XXVI PARSIFAL
l'empêcher de se faire chevalier pour lui éviter une mort précoce, pareille à celle de son père Gamuret.
Mais l'enfant indomptable, poussé par son instinct et par sa destinée, s'enfuit, armé seulement d'un arc et d'une poignée de flèches. C'est dans cet accoutrement sauvage qu'il arrive, sans le savoir, dans la région déserte où se dresse, sur une haute montagne défendue par une forêt millénaire, le château de Montsalvat, le sanctuaire du Graal.
Mme de Morsier a très bien vu les trois étapes par lesquelles Parsifal, le Chaste- Fou, le Simple et le Pur, franchit les trois degrés de son initiation.
Ces trois degrés correspondent à trois plans de conscience et s'élèvent du corps à l'àme, de l'âme à l'esprit. Wagner les typifie en trois scènes, aussi pathétiques qu'impressives. La première est celle de la mort du cygne. Parsifal a tué étourdiment d une flèche l'oiseau au vol, dans le
PRÉFACE XXVIl
bois sacré du temple, et Gurnemanz, le vieux serviteur du Graal, montre au coupable le cygne mort, ses ailes inertes, son plumage taché de sang, son œil éteinte A cette vue, Parsifal, saisi de pitié, brise son arc et jette son carquois. Ce n'est encore qu'une compréhension instinctive, une sympathie en quelque sorte animale ; mais elle sera le germe de toutes les autres. Par cette répercussion de la souffrance universelle dans son cœur, il a pressenti le lien qui unit tous les êtres.
La seconde révélation lui vient par le désespoir dAmfortas, Debout à l'écart dans le temple, immobile et muet, Parsifal vient d'assister au défilé des chevaliers sous la haute coupole et à l'office religieux. Il a vu reluire et fulgurer le sang du Sauveur dans la coupe de cristal, et il a vu la douleur atroce qui s'est emparée d'Amfortas à cette vue. Alors Parsifal a porté violemment ses deux mains à son cœur contracté. Il n'a rien compris au mystère qui s'est déroulé