re l'harmonie est la gloire des soirées printanières, « elle amène, dit-on, les Rue Là où il 134)
rieUx. “A L'Eau est une bénédiction, et qui peut eo
LES LARMES DANS L'ECRITURE 319 les influences d’une bénédiction ? Axa désirait une ferre arrosée. |
Mais quand je vois quelque part, dans l'Ecriture, des sources, je me souviens des larmes.
Est-ce que le don des larmes n’est pas caché quelque part sous la prière d’Axa, avide de cours d’eau, de source et de rosée ?
Il me semble que le don des larmes est dans le voisinage. Elle a soupiré. Est-ce que le soupir nest pas dans la direction des larmes? Il est si humain, et elles sont si humaines ?
Qu'’as-tu, lui dit son Père ?
[l'y a dans ce mot une sollicitude qui est une promesse. La prière sollicitée est une prière exaucée.
Caleb donne à sa fille une terre arrosée par en haut et par en bas.
Il lui donne avec surabondance ce qu'elle a demandé. Il exauce magnifiquement la prière qu’il a provoquée.
0 larmes précédées par un soupir!
O larmes ! 6 terre des larmes, qui est la terre désirée, même au sein de la terre promise, 6 larmes, source mystérieuse des grâces inconnues, signe mystérieux des bénédictions mystérieuses, que le Seigneur, qui vous a faites, vous donne aujourd'hui avec magnificence à tous ceux qui vous désirent, à tous ceux qui vous demandent, à tous ceux pour qui vous êtes demandées. à tous ceux et à toutes elles qui, le sachant ou ne le sachant pas, ont besoin de vous, larmes sacrées !
Quamobrem omnes filii Israel vener
unt in domum Dei et sedentes flebant coram Domino.
(Juges, ch. XX, v. 26.)
C'est pourquoi tous les enfants d Israël vinrent dans
la maison de Dieu, et, assis, pleuraient devant le Seigneur,
je #
[sraël s'était laissé corrompre par les Madianites, et étaittombé dans l'idolâtrie de Belphégor. Le Seigneur irrité parla à Moïse, et tout Israël
leurait, sentant qu'il fallait un châtiment. Alors Phinées, fils d'Éléazar, et petit-fils d’Aaron, S’institua vengeur de Dieu, et le Seigneur agréa tellement son indignation jalouse, qu’il fit un pacte 4 avec lui et établit le sacerdoce dans sa famille, et l'alliance de paix résulta du sang versé pourla . justice. Re
Mais, remarquons-le, lesenfants d'Israël avaient pleuré : Phinées avait vu leurs larmes : ilavait vu leurs larmes quand il prit le poignard. Le | rapprochement des larmes ef du poignard fait 4 éclater d’un éclat superbe l'alliance magnifique de la miséricorde et de la justice, alliance repré- 4 sentée ici par Phinées. Le grand sacrificateu d'Israël sauve le peuple par sa colère. £
Il est donc aussi miséricordieux que juste; i y a autant de clémence que d'indignation dans Le force qui pousse son bras. se
On dirait que les larmes d'Israël entrent pour,
2 PSS
LES LARMES DANS L'ÉCRITURE 323 quelque chose dans la fureur divine de Phinées.
ya des larmes dans les fondements de cette - fureur. Il y a de la rosée près de cette foudre, et le sacerdoce est fixé dans la famille du vengeur. Quandil s’agit de châtier les Madianites, c’est - Phinées qui est un des élus de Moïse.
D Et plus tard, quand il s’agit de châtier la tribu
de Benjamin, que de pleurs dans Israël !
Les larmes du peuple sont plusieurs fois signa-
Jées par l’Écriture en cette circonstance Et voici
Phinées, le terrible Phinées qui vient encore une
fois au secours de ceux qui pleurent.
à J'aime à constater que cet homme formidable est | suscité quand Israël est en larmes. Phinées était alors préposé à la Maison du Seigneur. L’arche sainte était là. : .
: Le Seigneur, consulté, ordonna de livrer la bataille où les coupables devaient enfin trouver la mort.
3 Mais n'est-il pas intéressant et superbe de voir que ce bras de Phinées, qui semble seulement le
bras dela Justice, est aussi le bras de la miséri- : corde, et que quand pleurent les enfants du peu- : ple, cet homme formidable se met en mouvement? : Saint Paul dit que le temps lui manquerait s’il voulait compter tous les héros de la foi. Le jour 4 me manquerait si je voulais compter les héros
des larmes. |
J'ai déjà nommé Judith, Esther, Ruth, Tobie.
Maïs il faudrait les reprendre un à un et une à une, et, après avoir regardé leur physionomie,
D lé
jeter un coup d'œil sur les larmes qui posent sur elles le sceau de la force.
David, dans son ascension sur le mont des Oliviers, pleure, les pieds nus et la tête couverte.
Les pieds nus! la poussière touche la poussière! la tête couverte : la face, qui représente la fierté, la face, marque de l’homme, son apanage, son signe, la face est voilée, et il pleure. Les circonstances de la prière sont accumuléessur lui.
La victoire n'était pas loin.
L'histoire de Tobie est si pleine de larmesqu'on la dirait ensanglantée. |
Tout est déchirant. Tout le monde pleure ; tout le monde désire.
Si les faits qui préparent le dénoûment sont ensanglantés de douleurs, le dénoûment luimême sera illuminé des feux croisés de mille joies réunies.
Lumière des yeux rendue à Tobie ; lumière prophétique donnée à Tobie. Superbe évidence d’un ange de lumière qui s’est caché pour servir, et qui apparait pour rendre gloire, qui apparait au moment de sa disparition, et qui ne montre ses ailes qu'au moment où il les déploie pour s'envoler !
Le dénoûment de Tobie pourrait s’appeler la Fête de la Lumière. | |
C'est l'embrassement des flammes, et comme si l'horizon prenait feu, l'avenir, caché au delà, s'ouvre devant Tobie. :
re ee ES
Cum esset Anna amaro animo, oravit ad Dominum, flens largiter.
(Rois, Liv. I, cap 1, v. 10.)
Comme Anna avait l’'amertume dans l'âme, elle pria vers le Seigneur, pleurant avec abondance.
Le nom d'Anna a quelque chose de mystérieux.
Les femmes stériles, qui désirent la fécondité, et 4 qui doivent être exaucées après une longue attente, semblent quelquefois prédestinées à ce … nom, ou, si vous aimez mieux, ce n0M semble prédestiné à elles. Le mot de grâce et celui de … prière semblent contenus dans le nom d'Anna.
Anna, mère de Samuel, Anna, mère de Marie, ont longtemps attendu. ; ee Se
Saint Nicolas, le grand archevêque dont le nom est devenu populaire, saint Nicolas a été très | longtemps attendu par ses parents. Sa naissance était devenue invraisemblable, quand elle a enfin été obtenue, et elle a été obtenue par une mère longtemps stérile, qui s'appelait Anne. es
Anne, mère de Samuel, est une de celles dont … l'Écriture a consacré les larmes. L'Écriture ne . parle pas au hasard. Ses silences et ses paroles ont. des intentions qu’il ne faut pas négliger. Ses silences et ses paroles sont des enseignements. Quand elle dit une chose, quand elle en tait une autre, une raison profonde est cachée là. : 15
1 Les lébmes d'Anne sont au nombre des larmes racontées.
Etvoici que le grand prêtre, la voyant pleurer à et prier en silence, car ses lèvres remuaient, mais # sa voix ne S'Ehtendait pas, le grand prôtre crut qu elle avait bu trop de vin.
Erreur bizarre et qui devait devenir historique. Erreur profonde, dans tous les sens de ce mot : erreur instructive, dont le souvenir, consigné dans les livres saints, nous laisse un enseignement singulier.
Hélie, le grand prêtre, observait la bouche.
Et il jugea qu’elle était ivre.
Que d’ivresses dans l’'Écriture ! Il faudrait tout
e de en une seule parole ! Il faudrait réunir le sommeil, le rire, l'ivresse, les larmes ! Et quand on aurait tout dit, ou n'aurait encore rien dit. Qu'est-ce que tout, auprès de ce que l’âme désire ?
Qu'est-ce que fouf auprès de Celui qui est
l'amour du désir ?
Cette prière d'Anna impressionne profondé-
ment. Cet Hélie qui se trompe d'ivresse, nous
jette dans dé singuliers étonnements.
Hla); jugea ivre :
« Ne jugez, pas, » dit l'Évangile.
Et il ajouta :
Jüusques à quand seras-tu ivre ? Lise reposer un peu le vin dont tu es remplie.
- L'Écriture ose tout. Elle a voulu nous faire à connaître ces paroles.
Mais Anna répondit; |
Es
PRES L, à et” rs
Non, mon Seigneur; je suis une malheureuse, je n’ai bu ni vin ni aucune liqueur enivrante. Mais j'ai répandu mon âme en DE PRRE du Seigueur.
Ne me prenez pas pour une des filles de Bélial : j'ai parlé dans l’immensité de mon chagrin et de ma douleur.
Alors Hélie reprit :
Allez en paix. Et que le Dieu d'Israël vous accorde ce que vous lui avez demandé.
Hélie comprend son erreur. Ayant pris la prière pour l'ivresse, il éprouve le besoin de réparer son erreur en s’associant à la prière qu'il a méconnue.
Que votre servante trouve grâce devant ves
yeux ! dit Anna.
Elle ne s’irrite pas; elle ne s’aigrit pas. Elle rétablit la vérité, mais sans aigreur. Elle ne fait
pas de reproche. Elle ajoute une prière à ses priè- :
res. Elle désire trouver grâce devant les yeux de
celui quia méconnu la grâce dont elle est pleine.
Sa prière a en elle une substance d’humilité
qui confond à la fois l'erreur de l’orgueil et l’or-
gueil de l'erreur.
Anna était trop profondément plongée, absor- ‘ bée dans la prière pour s’irriter vulgairement con- -
tre celui qui prenait cette prière pourde l'ivresse.
Si elle eût été moins complète, l’erreur d'Hélie eût pu produire la colère chez Anna; mais, au degré où ilse trompait, il produisit chez elle une =
nouvelle prière adressée à lui-même,
Si Anna eût été plus près de l'ivresse humaine, elle eût été plus près de l’aigreur ; mais, dans la profondeur de son recueillement, elle trouva une parole douce.
Ses larmes l'avaient armée même contre la
méconnaissance singulière dont elle allait deve-
po da 2 si
unir l’objet.
Samuel naquit. Et dans le cantique de sa joie, Anna dira ce
qu'on dit quand on chante. Elle célébrera les
vicissitudes, les changements, les élévations et les abaissements.
L’arc des forts a été dompté, et Les faibles ont été environnés de force.
Les anciens rassassiés se sont loués pour du pain. Et les affamés ont été rassassiés.
Cest le Seigneur qui donne la mort et la vie.
C le Seigneur en Et É ee et a fi le riche, qui humilie et qui élève, etc., etc.’
On dirait l'écho de Job et le prélude du Magni-
ficat.
Flevit itaque Ezechias fletu magno.
‘Rois, IV, chap. XX, v. 3.)
Et Ézéchias pleura de grandes larmes.
Ézéchias était malade jusqu’à la mort, et le prophète Isaie lui dit de la part du Seigneur Dieu : Mets ordre aux choses de ta maison. Car ta vie est terminée et tu vas mourir. |
Il est difficile d'imaginer une parole lus re. Ce n’est pas une menace, c’est une affirmation : tu vas mourir. Et cette Se n'est pas celle d’un homme. Isaïe vient de parler de la part du Seigneur. C’est un prophète véridique quiditune parole authentique. |
Oui, mais il reste à Ézéchias ses larmes.
Il se tourne vers la muraille, s'adresse à Dieu, et dit : ;
Je vous en conjure, Seigneur, je vous en con- Jure, Souvenez-vous que j'ai marché devant vous | dans la vérité et dans la perfection de mon cœur, 4 et que j'ai fait ce que vous aimez. À