ET IL PLEURA DE GRANDES LARMES
La parole d'Isaïe avait été bien péremptoire. Quoiqu’elle fût conditionnelle, elle ne semblait pas l'être, Elle ne laissait à l’espérance aucune … porte qui füt ouverte mamfestement, Le mot si Re
n'avait pas été articulé ; aucun correctif n'avait été placé explicitement près de la redoutable an- nonce. Mais il y avait un correctif implicite. Il y avait un sous-entendu.
Voici la prière et les larmes quise lèvent dans le fond du tableau, et voici la mort qui recule, quoique annoncée par Isaïe. Isaïe n'avait pas conseillé de prière ; sa parole semblait même capable de décourager la prière, si la prière pouvait être découragée. Mais plus cette parole est terrible, péremptoire, affirmative et décisive en apparence, plus glorieuse sera la victoire des larmes.
Les larmes sont aux prises avec la mort, et la mort n’est pas seulement menaçante ; aile est annoncée, et annoncée par Isaïe. La mort se croit sûre de sa proie ; elle n’a plus d’effort à faire, elle tient Ézéchias ; c’est Isaïe qui l’a dit. Les circonstances donnent à la mort une telle confiance, que cela ressemble à de la certitude. Or ces circonstances vont précisément servir à relever, par l'extrémité du danger, la puissance des larmes,
devant qui va reculer la mort. Ne la voyez-vous pas d'ici, comptant si bien sur sa victime, qu’elle ne se donne plus la peine de la serrer de plus près. Outre les vraisemblances naturelles de la maladie, la mort a pour elle la parole du prophète.
Mais voici que contre elle les larmes s’avancent sur le champ de bataille. C’est la réserve de la miséricorde qui donne au moment terrible.
Si elles peuvent espérer la victoire, vous pensez
de PAROLES DE DIEU
au moins, n'est-ce pas? que la he sera ‘on gue et disputée.
Non! la victoire est emportée du premier coup. Les trois mots de César : Veni, vida, vicr, n° Per ment rien de plus rapide. &
Isaïe n'avait pas encore franchi le Hits du vestibule que le Seigneur l’arrête pour lui parler
Retourne, et dis à Ézéchias, chef de mon peuple : Voici ce que dit le Seigneur, Dieu de David, ton père : « J'ai entendu ta prière, et J'ai vu tes larmes : voici que je l'ai guéri, et dans trois jours tu monteras au temple du Seigneur. »
L'Écriture, qui ne dit pas une parole inutile, nous avertit solennellement qu'Isaïe n'avait pas passé la moitié du vestibule, car la rapidité de la victoire est une de ses splendeurs, et il nous importait de savoir à quel point les larmes avaient été promptement exaucées.
Vous voyez que la foudre était dans ces larmes.
Isaïe n’avait pas passé la moitié du vestibule. La foudre, puissance et rapidité, la foudre était bien là. |
Mais voici quelque chose d’admirable qui indique à quel point Ézéchias se croyait perdu. Lui qui n’a pas désespéré sous le coup de l'annonce terrible, il a de la peine à espérer sous le coup de l'annonce rassurante. Telle a été sa terreur. 3 devant la maladie et la mort, qu'il lui faut un. À signe de sa guérison. 4
Et Isaïe ne s'étonne pas. Il pousse même al” complaisance jusqu’à lui donner le choix du signe. «
LES LARMES DANS L'ÉCRITURE 335 à Veux-tu que l'ombre du soleil monte ou rétroce de de dix degrés ?
Que l'ombre monte de dix lignes, répond Ézéchias, cela est facile et ce n’est pas ce que je veux! Je veux qu’elle rétrograde de dix degrés !
Gomme ces choses divines portent Don la marque divine, et comme l'humanité palpite en dessous! comme Ézéchias est humain dans sa peine, dans ses exigences! Il ne se contente pas d'un signe ue. Il lui en faut un qui corresponde à sa faiblesse par l’étonnement qu'il lui causera. Îl est facile de croire que l'ombre monte de dix lignes. Il oublie que tout est facile à Dieu. Mais fur va le lui prouver. Isaïe pria le Sei-
gneur, et le prodige eut lieu suivant Le désir du
roi.
Ézéchias, parlant de facilité, avait parlé en homme. |
Isaïe avait répondu en prophète, et Dieu avant agi en Dieu.
Mais Ézéchias avait prié. Ézéchias avait pleuré de grandes larmes !
Le fait est raconté plusieurs fois dite l'Écriture. Après avoir été écrit dans le livre des Rois, il est consigné de nouveau dans les Prophéties
d'Isaïe.
Isaïe dit à Ézéchias deux paroles opposées.
D'abord : Tu mourras.
Ensuite : Tu vivras.
Et quoique la seconde parole se réalise seule, nous sentons également la vérité des deux paro-
les. Nous sentons la première aussi vraie que la
seconde. Nous sentons que la prière et les larmes ont eu à combattre un ennemi réel e‘ présent. Nous sentons que la mort était là au moment où Isaïe a affirmé sa présence. L
Et quand l’Ecclésiastique loue, au tea tième chapitre, Ézéchias et Isaïe, il rappelle le fait glorieux, le signe donné, la vie (rs roi prolon-
gée, et la magnifique rétractation qui fut accordée
par surcroît, à la prière du prophète.
Mais écoutez le verset suivant :
Eclairé par un grand esprit, il vit la fin des temps, et il consola ceux qui pleuraient dans Sion. |
Voici encore des larmes, et des larmes consolées !
si DE mule à
Te PU PTE OU TRS OR ET.
Cumque audissem verba hujus modi, sedi et fle vi, et luxi diebus multis.
(Esdras, Il, chap. I, v. 4.)
Et ayant entendu ces paroles, je m'’assis et je pleurai, et je versai des larmes pendant bien des jours.
Parmi les héros des larmes il faut aussi compter Esdras.
Les héros des larmes ? Croyez-vous que j'aie fait exprès de rapprocher ces deux mots? Pas le moins du monde. L’héroïsme et les pleurs peuvent, dans les pensées du monde, habiter aux deux extrémités des choses. Mais, dans les pensées vraies, une de ces choses ne s’étonnera jamais duvoisinage de l’autre. La grandeur d'âme qui produit l’une produit l’autre. Ce langage des pleurs, qui rappellent la femme et l'enfant, conviennent supérieurement à l’homme, et suscitent quelquefois en lui la force vraie. On dirait que la force fausse, la force vaniteuse et menteuse, celle qui fait en d'elle-même, celle qui Fer et n'agit pas, on dirait que celle là s'écoule avec les larmes, et le vide qu’elle fait en se retirant prépare la place à la force vraie. La force vraie, c'est celle qui est bâtie sur le sentiment de la faiblesse, comme &7e citadelle, comme un rocher, comme une chapelle sur une montagne. Et par là les « larmes sont un des actes constitutifs de l’hé-
CAE er à
LESL RMES DANS L'ÉCRITURE 339
oïsme. Car les larmes dont je parle sont des actions. Les hommes se sont habitués à consi- dérer les larmes comme appartenant toutes au domaine de la passion.
Ce point de vue, sidgulièrement étroit et exclu- sif, est attentatoire à la gloire des larmes. La gloire des larmes! | La chose est belle, et le mot semble superbe aussi. Je voudrais élever un monument à la gloire des larmes. ire + Et pour leur restituer leur gloire, il faut montrer leur action. Il faut les montrer comme elles sont actives, fécondes. Car il n’y a de gloire que là où il ya activité. Le repos est l’activité suprême, et si les larmes reposent, c’est précisément parce qu’elles nous conduisent dans le cœur de l'activité, Il y a mille actes, bons ou mauvais, qui participent à l'activité d’une participation plus ou moins inférieure. Re Permettez-moi de considérer l’activité comme ayant des membres, et comme ayant un cœur.
Une foule d'actions se trouvera en rapport avec les membres de l’activité.
Les larmes entreront dans son cœur et agiront avec elles. | | Les larmes vaines et fausses sont des fruits de mort qui tombent sans activité de l'arbre des passions. . : Les larmes pleines et fortes sont des actes suprêmes qui mettent en mouvement le cœur de la vie, et le cœur de la vie bat avec plénitude,
L'ÉSEEAT Ne" Poe E.
Il y a des larmes pitoyables qui, étant faibles, augmentent la faiblesse de celui qui pleure.
Il y a des larmes fortes qui augmentent la force de celui qui les verse. | 1
Les larmes faibles sont des larmes vaines. Elles sortent du vide, font le vide, et tombent dans le vide, et, tombant dans le vide, elles le font plus vide encore.
Il y a des larmes pleines qui, étant fortes, augmentent la plénitude de l’âme. |
Il y a des Madeleines qui, dans la première partie de leur vie, ont pleuré des larmes vides : et qui, dans la seconde partie, pleurent des larmes fortes et pleines, destinées à combler le vide qu'ont creusé les premières.
La prière d'Esdras, faite pour ceux qui veulent craindre le nom du Seigneur, est vraiment la prière d’un héros. Car cette crainte est vraiment la substance de l’héroïsme.
Il demande humblement et ardemment : il prie pour ceux qui veulent craindre. Il faut être plongé : profondément dans les choses de l'Esprit pour bien comprendre la profondeur de ce désir. Pour craindre, il faut croire : pour craindre, il faut espérer. Pour avoir peur, il suffit de sentir un. danger, un maître.
Mais pour craindre il faut toute autre chose. Il | faut le sentiment de la majesté de Celui qui est. l'objet de la crainte. Pour craindre, il faut respecter, et l’adoration contient une immense quantité de crainte. | Li
LES LARMES DANS L'ÉCRITURE qui
Dans le ciel, dans le paradis, dans l'éternité très heureuse, la peur ne sera pas.
Mais, suivant la remarque profonde du P. Faber, la crainte sera toujours.
La peur n'aura pas sa place au ciel : la crainte aura la sienne.
La crainte a des destinées superbes et éternelles ; la crainte est trop divine pour mourir.
Et le Psalmiste :
Lætetur cor meum ut timeat nomen tuum.
Que mon cœur se réjouisse, afin de craindre votre Nom !
David est d'accord avec Esdras. Tous deux.
demandent la crainte, la crainte sacrée, la crainte qui est un don.
Pour tous deux, la crainte entre dans leur désir, dans leur prière et dans l’Amen de leur prière.
Que Jérusalem soit bâtie, afin que nous ayons la crainte de votre Nom! Que mon cœur se réjouisse, afin de craindre votre nom !
La crainte est un des fruits de la prière exaucée. |
Voici quelles paroles. avait entendues Esdras :
Le mur de Jérusalem est tombé, et ses portes ont été dévorées par le feu.
Alors, dit-il, je m'assis, et je versai des larmes, et je pleurai plusieurs jours. Je jeûnais et je priais devant la face du Dieu du ciel.
Et je dis : Je vous en conjure, Seigneur, Dieu du ciel, Dieu fort, Dieu grand, Dieu terrible, qui
342 F Lardes le nr. et la A avec € vous aiment et vous obéissent. ie :
Que vos oreilles deviennent auscultantes di. vos yeux ouverts, pour entendre la prière de votre serviteur, celle que je fais aujourd'hui devant vous, nuit et jour, pour les fils d'Israël, vos servants. Et je confesse que les enfants d'Israël ont péché contre vous. Moi et la maison de mon père, nous avons péché. Séduits par la vanité, nous avons trahi votre commandement, votre culte et les choses justes que vous avez prets à Moïse, votre serviteur. ,
Souvenez-vous de la parole que vous avez confiée à Moïse : Si vous prévariquez, je vous disperserai parmi les peuples.
Mais si vous revenez à moi, si yous observez et exécutez mes ordres, eussiez-vous été portés aux extrémités du ciel, je vous rassemblerai de là, et je vous ramènerai . le lieu que j'ai hoisi, afin que mon Nom y habite. |
Seigneur, voici vos serviteurs, voici votre peuple, voici ceux que vous avez ne dans votre grande force et dans votre main puissante.
Seigneur, je vous en conjure, que votre oreille | soit attentive à la prière de votre serviteur et 34 celle de vos serviteurs qui veulent craindre votre | nom. Et dirigez aujourd’hui votre serviteur, et. : faites-lui miséricorde devant la face de cet homme:
Car j'étais l’échanson du roi. |
Que de larmes dans cette prière ! Que de larmes et que de prières dans ce mot : Ceux qui veulent : craindre votre Nom! | |
On pourrait croire, à regarder légèrement, que
la crainte et la volonté sont étrangères l’une à
l’autre. Ce serait une erreur profonde, comme toutes les erreurs qui viennent de la légèreté. La peur et la volonté sont étrangères l’une à
l'autre. L'homme ne veut pas avoir peur, parce
que la peur est une faiblesse, au moins SFR rement.
Mais l'homme peut et doit vouloir craindre,
parce que la crainte du nom de Dieu est une
force.
Ici nous nous trouvons encore en face dc ce
mystère de la force.
La peur est habituellement une faiblesse. Les larmes qui coulent de la fontaine des pas-
sions sont des faiblesses.
sdrete Se
Mais la crainte de Dieu est une force. Elle est le commencement de la sagesse, qui est la force suprême.
ak PAROLES DE DIEU
La crainte ne ressemble pas plus à la peur que les larmes faibles ne ressemblentaux larmes fortes.
La prière exaucée écrit dans l’âme le nom de Dieu, et la crainte sacrée de ce Nom augmente avec la prière. A MAR à
La prière exaucée est un commentaire du nom de Dieu : elle accentue dans l’âme la crainte en accentuant la prière.
Esdras n’était pas à ses débuts dans la carrière des larmes.
Le jour où il avait appris que les fils des Israélites s'étaient unis à des filles étrangères, il avait pleuré, étendu devant le temple. Et telle avait été la puissance de ses larmes, qu’elles avaient entraîné les larmes de tout le peuple, et telle fut la puissance de ces larmes combinées, qu'Esdras, triomphant des hommes et des choses, des peu- ples ennemis, des circonstances ennemies et de l’espace ennemi, bâtit les murs de Jérusalem.
Et les murs de Jérusalem eurent les larmes pour fondement. |
Et dans les fondements de l'Église on peut voir aussi les larmes de saint Pierre. |
Les grandes cités, les grands monuments, les cheïs-d'œuvre de la pierre et du granit ont des larmes cachées sous la terre qui les porte.
Après ses grandes larmes, Esdras parut languissant devant la face du roi. |
Que demandes-tu ? dit Artaxercès.
Esdras, avant de nous raconter sa réponse, nous parle de sa prière,
Artaxercès lui fait la question importante et attendue : Que demandes-tu ?
Alors, dit Esdras, je priais le Dieu du ciel.
Après s'être adressé à Dieu, il répond au roi.
Ce dialogue, entrecoupé de prière, est magnifique. On sent qu'Esdras ne s'adresse à Artaxercès qu'accidentellement. Artaxercès, duquel tout dépend en apparence, n’est en réalité qu’un personnage très secondaire. Il sera tout au plus l’occasion et le moyen de la prière exaucée. C’est à Dieu, en vérité, que s'adresse Esdras.
Aussi Artaxercès lui accorde tout ce quil demande, l'envoie en Judée avec des lettres de recommandation, l'envoie rebâtir Jérusalem.
Et tout cela advint, dit Esdras, parce que la main favorable de mon Dieu était avec moi.
Il vint donc à Jérusalem, sans confier à personne son projet de la rebâtir.
Et pendant la nuit il considéra le mur de Jéru-
Salem abattu et les portes consumées par le feu.
Il me semble que cette scène nocturne et ce regard d'Esdras sur Jérusalem renversée pourraient tenter la main d’un grand peintre,
umque elevassent procul oculos suos non cog Ov ru nt eum, et exclamantes ploraverunt.
ant levé les yeux *e loin, ils ne le reconnurent
an!
pas, et pleurèrent en criant. :
LE
eurais s autrefois « sur x celui €
ui CRE] ea” Le à 5 Ce
J'ai déjà parlé de Job et de ses amis. Mais, puisque je parle des larmes, comment ne pas:
revenir sur ce singulier et sublime héros?
Ecoutez, en invoquant la miséricorde de Dieu, le titre qu’il invoque.
Je pleurais avec celui qui était affligé, et mon âme compatissait au pauvre. | :
Il y a eu des larmes dans son passé ; il les
appelle à son secours. Contre ses malheurs, à lui, il appelle à son secours les larmes qu'il a versées sur les malheurs des autres. La compassion que Job riche eut autrefois pour les pauvres est l'arme dont se sert Job, pauvre à son tour, parlant à celui qui tient les richesses dans sa main. Il a pleuré: voilà son espérance. te :
. Maintenant, voulez-vous entendre sa menace? Job parle de l’impie et lui prédit le malheur. Les choses terribles se présentent à lui, et il ne recule pas devant elles. L'impie lui apparaît comme appartenant à sa vengeance, et il ne ménage pas les expressions par lesquelles il peint la colère divine tombant sur lui,
__ « Sises enfants se multiplient, ils seront la proie du glaive, et ses descendants ne connattront pas le rassasiement que le pain donne. »
« Geux qui resteront de lui serent ensevelis dans la ruine. » |
Cette dernière parole signifie peut-être qu'ils Seront privés de sépulture, qu'ils n'auront pas d'autre sépulture que la Catastrophe même dans
laquelle ils périront
Mais écoutez le trait suivant. Voici le couronne
ment. Il s’agit de nous épouvanter en nous mon-
Re de a ds SE D a ni
trant la part de l’impie, et, après le sort de ses enfants sans pain, de ses enfants massacrés, et peut-être sans sépulture après leur mort, Comme ils auront été sans pain avant leur mort, il s’ag de nous parler du sort de ces veuves: Que va-tl leur arriver d’effroyable? Quelle sera cette destinée qui va être mise en regard de la destinée des enfants, telle qu’elle vient d’être décrite? En regard de ces enfants sans pain, dévoués au glaive, massacrés et ensevelis dans la ruine, voyons maintenant la part des veuves.
Et viduæ ejus non plorabunt.
Etses veuves ne pleureront pas.
Les veuves ne pleureront pas ! Voilà un de ses châtiments ! Parmi toutes ces menaces suprêmes, Job intercale cette menace courte :
Et ses veuves ne pleureront pas.
Quel frisson dans ce mot! Qu'est-ce donc, Seigneur, que les larmes, pour que leur absence
Pres Lo
ETS
dire un petit nombre de choses épouvantables. I] faut les choisir, terribles et peu nombreuses. Quelques mots doivent résumer des calamités effroyables, et parmi les traits qui doivent épou-
vanter le monde, Job compte la sécheresse des
yeux des veuves. vai Et quant aux amis de Job, que leur position est singulière ! Dieu les blâme, et, voulant leur pardonner, sollicite en leur faveur les prières de Job. Mais je répète ce que j'ai déjà dit: | Ils ont pleuré d’abord. : | Ils ont parlé ensuite, il est vrai. a.
Mais d’abord ils avaient pleuré, et il est probable qu'ils ont pleuré encore après la délivrance de Job et leur pardon. Il est probable que des larmes, dont l’Ecriture ne parle pas, ont consommé leur histoire ouverte par les larmes dont l'Ecriture parle. LC Les amis de Job sont pardonnés.
Sedit Jeremias propheta flens.
(En tête des Lamentations}.
Le prophète Jérémie s'assit, pleurant.
Quant à Jérémie, les larmes semblent être devenues quelque chose comme le synonyme de son nom.
La lamentation qu'il représente et sa personne sont devenues inséparables, et la postérité essayerait vainement de le voir dans une autre aititude que l'attitude décrite en tête de ses paroles qui sont des larmes écrites :
Et il arriva qu'Israël ayant été réduit en captivité, et Jérusalem étant déserte, le prophète Jérémie s’assit, pleurant, et il se lamenta ainsi sur Jérusalem, soupirant dans l’amertume de son âme, pleurant et disant :
« Comment la cité populeuse est-elle assise dans la solitude! »
I faudrait tout citer; c’est pourquoi j'arrête la Citation. Quelques versets n’en donneraient aucune idée. Il faudrait aller jusqu’au bout.
Cette illustre lamentation puise dans la répétition de la même plainte une solennité singulière. Cette profusion de larmes ressemble à l'Océan. La mer et Le ciel se trouchent à l'horizon sans se
confondre. Comme les eaux de l’Océan, les larmes
de Jérémie peuvent remplir les regards sans les
fatiguer. On pourrait croire que cette nappe d’eau produit, par sa grandeur, la monotonie. Le contraire arrive. Elle échappe à la monotonie par sa grandeur. Les eaux de l'Océan et les larmes de Jérémie ont le secret de rajeunir comme les ailes de l’aigle, et leur seconde jeunesse vient de leur profondeur. HE C'est une jeunesse qui sort de l’abime, enivrée de sels et de parfums. Et ces parfums sont fortifiants.
Ge qui sort des lamentations de Jérémie, c’est l'espérance ; car elles viennent de Dieu : il y a des lueurs de gloire dans la profondeur de ces désolations. |
v THE ÉTAT
In diebus illis Ego Daniel ilugebam tribus hebdomadum diebus.
(Daniel, chap. X, v. 2.)
Et ces jours-là, moi Daniel, Je pleurai pendant les jours de trois semaines.
Daniel pleura trois semaines.
Et le vingt-quatrième jour du premier mois, il élait près du grand fleuve, près du Tigre.
Et il vit quelqu'un qui de vêtu de lin, et les reins de celui-là étaient ceints d’un or très pur.
La face de celui qui apparaissait était semblable à la foudre, et ses yeux à une lampe ardente.
Et il fit à Daniel la révélation extraordinaire du combat qui se livrait autour du roi des Perses: c'était un combat d’Anges; c'était une bataille entre les Esprits. :
Celui qui parlait était probablement Gabriel. La question était de savoir quand les Juifs reviendraient dans leur patrie; combien de temps ils séjourneraient en Perse. Or celui qui est appelé ici le Prince du royaume de Perse, selon la plupart des interprètes, n’est pas un homme, mais un Esprit. Il résiste à Gabriel, et Michel, un des premiers d’entre les Pics se joignant à Gabriel, fait pencher la victoire du côté de ce- Jui-ci. |
Mais remarquons deux paroles, particulière-
ment, dans les paroles de l’Ange. Voici la première :
Daniel, homme de désirs, entends les paroles que Je te dis. |
Daniel avait pleuré trois semaines; les désirs et les larmes s’unissent dans une unité mystérieuse, et peut-être dans une langue inconnue et supé-
rieure, porteraient le même nom. Les désirs sont
des larmes intérieures; les larmes sont des désirs qui coulent par les yeux.
Voici la seconde parole :
Le prince du royaume des Perses m'a résisté pendant vingt et un jours.
Or Daniel avait pleuré pendant vingt et un jours.
Le combat entre les Esprits avait duré aussi longtemps que les larmes du Prophète.
Et, après trois semaines de larmes, Michel était venu décider la victoire en faveur de celui qui avait pleuré.
Daniel veut dire : Jugement de Dieu.
Je ne reviendrai pas ici sur Balthazar dont j Jai parlé plus haut.
Mais je ne puis m'empêcher de constater que Daniel a pris place dans l'histoire entre Baltazar et Suzanne.
Condamner celui qui est méchant et fort; dé
fendre celle qui est faible et anse soi 2
deux actes de la Justice, voilà le mouvement de ses deux mains.
Or la Justice est l’objet même du désir, l'objet de l'immense désir. C'est sur elle que portent la faim et la soif. |
Aussi Daniel, l’homme des désirs, ne des larmes, s'appelle : Jugement de Dieu. |
L'Ange l’a sacré de ce nom sublime: Homme des ds et autour de lui la Justice éclate.
Les trois mots terribles : Manè, Thecel, Pharès, lui disent leurs secrets. Il lit à livre ouvert dans les choses mystérieuses; il montre du doigt le crime ; il montre du doigt l'innocence.
Il apparaît devant nous, Homme de désirs, instrument de Justice, ayant Suzanne à sa droite, et à sa gauche Balthazar.
Daniel, qui connaissait par expérience la vertu des larmes, ne nous permet pas d’oublier celles de Suzanne.
Accusée par les deux vieillards, elle semble parfaitement et absolument perdue.
Mais tous les siens pleuraient, nous dit l’Ecriture ; tous ceux qui la connaissaient étaient en É 4
Elle-même leva les veux au ciel en pleurant, 4
car son cœur avait confiance en Dieu. LÀ
Ce car donne aux larmes de Suzanne une admi- |
rable explication. Ce car détermine la nature de
ses larmes. Ce n'étaient pas les larmes de la rage, ce n'étaient pas les larmes qui accompagnent les
it voici un enfant, nommé Daniel, qui crie au ts la foule, qui réclame en faveur de la ce, et qui rat les calomniateurs pas le oc édé le . ne et le Us ingénieux.
All
Et continuo exclamans Pater pueri, cum lacrymis aiebat : Credo, Domine, adjuva incredulitatem meam.
(Marc, chap. IX. v. 23.)
Et aussitôt le père de l'enfant s’écria en pleurant : Je crois, Seigneur, aidez mon incrédulité.
Le père de l'enfant s’écria en pleurant : Je crois, Seigneur |! hi
Je crois : aidez mon incrédulité. ag
Quelle parole singulière, et comme elle seconiredit dans les termes ! Aie PR d Je crois : aidez mon incrédulité. Mie
Croit-il ou ne croit-il pas celui qui parle ainsi! Il est homme, voilà la réponse. | Non
Quelle sincérité dans cette contradiction, et quel désir d’être exaucé! Le . .
Tout est possible à celui qui croit, dit Jésus- … Christ. Fe Ru ;
Je crois! voilà le premier mot de la réponse. Puisque tout est possible au croyant, alors je crois ! Il commence par affirmer ses droits, par faire valoir ses titres. ES
Voilà le cri, voilà l’espérance, voilà la demande hardie ! | Er
Puis voici la demande timide !.
F que je crois vraiment ? Poe que je crois d’une
foi sérieuse, réelle, véritable, parfaite ? Est-ce que
je crois de cette foi toute- -puissante dont vient de | parler celui que j'implore ?
Ah! je n’en sais plus rien ! Que devenir ?
Ilne me reste plus qu'à invoquer pour la foi
celui-là même que j'invoque pour la guérison! Il
me dit qu'il faut croire pour être guéri ; eh bien!
comme je ne sais comment il faut faire ni pour
être guéri, ni pour croire, je vais demander la
foi et la guérison à celui qui peut l’une et l’autre.
Jésus-Christ descendait du Thabor; il venait de donner à trois de ses apôtres un aperçu de sa gloire. |
Pierre représente la Foi.
__ Probablement Jacques représente l’Espérance et Jean la Charité.
Jacques fut, entre les apote le premier .
| ns Étienne fut martyrisé avant lui mais il n’était ie apôtre. ; Étienne fut le premier martyr. Jacques fut le premier apôtre martyr.
2 … [ya entre le sacrifice et l'espérance, das liens - -si étroits, que le représentant du sacrifice doit
| être aussi le représentant de l'espérance.
Jean est celui dont la charité a rempli la bouche, et sa bouche parlait de l'abondance du cœur, Jean supele les hommes ; Mes biens-aimés ! Voyez
Le:
quelle charité a eue pour nous le Père, dit-il! !
Et plus loin : pére
Qui n'aime pas ne connaît pas Dieu, parce que Dieu est amour?. |
La simplicité de cette dernière parole est un masque jeté sur sa profondeur, comme un pont est Jeté quelquefois sur un abîme.
Sans le pont, personne ne passerait sur l’abîme et ne regarderait en bas les cataractes se précipitant dans la profondeur. |
Sans la simplicité, la profondeur de cette phrase l’eûtpeut-être reléguée dans les phrasesinconnues.
Ces. trois hommes, Pierre, Jacques et Jean, étaient là sur le Thabor, comme pour se prémunir contre les terreurs qui allaient bientôt se préparer. Et cependant le chant du coq attendait Pierre, et le Thabor n'allait pas empêcher les trois reniements prédits. : |
Le Thabor, au lieu d’être étonnant, est plutôt une trêve faite aux étonnements.
Au lieu d’être un prodige, le Thabor est plutôt une cessation du prodige habituel qui arrêtait la gloire, et lui interdisait de faire resplendir avant le temps le corps de l'Homme-Dieu.
Élie et Moïse étaient aussi sur la montagne. Le passé était là, l'Ancien Testament assistait à la splendeur. Pierre, Jacques et Jean étaient là : le & Nouveau Testament assistait à la splendeur. Le … passé était là, représenté par Élie et Moïse. Le 4
1. Jean, épitre I, chap. IL :v 24; | 2. Jean, épitre I, chap. IIL, v 8,
re * el +, 0 pis OP OR REMER > FIRE DORE ER ANT RIRE ESS Cr Re ne KES
us présent était là, représenté par Pierre, Jacques et
Jean.
L'avenir était ER on LI GEQULR par la
. splendeur elle-même.
Et le silence leur fût recommandé en descendant de la montagne, jusqu’au jour où le Fils de l'Homme serait ressuscité d’entre les morts. Et ils se demandaient ce que cette parole voulait dire.
Peut-être étaient-ils très étonnés à la pensée de la mort, à la pensée de la mort se préparant à frapper un Jour celui qu'ils venaient de voir, et de voir sur le Thabor.
Jésus-Christ n'avait pas oublié la mort sur le Thabor ; mais les autres l’avaient oubliée peutêtre. Peu d’instants après, voici un homme qui amène à Jésus-Christ, descendu du Thabor, son fils possédé d’un esprit muet.
[1 l'avait amené aux disciples, mais Les disciples n'avaient pas pu le délivrer. | Ici se place une de ces interrogations fréquentes dans l'Évangile, où Jésus-Christ demande des choses qu'il sait. Il se fait expliquer et raconter ce qu'il sait beaucoup mieux que celui qui explique etraconte.
Le père dit le malheur affreux de son fils, il le dit avec une simplicité parfaite, sans embarras et
sans détour.
Le malheur enlève beaucoup aux précautions de la paiole humaine. Il dit les choses comme il les voit, comme il les a vues depuis l'enfance de
prit se jette sur cet enfant qui grince 1 qui écume: il le jette tantôt dans l’eau dans le feu. FOR EEE Si vous pouvez quelque chose, dit le.
aidez-nous, ayez pitié de nous. : A On sent un homme qui n’en peut plus, quine sait plus où il en est, qui se précipite dans une dernière espérance, sans savoir comment il sera accueilli par elle. 5 Si vous pouvez quelque chose!
Si ! | | Ce si estdéchirant !Qui sait combien cet homme a fait d'efforts pour se raccrocher à un espérance dernière ! As Si ! ; | 4 Et à ce s2, Jésus-Christ répond par un autre si. 4 St vous pouvez croire; tout est possible au . croyant. | ant * On dirait que ce second si est attiré par le premier. Nm Et aussitôt le père s’écrie en pleurant : Je crois.
Seigneur ; aidez mon incrédulité
seront transmises ; il ne pense pas à la postéri é, qui cependant l’écoutera, sans qu’il s’en soit dou le moins du monde. Il dit dans la même phrase le oui et le non. Quoi de plus humain ! Il dit qu'il croit et qu’il ne croit pas. Il demande secours
ment où le maitre a a il dit ce qu'il faut pour que son fils soit guéri. fl ne s'inquiète pas de ce qu'il dit; il dit ce qu'il faut pour faire pitié, et Fes cependant pour accomplir la condition indiquée. Je crois ! voilà le premier mot. Tout est possible, dites-vous, au croyant. Eh bien! je vous prends au mot : je crois ; ne me repoussez pas. Je crois signifie, surtout dans cette phrase re | veux croire. | Je veux croire. Mais cela suffit-il ? ô vous qui pouvez tout, pendant que je ne peux rien ; eh. bien ! faites-moi croire, je ne crois pas comme il faut. Guérissez mon fils de sa possession et ie de mon incrédulité. Je vous demande tout ce qu'il nous faut, sans savoir tout ce qu'il nous faut, ni dans quelle mesure je suis indigne, n1 quel obstacle j'apporteoù je n'apporte pas aux demandes que je fais. Aideznous pour toutes choses, puisque vous voyez ce que nous sommes ! 1.
Mais ce cri humain : Je crois, Seigneur, aidez mon incrédulité ; ce cri humain plein de désir et de contradiction, est accompagné d’une autre chose, la plus humaine peut-être de toutes les choses, plus humaine que la parole ; il est accom- pagné de larmes.
Le rôle des larmes dans l’Écriture est immense st profond. Quoi de plus mystérieux que les laree mes? Est-ce que l’union de l’âme et du corps. n'est pas singulièrement manifestée par ce phé-
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368 PAROLES DE DIEU Cu nomène physique qui signifie le sentiment dans ce qu'il a de plus intime, de plus cordial, de plus profond, de plus déchirant. Les larmes sont le signe de la faiblesse, et c'est pour celà que partout elles sont données dans l’Ecriture comme le signe de la puissance. Faut-il le redire encore une fois, les larmes sont peut-être ce qu'il y a dans la nature humaine de plus irrésistible. À chaque instant, presque toujours, l’Écriture, quand elle va nous parler d’une prière exaucée, nous aver. tit que celui qui priait a pleuré en priant. On. dirait que cette faiblesse suprême produit la force. Les larmes désarment le fort ; elle sont sans réplique. Il faudrait prendre ce mot et le suivre dans toute l’Écriture: ce serait une ‘espèce de concordance qui donnerait peut-être de singulières el précieuses indications.
Get homme pleurait. Jésus menaça l'esprit immonde, et lui ordonna de sortir, de sortir er de ne plus rentrer. Cette seconde parole n’est pas inutile, car il n’y a rien d’inutile dans l'Écriture. Remarquons l'importance de fermer la porte à l’esprit mauvais qui est sorti.
Et l’enfant parut comme mort ; il était délivré : il avait l'air mort.
Jésus-Christ prit sa main, le souleva, et l’enfant se leva. ;
À travers ce récit si bref tâchons de saisir le drame. |
Quelle action venait de subir cet enfant? I] avait été le théâtre de choses terribles. Jeté dans “à