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ACTE QUATRIÈME

RYSOOR.

Ah! grand Dieu!... oui, c'est moi!

Rysoor!... laisse-moi!

RYSOOR.

Reste là, te dis-je!

KARLOO.

Eh! au nom du ciel... laisse-moi donc mourir!... C'est le bourreau qui te venge!

RYSOOR.

Et si je ne veux pas, moi, être vengé par le bourreau!... (Avec bonté.) Et, malheureux que tu es!... si je ne veux même pas être vengé !

KARLOO.

Ton pardon!... sans l'avoir mérité!... non!...

RYSOOR.

Tu me l'accorderas pourtant bien à moi, ce droit de faire grâce... Et si, comme tu le dis, ta faute m'a fait le maître de ta vie...

KARLOO.

Ah! oui, certes!

RYSOOR.

Eh bien... j'en dispose!... et je ne te prie plus de vivre; maintenant!... je te l'ordonne!

KARLOO.

Ah! Rysoor!... j'aimerais mieux cent fois ta colère que ta bonté qui m'écrase.

Karloo! je suis si près de la mort, que les misères et les folles passions de cette vie me semblent un rêve

près de s'évanouir!... Laisse-moi cette joie suprême de loubli et du pardon! Fais que je ne meure pas en désespérant de toute chose!... et que la dernière main que je presse soit celle d'un ami... d'autant plus cher à mon cœur que j'ai cru le perdre... et que je le retrouve... converti par les larmes et purifié par le repentir!...

KARLOO, serrant ses mains qu'il embrasse.

Ah! Dieu, oui!

RYSOGR.

Vis, mon Karloo, vis pour m'obéir! Mais surtout vis pour servir encore notre cause sacrée... qui, plus que jamais, a besoin de ton dévouement!... Que la Patrie soit désormais ton seul amour!... Celui-là, mon Karloo, peut avoir ses déceptions: mais l'idole reste toujours grande; et son culte est si pur, qu'il peut, tu le vois, réconcilier, dans une foi commune, deux hommes séparés par une haine mortelle I... Tu es jeune encore... tu les verras, nos Flandres bien-aimées, affranchies de leurs bourreaux!... Ce jour-là, Karloo, le jour où le drapeau de l'indépendance flottera sur nos remparts... rappelle-toi le vieil ami qui a combattu à tes côtés.... et mon àme te bénira, avec autant de joie qu'elle te pardonne.

KARLOO.

Ah!... Rysoor que ton pardon ne s'arrête pas à moi!... pardon pour elle aussi !

RYSOOR.

Ah! pour elle... et pour tous! (s'arrêtant). Tous! non!... je me fais meilleur que je ne suis!... (Avec force.) Non!... je ne pardonne pas à tout le monde!... et ce cœur n'est pas si bien détaché des choses humaines qu'il ne couve un effroyable désir de vengeance!

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