‹ Paroles de paixChapitre 2 sur 26 · L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

L'ÉDITEUR

Désormais, notre route, c’est celle de la paix et du progrès.

Si l’Europe retrouve son équilibre économique et son équilibre moral, si les peuples ont conscience qu’ils sont en sécurité, ils pourront secouer de leurs épaules les lourds fardeaux qu’imposent les inquiétudes de la guerre; ils pourront collaborer à l'amélioration de leur situation respective; il se créera enfin un esprit européen,

Cet esprit ne sera pas : né de. “e

guerre, et il n’en sera que plus ble]

plus Fee he digne d'admiras

Le mot de paix est un mot que Ÿ tout le monde est porté à “employer. Le Mais la vraie conception de la paix

- ést plus exigeante. La paix est une :

personne assez difhcile, assez ambi- .

tieuse; elle ne se contente pas d’une demi-cour, elle ne se contente pas de. .

quelques formules de politesse, d’un vague salut au passage qui n'aura .

point de suite; elle veut qu'on La désire spontanément et. ardemment, que l’on se donne à elle entièrement.

Si l’on nous nn les uns contre

les autres, si l’on nous presse, dans des discours, de nous heurter, écar- ‘tons les mauvaises tentations. Cela,

c’est la route du sang, ce sont les

pr

routes du passé, couvertes de morts, de deuils, d’incendies. Ce n’est point notre route.

Des idées de paix? Mais elles sont en plein dans notre esprit et dans nos

cœurs. C’est précisément parce que

nous nous préoccupons, avec le plein souci de nos responsabilités,

de préparer une paix non pas précaire, mais solide, et durable, et

qui nous garde du retour d’événe-

ments pareils à ceux que nous avons

vécus, c’est parce que nous voulons

cette paix que nous en recherchons

les véritables conditions.

10 ARISTIDE BRIANET

der, il faut la vouloir a ne > faut pas avoir constamment la seule pensée de sa fragilité. Il faut prendré 108

précautions mais il x ne Faut he

guerre. .

Tout ce qui peut réduire : les armements, tout ce-qui peut alléger | les sacrifices des peuples, la France est prête à y souscrire; mais quand : ib “s’agit de sa situation térritoriale, un.

impérieux souci lui dicte ses devoirs,

un souci vital de. sécurité.

ne amis de États- -Unis : e savent

souci est un devoir. Nous l’avons,

- non pas pour nous-mêmes, non pas

pour le maintien de notre propre vie.

Cela à soi seul suflirait; mais la France n’est pas seulement comptable de sa propre existence. Elle est un pays qu atrop vécu pour l’huma-:

nité tout entière pour qu'elle ne sente pas qu’en même temps que le souci de sa propre existence, elle a le dépôt de certaines traditions auxquelles est lié le sort de l’humanité. | “ ee

La France est forte de toute sa

force militaire. Mais le problème n’est

pas là tout entier.

La France, dans l’état actuel du

monde, ne peut pas s’abstraire de

toute préoccupation eu 1.

y a une atmosphère morale en So +.

de laquelle un pays qui s’isole estun pays qui va aux pires Fate ir Il subsiste, forcément, en à magne comme en France, des sou-.

venirs tenaces, du reste. respectables, qui se manifestent encore ardemment, surtout quand ils sont associés à mi opérations de politique. en Le nier serait nier l’évidence. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de rapprocher les deux.

peuples. me Il s’est conclu entre ‘eux, “dans l’ordre économique et financier, des accords fructueux pour l'un et. on l’autre. Des contacts ont été pis

dont vous me direz qu’ils ne constituent pas encore des bases définitives de paix. Peut-être, mais c’est déjà un grand progrès, et qui nous donne dès maintenant une très large sécurité pour l’avenir.

Aujourd’hui, il n’y a plus, entre les peuples, de cloisons étanches. Cela n’est plus possible. Il n’y a plus des détroits appartenant à tel pays plutôt qu’à tel autre. Il n’y a plus des impossibilités de passage là où la vie et l’activité économique du monde entier exigent que tout le monde passe.

Que resterait-il des malheureux peuples si une nouvelle guerre surve-

nait ?

Je vous le dis simplement, faisant appel à votre raison, à vos cœurs et à : votre patriotisme : Locarno, c’est ce - qui peut empêcher cela ; Locarno,c est une barrière contre l'irréflexion; : Locarno, c’est la nécessité de discuter. C’est, pour les peuples, là possibilité de se donner une raison de ne pas tomber aveuglément les uns sur ces autres. Fe

< SNS RER

Le peuple de France à aucune ‘époque de sa vie n’a été un peuple ‘inspiré par des sentiments di impérialisme et de conquête. Pendant cinquante ans, il est resté fidèle à la paix et, malgré la cruelle déchirure qu’il portait au flanc et qui lui a été causée vous savez dans quelles

conditions d’injustice flagrante, en toutes circonstances, il est resté sourd au défi, à la provocation; et chaque fois qu’il lui a été possible d’assurer la paix par des voies d’arbi- trage, il s’y est généreusement offert, __ Au lendemain de la dernière guerre, — et la France sait ce qu’il en coûte de supporter pareille guerre, car elle a vu sur son sol la misère sanglante des peuples de nos patries respectives, — je crois pouvoir dire que mon pays a, plus qu’un autre, l’horreur de la guerre et l’amour de la paix.

Malgré certaine propagande empoisonnée, vous n’avez jamais cru que la France était un pays hostile à la paix.

Elle a défendu la liberté du monde.

Si demain sa sauvegarde est assurée,

la France est prête à dire: Bas les

armes ! 2 CP a nes

À brève échéance, les hommes d’État finiront bien par dresser un

obstacle infranchissable en face des

gens qui rêvent d’une manière malsaine de rejeter les peuples vers la barbarie sanglante de la guerre.

Cette heure-là viendra, nous | BR?

devons à ceux qui sont tombés. Il y a.

dans tous les pays, qui ont combattu côte à côte, des tombes glorieuses. I

y a sous l’Arc-de-Triomphe, sous les

dalles de Wesminster en Angleterre, à Rome près du Capitole, et à

Arlington, des morts symboliques.

Ceux-là, quand ils sont tombés

an à :

Ka

sanglants, ont dû se consoler en pen-

sant qu'ils mouraient pour que

d’autres ne meurent pas dans de

nouvelles guerres. Si leur suprême

espérance devait être déçue, si leur

- sacrifice héroïque devait. être inu-

tile, ce serait un défi à leur mémoire et comme une insulte à leur tombe.

La France fera tout pour qu'il y ait une Allemagne avec laquelle elle puisse entretenir des rapports corrects et normaux, avec laquelle elle puisse s'installer, s’équilibrer d’une manière définitive dans la paix. Voilà ce que veut la France. Il ne dépend que de l'Allemagne qu’il en soit

ainsi,

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