‹ ParsifalChapitre 19 sur 22 · UNE SIXIÈME · texte numérisé non relu

UNE SIXIÈME

C'est moi qui suis la plus belle.

TOUTES, se disputant.

Non, moi! ("est moi! c'est moi!

PARSIFAL, se défendant doucement contre leur gracieux empressement.

O troupe de fleurs turbulentes!

Voulez-vous me plaire, ' Soyez, moins pressantes.

LES JEUX ES FILLES

Pourquoi gronder?

Pour vos querelles!

.ES JEUNES FILLES, l'une après l'autre, en se disputant.

Pour toi nous nous battons.

Folie!

LES JEUNES FILLES

— 11 m'a choisie, éloigne-toi!

— Il m'aime!

— Non, moi ! C'est moi !

— Il me préfère à toi.

Tu te défends de moi '.

— Tu ne veux pas .'

— Eh! quoi, me chasser?

— As-tu peur d'une femme?

— Manques-tu d'audace?

— Combien il est froid et timide!

— Beau papillon, nulle fleur ne t'arrête ?

— Que de froideur !

Sa candeur nous désarme!

— Pour nous elle est un charme!

— Laissez donc ce simple!

! — Non pas! il est à nous

— A moi ! à moi !

Cessez ! je ne veux pas !

Il veut fuir, lorsqu'il entend venir d'un buisson de fleurs la voix de Kundry.

KUNDRY Parsifal, reste! Il s'arrête interdit el ri sti immobile.

Parsifal? En rêve, ainsi me nommait ma mère.

KUNDRY, devenant peu à pm visible. U - J' unes filles effrayées se retirent à l'écart.

Demeure, Parsifal!

J'apporte joie et bonheur pour toi.

mn

Parsifal et les filles-fleurs a la Monnaie, d'après un dessin.

LA PETITF ILLUSTRATION

Frivoles amantes, vite fuyez!

0 fleurs éphémères, A vous il n'était pas destiné!

Rentrez soigner les vôtres.

Maint brave blessé vous attend!

LES JEUNES FILLES, s'éloignent à regret de Parsifal et rentrent du côté rlu château.

— Toi, te perdre !

— On nous chasse!

— 0 tristesse! ô peine!

— O cruel tourment !

— Tout autre pour toi je le laisse!

Je veux n'aimer que toi!

— Adieu ! ma flamme !

Sauvage !

Grand fou!

Elles disparaissent, en riant, du côté du château. Parsifal regarde timidement du côté où est venue la voix. Le rideau de fleurs qui dissimulait Kundry s'étant complètement ouvert, on aperçoit une jeune femme d'une beauté suprême — Kundry, entièrement transformée — . étendue sur une couche de fleurs et négligemment couverte de vêtements fantastiques de style arabe.

PARSIFAL, de loin.

Où suis- je 9 Ai-je donc rêvé?

L'innommé, ta voix l'appelle?

KUNDRY

Oui, certes !

Simple et pur: « Fal-parsi », Ou pur et simple: « Parsi-fal ».

Ainsi, le jour qu'en Arabie il tomba, Ton père Ga muret t'avait nommé, Ce fils qu'encor portait ta mère Et qu'appelait sa voix mourante!

Pour te l'apprendre, je t'attends ici.

Pourquoi vins-tu, sinon pour le savoir?

Un rêve m'égare-t-il?

Ce que je vois, soudain de trouble me remplit. Dans ces bosquets, es-tu toi-même éclose?

KUNDRY

Non, Parsifal, ô pur, trop simple!

Loin, loin, est ma patrie!

C'est pour t'attendre qu'ici je demeurai. De loin j'arrive où j'appris beaucoup : — J'ai vu l'enfant presser le sein maternel, J'entends eneor sa bouche bégayer. — La mort dans l'âme.

Comme elle exultait, Herzeleide, Quand sa détresse s'égayait

En le voyant sourire!

Couché sur un doux lit de mousse, II' s'endormait sous ses caresses;

Sur lui, craintive, Veillait la plus sûre des tendresses;

Ardente rosée, A l'aube l'éveillaient ses larmes!

Cruelles larmes !

Car ces larmes Pleuraient ton père moj't si tôt !

Au sort semblable te soustraire Pour elle fut le seul devoir,

Et loin des armes, Des vains combats des hommes, Elle cacha dans l'ombre ta jeunesse.

Pour elle — seule — que d'alarmes!

Rien, loin du monde,

Xe devait t'atteindre.

N'entends-tu plus sa plaintive voix, Au loin lorsque tu tardais!

Heï! quelle allégresse l'animait Quand sa course te rejoignait !

Sentant ses bras t'étreindre ardemment, Xe tremblais-tu pas en l'embrassant .' — Sans comprendre ni sa douleur, Ni sa mortelle angoisse, Un soir, soudain, tu disparus...

Ta trace fut perdue...

— Après combien de veilles, Un jour se tut sa plainte:

Les pleurs l'avaient épuisée.

Elle implorait la mort;

Son cœur de deuil se brise,

Et... Herzeleide meurt.

PARSIFAL, de plus en plus anxieux en écoutant ce récit, es', frappé d'épouvante et tombe aux pieds de Kundry, terrassé I par la douleur.

Hélas! que viens-je d'entendre!

Mère! tendre, douce mère! ' Ton fils a donc causé ta perte!

O fou ! ô déplorable fou !

Où donc errais-tu, d'elle oublieux, D'elle et de toi-même?

Bonne mère chérie!

KUNDRY

Ignorant la douleur, Ce qui console, tu l'ignores aussi.

Ce qui te fait souffrir L'affreux tourment qui t'accable, L'amour le guérit.

PARSIFAL, dans sa tristesse - laissant choir de plus en plus. Ma mère ! ma mère !

T'ai-je oubliée !

Ah! que n'ai-je pas tout oublié!

Ah ! je n'eus souvenir de rien !

Quelle démence me saisit !

KUXDRY, toujours étendue sur sa couche, se penche vers Parsifal. Elle pose doucement sa main sur le front de ce dernier et passe affectueusement le bras autour de son cou.

Sincère, l'aveu rachète la faute.

Connaître rendra ton âme voyante.

Qu'enfin l'amour t'éelaire, — L'amour que Gamuret connut Quand Herzeleide, ardente, l'enlaçait!

L'amour qui t'a donné l'existence, Qui doit bannir folie et mort,

Par moi.

L'amour, avec l'adieu maternel, T'apporte son premier baiser!

Elle penche entièrement sa tète sur celle de Parsifal et attache ses lèvres aux siennes en un long baiser:

FARSIFAL, se redresse subitement avec un mouvement d'épouvante; son attitude laisse voir une transformation effrayante: il appuie ses mains contre son cœur, comme pour maîtriser une horrible souffrance, puis s'écrie.

Amfortas ! La plaie ! la plaie !

Au flanc, elle me brûle !

O plainte! Plainte! Plainte terrible!

De tout mon être elle surgit !

Oh! oh!

Misère-! quel martyre!

— Je vois saigner La plaie

Qui saigne aussi dans moi!

Là ! là ! --- Non ' non !

Ce n'est pas la plaie !

Comme un torreni qu'il coule mon sang!

Là, au in'iii'. esl le feu, La flamme, la flamme brûlante Qui dompte et vient exalter mes sens!

0 sombre ivresse!

En moi tout tremble, toul frémit.

En proie aux feux coupables!

Tandis que Kundry fixe sur lui dos regard? d'effro d'étonnement, Parsifal tombe dans une profonde exi D'un.- voix sinistre < t bassi .

Devant mes yeux, froids, le calice est là : Le sang divin s'embrase; La sainte extase, doucement, Frissonne dans Unîtes les âmes;

Moi seul, sans cesse, le tourment m'accable. Du Dieu Sauveur j'entends la plainte, La plainte, ô la plainte De voir souiller ses saints autels; (( Délivre, sauve-moi Des mains qui me profanent. »

— Ainsi la plainte auguste Vibrait, là. dans tout mon être.

Et moi, le fou, le lâche, Aux folles aventures je courus!

Il se jette à genoux avec désespoir.

Dieu juste! Maître! Roi des Grâces, Puis-je expier un tel péché?

KUNDRY, dont l'étonncmeut se transforme en ui passionnelle, cherche timidement à se rapproche Héros béni ! reviens à toi !

Debout ! La grâce te sourit !

de Pars

PARSIFAL, toujo

s'incline vers 1

prosterné, regarde fixement Kundry qi vec des mouvements caressants qu'il décr

Ali! c'est bien elle, oui, cette voix!

Et ce regard, je les reconnais bien !

Et l'autre qui lui sourit, perfide !

Ces lèvres, oui, pour lui frémissaient ; Ainsi penchait la nuque Et se dressait le front !

Oui, ainsi flottèrent les boucles.

Ainsi l'enlacèrent les bras,

Et les joues le frôlèrent !

Vouant à tons les maux sa vie, De son salut, cette bouche l'a privé!

Ah ! ce baiser '.

Démon pervers, fuis loin de moi !

Femme! femme! va-t'en!

KUNDRY, au paroxysme de la pass Barbare !

Puisque les maux des autres seuls t'émeuvent, Aux miens aussi suis sensible!

Si tu rachètes.

<^ui donc t'empêche de t'unir à moi

Pour ma grâce !

Depuis des siècles, toi, je t'espère.

Sauveur, qui viens si tard, Que j'ai jadis nargué!

— Oh! oh!

Si tu savais de quelle destinée.

Par mort et vie,

Veille ou rêve,

En pioie ii l'éternel tourment, fin, je

Sans

subis l'horreur!

Je l'ai vu. Lui ! J'osai rire!

■le \ is ses yeux !

— Depuis ce joui', de monde en monde.

Sans trêve je Le cherche — Aux jours d'horreur.

Rêve effrayant, Je revois ces yeux sur moi fixés!

Et folle, me reprend le rire infâme; Un homme cède à nies embûches!

Ce rire! ce rire! —

Kundry à Bayreuth

Que u'ai-je des larmes!

Je crie, hurle, râle, délire.

Dans la démente et sombre nuit.

D'où repentante je reviens- Lui, que j'attends,

La mort dans l'âme.

Qu'en toi je vois,

Dont j'ai pu rire.

Sauveur, que sur ton sein je pleure!

Ah! rien qu'une heure

Que je sois tienne.

Ht. dût l1 eiel me réprouver.

.Il- -ois absoute en loi, et sauvée!

A tout jamais je te damne avec moi, Si, même une heure, Abandonnant ma lâche.

Entre tes lu-as je cède.

Je viens pour te sauver aussi

Si tu résistes .-ni Désir!

Le baume qui guérit tes peiues

LA PETITE ILLUSTRATION

Ne peut venir d'où vient le mal.

La grâce, tu oé peux l'atteindre

Que si leur source en toi tarit !

("ne autre existe.

La source, hélas! après laquelle, en vain,

Là-bas, j*ai vu languir les frères, Qui dans l'angoisse vivent et s'épuisent.

Mais, clairement, qui donc connaît

De tout salut la source vraie?

— Misère! ténébreuse erreur!

il -ombre nuit du monde!

Malgré le désir du salut.

A Tonde impure tout aspire!

Kl'XDRV, dans une exaltation sauvage.

Ainsi mon baiser T'a donné la clairvoyance!

L'extase amoureuse te donnera

La Divinité même!

Rachète le monde, si tu le doisl Mais pour cette heure unique.

^ il i tut :;u--i jamais "|ï scia damnsî Que rien ne ferme ma plaie!

PAR.SIFAL

La grâce, même à toi, je viens Itoffrir!

KUXDRY

Etre divin! Tou amour seul me sauve. Laisse-moi t'aimer!

Grâce et salut, si tu les cherches, Montré-moi, vers Amfortas, le chemin !

KUXDRY, avec colère.

Non ! Pas eette route!

Abandonne ce misérable!

< v cœur lâché, tout vice.

Dont j'ai pu rire. — lia lia! —

Frappé par son propre ter!

PABSIFAL

Qui put l'atteindre avec le fer sacré?

KIXDRY

Lui! Lui! qui vit mon rire

Et me maudit !

C'est ma force à moi !

Même contre toi, ce fer volera, Si de l'indigne tu prends pitié !

— Ah! Grâce! — Folie!

— Pitié pour moi !

Une heure seul à moi.

Lue heure seule à toi,

Kl la route, j'y guiderai tes pas! E1U veut l'enlacer.

PARSIFAL, la repoussant violemment.

Péris ! misérable femme !

KrxIiRV. elle se frappe la poitrine, puis se précipite une fureur sauvage et crie vers le fond.

Aide ! aide ! A moi !

Ah ! téméraire!

A moi! Barrez les sentes!

Barrez les routes!

Et si tu t'échappais,

Si les chemins s'ouvraient à toi.

Le seul que tu veux

Tu ne pourrais le suivre!

Sentiers et routes

Qui de moi t'éloignent.

Le château et le jardin de Klingsor, après l'engloutissement (Bayreuth).

L'engloutissement du château et du jardin de Klingsor - la Monnai'

Qu'ils égarent tes pas !

Doutes, troubles, Vous qui m'aidez.

Je vous le livre à jamais '

Klings

1 >a rail

du château.

KLINGSOR, brandissant une lance.

Halte! cette arme saura t 'arrêter!

0 simple, cède au 1er de ton maître mêit!

J! jette, mii Parsifal. la lance- qui resti suspend dessus de la tête -l. - < dernier.

vement la la

et la

Je romps l'enchantement

Avec ce signe !

Par ce fer qui l'a laite

Que se ferme la plaie!

Par lui, qu'en ruine

Croule ta fausse splendeur!

1 a décrit avec la lance le signe de la croix. I,c château s'engloutit comme dans un tremblement de terre. Le jardin se dessèche rapidement et n'est plus qu'upe landi aride. Des flturs fanées jonchent le sol. Kundry *Vst affaissée en poussant un cri. Parsifal. sur un pan de mur écroulé, s'arrête. Kundry s'est un peu soulevée

it tourni s du haut du

Tu sais où tu pourras me voir encor

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