‹ Paroles de paixChapitre 9 sur 26 · LU · texte numérisé non relu

LU

Gardons notre force.

J'ai toujours dit que l’état de .

malaise qui pèse sur tous les pays — même les plus éloignés — ne pour- :

rait pas se dissiper sans un grand.

effort de solidarité internationale. Ce discours-'à, je ne l’ai pas fa't une fois, je l’ai fait dix fois. Farine

Je constate avec plaisir que, déjà, les esprits se tournent vers des vues de ce genre. … commente à se rendre compte que déséquilibre des changes, que ie conditions économiques déplorables qui pèsent sur le.

monde entier, proviennent de l'état

dans lequel se trouve une grande Ne HN A

- partie de l’Europe: qu’une quantité

de marchés, autrefois ouverts à l’activité économique de tous les pays, sont fermés, sont paralysés.

Forcément, d’une pareille situation, il doit résulter l’effroyable instabilité financière que vous constatez dans tous les pays, et en même temps une presque impossibilité pour eux à reprendre leur équilibre dans la paix.

CE

En présence d’une situation — je parle au point de vue économique et financier — comme celle devant laquelle nous nous trouvons, après la terrible guerre qui, pendant quatre ans, a sévi sur le monde, et étant donné l’état d’insécurité de l’Europe,

TS

Le “combien | ‘est nécessaire, p ur rame-

ü Eté Pa seul pays, même.

sieurs pays groupés. On s’ e .

aujourd’hui, et l’on est ob

| Den à des un E

Quand on parle de la paix, on est tout naturéllement porté à des afirmations et il n’est pas un membre de la Chambre des Députés qui n’ait son esprit et son cœur dirigés vers un tel objet. Mais le dire ne suffit pas et, dans les conditions difficiles où est - le monde, si l’on se contente toujours . de parler de paix sans avoir le cou- rage, sans prendre la responsabilité des actes nécessaires, indispensables, pour la réaliser, les peuples sont appelés, hélas ! à attendre bien longtemps avant qu’elle ne vienne.

Un peuple comme la France a le droit d’avoir des inquiétudes; non pas que sa force ne suffise pas, dans les années qui viennent, à garantir sa frontière, mais la paix. n’est pas

partout. Il y a d’autres frontières

a D) < A NP ES Le fragiles, — qu'aucun tréité de pax.

n’est venu reconnaître, — sur les-

quelles, à tout instant, même loin.

de la France, en Europe, dans un pareil moment, de tels actes. auraient.

leur répercussion. La France n’a pas ee le droit de s’en désintéresser, parce que, si elle s’en désintéressait aujourd’hui, elle en serait fatalement victime È demain. :

Donc, c’est une nécessité que des. À peuples s’unissent pour mettre de … l’ordre dans ce désordre, PR ï :

duire un peu de sécurité dans cet.

état d'insécurité. :

Ce qu’il y a de nouveau dans les accords de Locarno, et je suis surpris

qu'on ne l'ait pas aperçu, c’est un renversement de l’ancien système dans la doctrine de la paix.

Autrefois, lorsqu'on parlait de la paix, on la sentait si fragile que quand, par aventure, on s’occupait d’elle, c'était toujours en s'exprimant par une formule de guerre : Si vis pacem, para bellum.

C'est cette formule qui a présidé à toutes les alliances dans le passé.

Et ces alliances, que furent-elles?

Toujours, et forcément, hérissées de pointes. Elles ont donné leur mesure :

à tous les tournants de l’histoire, on constate des heurts, des rencontres violentes.

Fatalement, quand de telles alliances s’opposent les unes aux autres,

{ faut bien qu’ un jour en sorte "ie

guerre. Et c’est bien là l'expérience

la réflexion? Pourquoi ne pas les

de l’histoire. Puisque ce système mn: avait. pu

assurer la paix aux peuples, pourquoi ne pas envisager un système nouveau

d’ordre juridique? Pourquoi ne pas

imposer aux peuples la nécessité de.

obliger à soumettre leurs conflits à dés tribunaux de conciliation où d’ arbitrage? FIRE =

C’est précisément leon des ac-

elles ne se rangeront aux côtés Fu

agresseur, quelles que soient Jeux s relations d'amitié avec C Jui. ie

Elles n’emploieront la force que si, quelque part, un crime a été commis, et qu’il y ait, par conséquent, un criminel à châtier. Le criminel est celui qui trouble la paix par un acte d'agression. Et quand apparaît-il comme un agresseur? Quand il accomplit un acte comme ceux prévus par le traité ou quand, appelé à la conciliation, il s’y refuse et fait avancer ses canons.

Voilà ce que disent les accords de Locarno.

Le Traité de Versailles constitue une grande nouveauté parmi tous les traités de paix. Sa caractéristique

essentielle, son fondement capital, sa

50 ARISTIDE BRIAND pierre angulaire, c’est le pacte de la.

Société des Nations. LU Il se distingue profondément des 2 autres accords internationaux en ce Ve qu'il s’efforce de substituerla sanction … juridique aux sanctions d’intimida-. ‘ tion ou de force qui ont été à la base de la plupart des traités antérieurs.

Il dit aux peuples : «De même que les individus, à mesure qu'ils se sont élevés dans la civilisation, ont renoncé à la force directe pour régler … leurs conflits, il faut qu’un juge de paix s’institue entre les nations et e que le retour de catastrophes comme.

celle qui a accablé le monde entier pendant cinq ans soit ee à empêché. » Hi Voilà l'esprit du traité, voilà ce

qu'il veut; c’est une grande et forte idée.

Il ne faut pas être injuste. IL y a eu des femmes qui ont souffert en Allemagne, tout comme en France; car ce n’est pas sans souffrir qu’elles ont pu perdre maris et enfants. Si vous en êtes arrivé à croire que, pendant la guerre, le peuple français ait été le seul à souffrir, — oh!ila sans

doute souffert plus que beaucoup

: d’autres, plus peut-être que tous les

autres, — si vous croyez que les autres, parce qu'ils étaient ennemis, n'ont pas trouvé dans cette

guerre des éléments de souffrance et

peut-être, dans le tréfonds de leur

âme, le désir de ne plus étre exposés

Page 1