‹ Paroles de paixChapitre 3 sur 26 · ARISTIDE · texte numérisé non relu

ARISTIDE

Quand on a vu cet Re paysage lunaire qu'étaient nos régions dévastées, dévoré par les convulsions, dans un tel état qu'on pouvait se demander si jamais un brin d’ herbe y pousserait désormais, quand on a | vu cela et qu'on pense que, pour.

éviter d'autre sang, a France, oubliant l’humiliation faite en 1871 à sa capitale, a accepté de signer kB. ; paix sur son propre sol; quand on pense qu’alors qu’elle pouvait écra- ne.

ser l’ennémi, elle lui a pérmis de se

retirer avec ses drapeaux, avec ses. .

musiques, avec ses armes, et. de ren-. |

trer chez lui dans des conditions de dignité qu’il avait refusées à à la Fr rance

ti

sous les aspects d’une nation rapace,

qui n’attend qu’une occasion pour

rejeter son peuple dans la guerre?

Non, ce n’est pas possible.

Depuis la signature de la Paix, quelle a été notre attitude ? Alors

- que nous avions perdu 300 milliards,

que 600.000 de nos maisons avaient été détruites, nos meilleures usines dévastées, nos moyens de production atteints profondément, la France a eu

la patience de discuter avec l’Alle-

magne, qui s’efforçait de reprendre tout ce qu’elle avait signé, qui reniait les engagements du début, déclarait

qu’elle n’était pas responsable, vou-

. lait refaire le procès de la guerre,

comme si le monde entier ne l'avait

pas jugée. * LT RS

La France avait la force, la France

avait des armes, elle pouvait s’en

servir; elle a refréné son impatience, elle n’a rien fait pour ne pas troubler.

la paix, et aujourd’hui, malgré tant de deuils, on ne pense pas dans mon

pays à la haine, on ne veut pas creu-

ser plus profondément le fossé qui

sépare la France du pays voisin, on

ne veut pas exciter les esprits.

DCE

La France,en allant à W ashington, ..

a tenu à marquer sa volonté ferme et tenace de travailler pour la paix du monde avec le même Ant avec la

même ardeur qu’elle a mise au ser-

vice de la victoire. La France est

allée pour dire aux Américains. à

qu'après avoir vaincu avec leur collaboration, en grande partie grâce à leur effort, elle méconnaîtrait leurs intentions, elle leur manquerait de reconnaissance si elle ne restait pas tournée vers le but qui fut leur idéal.

CE

Tournez les pages de l'Histoire, arrêtez-vous aux grandes étapes de l'Humanité, voyez les dates qui ont marqué un pas dans la voie de la civilisation, voyez les pages où s'affirme l'effort de la barbarie pour écraser la liberté des peuples; il n’en est pas une qui ne soit marquée d’une large flaque de sang français.

Partout, à toutes les époques,

chaque fois qu’une idée de liberté, re Les q |

chaque fois qu’un principe de civil 4

sation, chaque fois qu’une pensée de justice a été en péril, la France a été un noble champ de bataille, elle s est

laissé déchirer les entrailles, elle a

servi l'Humanité, elle n'a jamais

séparé sa cause de celle de la eivie

lisation. Ce n’est pas sa. faute si elle se trouve placée à un poste de. Le dans la géographie du monde; en la

mettant là, la nature Jui: a donné le :

cœur fort et belliqueux qui conve-=.

nait,elle en a fait le soldat du monde, ;

et ce soldat ne rougit + de son

passé de gloire. > Mais € ’est calomnier . France

que de né la voir que sur les champs :

bataille; Pie n ne pas les biens

k Ne Les rs

Jr HAE re

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philosophes, ses écrivains, ses artistes ; la France, elle aussi, aime par-dessus tout la paix et s’il est une nation qui voudrait que les horreurs de la guerre fussent rayées de la vie du monde, ah ! j’ai bien le droit de le dire, moi, son premier ministre: c’est mon pays.

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