XXXIV PARSIFAL
elle-même. Le fonds insondable de cette volonté, qui ne peut être trouvé ni dans l'espace ni dans le temps, ne nous apparaît qu'en ce point où le désir aveugle devient la volonté divine de la rédemption » (1). Peut-on dire plus clairement qu'on considère l'apparition du Christ comme un fait d'une nature unique et comme le pivot de l'histoire ? Dans un autre passage de ses derniers écrits, Wagner, s 'émerveillant sur l'action du Christ à travers les siècles, compare sa nature à celle de Bouddha et dit : « Le Bouddha n'est devenu un Sauveur qu'après un long effort; mais le Christ le fut d'emblée. Il naquit parfait. » On peut donc affirmer que, dans les dernières années de sa vie, Richard Wagner eut le sentiment profond de la nature divine de Jésus, et qu'à travers le Christ historique il eut comme une
(l) Héroïsme et Christianisme, X« tome des Œuvres complètes de Richard Wagner, page 358 (édition allemande).
PRÉFACE XXXT
divination du Christ cosmique qui le surplombe et l'illumine.
On se rendra un compte plus exact encore de l'importance religieuse que Wagner attachait à sa dernière œuvre en lisant, à la fm de ce volume, l'étude très curieuse et très fouillée de M. Edouard de Morsier sur la Genèse et la Création de Parsifal. On y verra toutes les phases qu'eut à subir cette œuvre depuis sa conception première jusqu'à son achèvement. On suivra cette longue élaboration qui dura vingt-cinq ans (de 1857 à 1882) avec mainte reprise, à travers de fréquents accès de découragement et les colossales créations de Tristan^ de la Tétralogie et des Maîtres Chanteurs. L'esquisse musicale et l'orchestration coûtèrent à Wagner le plus de peine. Il appelle ce travail « sa peau de chagrin », qui, au rebours de celle de Balzac, s'allonge après chaque nouvel