SCENE PREMIERE
ARMAND , assis près de la fable , la tête appuyée sur sa main', MADELAÏNE.
M A DELAI NE , a la cantounade.
Soyez donc tranquille , monsieur Basiien , tout sera prêt... SI vous commencez à me tourmenter comm' ça , la journée sera bonne... ah! c'est vous , monsieur Armand, vous êtes là , tout seul au salon ?
ARMAND
Oui. . . qu'est-ce que tu veux ? .
MADELAiNE.
Je voulais vous dire. . . que je vais ôter de la grande galerie vos peintures et votre musique. . . ça ne peut pas y rester , parce qu'il nous arrive aujourd'hui de la société. ARMAKD, se levant. ,
Qu'est-ce que tu me dis là .?. . . madame de Sénange attend du monde ?
MADELAINE
Son oncle. . . rien que cela. . . monsieur de Gerval, un marin qui est bon enfant et brutai ; mais comme i l est riche , on est convenu de dire qu'il n'était que bon en farit^
Air : Un homme pour faire un tableau.
Autrefois a tous ses parens ^ Son hnmerr était importune,
*i^ À Mais depuis que par ses taJens
^W ^ Jf Dans ies Ind's , il a fait fortune,
Sans façon , chacun lui permet D'être bourru, quinteux , colère.
^^y' Une fortune que J'on fait ,
/^ Vous fait joliment X caractère.
Aussi , c'est pour fê:er son arrivée qu'on a invité toute la société des environs ... les nobles et les bourgeois . . nous aurons ce soir la petite ville et deux châteaux. . . hein I . . ça sera-t y beau ?
ARMAND
Oui , mais je ne jouirai pas du coup-d'œil. . . dis à un des gens de la maison , s'ils ne sont pas trop occupés , d'envoyer chercher des chevaux de poste .
MADELAINE
Comment , monsieur , vous partez ? voilà quinze jours que vous êtes ici tout seul, et quand le beau monde arrive... quand ça va devenir amusant, voilà que vous vous en allez,
ARMAND
Rester plus long temps , serait abuser de l'hospitalité que m'a offerte madame de Sénange , et que je ne voulais même pas accepter.
MADELAINE
Je vous aurais bien défié de faire autrement... votre voiture brisée , el vous dangereusement blessé.
ARMAND
Grâce au ciel , il n'y parait plus , et je peux partir... les lettres d'aujourd^hui sont-elles arrivées ?
Voilà le paquet. . . c'est Bastien lui-même qui a été le cherchera la ville . . . voyez s'il y en a pour vous * ARMAND , prenant ses besicles pour parcourir les lettres, {En prenant une,) Madame de Sénange. . . {en Usant une autre ) Madelaine Durand^ jardinière chez madame de Sénange . . .
MADELAINE
Tiens , il y en a aussi pour moi, ... je me doute ce que c'est, {elle f ouvre et la lit,)
ARMAND , parcourant ioujours4e paquet .
Ceci, ce sont des journaux, [prenant Sl autres lettres^') Madame de Sénange... madame de Sénange... quelle correspondance ! . . . . et qui peut donc lui écrire ainsi de Paris ?. . .
MADELAINE, pleurant* Ah ! mon dieu , mon dîeu , que je suis malheureuse !
ARMAND
Eh ! mais^ qu'as-lu donc ?
MADELAmE.
C'est le père de Bastien, un riche fermier, qui ne veut pas que j'épouse son fils , parce que je ne lui apporte pas de dot . . est-ce que c'est de ma faute ?. . . si j'en avais, Bastien l'aurait déjà. . . mais comme on dit, monsiear , la plus belle fille ne peut donner . . .
ARMAND
C'est juste. . . mais tu as sans doute quelques parens ?
Tiens , si j^en ai . . je crois bien. . . D'abord j'en ai que je vois tous les jours, mais qui n'ont rien. . ensuite, j'en ai d'autres qui ont fait fortune . . . mais ceux-là , on n'eu a pas de nouvelles.
Air : Va-t^en voir s ils viennent,
J*ai des parens tant et plus Qui vont et qui viennent,
J{V]>) Ceux qui n' sont pas trop cossus
"/ ! A leur famiir tiennent.
Tant qu'ils ont besoin d'écus Vers nous ils reviennent \ Mais dès qui' dVienn't des crësus On n' sait plus c' qui d'viennent.
J'ai surtout mon oncle Durand , qui est si riche , que je le croyons perdu. . . vous n'enaijfiez pas entendu parler à Paris ?
ARMAND
Quel est son état ? I\ % «i^
MADELAINE. \^ f^%
Dam ! je ne peux pas vous dire. . .il fait tous les métiers.» . il paraît que c'est un état qui rapporte.
ARMAND
Oui , sans doute. . . je verrai , je m'informerai. . .et dans tous les cas , je te promets que moi-même , je. . . [regardant
une lettre qu^il tient entre les mains,) ah! celle-ci est poar moi'. . . voilà ce que j'attendais. . . va vîle , Madelaine , va tout préparer pour mon départ.
Oui , monsieur. . . maïs vous me promettez que vous ferez quelque chose pour nous deux Bastien?
ARMAND
Sois tranquille.