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Paroles de la veille

Pour extrèmemenl répandu qu'il paraisse, le don de Téloquence nen est pas moins des plus rares : cesl une ohservatioii que Fœi vérifie jusque dans Vantiquiié. Et à Tauhe du XX^ siècle, après une telle liofiée d'orateurs, M. Enrique Larreta, ministre plénipotentiaire de la République Argentiiw, semble bien ïhéritier des maîtres de la parole française. Il en a r esprit et la chaleur, ï ampleur, ïbumanisme, la sagesse. J'en appelle à la société parisienne où M. Larreta s est conquis tafit dillustres et charmants amis; à F auditoire des plus (;raves cérémonies officielles captivé par ces discours qui eussent rouiu agréables les plus durs voyages et les plus moriu's banquets, puisquau dessert le célèbre auteur delà Gloire de Don Ramirc

devait prendre la parole — el quelle était d'or. Durant les grdees de la paix, ces discours dispersés du uiinislre de F Argentine s accordaient bar}nonieusenient avec les sympathies de ses compatriotes. Aujourd'hui, dans ces heures angoissantes, ahns que toute amitié pour la France nous émeut si profondément, il ni a paru opportun de réunir en unegerhe ces paroles généreuses venues de si loin et pourtant si proches. M. Larreta a bien voulu m'en donner la gracieuse autorisation. Paroles de la veille !... Lui-même, avec sa réserve exquise, nous impose ce titre nujdeste, comme si ses paroles n étaient pas de celles qui demeurent ! Paroles de la veille ! Parmi le cliquetis des armes, n est-ce pas comme une promesse pour T avenir ? Et il me plaît particulièrement d'accueillir cette voix connue un écho de notre affectueuse amie, la grande et fraternelle République latine.

20 décembre 1^/14.

DISCOURS

PRONONCÉ POUR l'iNAUGUKATION 1)1' PAVILLON'

DK LA KKPUBLIQUL ARGENTINE

A l'exposition de ROUBAIX

(9 JUIN 191 l)

Mesdames, Messieurs,

La République Argentine, invitée à s associer à cette magnifique exposition du Nord de la France, s'est empressée de témoigner son haut devoir d'amitié et de gratitude.

La ville charmante que nous venons de traverser, cette ville si prospère et dont on ne saurait dire en vérité, comme des Ivs des champs : « qu'elle ne travaille ni ne file » prend chez nous tous les ans plus de la moitié de la laine utilisée par ses tissages.

Ces relations commerciales datent seulement d'un demi-siècle : il y a à peine cinquante ans, en effet, que les premiers Argonautes roubaisiens ont traversé la mer pour venir chercher en Argentine la toison de nos trtnipeaux.

Esprits avisés, gens experts en matière de lainage, ils ont compris tout de suite que nos pampas, avec leurs innombrables moutons de belle race, deviendraient bientôt pour eux une Colchide nouvelle. A partir de ce moment, les plus grandes maisons de Roubaix-Tourcoing installèrent chez nous des entrepôts et des succursales. En même temps leurs prévoyants directeurs, pleins de foi en l'avenir de notre pays, achetaient des immeubles dans nos villes et de grands domaines dans nos campagnes.

Chaque année la ville de Roubaix-Tourcoing importe d\\rgentine plus de 75 millions de kilogrammes de laine, et l'on peut évaluer aujourd'hui à des centaines de millions de francs, les capitaux roubaisiens engagés dans nos affaires. Je dois encore ajouter que ces hardis industriels du Nord de la France ne jouissent pas seulement chez nous du prestige attaché à leur grande puissance de labeur, mais aussi d'un renom très mérité de loyauté et de droiture et que nous pourrions assurément les

appeler, dans le mode espagnol et pittoresque, les hidalgos du travail.

Le temps nous a été bien mesuré, Messieurs, pour édifier ce pavillon et y disposer toutes choses. Aussi, est-ce faire, a mon avis, le meilleur élo^c de rintellii^ence et de l'activité des organisateurs, si bienveillamment aidés par les autorités locales, que de signaler tour simplement aujourd'hui, d'un geste étonné, ce palais charmant, bâti en si peu de jours et dans lequel, grâce h leur prestigieuse présentation, les graines les plus humbles prennent un aspect de pierreries.

A coup sûr, c'est une chose tort utile pour le développement des rapports industriels, qu'une manifestation de cette sorte où on expose amplement les produits d'un sol étranger ; c'est aussi une chose belle, pleine de noble poésie. Voici des étalages. Messieurs, qui auraient fait certainement la joie de \'irgile. Et qui d'entre nous, n'est pas sensible aux charmes de ces graines, brunes, rouges, dorées, où sommeille la mvstérieuse anxiété de la

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Nature. Un souffle, pour les disperser, un peu de terre pour les recevoir, et tous ces petits riens deviendront, en quelques mois, des créatures épanouies et frémissantes.

Mais, pour nous, tils du pays lointain, qui envoie en France, les échantillons de ses récoltes, une émotion plus précise s'ajoute à cette poésie un peu trop générale, dont j'ai été tenté de murmurer l'églogue. C'est notre terre, notre terre natale qui est ici représentée, dans tout ce qu'elle a de plus essentiel. Cet ensemble si ordonné, si méthodique exprime, en effet, d'une façon saisissante la fécondité multiple et prodigieuse de notre pays, de ce pays, le seul. Messieurs, qui contienne dans ses vastes frontières tous les climats du monde et auquel le Créateur s'est plu à donner, vous avez dû le remarquer sur la carte, la forme symbolique d'une corne d'abondance; de ce pays enfin, où grâce à la richesse du sol, à la bénignité du climat et aux qualités de la race, on verra éclore, dans un avenir prochain, une grandeur nouvelle pour la latinité.

Et quelle joie pour nous, Messieurs, que de pouvoir contempler ici, en terre de France, cette expression frappante de notre vitalité et de notre travail. Vous connaissez très bien, mes chers compatriotes, les liens de toute sorte qui nous attachent si heureusement à ce pays généreux, l'importance grandissante de nos rapports réciproques, et combien nous lui devons, d'idées élevées et fécondes, dans l'organisation de notre société et dans la culture de notre esprit, ces idées de France, dont toute la terre est semée, graines ailées, graines voyageuses comme celles qui doivent à leur aigrette de légèreté et de grâce, de s'élever dans les airs et de parcourir le monde.

Et maintenant, j'adresse un remerciement à M. le Maire de Roubaix pour l'accueil si bienveillant qu'il vient de nous réserver; à M. le Préfet la prière de porter au Gouvernement de la République, le témoignage de notre reconnaissance.

Merci encore à M. le consul général LIobet, n MM. les commissaires généraux Nelson

et Ségard, à M. Girola, à tous les organisateurs enfin de ce beau pavillon que je suis heureux et fier d'inaugurer aujourd'hui au non du Gouvernement de la République Argentine.

DISCOURS

PRONON'Cl- A BOULOGNE-SUR-MER

AU MOMENT DE l'embarquement DELA DÉPOUILLE

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