ACTE DEUXIEME. C
à être honnête femme!... M'y avez-vous aidée?... Jamais!... Vous avez tué ma reconnaissance par l'ennui!... et ma tendresse par l'indifférence !.-.
RYSOOR.
Moi! dont l'amour...
DOLORES, debout et gagnant la gauche*.
Votre amour!... Ah! parlons de votre amour!.. Croyez-vous donc que je ne sache pas qui le possède avant moi... votre amour?... Ah! je la connais, ma rivale!... c'est votre Flandre bien-aimée.... votre Pairie! comme vous dites... La voilà, votre vraie femme, votre maîtresse!... le voilà, votre amour!... Mais moi... allons donc!...
RYSOOR.
Hélas! il ne vous manque plus que de m'insulter dans la seule croyance qui me reste...
DOLORÈS
Mais, de bonne foi. Monsieur, voyons... quelle vie m"avez-vous faite... avec cette folle passion qui vous tient pour ce je ne sais quoi que vous appelez la Liberté?... Elle est donc bien supportable, mon existence à moi, entre vos voyages suspects... vos sorties du soir et vos repas silencieux, où votre regard cherche dans le vide un but mystérieux qui m'échappe?... Et cependant, je suis là, moi, qui me dit : « Il pense à Ellel > — Ah! Monsieur, vous ne les avez pas comptés, mes jours d'ennui et mes nuits de larmes!... vous ne l'avez pas seulement soupçonnée l'horrible solitude d'un cœur ardent qui parle tendresse... et à qui l'on répond : « Patriotisme!... » Et qu'est-ce que cela me fait, à moi, que les Pays-Bas soient libres?... Je suis femme!... et ma Patrie à moi,
• Dolorès, Rysoor.
c'est TAmour! — Si vous aviez fait pour celle-là le quart de ce que vous faites pour Tautre... nous ne serions, ni vous ni moi, où nous en sommes...
RYSOOR.
Ah ! je ne cherche même pas à vous faire comprendre que ce n'est qu'une seule et même cause!...
Non, je ne comprendrais pas, je l'avoue!...
RYSOOR.
Mais vous êtes bien la digne fille de cette race damnée qui nous dévore! — Ah! Espagne maudite! Espagne égoïste et féroce, voilà bien ton sang!...
DOLORÈS
Vous avez raison!... Nos deux races ne sont pas faites pour s'unir!... mais pour se déchirer l'une l'autre!... II ne fallait donc pas m'épouserl — Je n'aurais pas, moi, Espagnole, catholique, et qui m'en vante!... un mari flamand!... un mari rebelle!... un mari apostat, renégat et parjure!
RYSOOR.
Qu'en savez-vous?
DOLORÈS
Qu'importe à présent! Finissons-en! Œiie s'assied sur le petit siège devant la table.) Vous étcs le maître et moi l'csclave!... Tuez-moi, je vous l'ai dit : je suis prête.
RYSOOR.
Cela est bon pour les vôtres, de verser le sang des femmes!... Et ce n'est pas ainsi que je vous punirai.
DOLORÈS
Alors, Monsieur, que décidez-vous de moi?
RYSOOR.
Je vous le dirai. Madame, quand je saurai le nom de votre amant... que vous allez me dire!