‹ Paroles de paixChapitre 10 sur 26 · LIBRARY UNIVERSITY OF ILLINOIS · texte numérisé non relu

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à de pareilles choses, vous vous

trompez.

La plus forte garantie de la paix, c’est la possibilité et la nécessité pour les peuples de discuter avant la guerre. | 5 ee

Q e e 2 e e e e e e e e ° e ® ee ” € “ À

Tout accord, tout traité qui peut

réserver la possibilité de la réflexion

de la discussion pacifique, apporte aux peuples cette garantie précieuse

. qu’ils ne seront pas jetés inopinément -

sous l'influence de circonstances imprévues dans le courant de guerres

sanglantes.

L’arbitrage ! Ce Le Rene Ce mot a maintenant tout son

Le.

prestige et toute sa force. Les traités d’arbitrage se multiplient; de peuple à peuple, on se promet de ne plus se battre, de recourir à des juges. La paix chemine à travers toutes ces entreprises, et c’est l'esprit de la Société des Nations qui les anime;

c’est elle par conséquent que tous

les peuples doivent défendre du plus

profond de leur amour, du plus pro-

fond de leur cœur, la mettant à l’abri

des attaques, la dressant au-dessus

de tout.

Avec elle, la Paix!

Sans elle, tous les risques de guerre

et de sang dont les peuples n’ont que

irop pâti.

Tournez les pages de l’histoire :

toutes les fois que des conflits sont apparus à l’horizon des peuples, dès

qu’il y a eu contact, conversation, ten-

om

tative de conciliation, arbitrage, la

guerre a été évitée. Dans toutes les circonstances où là guerre a éclaté, c’est que, par une sorte de force mystique qui exclut la raison, un.

peuple se jette sur un autre avant d’avoir pu même réfléchir.

Ed nee ÿ Dans l’enthousiasme de la victoire, quand la France rayonnait de tout son prestige; quand on était encore tout chaud de l'effort commun:

quand, dans cétte cohésion étroite ét.

solidaire des alliés, il était presque impossible de distinguer un Anglais

nl Lo ”\ PAROLES DE PAIX 55 d’un Français, d’un Italien ou d’un Belge; quand tous avaient la même figure, représentaient le même effort et la même victoire, bien des choses étaient possibles : règlement des dettes extérieures, fixation d’une créance, certitude de réalisation, possibilité pour la France, d’un sort privilégié auquel elle avait droit et que, dans une conférence internationale en 1916, l’unanimité des alliés avait consacré.

EPP

À la vérité,-on trouve tout dans le traité de Versailles, si l’on veut bien se donner la peine de chercher à travers ses nombreux articles. Il est parfait ce traité. Comme la jument de la légende, il a toutes les qualités,

naturellement, les intérêts particu- L liers des peuples, respectables certes, mais fatalement empreints de quelque égoïsme, écartent les uns des autres les alliés. De temps en temps, ils se.

réunissent, ils se rappellent, ils se serrent la main, ils s ’orientent de nouveau en commun vers le but commun. Mais le lendemain, la lutte pour la vie, la diversité des intérêts ;

les entraînent encore un peu plus loin les uns des autres, et, pour les rappro= cher, un nouvel effort devient néces- + aire.

Chaque fois que la France s’est isolée dans la manifestation de sa

force militaire poussée au maximum,

cela a été le désastre : Waterloo, avec un homme comme Napoléon Ier.

Plus tard, la France prend conscience d’une nouvelle force militaire, elle en arrive à s’isoler: Sedan.

Mais la France, sur le champ de bataille, se place sur un terrain d'idées, entourée de tous les peuples

civilisés : victoire !

= - Quand vous me dites que le peuple allemand est assez peu disposé à admettre comme définitifs les résultats de cette guerre, il ne faut pas oublier qu’à la fin de toute guerre il

y a eu des vainqueurs et des vaincus

8. ARISTIDE BRIAND “et que l’état d’esprit du vaincu ne peut pas être exactement celui du

vainqueur. ;

Il y a une certaine période pendant .

laquelle subs stent des rancœurs, des ressentiments, des espérances, peut-

être malsaines et qui pourraient enga-

ger ceux qui les forment dans la voie de nouveaux conflits sanglants. Tout cela il faut un assez long effort pour :

le dissiper. :

Mais celui qui est qualifié pour faire cet effort, c’est le vainqueur !

Quand deux peuples sont dressés lun contre l’autre, lorsqu'ils en sont ‘constamment à envisager des possi-

bilités de guerre entre eux, quand

leurs amours-propres nationaux sont

sans cesse en éveil, comment voulezvous qu’ils prennent utilement contact, comment voulez-vous qu’ils engagent des conversations d’ordre économique? C’est impossible! Un fossé infranchissable les sépare.

CPS La République Allemande ‘sera

évidemment combattue, — elle la

même des défenseurs, qui ont versé leur sang pour.elle. Elle a résisté à ces attaques et nous devons désirer qu’elle s’affermisse. L’idée de paix y faït des progrès. A la faveur de tel régime, entre l’Allemagne et la France des contacts s’établissent. Sont-ils toujours sincères ? IL est possible que non; mais je veux les prendre pour

60 ARISTIDE BRIAND tels, sans cesser pour ie de m 'entou- | rer de précautions. RATE

= Voilà deux peuples, deux grands : peuples, avec leurs défauts et qualités, deux peuples qui peuvent n'être pas. :

sûrs d’être toujours bien dirigés, — — et, à ce point de vue, le peuple allemand, s’il se plaint de certains jugements sévères, devra en faire grief à ceux .qui l'ont si mal tourné vers la guerre, 2. . ‘ — voilà deux peuples, dis-je, qui a. se sont rencontrés si souvent, qui êe-

sont donnés des exemples si fréquents d’héroïsme, qui ont montré la géné-

rosité de leur sang sur tant de champs | de batailles, et qui doivent être perpé- | tuellement condamnés à se surveiller, à s’entre-déchirer, à s ’acharner lun Se

contre aus Non, je ne veux pas

croire cela! Cela n’est pas possible et il faut trouver quelque chose pour l'empêcher !

Chaque jour on fait un pas, on règle une question, on résoud un problème. La voilà, la vie diplomatique !

Elle n’est pas aussi facile que vous pouvez le concevoir. Ce n’est pas parce que deux ministres des Affaires ‘étrangères, dans une petite salle d’auberge, autour d’une table après déjeuner auront parlé pendant deux heures, que subitement se trouveront transformées les relations entre deux pays comme la France et l’Allemagne, que sera transformée l’histoire sanglante qu’ils ont vécue.

Est-il possible que tout ce passé

soit fait litière dans une aussi courte conversation, de toutes les diflicultés qui :es divisent? Mais non! Ce qui

est essentiel, c’est que s’affirme une

volonté réciproque.

soit déchiré du premier coup, qu'il :

Ce qui est essentiel, c’est que l'opi-

nion publique se dise : Enfin les voilà |

qui parlent ! Ils parleront peut-être

de paix, cette fois !

Voilà ce qui est indispensable.

Alors, les esprits deviennent récep=

tifs: ils s’ouvrent à ces idées, on

cherche les moyens de s’accorder. On “ jette dans la même conversation des

points de vue différents, souvent

opposés, on cherche des solutions, et on finit parles trouver, quand on est

animé par l’amour de son pays etle

désir forcené de lui éviter des catastrophes nouvelles.

Comprenez donc que l’Europe est “gorgée de guerres ! Elle en meurt. Et si demain, à la faveur d’une circonstance, — qui peut toujours renaître quand on empêche les peuples de se : parler, — une nouvelle guerre venait à éclater, ce serait la catastrophe pour le vainqueur, comme pour le vaincu. Ce serait l’Europe entière sombrant dans je ne sais quel désastre.

Cela, il faut l’éviter. Et je proclame que la France, ayant porté au plus haut degré son prestige moral, par la victoire qu’elle a remportée, n’ayant pas d’ambitions territoriales, n’étant

pas la bête de proie qui veut abuser

de la force pour s’emparer de nouveaux territoires, s’honore grande-

ment en criant : «La paix » Er”

ge ni.

La paix, pour l'Allemagne et pour.

la France, cela veut dire : c’en est fini de la série des rencontres douloureuses dont toutes les pages de l'his- toire sont tachées; c’en est fini des longs voiles de deuil sur des vont.

frances qui ne s’apaiseront jamais; plus de guerres, plus de solutions brutales et sanglantes à nos diffé. :

rends ! Re .

Certes, ils n ‘ont pas disparu; mais, désormais, c’est le juge qui dira le droit. Comme des individus qui s’en.

vont régler leurs difficultés devant.

le magistrat, nous aussi. nous régle. |

rons les nôtres par des procédures pacifiques. Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons ! Place à la conciliation, à l’arbitrage, à la paix !

Un pays ne se grandit pas seulement devant l’histoire par l’héroïsme de ses enfants sur les champs de bataille et par les succès qu’ils y remportent. Il se grandit davantage si, au travers d'événements difficiles, dans les heures d'irritation où la raison a souvent beaucoup de peiné à faire entendre sa voix, il sait résister aux entraînements, ‘patienter, demander au droit la consécration de ses Justes intérêts.

: CE Ce n’est pas une bonne chose, quand on parle de politique exté-

rieure,que de sous-estimer le concours de ses amis. Quand on fait un traité avec des nations comme la Grandes Bretagne, comme l'Italie, comme la Belgique, qui mettent leur signature. :

à côté de la vôtre, il faut prendre « ces à signatures pour ce qu’elles valent, et elles valent ce que valent les pays qui vous la donnent. ee

Quand on a gardé le souvenir et la reconnaissance de ce que la Grande- Bretagne, l’Italie et la Belgique ont fait à côté de nous dans la guerre, on n’a pas le droit de mettre en doute a l'efficacité d’une parole garantie. à

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