‹ Paroles de Dieu; réflexions sur quelques textes sacrés 1923Chapitre 7 sur 44 · NT · texte numérisé non relu

NT

AS

xx PRÉFACE

Il ne partagea pas les oiseaux, car l'acte intérieur, qui n’a que Dieu pour témoin, ne peuttendre qu’à Dieu seul ; mais l'acte extérieur, qui va tantôt vers Dieu, tantôt vers Le prochain, se divise et se multiplie dans notre intention, laquelle se dirige tantôt vers la volonté de Dieu, tantôt vers l'utilité des hommes.

Tant que nous sommes au milieu des exercices extérieurs, la malice du jour est dans toute sa force : son Été nous brûle, la chaleur de la prudence humaine est fervente autour de nous. C’est pourquoi il faut faire la garde autour de notre sacrifice, de peur de voir descendre sur lui les oiseaux imbéciles, qui sont les pensées d’orgueil. C'est pourquoi Abraham chassa les oiseaux de proie qui s’abattaient sur les animaux immolés.

Et comme le soleil se couchait, le sommeil fondit sur Abraham, et l'horreur l’envahit, immense et ténébreuse.

Le coucher du soleil attire le sommeil, et le sommeil appelle l'horreur. Ce sommeil-là n'était pas le sommeil de la fatigue ; C'était le sommeil du transport, c'était l’extase de l'esprit. Quand le soleil se couche, la vanité s’en va ; le sommeil fond | sur l’homme spirituel, l'emporte hors de luimême, et 1l commence à voir ce que, sous la chaleur du Jour, il n'aurait jamais vu.

Ernésr HELLO.

Immisit ergo Dominus Deus soporem in Adam.

(Genèse, ch. IT, v. 21.)

Et le Seigneur Dieu envoya un sommeil à Adam,

Parmi les choses que nous comprenons peu,

une de celles que nous comprenons le moins,

c'est le bonheur. Dans quel état devait être Adam sortant des mains du Créateur? Et ce sommeil ? Combien de mystères devaient être accumulés au fond de lui! C’est pendant son sommeil qu'Adam subit cette opération de laquelle doit résulter le don magnifique qui l’attend au réveil. Pendant le sommeil d'Adam, Eve est préparée. Et, au réveil d'Adam, Dieu # lui présenta. De quelle splendeur devait-elle être revêtue? Maïtres de la terre et des animaux, ignorants de la souffrance et de le mort, merveilleusement rapprochés de Dieu!

Et c'est Eve qui va devenir l'occasion de la chute. Qu'est-ce donc que le sommeil qu'Homère appelle le Dompteur universel? Je n’en sais rien. Je ne crois pas que ce soit l'inaction, mais enfin c'est un genre d'oubli. he ©

L'oubli est un des besoins de l’homme, et souvent c’est pendant l'oubli que le Hu DES ou le malheur vient à nous. La chose qui nous cherche, nous trouve quelquefois pendant l'oubli.

Les LOS "lis

L nl abien des formes, et en voici trois prin-

ie qui se présentent à moi: le sommeil, le rire et l'ivresse. : |

Il semble que le sommeil soit dans Je ne sais

… quel rapport particulier avecla Personne du Père.

Le sommeil est réparateur. Il est doux, et, en élargissant le sens de ce mot, producteur. Il est la base de la vie. C’est de lui que tout vient. Il est le principe des principes. Dieu l'envoie à - Adam, dans la jeunesse du monde. Plus tard, il fait irruption sur Abraham, au coucher du soleil, Abraham est le père d’Isaac et le grand-père d'Israël, et son nom veut dire Père sublime.

Joseph, l’homme du pain, l’homme de la puissance, voit dans le sommeil sa destinée future, et saint Joseph, l'ombre du Père, est, avec le sommeil, dans des relations fréquentes et mystérieuses. C'est pendant son sommeil que l’Ange le rassure, au sujet de Marie; pendant le sommeil que l’Ange lui dit: Prends Confant et sa mère et fuis en Égypte ; pendant le sommeil encore que PAnge dit aussi: Prends l'enfant et sa mère et . reviens dans la terre d'Israël.

Le sommeil est une certaine ombre du sabbat ; qui tombe sur la terre.

Aussi le désordre nocturne, l'agitation nocturne, la profanation de la nuit est un certain attentat particulier, et quand le désordre est involontaire, comme dans l’insomnie, il est une

à certaine souffrance particulière à laquelle la nuit ajoute un cachet spécial. |

Îl y a sommeil et sommeil; il ya un sommeil qui semble avoir conscience de sa profondeur et qui dispose l’âme à quelque chose. Peut-être que, dans ces nuits-là qui ont un air spécial de bénédiction, l'ombre du sabbat tombe sur l’homme plus épaisse et plus serrée.

Abraham et Sara étaient vieux et avancés en âge. Et il fut annoncé à Sara qu'elle aurait un fils. Et Sara se cacha et se mit à rire.

— Pourquoi Sara a-t-elle ri? dit le Seigneur.

— Je n’ai pas ri, dit Sara.

— Vous avez ri, ditle Seigneur.

Et le fils qui vint au monde s’appela Isaac, et Isaac, en hébreu, signifie rire.

Or, Isaac est l’image du Fils, comme Abraham est l’image du Père.

Cette re d’oubli qui est le rire serait donc dans une certaine relation avec la personne du Fils, comme le sommeil avec la personne du Père.

Le rire, dont il est si peu aucune dans l'Écriture, est continuellement nommé, à propos d'Isaac. :

La promesse de sa naissance est accueillie par.

le rire, et le rire pénètre jusqu’à son nom.

Le rire prodigieux de Sara indique mieux que toutes Les paroles à quel degré d’invraisemblance la chose annoncée était parvenue pour elle,

DL ré 02 PR TRENE) À.

Probablement, après de longs désirs et de lon- gues espérances, elle avait renoncé si complète- ment que l'antique objet de cette espérance était devenu pour elle une pensée ridicule. Le ridicule est le dernier degré, quand il s’agit des choses impossibles. Quand une chose impossible est devenue impossible à ce point que son idée fait rire, malgré d’antiques désirs, s’est que l’impossible a atteint les dernières limites de sa nature, Or, Sara en était venue à rire. Les promesses de Dieu portent, généralement, sur les choses les plus invraisemblables, et quand elles ont poussé Vinvraisemblance jusqu’à certaines apparences de folie, quand on ne daigne plus les discuter sérieusement, alors elles se réalisent.

Sara avait ri: le berceau d’Isaac est entouré de rires, et, plus tard, l'Écriture, si sobre de détails, dit qu’il plaisantait avec Rébecca. Leur gaieté

est écrite dans les Livres saints.

Les traditions antiques parlent d’un rire inextinguible qu’elles attribuent à la Divinité.

L'ivresse est aussi une des formes de l'oubli, Or, l'ivresse est un mot rempli de significations. Tout homme, peut-être, cherche à s’enivrer. Mais la nature de l'ivresse varie.

Ne vous enivrez pas, dit saint Paul, avec le vin qui contient la débauche; mais remplissez yous du Saint-Esprit,

: à PAROLES DE DIEU

L'ivresse dti Vin et l'iVresse du, ee

| occupent le bas et le haut de l'échelle des ivres-

ses; mais il y a beaucoup de néres ne

diaires.

L’ivresse du vin est désirée par l'holnte animal. :

Un peu plus loin, il y a celle de l’opium ; de hachich: ici l'oubli prend la forme du rêve, de

l'hallucination. L'esprit joue un certain rôle affreux, mais réel. Il cherche le délire, car l’homme veut s'échapper. Le jeu, l’ambition, le sang sont d’autres formes d'ivresse, ce sont des portes par lesquelles l'homme se précipite pour se fuir. Il s’agit d'échapper à l'ennui dont Bossuét parlé

solennellement, à l'ennui inexorable. L'homme

se précipite, les hommes se précipitent pêle-mêle, pour échapper à l'ennui: c'ést un sauve-qui-peut. Les passions humaines sont les accidents de cette

précipitation, de cette fuite confuse et tumultueuse, où les uns écrasent et les autres sont écrasés, comme il arrive dans les foules. On piétine

sur ceux qui sont tombés ; on perd pied soimême, on va tomber, on tombe où l’on ne tombe pas ; on est soulevé par la foule ou écrasé par elle.

Etque cherche cette foule qui se livre alé: tante à cette mêlée laborieuse? ; Elle cherche le repos, tantôt le rire, ‘tantôt l'ivresse. Chäcun cherche à se fuir et appéllé tous les autres à son secours contre lui-même.” Or, ce que les autres promettent sans le donner,

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