PRELUDE
Dès le prélude, nous sommes musicalement dans l'atmosphère du Saint-Graal ; il nous fait connaître les motifs i leitmotiv) interprétant le Graal, son trésor, ainsi que les principes et croyance des chevaliers du Graal. Et c'est moltolento que débute l'orchestre par un thème sans accompagnement, mais d'un caractère solennel pénétrant, le thème de la Cène, ainsi appelé parce qu'il est conçu sur les paroles mêmes de la Sainte-Cène, et qu'il contient déjà les thèmes de la rédemption, de la douleur et de l'épieu.
La Cène. — . ^.
Wagner utilise ce thème au cours de la pièce de la façon géniale qui lui est propre.
C'est à bon escient que Wagner place ce motif en tête de sa partition ; la chevalerie du Saint Graal repose en effet sur la foi chrétienne, et c'est dans l'eucharistie que les chevaliers puisent force et courage nécessaire à l'exercice de leurs fonctions humanitaires. Ils agissent en Christ, et la Cène est donc pour eux comme une sorte d'acte fondamental, constitutif, base et clef de voûte à la fois de leur constitution. Ce motif se retrouve au point culminant du drame, et les dernières paroles de l'action sont accompagnées de ce thème encore ; il y est proclamé que la rédemption du pécheur ne
peut être réalisée que par l'exemple du Christ compatis- $ant. D'abord à l'unisson (bois et cordes con sord.), ce motif est repris par les trompettes et les bois, sur des arpèges des cordes qui en répandent l'essence dans le monde réclamant la rédemption. Ce premier thème est suivi du thème du Graal ; il en comprend deux : le premier, le robuste caractérisant la chevalerie, le second s'élevant plein de pitié fervente, plein d'amour chrétien. Wagner reprend plus d'une fois ce motif, lorsqu'il tient à signifier les sphères célestes.
Le Gral
La foi inébranlable dont sont animés les chevaliers est admirablement rendue par le thème de la foi, qui résonne sans défaillance à travers les pires complications de la trame musicale; elle a la fermeté du roc qu'aucune vague, si forte soit-elle, ne saurait faire trembler sur son assise, car, comme le roc. la foi est œuvre divine.
La Foi
Ce thème apparaît d'abord en fortissimo, puis est repris, placé dans tous les tons possibles, dans toutes les dynamiques imaginables, afin de bien faire ressortir le symbole dont il est le porteur. Le retour du premier thème est comme une péroraison de cette première partie du prélude. De sourds roulements de timbales annoncent l'entrée du
thème de la douleur, du péché. Il est en rapport direct avec la blessure d'Amfortas ; cette blessure, le roi ne l'a pas reçue au service de son Dieu, mais en une heure de faiblesse et avec l'arme même qui devait lui servir à protéger la demeure du Graal. Nous retrouverons encore souvent ce motif de la douleur, la plainte du Christ comme d'aucuns l'ont appelé et qui est certes, sous tous les rapports, l'interprétation géniale de la plus atroce douleur.
L'expiation
A l'emploi thématique de ce motif se joignent les bois et les violons, nous conduisant par des harmonies ascendantes de plus en plus douces, vers le domaine sacré du Graal.