IDEES GENERALES
1 oi'R s'occuper avec succès d'un art quelconque, il faut s'en occuper avec goût, avec amour; et pour cela, il faut en avoir quelque idée. On ne saurait aimer ce qu'on ne connaît pas , a dit un poète, il faut savoir pourquoi l'on s'en occupe, et comment en général on doit s'en occuper ; en d'autres termes , il faut connaître le but que cet art se propose, et les moyens qu'il doit employer pour l'atteindre.
De tous les arts, l'architecture est celui dont les productions sont le plus dispendieuses; cependant il est en même temps celui dont l'usage est le plus constant et le plus général. Il faut donc qu'il soit d'une bien grande nécessité pour l'homme , pour cet être aussi ennemi de toute espèce de peine, que passionné pour son propre bien-être. En effet, l'homme lui doit sa conservation; la société, son existence; tous les arts, leur naissance et leurs développements; en un mot, l'utilité , et la plus grande utilité publique et particulière : tel est l'unique but de l'architecture.
L'architecture est faite pour l'homme et par l'homme : d'après sa manière d'être, en élevant des édifices, il doit chercher, avec le moins de peine et de dépense possible, à en retirer tous les avantages qu'ils peuvent offrir, et par conséquent à les disposer de la manière
la plus convenable et la plus économique. La convenance et l'économie , tels sont donc les moyens que l'architecture doit naturellement employer.
Pour qu'un édifice soit convenable, il faut qu'il soit solide, salubre et commode.
Pour qu'il soit solide, il faut que les matériaux soient répartis avec intelligence, que les principaux soutiens soient placés à des distances égales, afin que chacun d'eux supporte une égale portion du fardeau ; enfin qu'il existe entre toutes les parties la liaison la plus intime.
Pour qu'il soit salubre, il faut que l'aire en soit élevée au-dessus du sol, que toutes les ouvertures pratiquées dans les murs destinés à garantir l'intérieur de la chaleur et du froid , soient placées de manière à laisser le passage le plus libre à l'air et à la lumière.
Pour qu'il soit commode , il faut que le nombre , la grandeur et la situation respective de toutes ses parties , se trouvent clans le rapport
le plus exact avec sa destination.
Voilà ce qui regarde la convenance, et voici ce qui concerne l'économie.
Pour qu'un édifice soit le plus économique possible, il faut qu'il soit le plus symétrique, le plus régulier et le plus simple possible.
C'est donc à disposer les édifices de la manière la plus convenable et la plus économique que doit uniquement s'occuper un architecte; tout son talent consiste à résoudre ces deux problêmes : i° avec une somme donnée, faire l'édifice le. plus convenable qu'il soit possible, comme lorsqu'il s'agit des édifices particuliers. 2° Les convenances d'un édifice étant données, faire cet édifice avec le moins de dépense qu'il se puisse, comme lorsqu'il s'agit des édifices publics.
Comme lorsque dans la composition d'un édifice on y a fait entrer tout ce qu'il faut, rien que ce qu'il faut, et que ce qui lui est nécessaire est disposé de la manière la plus simple, il est impossible qu'il n'ait pas le genre et le degré de beauté qui lui convient , l'architecte
(5) rie s'occupera jamais de cette prétendue décoration architecte-nique qui, ne servant à rien, ne ressemblant à rien, entraîne dans des dépens.es aussi énormes que ridicules; et s'il veut ajouter à la beauté naturelle d'un édifice convenablement et simplement disposé, ce ne sera que par le moyen de la décoration accessoire, qui n'est autre que l'emploi des productions des autres arts.
De la manière de se représenter ses idées en architecture , et de les communiquer au v autres.
Planche Ir% Figures A.
Ii dessin est le moyen le plus prompt et le plus exact dont on puisse se servir. 11 y en a trois sortes: i° les croquis; 2° les esquisses ; 3° les dessins en grand. Quel que soit le genre de dessin que l'on emploie, il faut faire trois figures pour donner une idée complète d'un édifice : i ° le plan qui représente sa disposition horizontale ; 2° la coupe, qui fait connaître sa disposition verticale, ou sa construction; 3° enfin l'élévation, c'est-à-dire l'extérieur, dernière figure qui est et ne peut être autre chose que le résultat des deux autres.
Si l'on peut tracer ces trois figures aplomb les unes des autres, sur une même feuille de papier, on gagnera beaucoup de temps, toutes les lignes verticales étant communes aux trois figures , et pouvant être tirées d'un seul coup de règle. Quoi qu'il en soit , on commencera par tirer une ligne dans le milieu du papier ; on la coupera à angles droits par une autre; parallèlement à ces deux axes principaux, on tirera de chaque côté les axes des murs , sur lesquels on portera d'un côté et de l'autre la moitié de l'épaisseur des murs ; on portera de même la moitié des ouvertures pratiquées dans les murs de chaque côté des axes principaux.
Ceci ne regarde que les dessins et les esquisses; car pour les croquis, ils se fout entièrement à la main, sans qu'on se serve de règle
(G) ni de compas, ni sans qu'on fasse aucun usage d'axes, à moins qu'ils ne servent de signes pour indiquer la situation des murs.
IIe LEÇON.